La maniere d'amolir les os, et de faire cuire toutes sortes de viandes en fort peu de temps, & à peu de frais.

Part 5

Chapter 54,000 wordsPublic domain

Voilà tout ce que j'ay fait jusques icy sur la Chymie avec cette Machine; à quoy je croy pouvoir ajoûter qu'il y a tout lieu de croire qu'elle sera fort utile pour toutes les operations qui demandent un feu doux, & égal de tous côtez, parce que mettant le feu au bas & l'eau la plus chaude montant toûjours au dessus, la chaleur se communiquera par tout égallement; elle sera propre aussi pour conserver le même degré de chaleur pendant un fort long temps, parce que la grande quantité d'eau qu'il y aura à échauffer, empeschera que les inegalitez du feu ne soient si sensibles sur les matieres qui y sont enfermées; Par exemple; Si le feu vient à être plus fort à un temps qu'à l'autre, il arrivera que cette force du feu sera diminuée avant qu'elle ait pû faire d'effet considerable sur la Machine & toute l'eau qu'elle contient; de même quand le feu vient à étre moins grand qu'il ne devroit la chaleur ne laisse pas de se conserver long-temps dans la Machine; en sorte qu'on peut avoir le loisir de refaire du feu; Cette consideration m'avoit donné envie d'éclorre des poulets par ce moyen, & je ne doute pas que la chose ne pût fort bien reüssir; J'aurois voulu mettre la boule d'un Thermometre scellé hermatiquement sous une poule parmy les œufs, & le tuyau du Thermometre sortant assez loin hors du nid, auroit montré le degré de chaleur necessaire pour cette operation; En suite j'aurois enfermé le mesme Thermometre dans une Machine ajustée avec des fenêtres vitrées pour laisser voir ce qui se passoit au dedans, & ainsi on auroit pû voir quand le Thermometre seroit parvenu au même degré que quand elle êtoit sous la poule; & les œufs êtans ainsi enfermez dans des marmites de verre auroient esté faciles à voir, quand il en seroit sorty des poulets, comme cette operation ne demande ny beaucoup de pression, ny beaucoup de chaleur, on pourroit la faire dans des machines de plomb, qui pourroient être grandes & à bon marché.

J'aurois voulu aussi essayer si la pression pourroit avancer la formation du poulet, aussi bien qu'elle avance la cuisson de la viande; mais j'ay abandonné ces desseins crainte de manquer de loisir pour en venir à bout.

CHAPITRE VII.

POUR LES TINTURIERS.

_EXPERIENCE PREMIERE._

PARCE que dans la seconde Experience du Chap. V. j'avois crû que les grozeilles vertes avoient tiré de l'étain une belle couleur de pourpre violet, je voulus voir si des grozeilles rouges ne feroient pas une couleur encore plus belle; ainsi le 3. Aoust, je mis plusieurs lames d'étain dans une petite marmite de verre avec des grozeilles rouges pilées; je poussay le feu jusques à faire évaporer la goutte d'eau en 3. secondes, avec la pression interieure 12. fois plus grande que la pression ordinaire de l'air; je trouvay en suite que les groseilles rouges au lieu d'avoir fait une couleur plus belle, avoient une couleur pâle, & le fruit avoit beaucoup de goût de brûlé; J'avois mis en mesme temps dans l'autre marmite de verre des cerises noires, & je trouvay que le suc avoit aussi perdu beaucoup de sa couleur; cela me fit croire que le feu altere les couleurs des choses, sur lesquelles il agit, en donnant aux corps qui n'en ont pas, & l'ôtant à ceux qui en ont, & je croy que dans la 2. Experience du Chap. V. les grozeilles vertes qui s'êtoient crevées contre l'étain n'avoient pas plus de couleur que les autres, parce qu'elles avoient souffert plus de chaleur, Il y a donc apparence que par le moyen de cette machine qui fait si bien agir la chaleur sans dissiper les parties des corps; On pourra faire servir à diverses teintures des substances qui n'y êtoient pas propres par les voyes ordinaires.

_EXPERIENCE II._

LE quatriéme Aoust je pris du suc de limon & l'enfermay avec des lamines d'étain dans une petite marmite de verre & ayant poussé le feu jusques à faire évaporer la goute d'eau en 10. secondes, & la pression interieure seulement triple de la pression ordinaire de l'air, je trouvay que le suc de limon n'avoit point tiré de teinture de l'étain, quoy qu'il soit bien plus acide que les grozeilles vertes quand elles sont meures.

