La main de Sainte Modestine

Part 11

Chapter 113,061 wordsPublic domain

Elle songeait aux joies disparues. A ces dernières semaines aussi, à ce qu’elle y avait subi. Et l’excès même de sa passion, restant sincère jusqu’au bout, la séparation totale, irrémédiable, lui semblait préférable à l’autre, ne voyant, dans la fin de tout, que son apaisement à elle, sans y rien considérer d’autre.

Un léger mouvement de son lit lui fit entr’ouvrir les paupières, sans modifier son attitude.

C’était la main de sa fille, qui avait touché le pied du lit, si doucement qu’elle s’y fût prise en écartant les rideaux.

Ses grands yeux, baignés de tendresse, fixaient la malade tristement avec une expression mélangée de l’effroi de l’enfant et de la compréhension de la jeune fille.

Puis, en face de ce grand repos, qu’elle se figurait réel, une détente modifia ses traits, illuminant sa jeune figure comme un éclair de soleil, et, appelant son père d’un signe, un doigt en travers de ses lèvres, elle releva encore le rideau.

Mal remis de cet instant d’abandon, où il se donnait le droit d’être vrai, pendant qu’il reconduisait le docteur; lui, refusait, montrant ses traits bouleversés. Mais l’insistance de l’enfant, la confiance de son sourire, ce qu’elle semblait lui promettre, finirent par l’attirer. Il obéit à son geste, et, un genou sur une chaise basse, se mit à regarder avec elle, la tête contre son épaule.

Tout autres que ceux de sa fille: chauds d’amour et de souvenirs, les yeux de l’homme enveloppaient le corps étendu devant lui; rêvant follement que tout fut un songe: le mal, le danger; se rappelant d’autres sommeils, suivis par lui ainsi, songeant à ce que de prochains pourraient être encore... Jusqu’à ce que la réalité présente lui traversa le cœur d’une douleur, tirant sa figure de nouveau, dans son expression de désespoir, et le fit se lever pour s’éloigner.

Mais l’enfant, qui le surveillait, resserrait son bras sous le sien, lui murmurait des mots confiants, le leurrait du calme menteur de la douce respiration, si égale sous le drap, de ces mains paisibles, étendues; et obtenait qu’il restât.

Il écoutait, vite convaincu; retombait sur sa chaise, et ses yeux reprenaient leur direction, leur ardeur, leurs pensées.

Si accoutumée qu’elle fût à pareille atmosphère d’amour, sous le double regard de ces êtres, la malade s’énervait.

Toute une face de sa vie, non envisagée depuis des années, se rouvrait devant elle.

Qu’était-elle donc pour eux--qu’avait-elle été surtout,--pour qu’ils la pleurassent ainsi? Que perdraient-ils en la perdant?

Rien, en réalité. Quelque chose seulement, par prestige; par ce qu’ils la faisaient dans leur cœur.

Et une joie singulière l’envahissait en pensant qu’elle resterait toujours pour eux, désormais, telle qu’elle était là sur ce lit: jeune, séduisante, adorée, avec cette idéalisation mélancolique des créatures tôt disparue, et ce charme indéfinissable qui tirait les cœurs à elle. Que jamais les yeux de sa fille ne modifieraient, en pensant à elle, ce limpide regard aimant qui l’enveloppait en ce moment.

Dans ces prunelles bleues, elle cherchait la femme prochaine. Elle variait leur expression, de tout ce que la suite de la vie y devait mettre peu à peu, jusqu’à la connaissance de tout. De l’amour, des tentations, de leur fléchissement peut-être, de leur jugement, à coup sûr.

Et un tressaillement victorieux exaltait ses pensées de mort, en songeant à certaines heures que l’avenir aurait pu lui réserver.

C’était fini maintenant; elle en était gardée pour toujours.

Si tant de hasards dangereux et son effroyable insouciance avaient laissé jusque-là son mari dans l’ignorance, qui viendrait l’éclairer à présent? Qui dirait jamais à sa fille quelle mère elle pleurait?

Surexcitée par cette œuvre nouvelle, se créer en un instant la femme qu’elle voulait rester, elle ouvrait les yeux pour sourire, quand une pensée subite lui mit une sueur d’angoisse aux tempes.

