La nouvelle cuisinière bourgeoise: Plaisirs de la table et soucis du ménage

Part 6

Chapter 63,208 wordsPublic domain

Les époux s’en iraient par les rues et les places, Précédés d’un jeune garçon Qui claironnerait du clairon, Ou cornerait du cor de chasse:

Lors, plus d’épouse qui s’attarde A la vitrine des bijoutiers ou des modistes; Lors, plus d’époux perdant la conjugale piste: --Taratata!--leur clamerait l’instrumentiste,

Et côte à côte, d’un pas rythmé, sans algarade, Ils poursuivraient la délicieuse promenade.

LA JARRETELLE

Les passants ouvrent des prunelles Grandes comme des portes cochères, Cependant qu’à l’abri d’une porte cochère, L’épouse répare le désordre de sa jarretelle; Et les maris font sentinelle, Jaloux d’une jambe si chère: Yeux des passants tournés vers la porte cochère, Grands comme une porte cochère!

C’est une chose fantastique,-- Et pour la concevoir il faut que l’on pratique L’existence matrimoniale et domestique,--

Que la fragilité extrême de ces élastiques.

La jarretelle n’est pas plus tôt Fixée au haut, Au haut d’un bas, Qu’au premier pas, Même sans faux Pas, Crac! casse, et le bas est à bas:

Fragilité inconcevable de ces élastiques!

Je songe à Diane chasseresse: Au magasin de quelle rue Achetait-elle les bandelettes, dont les tresses Enserraient, de leur force et de leur souplesse, Ses jambes nerveuses et nues?

Mais nul mari n’accompagnait Diane chasseresse.

Les maris auront dans leur poche, Ou du moins feront bien d’avoir, Une aiguillée de fil noir, Et toujours une pelote D’épingles:-- C’est même cela qui les distingue, Qui, l’homme marié dénote, Beaucoup mieux que l’anneau des noces:

Il convient que les maris offrent, Pelote douloureuse, leur cœur à mille traits:-- Et une pelote d’épingles après.

LA DÉLICATE ATTENTION

Je m’étais demandé parfois, Arrêté devant l’étalage des spécialistes, Je m’étais demandé, dans mon âme simpliste, Vers quelle île, à travers quel isthme, Devait un jour cingler telle cravate à petits pois, Brique, vert-pomme ou caca-d’oie, Orgie, ou cauchemar, ou quoi? D’un chemisier dément ou symboliste:

Car il est de ces cravates surprenantes, Qui nous laissent muets de stupeur, Future cargaison de bateaux à vapeur, Au Havre (pense-t-on) ou à Nantes, Et qu’on imagine volontiers, Unique vêtement de quelque vieux roi nègre, Qui rendrait la justice, intègre, Là-bas, sous un grand cocotier,

La cravate abricot enserrant son cou d’aigle...

Rêveur, où donc as-tu la tête, O triple et quadruple poète! Et tu n’as pas deviné la cravate, Cette cravate Qu’attentionnée et délicate L’épouse dévouée offrira, le vingt-quatre, A son mari, pour sa fête?

Elle a choisi elle-même, et s’en flatte:

--Tu pourras la mettre longtemps, Car c’est un tissu résistant, Qui ne s’use qu’avec le temps!--

LA DÉPLORABLE HABITUDE

L’épouse a proscrit sans pitié La vieille pipe en merisier, Compagne des rêveries anciennes et familières. Je comprends maintenant: naguère, Vieille pipe, quand je t’ai confié, Au temps des fiançailles, mes beaux espoirs ensoleillés, Voilà pourquoi tu ne m’écoutais guère,-- Et même tu crachais d’inquiétante manière:

La vieille pipe en merisier, La vieille pipe se méfiait...

L’épouse a dit:--Fumer de gros cigares En ma présence est un manque d’égards, Car Est-ce que j’en fume, est-ce que j’en fume, des cigares? Cette fumée, c’est notre argent que tu gaspilles! Quand on n’a pas et des mille, et des cents, Et encore moins des cent mille, Est-ce un plaisir raisonnable et décent Pour un sérieux père de famille?

Les boîtes de cigares, ça finit par compter, Sans compter Ceux que tu dois offrir à des tas d’imbéciles!

Vaut-il pas mieux mettre ça de côté Pour quelque chose, au moins, d’utile, Dont, moi aussi, je puisse profiter: Pour acheter, Par exemple, une automobile?--

L’épouse a dit:--Je ne sais rien d’abject Comme cette manie de perpétuelles cigarettes! D’abord, je commence à m’apercevoir --Cela non plus n’a pas échappé à ma mère-- Que tu perds toute ta mémoire: Hier, Tu nous as fait chercher une heure, pour savoir L’adresse de cette couturière...