Le 7. Aoust je reïteray la même experience avec le mesme suc de limon, & je poussay le feu jusques à faire évaporer la goute d'eau en trois secondes, & la pression 12. fois plus forte que la pression ordinaire de l'air; Je laissay un peu de charbon afin de conserver la chaleur plus long temps, & je trouvay que le suc de limon n'avoit point de goût de brûle, & qu'il n'avoit point tiré de teinture de l'étain, seulement il paroissoit un peu jaunâtre, ce qui me confirma que la couleur des grozeilles vertes, Chap. V. Experience II. n'avoit pas esté tirée de l'étain.

J'avois mis en même temps dans une autre marmite des grozeilles écrasées, & je trouvay qu'elles avoient contracté un goût d'empyreume, si fort qu'on ne les pouvoit avaller, leur liqueur êtoit rougeâtre, & beaucoup moins belle que celle du Chap. V. Experience II. De sorte qu'il paroist que l'excez de chaleur peut beaucoup nuire; cette liqueur tachoit mes mains d'une couleur jaune que je ne pouvois faire passer en huit jours de temps, quoy que je n'épargnasse pas le savon.

_EXPERIENCE III._

LE seiziéme Aoust Monsieur Meres Teinturier à Londres m'apporta de la racine nommée _Rubea tinctorum_ en poudre; Nous en mismes dans deux marmites de verre avec des petits morceaux d'étoffe & de l'eau, & dans l'une nous melâmes un peu d'eau de vie, nous poussames le feu jusques à faire douze pressions & évaporer la goute d'eau en trois secondes, ce qui fut fait en 1/2 heure, & ayant incontinent osté le feu, nous trouvâmes que la couleur rouge étoit gâtée, & qu'elle tiroit sur le jaune; les morceaux d'étoffe étoient tout à fait gâtez & se déchiroient sans peine quoy que pour l'ordinaire on puisse faire boüillir cette étoffe trois heures sans se gâter. Cette experience nous fit croire que le _Rubea tinctorum_, ny les étoffes ne sont pas propres pour une si grande chaleur.

Monsieur Meres eut en suite envie de voir si la cochenille pourroit donner toute sa couleur sans être morduë; Pour cét effet il mit trois grains de Cochenille, fort entiers dans trois onces & demie d'eau, & en même temps il mit dans l'autre marmitte de la Cochenille commune qui se vend huit fois meilleur marché que l'autre, à cause de cela il en mit environ huit fois plus à proportion de l'eau; ayant poussé le feu de même que dans l'experience precedente, nous trouvâmes que dans le premier verre il y avoit eu un des grains de Cochenille qui s'êtoit tout à fait dissout, & que les deux autres n'avoient plus du tout de couleur, mais qu'ils étoient noirs. La liqueur êtoit d'un beau rouge: mais dans l'autre verre la teinture êtoit bien plus forte.

Cette experience fit voir qu'on peut par le moyen du Bain Marie fermé à vis, épargner toute la peine & le déchet qu'il y a à brayer la Cochenille, & que peut-être la Cochenille commune donneroit beaucoup plus de teinture qu'elle ne fait d'ordinaire.

Je fis avec ces liqueurs une experience pour sçavoir si la Machine du vuide pourroit servir à faire penetrer les teintures dans les étoffes; Je mis un morceau d'étoffe dans une des liqueurs, & les ayant mis dans le vuide, je vis comme je l'attendois, qu'il sortit grande quantité d'air de l'étoffe, si bien que je croyois que la teinture entrant ensuite dans la place de cét air, se trouveroit avoir bien penetré par tout; cependant quand j'eus redonné l'air, & que l'humidité de l'étoffe eut esté exprimée, il se trouva qu'il n'y resta pas de couleur, ce qui me fit voir que ce n'est pas assez que la teinture s'insinuë entre les poils mesmes; & elle ne sçauroit s'y insinuer si les parties dont chaque poil est composé, ne sont rarefiées par la chaleur qui a bien plus de force pour cela, que le vuide.