Toutes les lettres de son ami, jamais détruites, et quelques-unes écrites par elle, et redemandées par caprice, étaient là, dans son bureau, rangées tendrement par paquets, dans un tiroir, à peine fermé, où elle entassait ses trésors.

La moindre d’elles la perdrait, et il y en avait des liasses; et la première fois que son mari, avide de souvenirs et de reliques, viendrait plus tard s’asseoir là devant, cherchant passionnément sa trace, c’était ça qu’il trouverait. De sorte que, sans méchanceté, sans indiscrétion de personne, il apprendrait tout, d’un seul coup, perdant dix ans de bonheur passés, et elle, pour la seconde fois.

Toujours, elle avait remis à quelque jour de grand courage la totale destruction que la prudence exigeait. Jamais elle n’avait trouvé ce jour.

Il y a dans les plis, l’odeur, les caractères d’une lettre, quelque chose de si sensible, de si réel, que c’est douloureux à sacrifier, comme un peu de l’être aimé.

Surtout, elle se sentait un tel temps pour pourvoir à cette besogne! Des semaines et des semaines devant elle!...

Quelle prévoyance humaine, tenant à la lettre le conseil de l’Écriture: «Le matin, pensez que vous n’atteindrez pas le soir. Le soir, n’osez pas vous promettre de voir le matin», est prête, sinon d’âme, au moins de dispositions et de prudence matérielles, à ne pas rentrer chez elle un jour, et à n’y laisser ni danger, ni héritage douloureux pour ceux qui restent? Et que de peines cependant épargnées par ce soin!

Machinalement, sans pouvoir s’en empêcher, elle cherchait à faire le total des lettres enfermées là-bas, commençant par la pile de gauche, dont elle avait toute la substance.

Ensuite, c’étaient ses lettres à elle, dont elle avait moins la mémoire, qu’elle ne réussissait pas à estimer précisément, et qui l’arrêtaient toujours.

Au milieu de son épouvante, elle s’obstinait à cette tâche puérile, comme si le nombre plus ou moins grand de ces billets révélateurs, pût augmenter ou atténuer le mal qu’ils devaient causer; cherchant; cherchant. Jusqu’à ce que sa tête vague lui refusât tout service, ne fût plus qu’une voûte vide, obscure, sonore; où ses idées tourbillonnaient, avec le vol incertain et peureux d’oiseaux de nuit, tournant en cercles.

Dire qu’il lui aurait suffi d’une heure de sa vie ancienne pour que rien de cette charge terrible n’existât plus aujourd’hui. Qu’il ne lui faudrait, maintenant encore, qu’un instant de solitude assurée; un peu de forces, que sa volonté trouverait quand il faudrait; pour que le feu clair, entretenu nuit et jour dans sa chambre, prît son secret.

Avec un sentiment tout autre, elle se répétait de nouveau les mots surpris fortuitement: «Elle peut durer cinq ou six jours...» De cette échéance si courte, elle prenait le terme le plus proche, et songeait qu’en ces brèves journées, il fallait que la chose fût faite.

Et si cet homme s’était trompé? Si le même soir ou le lendemain, elle disparaissait soudainement?

Son front se serrait à cette idée; son cœur battait, à l’étouffer; un cri lui venait dans la gorge, qu’elle n’arrêtait pas tout entier, qui finissait en gémissement; pendant qu’un grand frisson la secouait, de ses talons jusqu’à sa nuque, ranimant l’inquiétude dans les yeux qui l’observaient, en dépit de l’immobilité qu’elle affectait de conserver.

Dès lors, commença pour elle le plus terrible des supplices, sans trêve d’une minute, sans que rien la fît se relâcher de sa surveillance attentive, elle guettait le moment propice.

Elle luttait contre le sommeil, en le feignant presque constamment; contre la soif, contre ses malaises; contre les vifs désirs de ces mille petites choses, que les malades, incessamment, réclament et veulent essayer.