Et puis, c’est dégoûtant: des bouts De cigarette traînent partout, J’ai honte quand quelqu’un regarde; Et puis, C’est une odeur de tabagie, Qui, d’abord, vous prend à la gorge, Qui s’accroche Aux rideaux, tentures, tapis: On a beau secouer, aérer, ils la gardent;

L’appartement a l’air d’un corps de garde!...--

Cédant à ces justes critiques, Dorénavant l’époux n’exhibe Cigarette, cigare ou pipe;

Mais lors sournoisement il chique.

SON JOUR

C’est le jeudi; mais pas, qu’on s’en souvienne, Chaque jeudi: ce serait trop facile! Première, seulement, et troisième semaine,-- Les obligations mondaines Ont de ces nuances subtiles,-- (Encor, sans doute, faudra-t-il Tenir compte de la lune, pleine ou pas pleine. Et si l’année est bissextile);-- Le monde a sa mode, et son code: Nos relations, amies, amis, Sont prévenus qu’à part cela, c’est le jeudi:

C’est bien commode.

Donc, le matin de ce jour-là, (Et d’abord, pas de chocolat, La bonne a bien assez à faire, A secouer toute la poussière, Et à mettre tout en état, Elle en a, Elle en a la tête à l’envers), Dès que l’aube commence à luire, Debout, pour astiquer, frotter, faire reluire,--

Il faut que le salon fasse honneur à sa mère, Pour que, si le bon vent la poussait à venir, Elle n’y trouvât rien à redire;

Il ne faut pas qu’elle soupire Comme la dernière fois:--Ma chère, Ma chère enfant, surveille ta torchère Empire! (Car enfin, on aura beau dire, A la face du ciel, je suis encore ta mère;) Je viens, par curiosité, Je viens d’en effleurer le dessous du coin droit: Et vois mon doigt!

Ma petite enfant, souviens-toi, En vérité je le proclame, en vérité, Que, toute mariée qu’on soit, Ce n’est pas un motif pour tolérer chez soi, Pour tolérer de la saleté! On doit On doit sur son ménage exercer plus d’empire:

Surveille ta torchère Empire!--

Puis, pour que le salon soit plus plaisant à l’œil, Plus somptueux et plus séduisant son accueil, On démeublera les autres pièces, On trimballe mon vieux fauteuil, A la force de mes biceps, Le bahut Henri Deux, la commode Louis Seize:

--Toi qui as des tendances à devenir obèse, Va, cela te rendra service: Tu ne prends pas déjà tant d’exercice!--

On a déjeuné sur le pouce, L’époux de son côté, de son côté l’épouse: Une toilette qu’on inaugure, Il s’agit bien de s’attarder aux nourritures! Surtout quand ce costume nouveau, Chose plus grave, S’agrafe sur le côté, ma chère, et dans le dos, Et qu’il y a soixante-six agrafes!

--Et ce mari, calme et béat, qui bâfre! Ah! comme Vous en avez, de la chance, vous les hommes!--

Enfin, passé le coup de feu, Vite un dernier regard; on peut souffler un peu:

Ce n’est pas mal, ces fleurs rouges dans les grands vases, Et sévères, ces plantes vertes; La «Nouvelle Revue» est ouverte, Comme par hasard, en bonne place; La boîte à poudre, un éventail, la petite glace, Négligemment; et, sous la main, Le face-à-main. Que si du piano l’on s’approche, Une partition s’affirme en triples croches,--

Ça va bien, ça va très bien.

Bref, l’épouse en grande toilette, Le tralala au grand complet, Des fleurs partout, le thé fumant, le pot au lait, Des petits fours, des tartelettes,

Dès le premier coup de sonnette, L’époux n’a plus qu’à s’en aller.

Cependant elle minaude aux gens qui viennent: --Quelle bonne fortune est la mienne!

Figurez-vous, je rentre à peine!

Et, ma foi, j’ai encor failli, (De vous manquer, quelle eût été ma peine!) Abandonner mon jour, cette semaine.

Pour sortir avec mon mari.--

POLYCHROMIE

O Venise Que de sottises On commet au nom De ton blond, Et que de femmes, sans raison, Qui vers toi seul, henné, hennissent!

Car nous ne savons, cher caprice, Quand nous rentrons à la maison, En quel ton nous retrouverons, Ou pain d’épice, Ou bien chaudron, Notre compagne et son chignon:

O Venise!

