La légende dorée traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes, et un index alphabétique

Part 27

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2º L’Esprit-Saint est envoyé de deux façons: d’une façon invisible quand il pénètre dans les âmes, et d’une façon visible quand il apparaît avec des signes visibles. De sa mission invisible, l’évangile de saint Jean dit: «L’Esprit souffle où il veut et tu entends sa voix, mais sans savoir d’où il vient ni où il va.» Quant à la mission visible du Saint-Esprit, elle s’est manifestée par cinq signes: 1º sous la forme d’une colombe au baptême du Christ (saint Luc, III); 2º sous la forme d’un nuage lumineux, à la transfiguration du Christ (saint Matthieu, XVI); 3º sous la forme d’un souffle (saint Jean, XX); 4º sous la forme d’un feu, et 5º sous la forme d’une langue: ces deux dernières manifestations ont eu lieu en ce jour de la Pentecôte.

3º L’Esprit-Saint a été envoyé aux apôtres le cinquantième jour après la Pâque.

4º L’Esprit-Saint a été envoyé aux apôtres trois fois, d’après la _Glosse_: avant la passion, après la résurrection et après l’ascension. La première fois, il a été envoyé aux apôtres pour leur permettre de faire des miracles (saint Matthieu, XII). D’où l’on ne doit point conclure que quiconque possède l’Esprit-Saint puisse faire des miracles: car, comme le dit saint Grégoire: «Les miracles ne font pas le saint, mais ne sont que son signe»; et, d’autre part, on peut faire des miracles sans avoir l’Esprit-Saint, puisque les méchants eux-mêmes ont pu se vanter de faire des miracles. La seconde fois, l’Esprit-Saint a été envoyé aux apôtres pour leur permettre de pardonner les péchés; car Jésus leur a dit: «Recevez l’Esprit-Saint et ceux à qui vous remettrez leurs péchés, etc.» Et nous devons noter, à ce propos, que personne ne peut remettre les péchés, quant à la tache qui est dans l’âme, ni quant à l’offense commise envers Dieu. Quand on dit qu’un prêtre absout, cela signifie seulement qu’il annonce au pécheur que Dieu l’a absous, ou bien qu’il change la peine du purgatoire en une peine temporelle, ou bien encore qu’il relâche une partie de cette peine temporelle. Enfin, la troisième fois, en ce jour de la Pentecôte, l’Esprit-Saint a été envoyé aux apôtres pour fortifier leurs cœurs, et pour leur donner le courage d’affronter toutes les persécutions.

5º L’Esprit-Saint a été envoyé aux disciples, qui étaient prêts à le recevoir, en raison de sept qualités qui étaient en eux: car ils étaient tranquilles, unis par l’amour, recueillis, persévérants dans la prière, humbles, pacifiques et élevés dans la contemplation.

6º L’Esprit-Saint a été envoyé sur terre pour six motifs: 1º pour consoler les affligés; 2º pour vivifier les morts; 3º pour sanctifier et pour purifier; 4º pour consolider l’amour au milieu des discordes; 5º pour sauver les justes; 6º enfin pour instruire les ignorants, car le Christ a dit: «Mon Esprit vous apprendra tout.»

LXXV

SAINT URBAIN, PAPE ET MARTYR

(25 mai)

Urbain succéda au pape Calixte; et, sous son pontificat, se produisit une grande persécution des chrétiens. Mais enfin l’empire échut à Alexandre dont la mère Ammée avait été convertie au christianisme par Origène. Cette sainte femme obtint de son fils, à force de prières, qu’il renonçât à persécuter les chrétiens.