_EXPERIENCE IV._

LE 18. Aoust ie mis deux morceaux d'étoffe de laine dans deux marmittes de verre, & ie versay sur l'un de la teinture de cochenille à bon marché, & sur l'autre du suc de prunes distillées de la maniere décrite chap. 6. exper. 3. ie ne poussay le feu que iusques à faire évaporer la goutte d'eau en quarante deux secondes & six pressions; ensuite i'ôtay vite le feu, craignant que l'étoffe ne fust gâtée; les vaisseaux estant refroidis, ie trouvay mes deux morceaux d'étoffe encore bons & bien teints, celuy qui estoit dans le ius de pruneaux aussi bien que l'autre, mais il estoit d'un rouge plus enfoncé & tirant sur le brun; le iu des pruneaux aussi avoit beaucoup changé de couleur, estant devenu rougeastre de violet qu'il estoit auparavant, il estoit aussi devenu plus liquide.

Cette experience fait voir que le Bain Marie conservant longtemps les choses à la chaleur sans qu'elles se gastent, & retenant les plus subtiles parties qui s'exhalent d'ordinaire, sera propre à faire penetrer dans les étoffes des teintures, qui d'ordinaire sont estimées trop visqueuses, comme est le ius de pruneaux.

Parce que pour les teintures on ne se soucie pas du goût, Mr. Meres croit qu'on n'auroit pas besoin de marmitte pour mettre dans le Bain Marie; ainsi ie croy qu'on pourroit laisser l'ouverture moindre que la cavité, comme vous voyez fig. 6. & il faudroit aussi suspendre cette machine en equilibre sur les tourillons CC, afin de la vuider & remplir facilement.

Si on vouloit y teindre des étoffes, il faudroit que l'entrée HH fust du moins assez grande pour pouvoir introduire les pieces d'étoffe dans la cavité AA.

CHAPITRE VIII.

_EXPERIENCES SUR LES CORPS PLUS DURS, COMME L'AMBRE, L'YVOIRE, &c._

J'Ay fait des experiences sur des corps plus durs, comme l'ambre, l'yvoire, la corne de bœuf, l'écaille de tortuë; mais comme ie n'y ay encore rien trouvé qui puisse estre utile dans la pratique, je ne veux pas ennuyer le lecteur en rapportant toutes les particularitez des experiences; Je me contenteray donc simplement de donner quelque peu d'observations qu'elles m'ont fourni.

1º. Ie n'ay jamais pu fondre l'ambre, quelque degré de chaleur que j'aye employé, quoy que j'emplisse la Machine avec de la pois & du sable au lieu d'eau, & que je la fermasse avec 8. vis au lieu de 2. J'ay bien pû faire la separation de diverses substances dont il est composé, sçavoir de baume, des fumées, & des terrestreitez; mais tout cela ne se peut appeller de l'ambre fondu, puis qu'il n'a plus les proprietez de l'ambre, car si on dissout ces substances dans l'esprit de therebentine, elles ne sçauroient acquerir beaucoup de dureté, quoy qu'on fasse évaporer l'esprit; & une chaleur mediocre peut les ramolir, comme si ce n'estoit que la therebentine endurcie.

2º. Mr. Boyle m'ayant donné de la gomme copal pour essayer ce qu'elle feroit, je trouvay bien à la verité qu'elle se fondit sans se gaster beaucoup: mais quand je voulus m'en servir pour faciliter la fonte de l'ambre, je n'y pus reüssir, j'ay voulu employer pour ce même dessein du mastik, de la gomme adragant, de la poix resiné, mais tout cela a été inutilement, si bien que je croy qu'on peut asseurer, que pour la fonte de l'ambre il faut une chaleur plus forte & plus prompte que cette Machine n'en peut donner.

3º. Quoy qu'il semble que la corne de bœuf soit un corps plus gluant que les os, je n'ay jamais pu en tirer aucune gelée ny colle, quoyque j'aye remis la mesme corne trois ou quatre fois de suite dans la Machine sur le feu.

4º. Je n'ay jamais pu prendre l'yvoire molle & pliante, quoyque je l'aye fait cuire de diverses manieres, & avec diverses liqueurs, comme sont la graisse, l'huyle, la bierre & l'eau, j'en ay tiré de fort belle gelée bien transparente, mais l'yvoire demeure cassante.

5º. L'écaille de tortuë ne se sçauroit ramollir en boüillant dans l'huyle, mais dans l'esprit de vin elle s'enfle, & devient pleine de cavitez comme une éponge.