Il lui semblait qu’à force de rester, sans parler et sans remuer, on finirait par l’oublier. Qu’en se voyant auprès d’elle si peu occupé; devenu vraiment inutile, son mari, après sa fille, céderait à sa grande fatigue, et s’en irait dormir un instant, comme elle, la malade, le faisait obstinément.

Mais, dans son fauteuil, tout proche, il ne fermait pas même les yeux, et l’immobilité qu’elle s’imposait, ne servait qu’à la briser de courbatures et de douleurs.

Ce moyen tenté sans succès, elle essaya de toutes les ruses que peut un esprit féminin, harcelé par la terreur. Patiente et ingénieuse comme un prisonnier dans sa cellule, qui sonde chaque pierre, reconnaît chaque issue; même celles manifestement impraticables, pour ne rien laisser au hasard.

Puis un caprice furieux, éclatant comme ceux de jadis, exila de sa chambre son mari, sa fille, dont les mouvements, la respiration, les regards, l’épuisaient, prétendait-elle.

Elle y gagna que, retirés dans la chambre voisine, et séparés par une portière, ils suivirent, avec une anxiété décuplée par la distance, chacun de ses mouvements; paraissant sur le seuil au moindre bruit.

Découragée, elle les laissa reprendre leur place, sans rien dire, épeurée parfois de sa solitude; mieux défendue, lui semblait-il, de la terrible visiteuse qu’elle attendait, quand ils la gardaient tous les deux.

Ses heures affreuses étaient les heures de la nuit.

L’enfant partie, après avoir pris son baiser du soir sur le bout des doigts de sa mère, ou le bord de sa couverture; la femme de chambre étendue, sur un lit dans la pièce voisine, elle restait avec son mari, et un tête-à-tête commençait, qui redoublait, s’il était possible, l’horreur de ses angoisses. Soit qu’il essayât de courtes et ardentes tendresses, soit qu’il restât immobile, à la regarder sans rien dire.

Il semblait à la pauvre femme que son front usé, par la maladie et la peur, laissait fuir son secret; qu’elle le voyait glisser; ou que s’il ne sortait pas par là, elle allait le crier, malgré elle, avouant tout, sans savoir pourquoi, et provoquant la scène terrible, qu’elle se représentait sans relâche, et qui allait éclater tout de suite, sans attendre qu’elle fût morte--son mari ouvrant le tiroir.

Même, une fois, l’abominable obsession prit une réalité si forte, qu’elle se leva droite dans son lit, prête à courir jusqu’au meuble pour y arriver avant lui, et mit son pied sur le tapis.

Debout en même temps, son mari la recoucha plein de terreur, la croyant prise de délire, et elle se laissa faire avec docilité, heureuse de l’intervention matérielle, qui la délivrait de son cauchemar.

Puis le tête-à-tête recommença, douloureux, formidable, chacun cachant à l’autre la pensée qui le meurtrissait, appelant le jour de ses vœux pour clore ces nuits d’épouvante d’où la malade sortait brisée et blême, les cheveux mouillés, les mains tremblantes.

A lui, comme à elle, il semblait, sans qu’il sût pourquoi, que le premier rayon de jour atteint, leur assurait ce jour tout entier; et ils soupiraient de délivrance à la première roseur de l’aurore.

Au quatrième de ces jours, pourtant, l’agitation de la pauvre femme redoubla, devint horrible.

Si le médecin avait bien prédit, il lui restait alors tout juste douze heures pour accomplir sa besogne.

Comment trouverait-elle, pendant leur courte durée, l’occasion mille fois provoquée depuis qu’avait commencé cette double et tragique agonie?

Tenir sa vie dans ses mains! La pouvoir refaire d’un coup, puisqu’il suffisait ici qu’on «sût» ou qu’on ne «sût» pas, pour qu’elle fût et restât toujours innocente ou coupable.

Alternative terrible, dont la solution, à mesure que le terme se rapprochait, l’étreignait d’une frayeur grandissante qu’elle ne pouvait plus cacher.

Hanté de sa pensée unique, son mari interprétait cette émotion croissante comme l’horreur de la lutte finale qu’elle devinait instinctivement, et son cœur saignait de pitié en face de cette révolte si bien compréhensible à ses regrets, sans qu’il osât risquer pourtant un mot d’abandon ou de franchise par crainte de s’être abusé et de lui révéler trop de choses en s’attendrissant avec elle.