Cependant, le préfet Almaque, qui avait décapité sainte Cécile, continuait à sévir cruellement contre les chrétiens. Il fit rechercher soigneusement saint Urbain, le découvrit--sur la dénonciation d’un certain Carpasius--dans une grotte où il était caché avec trois prêtres et trois diacres, et les fit jeter en prison. Il le manda ensuite en sa présence, lui reprocha d’avoir corrompu cinq mille personnes, parmi lesquelles la sacrilège Cécile et deux hommes illustres, Tiburce et Valérien. Après quoi il le somma d’avoir à lui restituer le trésor de Cécile. Mais Urbain: «A ce que je vois, ta cruauté à l’égard des saints s’inspire davantage de ta cupidité que de ta dévotion à tes dieux. Sache donc que le trésor de sainte Cécile est monté au ciel par les mains des pauvres!» Le préfet fit alors battre Urbain et ses compagnons avec des verges plombées. Et comme le pontife invoquait le Seigneur sous son nom d’Elyon, il s’écria en souriant: «Ce vieillard veut paraître savant, et voilà pourquoi il emploie des mots que nous ignorons!» Mais comme les martyrs restaient fermes dans leur foi, ils furent reconduits dans la prison, où Urbain baptisa le geôlier Anolinus et trois tribuns que le préfet lui avait envoyés. Ce qu’apprenant, celui-ci fit trancher la tête à Anolinus, puis ordonna à Urbain et à ses compagnons de répandre de l’encens devant une idole; mais, sur la prière d’Urbain, l’idole s’abattit de son piédestal et tua les vingt-deux prêtres qui lui rendaient hommage. De nouveau roués de coups, les chrétiens furent de nouveau sommés de sacrifier devant une idole; mais ils crachèrent sur l’idole, firent le signe de la croix, et, s’étant donné réciproquement le baiser de paix, se laissèrent mettre à mort, sous le règne de l’empereur Alexandre.

Aussitôt l’homme qui les avait dénoncés, Carpasius, fut saisi du démon, et, avant de mourir étouffé, se mit à blasphémer ses dieux et à faire malgré lui l’éloge des chrétiens; sur quoi sa femme, Arménie, sa fille Lucine, et toute sa famille reçurent le baptême des mains du saint prêtre Fortunat, et ensevelirent pieusement les corps des martyrs.

LXXVI

SAINTE PÉTRONILLE, VIERGE

(31 mai)

Pétronille, dont la vie nous a été racontée par saint Marcel, était la fille de l’apôtre saint Pierre; et celui-ci, la voyant trop belle, obtint de Dieu qu’elle souffrît de la fièvre. Or un jour, comme ses disciples étaient auprès de lui, Tite lui dit: «Toi qui guéris tous les malades, pourquoi ne fais-tu pas que Pétronille se lève de son lit?» Et Pierre lui répondit: «Parce que cela me convient ainsi!» Ce qui ne signifie nullement, d’ailleurs, qu’il n’ait pas eu le moyen de la guérir; car, aussitôt, il lui dit: «Lève-toi, Pétronille, et viens vite nous servir!» La jeune fille, guérie, se leva et vint les servir. Mais, quand elle eut fini, son père lui dit: «Pétronille, retourne dans ton lit!» Elle y retourna, et fut tout de suite reprise de sa fièvre. Et plus tard, lorsqu’elle commença à être parfaite dans l’amour de Dieu, son père lui rendit la parfaite santé.

Alors un seigneur, nommé Flaccus, frappé de sa beauté, vint la demander en mariage. Et elle répondit: «Si tu veux m’épouser, envoie-moi des jeunes filles qui me conduisent jusque dans ta maison!» Mais quand elles furent arrivées, Pétronille se mit à jeûner et à prier, communia, se coucha dans son lit, et, après trois jours, rendit son âme à Dieu.

Alors Flaccus, se voyant déçu, s’adressa à une compagne de Pétronille appelée Félicula, la sommant de se marier avec lui ou de se sacrifier aux idoles. La jeune fille s’étant refusée à faire aucune de ces deux choses, Flaccus la jeta en prison, où elle resta sept jours sans manger ni boire; puis il ordonna qu’elle fût torturée sur un chevalet et que son corps fût jeté à la voirie. Saint Nicodème en retira ses restes et les ensevelit: ce qui lui valut à son tour d’être emprisonné, frappé de lanières plombées, et jeté dans le Tibre, d’où le clerc Juste retira ses restes pour les ensevelir honorablement.

