La jeune Inde

Part 5

Chapter 53,529 wordsPublic domain

J'espère respectueusement que tous les partis et toutes les classes trouveront le moyen de prendre part d'une façon complète à l'observance de cette semaine nationale et en feront un événement qui servira au progrès véritable et réel de l'éveil national.

_10 mars 1920._

[61] _Ahimsâ_: Non-tuer, Non-Violence.

RAPPORT NON-OFFICIEL SUR LE PENDJAB

Le rapport tant attendu vient de paraître. Les membres de la Commission peuvent se féliciter de la façon méthodique avec laquelle ils ont entrepris leur travail et de la modération dont ils ont fait preuve dans l'accomplissement de leur tâche difficile. La position des membres de la Commission ajoute de l'importance à un rapport qui possède déjà par lui-même une valeur considérable. Les membres de la Commission n'ont rien ajouté aux preuves qu'ils avaient en main; le lecteur peut donc, s'il en a envie, vérifier les conclusions. Les demandes exprimées ne sont ni faibles, ni déraisonnables. Les membres de la Commission réclament hardiment le rappel du Vice-Roi et la destitution de Sir Michael O'Dwyer, du Général Dyer et d'autres officiers. Ces deux dernières demandes sont celles qui pourraient rencontrer quelque opposition, mais les membres de la Commission ont donné, à l'appui, des raisons précises et incontestables. Et si l'exactitude des faits avancés par eux ne peut être mise en doute, leur demande ne saurait l'être davantage. Ce n'est pas sans chagrin que nous approuvons la demande de rappel du Vice-Roi. Nous sommes persuadés que Son Excellence est un Anglais cultivé, qu'il est animé d'excellentes intentions vis-à-vis de l'Inde et qu'il désire faire ce qui est juste. Mais pour remplir le poste important qu'il occupe, il faut posséder d'autres aptitudes que les siennes. Lord Chelmsford a certainement fait preuve de manque d'imagination. Il applique à ses fonctions dans l'Inde les traditions d'un gouverneur colonial constitutionnel qui doit invariablement se laisser guider par ses ministres et qui agit sur la politique de la colonie (s'il agit quelque peu sur elle), uniquement en exerçant une influence subtile par ses relations sociales. Le Gouverneur des colonies qui se gouvernent elles-mêmes procède par suggestions aimables qu'il n'impose jamais à ses ministres. Il essaye d'agir sur l'opinion publique, non point en exerçant son autorité, mais en se faisant des amis indirects, aux réunions sociales et à demi-politiques. Les qualités mêmes qui faisaient de Lord Chelmsford un Gouverneur parfait le rendent impropre à remplir le poste de Vice-Roi. Le Vice-Roi des Indes a un pouvoir immense. C'est un autocrate à la tête du Conseil Exécutif. Une simple proposition émise par lui a la valeur d'une sanction légale. Il fait et dirige la politique. Il surveille, avec le droit réel d'intervention, l'administration des provinces. Il faut donc qu'il soit un maître ferme, doué d'une grande imagination, de sympathie pour le peuple et qu'il ne craigne pas de la laisser voir. Malgré toutes ses qualités de cœur, Lord Chelmsford s'est montré faible, aux moments critiques. Au lieu de guider ses collègues, il s'est laissé commander par eux. Il a laissé les administrateurs de ses provinces agir à leur guise. Il en est résulté une diversité de politiques: un gouvernement paisible et conciliant à Bombay, même lorsqu'il y a provocation; répression au Pendjab, persécution et intolérance même sans provocation. Sous un Gouvernement Central ayant à sa tête un chef qui sait ce qu'il veut et impose sa volonté à ses subordonnés, un tel contraste ne devrait pas être possible. Lord Chelmsford a échoué d'une façon évidente, et nous considérons que les membres de la Commission n'auraient pas accompli leur tâche s'ils avaient hésité, ayant les preuves sous les yeux, à demander le rappel de Son Excellence le Vice-Roi.

Quant aux déclarations, les membres de la Commission se sont montrés plutôt trop modérés. Mais peut-être vaudra-t-il mieux que le public les discute seulement, lorsque le rapport officiel du Comité aura paru. Pour ce qui est des déclarations des membres non-officiels de la Commission, nous sommes certains que ces derniers ne pouvaient en faire d'autres. En vérité, en parcourant les témoignages, nous remarquons l'effort soutenu pour éviter toute conclusion ne reposant pas sur une suite de faits accablants.