6º. La corne de bœuf & l'écaille de tortuë ayant esté cuittes dans l'eau, a une chaleur capable de faire exhaler la goutte d'eau en 3. secondes, avec une pression interieure 12. fois plus forte que la pression ordinaire de l'air; elles deviennent si molles, qu'elles ne se rendurcissent point en 3. ou 4. jours de temps, & peut-estre que cecy pourroit être d'usage dans la pratique, & donner plus de commodité de mettre ces matieres en œuvres, que quand elles ne sont échauffées qu'à la maniere ordinaire; il faut pourtant avoüer qu'elles demeurent aprés cela plus cassantes qu'auparavant; & j'ay une fois veu deux pieces d'écaille de tortuë, qui en cuisant ensemble, s'estoient si bien collées l'une à l'autre, qu'elles se rompoient ailleurs, plûtost que de se des-unir.

CHAPITRE IX.

_CALCVL DV PRIX A QUOY DE BONNES & GRANDES MACHINES POURROIENT REVENIR, & DU PROFIT QU'ELLES POURROIENT APPORTER._

PARCE que l'on objecte d'ordinaire contre les nouvelles Inventions, que la dépense ira plus loing que le profit qu'elles pourront apporter, j'ajoûteray icy un calcul de la dépense qu'il y auroit à faire pour de telles machines que celles que j'ay décrites, & du profit qu'on en tireroit.

J'ay esté chez un Marchand de fer, & j'y ay fait peser un tuyau de fer de fonte qui avoit 6. pouces de diametre & 2. pieds de haut, il estoit sans doute assez fort pour resister à une pression interieure 20. fois plus forte que la pression ordinaire de l'air; cependant il ne pesoit que 57. liv. si bien qu'un autre tuyau de cette sorte qui auroit 12. pouces de diametre, & autant de force à proportion de sa grosseur ne peseroit qu'environ 228. liv. mais quand mesme un vaisseau de cette grandeur avec ses fonds peseroit 250. liv. il ne reviendroit toûjours pas à 29. livres tournois, puisque les marchands peuvent gagner en donnant cette sorte de fer pour 2-1/2 sols la livre.

On pourroit faire user & ajuster le couvercle au vaisseau dans le lieu mesme où sont les forges, & où les ouvriers travaillent à bon marché, & ainsi cela se pourroit faire à moins de 20. sols pour chaque Machine.

Les pieces de fer DD avec les quatre vis crainte que deux ne fussent pas suffisantes, & la verge de fer LM se pourroient faire à moins d'un écu, sur tout si on les faisoit à la campagne, & beaucoup à la fois.

Ce ne seroit aussi que trop de donner un écu pour mettre le tuyau HH, & y aioûter la soupape.

On pourroit aussi avoir la marmitte GG de fonte, de fer, de verre ou de pots de grais pour moins de 4. écus, & elle seroit assez forte & assez grande pour contenir 8. livres d'eau, i'avouë pourtant qu'il seroit difficile de faire un verre si grand, mais au lieu d'un, on en pourroit faire trois ou quatre, pour mettre l'un sur l'autre dans le mesme chassis. On peut donc asseurer qu'un marchand pourroit avec bon profit vendre de telles marchandises à seize écus la piece toutes prestes & en bon estat.

Une Machine telle que ie viens de décrire feroit plus de 50. liv. de gelée à la fois, & elle pourroit faire son effet du moins deux fois en 24. heures; car i'ay éprouvé que ma grande Machine qui a six pouces de diametre, peut en moins d'une heure acquerir toute la chaleur necessaire pour faire de la gelée d'os. On peut donc asseurer qu'on pourroit faire du moins 110. liv. de gelée par iour avec une machine de 12 pouces de diametre.

Or dans Paris, où quelques Traitteurs tiennent toûjours de la gelée prête pour ceux qui en veulent achepter; On la vend communement vingt sols la livre: mais dans Londres où l'on n'en fait que quand on la demande, les Apoticaires la vendent deux Chelins; ce seroit donc rendre un bon service au public, si quelqu'un entreprenoit de fournir la gelée à 4. sols la livre; Cependant un homme pourroit à ce prix-là faire par jour pour environ vingt livres tournois de gelée avec telle machine.