LXXVII

SAINT PIERRE L’EXORCISTE, MARTYR

(2 juin)

Pierre l’exorciste avait été mis en prison par un préfet qui persécutait les chrétiens. Or la fille du geôlier de la prison, nommé Archémius, était possédée d’un démon qui la faisait beaucoup souffrir. Et un jour que son père s’en plaignait devant son prisonnier, celui-ci lui dit que, s’il voulait croire au Christ, sa fille recouvrerait aussitôt la santé. Archémius lui répondit: «Je me demande comment ton maître pourrait guérir ma fille, tandis qu’il n’a pas même le pouvoir de te délivrer, toi qui souffres tant pour lui!» Et Pierre: «Mon Dieu a bien le pouvoir de me délivrer, mais il veut que, par des souffrances passagères, nous parvenions à une gloire éternelle.» Et Archémius: «Hé bien, je vais te mettre une double chaîne: et si ton Dieu te délivre, et s’il guérit ma fille, je croirai au Christ!» Or, cette même nuit, Pierre, délivré de sa double chaîne, tout vêtu de blanc, et tenant en main une croix, apparut devant Archémius, qui se prosterna à ses pieds. Puis, trouvant sa fille guérie, le geôlier reçut le baptême avec toute sa maison; et plusieurs des prisonniers, s’étant convertis, furent baptisés par le prêtre Marcellin. Ce qu’apprenant, le préfet se fit amener tous ces prisonniers. Et Archémius, tout en les convoquant et en leur baisant les mains, leur dit que ceux qui redouteraient d’aller au martyre pouvaient s’enfuir impunément.

Cependant le préfet, apprenant que Marcellin et Pierre avaient baptisé leurs compagnons, les fit mettre tous deux dans des cachots séparés. Marcellin, dépouillé de ses vêtements, dut s’étendre sur du verre brisé, avec privation de manger et de boire; Pierre fut enfermé au haut d’une tour, dans une cellule sans air et sans lumière, où il fut également condamné à mourir de faim. Mais un ange vint les délivrer l’un et l’autre et les reconduisit auprès d’Archémius, leur enjoignant de se présenter devant le préfet sept jours plus tard, après avoir, pendant ces sept jours, réconforté leurs frères prisonniers. Or le préfet, ne les trouvant plus dans leurs cachots, manda Archémius, et, sur son refus de sacrifier aux idoles, ordonna qu’il fût enterré vif avec sa femme. Et les deux saints, à cette nouvelle, sortirent de leur cachette, rejoignirent Archémius dans son cachot, où saint Marcellin célébra la messe, et dirent ensuite aux incrédules: «Voyez, nous aurions pu délivrer Archémius et rester cachés; mais nous n’avons voulu faire ni l’un ni l’autre!» Alors les païens, irrités, tuèrent Archémius à coups d’épée et lapidèrent sa femme et sa fille. Quant à Marcellin et à Pierre, ils eurent la tête tranchée, à l’entrée d’une forêt qui aujourd’hui encore porte le nom de «blanche», en commémoration de leur martyre. Un certain Dorothée vit leurs deux âmes, toutes couvertes de soie éclatante et de pierreries, être emportées au ciel par des anges: sur quoi lui-même devint chrétien, et plus tard mourut dans le Seigneur. Le martyre des saints Pierre et Marcellin eut lieu sous le règne de l’empereur Dioclétien.

LXXVIII

SAINTE SOPHIE ET SES TROIS FILLES

MARTYRES[9]

(4 juin)

[9] Ce chapitre manque dans plusieurs manuscrits, et pourrait bien être une interpolation.

Nous allons raconter le martyre de Sophie et de ses trois filles, Foi, Espérance et Charité. C’est à sainte Sophie qu’est consacrée la cathédrale de Constantinople.

Cette sainte avait élevé ses filles sagement dans la crainte de Dieu. La première de ses filles avait onze ans, la seconde dix, et la troisième huit. Etant venue à Rome avec elles, et visitant les églises tous les dimanches, elle fut dénoncée à l’empereur Adrien, qui fut si frappé de la beauté des trois vierges qu’il offrit de les adopter comme ses propres filles. Mais les trois vierges refusent l’offre et se proclament chrétiennes. Alors Foi est rouée de coups par trente-six soldats. En second lieu, on lui arrache les mamelles, et des mamelles jaillit du sang, et du lait des blessures. Les spectateurs acclament la jeune fille, et celle-ci, toute joyeuse, insulte son persécuteur. En troisième lieu, elle est mise sur un gril ardent, en quatrième lieu plongée dans un mélange d’huile bouillante et de cire. Et comme tout cela ne lui fait aucun mal, en cinquième lieu on lui tranche la tête. Vient ensuite le tour de sa sœur Espérance; mais elle, non plus, ne consent pas à sacrifier aux idoles. On la plonge dans un chaudron plein de graisse, de cire et de résine. Des gouttes tombant de ce chaudron brûlent les infidèles, mais la jeune fille ne souffre aucun mal. Enfin, on lui tranche la tête. La troisième fille, encore tout enfant, refuse à son tour de flatter Adrien et de lui obéir. Le cruel empereur lui fait rompre les membres; il la fait fouetter; il la fait jeter dans un four enflammé d’où sortent des étincelles qui tuent six mille païens; mais la petite ne souffre aucun mal, et se promène parmi les flammes comme rayonnante d’or. On la perce alors de pointes de fer rouge, et on finit par lui trancher la tête: ainsi elle recueille la couronne du martyre.