Quand vint midi de ce jour-là, la fièvre, qu’il ne semblait plus possible de voir augmenter, monta.

Le corps entier de la malade brûlait la main en le touchant.

Ses lèvres, incessamment mouillées, se séchaient dès que s’écartait le mouchoir trempé d’eau avec quoi on les humectait.

Sans voix. Peut-être sans pensée, tout l’affolement de son pauvre être s’était réfugié dans l’observation d’une horloge dont le mouvement uniforme la tenait hypnotisée.

Haletante de peur à chaque sonnerie, à chaque glissement de l’aiguille, elle sentait les battements réguliers frapper un à un sur sa chair, comme si la tige d’acier y fût entrée réellement à chacun de ses va-et-vient, par une piqûre aiguë.

L’influence douloureuse de ce bruit répété était si manifeste sur elle qu’on tenta de l’arrêter, espérant la délivrer de cette fièvre communicative. Mais elle réclama son supplice, la voix brève et l’œil impérieux, tremblant d’impatience jusqu’à ce que le battement monotone recommença de lui hacher la vie et le cœur par secondes.

La nuit qui suivit fut meilleure.

Fataliste dans l’acceptation du délai qu’on lui avait marqué, la malade se disait que ce jour cruel passé, lui assurait un lendemain, et elle voulait rassembler ses forces pour une suprême tentative qu’elle avait résolu de faire.

Dès le matin à son réveil, elle se montra souriante, et par un effort terrible, sans agitation ni souci.

Pour la première fois, depuis la conversation surprise, elle parla de sa guérison; s’inquiéta tendrement de la pâleur de son mari, des joues maigries de sa fille; gronda l’un de ne pas soigner l’autre, chacun d’eux de son entêtement à rester là enfermé, sans respirer l’air du dehors, et, tout courant, dans son discours un peu coupé, dit qu’elle voulait manger et boire, que cela la remettrait, et qu’il fallait lui aller chercher d’un petit vin du pays, célèbre par sa couleur, la chaleur qu’il mettait aux membres, dont elle avait bu autrefois dans une auberge qu’elle désignait, et dont elle désirait goûter.

Surpris, frémissant d’espoir, radieux d’un désir exprimé, son mari se leva sur-le-champ pour aller donner des ordres, mais elle l’arrêta d’un mot.

Ce n’était pas ça qu’elle voulait. Elle entendait que tout le monde fût guéri en même temps qu’elle, les joues maigries et les yeux battus, et exigeait que son mari, accompagné de sa fille, s’en allât chercher lui-même la chose qu’elle désirait.

A tous les refus qu’il opposait, elle insistait plaisamment, commandant à sa voix pour parler avec naturel, alors qu’elle brûlait d’attente.

«La course n’était pas d’un quart d’heure, avec des chevaux un peu vites. Ils n’avaient qu’à prendre les bais.

«Dans trente minutes, exactement, lui et l’enfant seraient de retour.

«Elle, rose et fouettée par le vent; lui, calmé d’un peu de grand air.»

Puis, comme il résistait encore, elle l’a fait appelé à elle, renvoyant sa fille d’un geste, et la voix et les yeux noyés, elle s’était mise à lui rappeler ce jour de leurs premiers temps de mariage, où, à souper, dans cette auberge, ils avaient bu de ce vin, qu’elle souhaitait ravoir aujourd’hui; mais qu’elle ne voulait que de sa main, pour que l’évocation fût complète.

Les mots lui coûtaient tant à former, que pour être sûre de les prononcer, sans qu’un coup de dents claquant les coupât en deux d’une morsure, elle les préparait à l’avance; les prononçant lentement, enfonçant ses ongles dans sa main, pour passer le mouvement nerveux, qu’elle sentait venir au milieu.

La comédie lui répugnait.