Mais Dieu nous garde, sur notre âme, D’en témoigner surprise ou blâme: Aussitôt, sur le mode amer: --Désolée, désolée, mon cher, De déjouer vos petits calculs; Vous n’aimez pas le changement, Probablement Toutes vos maîtresses étaient brunes:

Et que si j’eus la fantaisie, Moi, légitimement choisie, D’interrompre cette série, Le coup vous en semble trop rude? Tant pis! A votre aise faites la grimace, Il faut en prendre votre parti: La rouge passe!--

Si, d’autre part, nous nous taisons, Alors c’est une autre chanson: --Voilà! mettez-vous donc en frais, C’est bien la peine! Comme si Monsieur regarderait Jamais Une femme qui est la sienne! Je m’ingénie à trouver chaque jour Quelque moyen nouveau de piquer son amour: Bah! que demain je me promène, Des cheveux héliotrope épandus sur mon dos, Il l’apprendra par les journaux... C’est bien la peine!--

Épouse, ô femme, impitoyable logicienne!

Et cependant, au mur, en un pastel ancien, Voici l’aïeule figurée; Une neige prématurée Fait ressortir les lys et les roses du teint;

Petite aïeule en falbalas, La frimousse friponne sous la poudre à frimas, Au moins, pensé-je, avec la mode que voilà, On savait toujours à quoi s’en tenir... Pourtant, dans votre cadre ovale, n’est-ce pas Qu’en me clignant de l’œil, vous vous prîtes à rire, Mignonne aïeule, sous la poudre à frimas?

Las! en ce temps-là comme au nôtre, Femme jamais se fit-elle faute, En ses cheveux ou bien ailleurs, De mettre sous nos yeux la gamme des couleurs? Toutes les couleurs, supposons-nous? Erreur!

Nous en verrons encor bien d’autres!

MUSIQUE D’ENSEMBLE

L’épouse n’avait qu’un piano, Rien qu’un piano, Un seul piano:

Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do.

Mais qui donc prétendait qu’aussitôt mariées, N, i, ni,--fini Czerny, Et les gammes tôt oubliées, Do, ré, Mi? Chère dilettante calomniée!... Du frais matin saluant l’auréole, Do, ré, mi, do, ré, mi, fa, sol, Passant par le midi doré, Do, ré, Jusqu’au crépuscule lilas, Do, ré, do, ré, mi, fa, sol, la, --Ah! comme on reconnaît bien là, Tout de suite, la main d’une femme!-- L’appartement s’emplit de gammes.

Mais aussi qui sera bien fier, Qui se rengorgera devant les camarades, Quand, dans les salons, cet hiver, Sa femme jouera sa fantaisie de Chaminade? Qui sera fier, c’est le petit mari!-- Do, ré, mi.-- Bannis cette mine chagrine, Et, portant à la ville, ou bien à la campagne, Sous ton bras, le glorieux rouleau de ta compagne,

Avec Chaminade, chemine!

Et qui sera un jour aimablement surpris, --Chante voir un peu?...--Mais si, mais si... Voyons, mon rat!...--Voyons, ma poule!...-- Alors qu’on lui découvrira, --Voyons, ma poule!...--Voyons, mon rat!...-- --Le cachotier, qui n’avait pas dit ça!...-- Bien sûr, pas la voix de Capoul, Pas de ces grosses voix d’Opéra,

Rien qu’un filet de voix, rien qu’un brin, mais quel brin! Si pur, si musical, de baryton Martin!... --Mais si, mais si!...-- Oui, qui sera aimablement surpris?

Les épouses ont de ces trouvailles. Seulement, bien entendu, il faut qu’on travaille!

Quand le jour se lève, Nous irons solfier Tes Stances, Flégier, Et Manon, quel rêve!...

--Et puis, ou je me trompe fort, ou je soupçonne, Que tu jouerais aussi très bien du bigophone?--

L’épouse n’avait qu’un piano, Rien qu’un piano, Un seul piano.

LES VOYAGES

Rêves du soir, projets Qu’on fait, les pieds Sur les chenêts, Nos âmes sœurs vagabondent de compagnie, Et mon cigare et son aiguille à tapisserie, Et mon cigare et son aiguille communient: --Ah! bon ami...--Oui, douce amie...-- Accord parfait:

C’est l’heure exquise où, sans bouger, Il est question de voyager.

Voyages pleins de fantaisie, D’imprévu, et de poésie;

Après dîner, les pieds au chaud, Nous sommes très sentimentaux:

On partirait à l’aventure; Nature, nous avons besoin, En ville, on s’aime mal, et moins, De tes coins, jolis petits coins, Nature!

Et nous irions loin, loin, si loin, La poudre des chemins couvrirait nos chaussures...