La sainte mère ensevelit pieusement les restes de ses filles, puis, se couchant sur leur tombeau, elle dit: «Filles chéries, prenez-moi près de vous!» Et aussitôt elle s’endormit en paix, et fut ensevelie avec ses filles. Et on doit la considérer comme triplement martyre, car elle a souffert de tous les supplices infligés à ses trois filles. Quant à l’empereur Adrien, il pourrit vivant et finit par crever, en avouant qu’il avait injustement torturé des saintes de Dieu.

LXXIX

SAINTS PRIME ET FÉLICIEN, MARTYRS

(9 juin)

Prime et Félicien furent dénoncés à Dioclétien par les prêtres des temples, qui affirmaient ne rien pouvoir obtenir de leurs dieux aussi longtemps que ces deux hommes refuseraient de sacrifier. Tous deux furent alors jetés en prison, mais un ange vint les délivrer. Ramenés devant l’empereur, et comme ils persistaient dans leur foi, ils furent cruellement frappés de lanières. Après quoi le préfet dit à Félicien, qui était un vieillard, d’avoir égard pour son âge et de sacrifier aux dieux. Mais Félicien: «Sur les quatre-vingts ans que j’ai vécus, en voici trente déjà que j’ai reconnu la vérité, et choisi de vivre pour mon Dieu, qui peut me délivrer de tes mains!» Alors le préfet le fit ligoter, lui fit enfoncer des clous dans les mains et les pieds, et lui dit: «Tu resteras ainsi jusqu’à ce que tu aies cédé!» Et comme le saint gardait un visage joyeux, il le fit de nouveau torturer et lui refusa toute nourriture. Puis, appelant devant lui saint Prime, qu’il avait séparé de son compagnon, il lui dit: «Ecoute, ton frère Félicien s’est soumis au décret de l’empereur, et il est maintenant en grand honneur au palais. Imite donc son exemple!» Mais Prime: «Bien que tu sois fils du diable, tu as dit vrai en partie, lorsque tu as affirmé que mon frère s’était soumis à la volonté de l’empereur suprême, qui est Dieu!» Le préfet, furieux, lui fit brûler les côtes, et lui fit verser dans la bouche du plomb bouillant, tout cela en présence de Félicien qu’il espérait effrayer: mais Prime avala le plomb avec délice, comme de l’eau fraîche. Alors le préfet fit lancer sur eux deux lions; mais ceux-ci s’étendirent aussitôt à leurs pieds et restèrent là comme de doux agneaux. Des ours, qui furent ensuite lâchés contre les saints, se comportèrent de la même façon. Et à ce spectacle assistaient plus de douze mille personnes, dont cinq cents se convertirent au Seigneur. Enfin le préfet fit trancher la tête aux deux saints, et ordonna que leurs corps fussent jetés en pâture aux chiens et aux oiseaux. Mais ceux-ci n’osèrent y toucher, et les deux corps, recueillis par les chrétiens, furent pieusement ensevelis.