_31 mars 1920_

LA CAUSE DES LANGUES INDIGÈNES

Il doit paraître évident à quiconque a suivi de près le _Sahitaya Sammelans_[62] que notre réveil national ne se borne pas uniquement à la politique. L'enthousiasme montré à ces réunions témoigne d'un heureux changement. Nous donnons dans notre pensée aux langues indigènes la place qui leur appartient dans notre existence nationale. La prophétie de Raja Ram Mohan Roy, affirmant que l'Inde deviendrait un pays de langue anglaise, est acceptée aujourd'hui par beaucoup de personnages importants. L'esprit du grand réformateur vit encore en quelques-uns. Un certain nombre de nos hommes éminents généralisent hâtivement et se déclarent en faveur de l'anglais comme langue nationale. La position qu'occupe actuellement l'anglais comme langue des tribunaux a sur leur opinion une importance excessive. Ils ne voient pas que le rang occupé par l'anglais à l'heure présente n'est pas à notre éloge et ne tend pas au développement d'un véritable esprit démocratique. Que des millions d'hommes apprennent une langue étrangère pour la commodité de quelques centaines de fonctionnaires, c'est le comble de l'absurdité. On cite fréquemment un exemple pris dans notre ancienne histoire et démontrant la nécessité d'une _lingua franca_ pour donner plus de force au Gouvernement Central du pays. Personne ne nie la nécessité d'une langue commune, mais ce ne peut être l'anglais. Il faut que les fonctionnaires reconnaissent les langues indigènes. La seconde raison qui fait appel aux sympathies des anglicistes, c'est la position de l'Inde dans l'Empire Britannique. L'argument, pour dire la chose exactement comme elle est, revient à demander à 310 millions d'Indiens d'accepter l'anglais comme langue nationale, dans l'intérêt d'autres parties de l'Inde, dont la population ne dépasse pas 120 millions.

Un premier point doit attirer l'attention de quiconque s'intéresse à la question: c'est qu'après un demi siècle de domination britannique, l'anglais n'est pas encore devenu la langue courante de l'Inde. Sans doute, dans nos villes, on parle une sorte de mauvais anglais; ce fait ne peut éblouir que ceux qui prétendent étudier nos problèmes nationaux dans de grandes villes comme Bombay et Calcutta. Et en somme, quelle en est la population? Seulement 2,2 % de la population totale de l'Inde. Le second point dont les partisans de l'anglais ne tiennent pas compte, c'est qu'une forte majorité des langues indigènes se ressemblent; d'où il suit que l'hindoustani comme _lingua franca_ convient à toutes les provinces, à l'exception de la Présidence de Madras. Etant donné cet avantage de l'hindoustani et notre sentiment national actuel, comment pouvons-nous accepter l'anglais comme _lingua franca_ chez nous?

La réponse à ce problème décidera du sort des langues indigènes. Notre système d'éducation permet à l'anglais d'avoir une supériorité sur elles qui n'est point naturelle. Les anglicistes extrêmes prétendent que l'anglais doit être employé dès le plus jeune âge dans l'enseignement, fondant cet argument sur le fait que dans un pays étranger les enfants parlent sans difficulté dès le bas âge la langue du pays. La Commission de l'Université de Calcutta réfute cet argument en ces termes: «Alors que dans un pays étranger, l'enfant est entouré d'autres enfants parlant la langue du pays, dans une salle de classe il n'est entouré que de personnes (à l'exception du maître) ignorant comme lui le nouvel idiome. C'est le cas d'un seul, enseignant à plusieurs, non de plusieurs, enseignant à un seul; et ce n'est qu'en faisant des expériences que les méthodes employées en classe peuvent obtenir des résultats satisfaisants.». L'économie nationale réalisée par notre enseignement en langues indigènes a été reconnue par la Commission. Nous avons démontré dans notre numéro du 11 février que nous avons l'approbation de l'Université de Calcutta à ce sujet, ce qui est un nouveau pas franchi. La suite logique devrait être de recommander les langues indigènes à l'Université. La Commission a fixé l'examen de «_Matriculation_» (examen de fin d'études) comme période de transition entre l'emploi des langues indigènes dans les écoles secondaires et leur emploi dans les collèges universitaires. Les membres de cette Commission ont proposé qu'à l'avenir l'enseignement soit donné en deux langues. Mais ils ont ajouté également: «Nous ne voulons pas préjuger de l'avenir. Ce n'est pas à nous de prédire si le désir naturel d'employer le bengali le plus possible ne finira pas par l'emporter sur les avantages immenses d'une langue commune non seulement à l'Inde entière, mais à plus de peuples que toute autre et qui ouvre la porte à la littérature et aux rapports scientifiques du monde entier.» Si les membres de la Commission n'ont pu établir pour l'avenir, en s'appuyant sur les preuves qui leur furent données, une ligne de conduite en faveur des langues indigènes dans l'éducation universitaire, il est vrai également qu'ils n'ont rien trouvé en faveur de l'anglais ou des deux langues. Ainsi, bien que les réponses à la question des membres de la Commission ne décident rien pour l'avenir, elles révèlent un important mouvement en faveur de l'introduction immédiate du Bengali pour certains buts universitaires et de son introduction prochaine pour d'autres, mouvement que rien ne laissait prévoir, aux débats du Conseil Législatif Impérial de 1915.