Le feu ne coûteroit pas six sols, & on auroit aussi les os, & un peu de corne de Cerf à bon marché, n'êtant pas necessaire de les raper, il ne faut pas non plus beaucoup de sucre pour la gelée, mais supposons que la dépense monte à huit livres tournois par jour, il restera toûjours quatre écus de profit pour le Maître de la Machine, & ainsi en quatre jours de temps, il pourra être remboursé de la dépense de l'achapt, & un homme seul pourroit faire travailler cinq ou six machines à la fois, & les employer pour divers usages, dont quelques-uns seroient peut-être de plus grand profit que de faire de la gelée; Il ne faut donc point douter, que ceux qui auront les avances necessaires pour travailler à bon escient à ces sortes de choses, y pourront faire parfaitement bien leurs affaires, & en même temps rendre un service au public.

ADVIS

MOnsieur Edmond King Docteur en Medecine, & l'un des membres de la Societé Royale de Londres, ayant fait faire une de ces machines, pour plus grande commodité & seureté a fait ajuster la verge de fer LM avec une charniere à l'extremité L, afin qu'elle tombe toûjours juste sur le Tuyau HH, & qu'il n'y ait pas de danger que la soupape P glisse à costé & gaste l'operation: Il a aussi fait bâtir un fourneau de brique tout exprés: & ainsi j'ay eu depuis la commodité d'essayer si par ce moyen la dépense du charbon seroit moindre que dans le coin de ma cheminée (_voy chap. 1._) mais j'ay trouvé contre mon attente que la dépense de charbon est beaucoup plus grande dans son fourneau, dont je croy devoir attribuer la raison à ce que les charbons dans son fourneau ne touchent pas la machine, mais demeurent à quelque distance au dessous; de mesme que dans les fourneaux ordinaires à bain de sable les charbons ne touchent pas le pot, au lieu que dans ma cheminée le charbon touche la machine presque tout le long d'un costé, & ainsi la peuvent bien mieux échauffer. Il y a donc apparence qu'il vaudroit mieux faire les fourneaux en sorte que les charbons touchassent la machine tout le long d'un costé: il vaudroit mieux aussi les faire de plaques de fer, parce que les fourneaux de brique demandent beaucoup de feu pour estre tout à fait échauffez, à moins qu'on les fasse travailler continuellement.

Cependant Mr. King a fait diverses experiences avec sa machine, ayant la commodité que le feu s'y allume sans qu'il soit besoin de souffler. Outre plusieurs bons plats de viande & de poisson, il a aussi preparé dîvers remedes, & a trouvé que dans cette machine l'operation se peut faire en moins de la dixiéme partie du temps qui est necessaire dans les autres fourneaux; & pourtant quelques unes de ces preparations sont beaucoup plus fortes que l'ordinaire.

Nous avons veu qu'en hyver la corne de cerf estant boüillie avec douze fois aussi pesant d'eau, elle la change toute en gelée: les os font la mesme chose estant boüillis avec quatre fois aussi pesant d'eau, ce qui est du moins le double de ce que j'avois trouvé en esté. _A cette occasion je rapporteray deux autres effets qui ne se produisent pas également en hyver & en esté: la premiere est la fermentation des os dont j'ay parlé chap. 3. exp. 8._ qui ne se fait pas de beaucoup si bien dans le froid que dans le chaud; le second est la cuisson des viandes: car j'ay éprouvé avec ma machine que le mouton se cuit fort bien en esté avec 5. onces de charbon; mais en hyver il ne se peut bien cuire à moins de 6-1/2 onces.

Nous avons veu qu'il n'est pas necessaire de mettre dans la machine toute l'eau qu'on veut congeler; mais mettant poids égal d'os & d'eau, aprês l'operation cette eau estant mêlée avec trois fois autant d'autre eau, la tourne toute en gelée; & ainsi la quantité de gelée qu'on peut faire avec une machine, & par consequent le profit qu'on en peut tirer, va bien plus loin que je n'ay dit dans le 9. Chapitre.

J'ay trouvé qu'un vieux chappeau fort méchant & mal travaillé, estant penetré de gelée d'os, est devenu bon & ferme; en sorte qu'il y a apparence que si on se servoit d'une telle liqueur pour faire les chappeaux, ils seroient bien meilleurs que l'ordinaire.

La machine de Mr King ayant déja donné lieu à ces experiences; Je ne doute pas que quand la chose sera devenuë commune, on en découvrira beaucoup d'autres usages en fort peu de temps.