LXXX

SAINT BARNABÉ, APÔTRE

(11 juin)

Le lévite Barnabé, originaire de Chypre, était un des soixante-deux disciples du Seigneur. On trouve son nom très souvent cité dans les _Actes des Apôtres_, qui nous racontent ses voyages avec saint Paul, ses prédications et ses miracles. Le même livre nous apprend encore comment Barnabé s’est séparé de saint Paul. Un de leurs disciples, Jean, surnommé Marc, les avait quittés. Lorsqu’il revint, plein de repentir, Barnabé lui pardonna et consentit à le reprendre pour disciple, tandis que Paul, au contraire, s’y refusa. En quoi tous deux agirent par intention pieuse: car Barnabé pardonna par charité chrétienne, et l’inflexibilité de Paul lui fut commandée par la rigueur de sa justice. Et, d’ailleurs, cette séparation des deux saints fut sans doute inspirée d’en haut, afin que, s’étant séparés, ils pussent prêcher à un plus grand nombre de gens. Comme Barnabé se trouvait dans la ville d’Icone, le susdit Jean, son compagnon, vit apparaître un homme au visage resplendissant, qui lui dit: «Jean, sois ferme dans ta foi, car bientôt tu ne t’appelleras plus Jean, mais Sublime!» Le disciple rapporta cette vision à son maître qui lui dit: «Ne révèle à personne ce que tu viens de voir, car, à moi aussi, le Seigneur est apparu cette nuit, m’a ordonné d’être ferme, et m’a promis que bientôt je recueillerais les récompenses éternelles!» Et, la même nuit encore, saint Paul, qui prêchait également à Antioche, vit en rêve un ange qui lui dit: «Hâte-toi de te rendre à Jérusalem!» Et comme Barnabé voulait se rendre dans l’île de Chypre, pour revoir encore ses parents, et que Paul se préparait au voyage de Jérusalem, l’Esprit-Saint fit qu’ils purent se dire adieu de la façon suivante. Paul ayant répété à Barnabé ce que lui avait dit l’ange, Barnabé répondit: «Que la volonté de Dieu soit faite! Quant à moi, je vais en Chypre pour y finir ma vie: de telle sorte que je ne te reverrai plus!» Puis il se jeta en pleurant aux pieds de saint Paul; et celui-ci, plein de compassion, lui dit: Ne pleure pas, car c’est aussi la volonté de Dieu que tu ailles en Chypre. L’ange, en effet, m’a dit cette nuit de ne point m’opposer à ton départ, attendu qu’en Chypre tu opérerais de nombreux miracles, et recevrais la couronne du martyre.»

Barnabé se rendit donc en Chypre avec Jean. Il avait emporté avec lui l’Evangile de saint Matthieu: et, en posant cet évangile sur la tête des malades, il en guérissait un grand nombre, avec l’aide de Dieu. Comme ils sortaient de Chypre, ils rencontrèrent le mage Elymas, que saint Paul avait privé, pour un temps, de l’usage de ses yeux. Cet homme barra le passage aux deux chrétiens, et les empêcha d’entrer à Paphos. Mais un jour, devant les murs de cette ville, Barnabé vit une foule d’hommes et de femmes qui célébraient une fête, en courant tout nus. Il en fut si indigné qu’il maudit le temple de ces païens; et aussitôt ce temple s’écroula, écrasant dans sa chute bon nombre de païens.

Enfin, Barnabé se rendit à Salamine, où le susdit Elymas souleva une sédition contre lui. Les Juifs de la ville s’emparèrent du saint, l’accablèrent d’injures, et le livrèrent au juge, en réclamant qu’il fût châtié. Quelque temps après, on apprit la prochaine arrivée à Salamine d’un certain Eusèbe, homme très influent, de la famille de Néron. Alors les Juifs, craignant que ce haut fonctionnaire n’arrachât de leurs mains Barnabé pour lui rendre la liberté, s’empressèrent de lui passer une corde au cou, de le traîner ainsi hors de la ville, et là, aussitôt, de le brûler vif. Puis ces impies, ne se trouvant pas encore rassasiés, enfermèrent les os du saint dans un vase de plomb, qu’ils résolurent de lancer à la mer. Mais Jean, son compagnon, s’étant levé de nuit, avec deux autres de ses disciples, s’emparèrent de ses reliques, et les ensevelirent secrètement dans une crypte, où elles demeurèrent ignorées jusque vers l’an 500, sous le règne de Zénon et le pontificat de Gélase. A cette date, elles révélèrent elles-mêmes leur présence, et furent ainsi découvertes. Ajoutons que saint Dorothée affirme que saint Barnabé, avant de venir à Antioche, a prêché à Rome et a été élu évêque de Milan.