Car pleins de dédain pour les railways et leurs lignes, Au coin du feu, nous préconisons le footing!

Nous aspirons au charme des routes nationales, Et des moyens de communication Par les chemins de moyenne communication, Ou les voies simplement rurales:

On s’assied à l’ombre, au pied d’une borne, Pour manger, cueillir dans les haies, Les baies Dont se régale le rouge-gorge: Et allez donc, elle est bien bonne!

Et l’arrivée dans le petit village, A l’auberge du Cheval Blanc: Le dîner sur le pouce, un morceau de fromage Blanc, Et un petit verre de vin blanc, Le petit cru du voisinage,-- A l’auberge du Cheval Blanc,-- Puis la chambrette aux murs badigeonnés de blanc; Un mouchoir rouge et une chemise roulée dedans, C’est tout le bagage:

Mais on ne s’en aime que davantage,-- A l’auberge du Cheval Blanc.--

Et dès l’aube éveillés par les coqs et les grives, On cinglerait vers de nouvelles rives.

Mais maintenant, voici une autre idée qui trotte En votre tête mignonne; ne me dites rien, Je devine, je devinerai bien: Oui, ce serait, comme les bohémiens, Voyager tous deux en roulotte? Hein! C’est cela qui serait délicieux, une roulotte!... C’est cela, c’est cela! Et vous battez des mains, Quelles idées charmantes sont les vôtres!...

Pourquoi faut-il que tous ces beaux projets Ne puissent être que chimères, Proses de la vie, fait-on jamais, Hélas! ce que l’on voudrait faire? Mais Du moins, ne retournerons-nous pas, s’il vous plaît, A cette plage de l’année dernière: Vraiment, le Casino était Bien trop petit et trop mauvais: --Auberge du Cheval Blanc, chimères!--

Et je revois notre départ l’année dernière: --A neuf heures cinq du matin,-- (O grives et coqs du matin!...) --Est-ce une heure pour prendre le train?... Tout cela, pour aller s’enterrer à la mer...-- Vos yeux de sommeil encor gros, Et votre humeur singulière,--

Et moi, me débattant seul au milieu de nos Quatre malles, dites chapelières, Et de vos Huit petits cartons à chapeaux.

RELIGION

Sa mère a dit: «Je te mets sur tes gardes, Je n’ai pas de conseils à te donner, note bien: Seulement, moi, je te préviens, Ces hommes qui ne croient à Dieu, diable, ni rien, Ces esprits forts, ces francs-maçons, tous ces païens, Ces gens-là, rien ne les retient, Rien; Mais, après tout, ça te regarde.»

Maintenant, pendant le repas, Fourchette en l’air, de plat en plat, Du potage jusqu’à la crème, --Tarte à la crème!-- Nous agitons les grands problèmes: --Tu n’as pas besoin de le dire, Va, je le vois assez sans que tu le proclames, Alors tu ne crois pas à la vie à venir, A l’immortalité de l’âme?--

Et l’épouse accablée soupire: --Mon pauvre bon, tu veux donc aller cuire, Cuire en enfer, aux éternelles flammes? C’est ton salut, pourtant, que je réclame; Si tu aimais un peu ta femme, Tu songerais davantage à lui faire plaisir!--

Elle continue:--C’est si gentil, Un mari Qui accompagne sa femme à la messe, Et porte son livre de messe! Et tu sais, tu sais, mon chéri, Il y en a de très bien, qui, Des messieurs, qui vont à la messe, Des messieurs du meilleur monde, de la noblesse, Décorés, Qui te valent, en somme, et qui ne se croiraient Pas du tout déshonorés D’être vus aussi à confesse... Pourtant Je ne t’en demanderais pas tant, Si tu avais un peu de cœur et de tendresse...--

--Voyons, voyons, répond l’époux, Voyons, mon chou! Ces messieurs font, je le confesse, Font très bien d’aller à la messe, Si ces idées sont de leur goût: Elles ne sont pas du mien, et voilà tout,-- Qu’on me laisse, comme je les laisse!...--

Mais ici l’épouse se dresse: --Tes idées! tes idées! dirait-on pas, vraiment!... Te voilà, avec tes idées, Plus fort que l’Évangile et les Deux Testaments, Plus malin, plus intelligent, Que Monsieur François Coppée!...

Tout ça, veux-tu que je te dise?-- Tout ça c’est un tas de sottises, De balivernes, de bêtises, Inventées par des gens qui n’ont ni foi ni loi, Pour exploiter l’orgueil des gogos comme toi.

Mais, pensez donc, Monsieur, ça le flatte de faire, --L’impiété, C’est si bien porté!-- De faire son petit Voltaire! Voltaire, veux-tu bien te taire!...