ADVIS

_DE MONSIEVR COMIERS Prévôt de Ternant, Professeur des Mathematiques à Paris._

LA Version du Livre Anglois de Mr Papin, est autant bonne qu'on la peut souhaitter: Mais comme ce docte Medecin François de naissance, & experimenté Philosophe Cosmopolite, que l'Academie nouvellement établie à Venise, pour perfectionner les Arts & les Sciences, a tiré d'Angleterre, ne fit que passer par Paris, & y salüer ses anciens amis; il n'eut pas le temps d'y faire construire sa _Machine pour amolir les Os, & faire cuire toutes sortes de Viandes en fort peu de temps, & à peu de frais_: plusieurs personnes n'ont peu y réüssir. Cela m'a obligé de donner au public la même Machine, renduë beaucoup plus facile, plus commode & plus asseurée, & telle que Mr Hubin Emailleur du Roy, & si connu parmy les Sçavans curieux, la fit construire au mois d'Avril dernier, avec laquelle il a le premier en France, montré par experience à la Cour, & à Mrs. de l'Academie Royale des Sçiences, tout ce que Mr Papin son ancien amy, avoit promis dans son livre imprimé à Londres.

On connoistra par la seule inspection de ces figures, en quoy cette machine est plus facile, plus commode & plus seure, que celle de Mr Papin.

La Figure premiere marquée par les lettres GG:FF, represente le Cylindre creux dans lequel on met cuire les Fruits, les Legumes, les Poissons, les Chairs, & les Os pour en faire de la gelée.

Ce Cylindre creux est de Metal. Sa hauteur est d'un pied de Roy. Son diametre est de quatre pouces. Son rebord, ou cordon GG, est de quatre lignes d'épaisseur, & d'autant de sallie.

La Figure II marquée H, represente un couvercle de fonte, de trois lignes d'épaisseur, un peu voutée, pour mettre sur le Cylindre creux GG,FF.

La Figure III, marquée K, V, K: K, L, K, represente une espece d'Estrier de fer.

La Figure IV, marquée N, est une Platine de fer, de quatre lignes d'épaisseur, pour mettre sur L, fonds de l'Estrier.

La Figure V, marquée par les lettres KVK:GG.K:FF:K, represente le Cylindre creux GG:FF de la _Fig. I._ mis dans l'Estrier de _Fig. III_. On serre fortement le couvercle H, sur la bouche GG, du Cylindre creux par le moyen de la vis V, qu'on tourne avec le gros poinçon de fer Q qu'on voit dans la _Fig. IX_.

La Fig. VI, marquée par les lettres BB:DD. est un Cylindre creux de fonte. Son rebord ou cordon BB a six lignes de hauteur & autant de sallie. Son fonds DD est épais d'environ quatre lignes, afin que par l'effort de la pression interne il ne bouge, la machine figure X estant mise sur les charbons ardents. La concavité de ce Cylindre BD. Fig. VI. à un pied & un pouce de profondeur, & cinq pouces & demi de diametre d'ouverture ou largeur pour recevoir toute la machine de la Figure V. laquelle est supportée au fonds DD sur un petit bourclet cercle ou couronne de paille.

La Figure VII, marquée par les lettres _a_,T,_a_:AA. represente un Cylindre de fonte creux & renversé, pour servir de couvercle au Cylindre creux B, B: D, D. de la _Fig. VI_, ainsi qu'on le voit dans la _Fig. X_. Son diametre est égal a celuy du Cylindre creux BB. Sa hauteur est de deux pouces & demi. Son rebord ou cordon AA, est de six lignes de hauteur, & d'autant de saillie. Le Tuyau T est de fonte, & soudé au travers du fond _aa_, du couvercle _aa_:AA, son usage, est tel que Mr Papin l'a décrit.

La Figure VIII, marquée Y, est une platine de fer de quatre lignes d'épaisseur, elle est un peu cambrée sur le milieu: Elle est aussi échancrée en Z, afin qu'en la mettant sur le fonds _aa_, du couvercle _aa_:BB, comme on le voit dans la _Fig. X._ elle reçoive le Tuyau T. Cette platine y sert à presser & joindre tres-fermement par le moyen des vis O, I. le couvercle _aa_: AA. avec le Cylindre BB:DD. comme il paroist dans la _Fig. X_.