Ces termes d’amour, qu’elle retrouvait péniblement dans sa tête épuisée, la bouleversaient de souvenirs, de regrets, d’horreur, et elle sentait qu’encore un peu, sa volonté défaillirait pendant qu’elle prolongeait son sourire pour remplacer les mots qui manquaient à sa mémoire vidée.

Enfin l’homme se décida.

Il l’étreignit d’une vive caresse, et cédant à la satisfaction complète de sa soudaine fantaisie, il sortit en appelant sa fille.

Pendant le quart d’heure nécessaire pour atteler et s’apprêter, elle était restée sans parler, défendant à son cœur de battre; se fortifiant d’un calme profond, qu’elle buvait comme un cordial.

Le roulement de la voiture, sur le sable de l’allée, la secoua comme le choc d’une machine électrique.

Elle rouvrit ses yeux, qui tant de fois depuis ces six jours avaient erré désespérément autour d’elle, et, avec une âpre ardeur, elle regarda la chambre vide, le feu flambant; et là-bas, le meuble terrible, dont les lignes droites et sobres avaient revêtu pour elle, tant de formes menaçantes, hideuses, fantastiques. Elle fixa la pendule aussi, cette ennemie, cette mangeuse, qui luttait de vitesse avec elle, et lui avait fait depuis une semaine courir une si cruelle course. Puis renvoyant, sans qu’elle pût répliquer, la femme assise près de la croisée, elle l’écouta fermer la porte.

On n’entendait de bruit nulle part, et le froissement de son lit, pendant qu’elle glissait à terre, la fit frissonner d’épouvante.

Sur le tapis ses pieds nus traînaient comme des pas de fantôme.

Maintenant qu’elle était debout, de grandes vagues de sang lui bruissaient dans les oreilles, comme si elle s’enfonçait sous l’eau, et sa marche tremblante la menait d’une façon si incertaine, qu’elle se reconnut près de la fenêtre, quand, après des peines éperdues, elle eut traversé toute la chambre.

Appuyée contre les rideaux, elle reprit haleine un moment, et crut voir, en recommençant sa course, que sa chambre changeait de forme, devenait ronde et tournoyait.

Elle se raisonna là-dessus, s’expliquant son trouble à elle-même, et dans un effort surhumain franchit la distance finale.

Cette fois, elle était bien venue, et se trouva contre le bureau, au moment où sa main tremblante chercha un point où prendre appui.

Quand ses doigts, en s’abattant, reconnurent le bois familier, sa tête se dégagea soudain, et une joie violente et triomphante, faite de ce qu’il y avait de meilleur en elle, l’envahit, et la galvanisant toute, lui rendit ses forces complètes.

La clef, tournée de deux tours, comme elle l’avait laissée, était dure pour elle.

Elle se reprit à plusieurs fois, avant d’arriver à l’ouvrir, puis la sentit céder enfin.

Les paquets noués de leurs rubans apparurent à ses yeux.

La vision de sa fille lui revint; des prunelles bleues, si candides. Elle était sauvée, cette fois, de leur blâme et de leur douleur!

Mais de nouveaux bouillonnements lui troublèrent les yeux et le front. Puis elle eut une douleur au cœur, si atroce, qu’elle comprit ce qu’elle devait signifier, et ramassant sa volonté comme un lutteur qui se sent vaincu, elle tira le tiroir à elle.

Il vint à la secousse, tout entier, et comme elle chancelait en même temps, il acheva de lui faire perdre pied, et tomba sur elle, entièrement, éparpillant tout son contenu sur sa grande robe de nuit, sans que ses mains tenaces eussent lâché le bord qu’elles tenaient.

La congestion, foudroyante, ne lui laissa pas cinq minutes, d’agonie et d’étouffements.

Elle ne se déplaça même pas; et ce fut ainsi, où elle était, que son mari et sa fille la trouvèrent tous deux, en rentrant, sa courte lutte terminée.

--Et sa fille? questionna une femme dans le silence qui persistait, une fois que le conteur se fut tu.

--Elle est rentrée dans son couvent, pour achever son éducation. Elle a voulu y rester; elle y est toujours, je crois.

FIN

IMPRIMERIE NELSON, ÉDIMBOURG, ÉCOSSE

PRINTED IN GREAT BRITAIN