La nuit tombe...

Part 18

Chapter 18298 wordsPublic domain

Il a pris ma main dans les siennes.

--Nous ferons tout ce qu’il faudra pour cela, mon enfant. Ne vous agitez plus et mettez-vous en demeure de pouvoir, comme vous le souhaitez, être soignée dans quatre jours.

J’ai obéi. Je suis allée moi-même choisir ma chambre dans la maison qu’il m’a désignée, et je vais préparer mon départ...

Ah! que la nuit est proche et que mon âme en a de peur et de souffrance!...

Heureusement, père, ce soir, était absent. Seule avec lui, comment serais-je parvenue à lui cacher la vérité?... Et demain, comment ferai-je avec mon bien-aimé, pour l’amour de qui, je le comprends, j’ai joué ma vie... Pourtant, il faut qu’il ignore... _Il faut._

16 octobre.

C’est la fin.

Il est parti... Et j’ai pu me taire jusqu’au bout!... Même dans la folle douceur du revoir... Même dans cette agonie de la séparation...

Mourir ne sera pas plus horrible que l’a été l’adieu qui nous a, tantôt, arrachés l’un à l’autre, sans phrases, ni plaintes, ni pleurs, presque en silence...

Ce soir, il a quitté Paris. Dans le train qui l’emporte, il pense à moi, avec la vision du retour, l’espoir de l’avenir dont il se croit sûr.

Je pense à lui, avec l’obscure certitude que jamais je ne le reverrai... C’est bien l’adieu que mes lèvres tremblantes ont prononcé, écrasées une dernière fois sous les siennes. Et, en mon âme, une voix inflexible prononce, sans pitié, que c’est mieux ainsi. Ma santé détruite, liée à un autre, par le serment d’éternelle union, prononcé librement jadis, je ne pouvais pas, je ne _devais_ pas devenir sa femme. Oui, c’est bien que la vie m’enlève de force à lui... Jamais, je le crains, je n’en aurais eu le courage, libre de disposer de l’avenir...

FIN

IMPRIMERIE FRANÇAISE DE L’ÉDITION, 13, RUE DE L’ABBÉ-DE-L’ÉPÉE, PARIS.