Puis simples prétextes, au fond, Pour se conduire comme des polissons:-- La fidélité conjugale, La saine morale, Allons donc! Histoires de curé, fantaisies cléricales, Et les curés, nous en mangeons!-- Nous autres, honnêtes femmes, nous n’avons Plus qu’à céder la place et à faire nos malles!...--

Querelle ancienne, Antiennes De la douce épouse chrétienne: Elle reprendra la partie!

Il est bon Qu’une femme ait de la religion; C’est toujours une garantie.

L’OPINION PUBLIQUE

J’ai pris ma tête entre mes mains, Et maintenant je me souviens; Oui, maintenant je me rappelle Tant d’anecdotes spirituelles, Les réparties toujours nouvelles, Où notre esprit jadis brillait A propos des gens mariés; Maintenant je me les rappelle, Je m’en souviens: Comme c’est malin, comme c’était fin,

Crétins!

Lorsque nous irons au café, Les gens prendront un air rusé: --Eh! bien, cette fois, ça y est, Hé! hé! Alors vous êtes marié? Hé! hé!--

Ils nous taperont dans le dos: --Parbleu! des maris, il en faut! Et comment va le conjungo? Oh! oh! Oh! ces yeux-là en disent gros! Oh! oh!--

--Mais ce n’est que le premier pas, Hein? heureux gaillard, hardi, là! Hardi! ne nous endormons pas, Ha! ha! Vous n’êtes pas encor papa? Ha! ha!--

--Aussi bien, c’est le bon parti, Croyez-moi, que vous avez pris! Ne vous l’ai-je pas cent fois dit? Hi! hi! Votre tête était d’un mari, Hi! hi!--

--Puis, quoi, vous n’êtes pas perdu: Car en somme il n’y a pas plus De raisons pour être cocu, Hu! hu! En ménage qu’avec des grues... Hu! hu!--

Et voilà, voilà la charmante perspective, Voilà les bonnes plaisanteries, les joyeux mots, Dont les délicieux échos Jusques à mon oreille arrivent, Et dont j’entends déjà les bribes: Ah! ah! hé! hé! hi! hi! ho! ho!

Chameaux!

Mais nous ferons bonne contenance, Nous sourirons d’un air jaune, mais entendu; Hé! hé! hi! hi! ho! ho! hu! hu! Le ridicule tue En France! Nous ferons bonne contenance.

Et vous, chère, faites-vous belle, Et ne craignez pas de montrer, Jamais, jamais trop à mon gré, Tout ce que vous pourrez Montrer De particulièrement sensationnel:

Car c’est là mon petit profit, Par qui se pallient Mes soucis, Qui, lorsque nous serons ensemble,-- Comme je tendrai, Guilleret, Comme je tendrai le jarret!-- Qui seul peut augmenter la beauté de ma jambe:

Il faut qu’en me voyant marcher à vos côtés, Moi, le mari, reconnaissable A ces façons de discrète fierté, Qui sont la marque véritable D’un sentiment rassis de la propriété,-- Puisse le peuple dire en son rude langage: --Cré nom d’un chien! Bon Dieu de santé! Tu parles de quelqu’un qui doit pas s’embêter!...--

Et cet ingénieux hommage A mon bonheur, à ta beauté,

Ne nous paiera-t-il pas des soucis du ménage?

TABLE DES MATIÈRES

LIVRE I Les plaisirs de la table.

Pages. Avant-propos 1 Parabole du mouton 3 Couplets du jaloux et de la précaution favorable 7 Symphonie des potages 10 Mieux vaut douceur 16 Quelques sauces 19 Légende de la bouchère et de l’amour adultérin 25 Le bœuf parle 28 Les huîtres 32 Verte réponse du rôtisseur à la fruitière pudibonde 36 Coquilles Saint-Jacques 38 Héroïque jactance d’un lapin 41 Le veau et la salade 44 Poivre et sel 46 Le pot-au-feu 48 Dialogue des pommes et des poissons 52 Conserves d’alouettes 55 Beignets d’acacia 62 Trois petites chansons 66 Lait de chèvre 73 Pain bénit 78 Biscuit de soldat 85 Tarte à la crème 84 Couplets du diabète ou des trois âges 92 La vanité des rince-bouche 96 Intermezzo 98 Rondeau des plaisirs de la table 101 Chanson française 108 En décor 109 Ronde des ronds de serviette 111 Menus 116 Dans les filets 119 Amicales 123 Suspensions 126 Five O’Clock 129 Palais-Royal 133 Scripta volant 139 Le meilleur déjeuner 141

LIVRE II Les soucis du ménage.