LXXXI

SAINT BASILE, ÉVÊQUE ET DOCTEUR

(14 juin)

I. Saint Basile, dont la vie a été écrite par Amphiloque, évêque d’Icone, était un évêque vénérable et un éminent docteur; et à quel degré de sainteté il s’était élevé, c’est ce que put apprendre, dans une vision, certain ermite nommé Ephrem. Cet Ephrem, étant en extase, vit une colonne de feu dont le sommet touchait au ciel, et il entendit une voix qui disait, d’en haut: «Basile est grand comme cette colonne!» L’ermite se rendit donc à la ville, le jour de l’Epiphanie, désireux de connaître un si grand homme. Mais, en voyant l’évêque revêtu de l’étole blanche et occupé à officier au milieu de la troupe de son clergé, il se dit: «Sans doute je me serai dérangé en vain; car, pour vivre entouré de tels honneurs, cet homme n’est certainement pas le saint que je pensais. Je ne puis croire qu’un homme qui vit entouré de tels honneurs soit regardé au ciel comme une colonne de feu, de préférence à nous, qui portons le poids des saisons dans nos ermitages!» Mais Basile, devinant sa pensée, le fit venir en sa présence; et Ephrem vit alors qu’une langue de feu était dans sa bouche, et il lui dit: «Oui, Basile, tu es vraiment grand, oui, Basile, tu es vraiment une colonne de feu, et c’est vraiment l’Esprit-Saint qui parle par ta bouche!» Et il dit encore à l’évêque: «Je t’en prie, saint père, obtiens pour moi que je parle grec!» Et Basile: «Quelle étrange chose tu souhaites là!» Mais il pria pour lui, et aussitôt Ephrem sut parler la langue grecque.

II. Un autre ermite, voyant Basile officier dans son église en habit pontifical, le méprisa, car il s’imaginait que cette pompe plaisait à l’évêque. Mais voici qu’il entendit une voix qui lui disait: «Tu prends plus de plaisir à caresser le dos de ta chatte, dans ton ermitage, que Basile n’en prend à vivre dans l’appareil de sa dignité!»

III. L’empereur Valens, qui favorisait les ariens, leur donna une église qu’il enleva aux catholiques. Alors Basile vint le trouver et lui dit: «Sire, il est écrit que l’honneur du roi aime la justice. Pourquoi donc as-tu consenti à ce que les catholiques fussent dépouillés de leur église au profit des ariens?» Et l’empereur: «Voici de nouveau que tu viens m’injurier, Basile! cela n’est pas digne de toi!» Mais Basile: «Il est digne de moi de mourir même, au besoin, pour la justice!» Alors Démosthène, préfet de la table impériale et partisan des ariens, se mit à l’invectiver. Et Basile lui dit: «Mon ami, ton affaire est de faire cuire les poulets de l’empereur, et non pas de faire cuire les dogmes divins!» Sur quoi le garde-bouche se tut, plein de confusion. Et l’empereur dit: «Basile, va et sois arbitre entre les deux partis, mais ne te laisse pas entraîner par ton amour excessif du peuple!» Alors Basile se rendit à l’endroit où catholiques et ariens étaient rassemblés, fit fermer les portes de l’église, et ordonna à chacun des deux partis de les sceller de son sceau, ajoutant que l’église devrait appartenir au parti qui, par ses prières, parviendrait à l’ouvrir. Sur quoi, tous s’étant mis d’accord, les ariens prièrent durant trois jours et trois nuits, et vinrent ensuite voir les portes de l’église; mais celles-ci restaient fermées. Alors Basile conduisit son clergé en procession jusqu’à l’église; et là, après avoir prié, du bout de son bâton pastoral il toucha les portes, en leur enjoignant de s’ouvrir. Et aussitôt les portes s’ouvrirent; et l’église fut restituée aux catholiques.

IV. L’_Histoire tripartite_ raconte que l’empereur promit de grandes récompenses à Basile s’il voulait se convertir à l’arianisme. Mais l’évêque: «Seul un enfant pourrait se rendre à de telles raisons; car, pour peu qu’on ait pratiqué les sciences divines, on sait que les dogmes de la foi ne souffrent pas qu’on altère la moindre de leurs syllabes!» Alors l’empereur voulut écrire la sentence d’exil de l’évêque; mais, à trois reprises, la plume se brisa entre ses doigts; et, à la troisième reprise, sa main fut saisie d’un grand tremblement; et l’empereur, honteux de lui-même, renonça à son projet.