En étudiant le compte-rendu de l'enquête faite par les Membres de la Commission, nous sommes encore mieux à même d'apprécier leurs remarques. La question posée par eux était: «Considérez-vous que l'anglais devrait être employé comme langue courante dans les cours universitaires, dans l'enseignement et aux examens à tous les degrés au-dessous de la _Matriculation_?»

155 réponses sont en faveur de l'anglais, et près de 138 ne s'opposent pas à la langue maternelle, dans un temps plus ou moins prochain. Cette proportion est assurément encourageante pour les partisans de la langue indigène. En outre, et même parmi ceux qui se déclarent en faveur de l'anglais, le nombre est grand de ceux qui conseillent l'emploi de la langue étrangère à cause de l'insuffisance de livres scolaires dans les divers sujets en langue indigène. Cette école d'éducateurs ne s'y oppose donc pas en principe. Ils n'aiment pas que nous nous jetions à l'eau avant de savoir nager. Dans le même genre, mais plus tranchante est la réponse de ceux qui sont en faveur de l'anglais. Ceux-ci laissent voir qu'ils ignorent l'histoire de nos langues indigènes. Il fut un temps où le sanscrit était la langue de la philosophie hindoue. Quelques savants enthousiastes enrichirent leur langue maternelle d'un fonds respectable de littérature philosophique et mirent la philosophie hindoue à la portée des masses. Ne pouvons-nous pas avec nos idées modernes faire dans le domaine de la science ce que firent ces savants dans celui de la philosophie? Pour répondre aux doutes qui ont été exprimés, les partisans de la langue maternelle peuvent citer l'exemple du Japon. Le Révérend X. S. Holland, Directeur de _St Paul's College_ à Calcutta, a écrit dans sa réponse: «Le Japon, en se servant de sa langue maternelle, a établi un système d'éducation qui commande le respect de l'Occident.» Le témoignage de Babu Amananda Chatterjee est encore plus convaincant. Il écrit: «L'emploi des langues indigènes est nécessairement indispensable, à tous les degrés d'une éducation universitaire. Toutes les objections n'ont de force que temporairement: car, à l'origine, toutes les langues modernes les plus développées n'étaient pas supérieures au bengali. Le développement de ces langues se fit par l'usage, et il en sera de même en ce qui nous concerne». Nous voyons donc que si le rapport qui se trouve actuellement sous les yeux de la Commission Sadler n'est pas aujourd'hui en faveur de l'éducation Universitaire en langue indigène, il permet cependant d'avoir pour cette cause de sérieuses espérances dans l'avenir. Il fut un temps où celle-ci était considérée avec méfiance. Non seulement la méfiance a disparu, mais elle a été remplacée par la confiance. Deux institutions sont venues récemment se joindre à cette cause: l'Université féminine de Poona et l'Université Osmania à Hyderabab, qui se servent uniquement des langues indigènes dans leur enseignement. Leur progrès est suivi avec beaucoup d'intérêt par un grand nombre. Leur succès, ainsi que l'a dit le magistrat Sir Abdur Rahi, facilitera la solution du problème des langues indigènes. A la dernière réunion de l'Université Hindoue, l'Honorable Pundit Madan Mohan Malavijiya invita tous les éminents partisans des langues indigènes à se réunir en conférence. Nous espérons qu'une initiative de ce genre aura pour résultat de hâter l'emploi des langues indigènes dans l'enseignement.

La division actuelle des provinces est un facteur qui contribue également à faire beaucoup de tort à la cause des langues indigènes. Une division nouvelle des provinces sur une base linguistique sera suivie de la réorganisation des Universités.

Nous venons d'exposer les trois sphères d'activité pour la cause des langues indigènes. Il est évident que si nous ne la faisons pas progresser, nous ne parviendrons jamais à combler le gouffre grandissant qui sépare au point de vue de l'intelligence et de la culture les classes supérieures de la masse du peuple. Il est certain que, pour beaucoup de gens, seul l'emploi de la langue maternelle peut stimuler l'originalité de la pensée.

_21 avril 1920_

[62] _Sahitaya Sammelans_: Congrès Littéraire.

AUX MEMBRES DE LA «LIGUE POUR LE HOME RULE DE L'INDE»

Je m'écarte d'une façon très nette du cours régulier de ma vie, en appartenant à une organisation essentiellement et franchement politique. Mais après avoir sérieusement réfléchi et consulté mes amis, je me suis décidé à faire partie de la Ligue pour le _Home Rule_ de l'Inde, et j'en ai accepté la présidence. Certains amis consultés m'ont dit que je ne devais pas faire partie d'une association politique, parce que je perdais ainsi la position de superbe isolement dont je jouissais à présent. J'avoue que ce conseil m'a fait beaucoup hésiter; mais j'ai eu en même temps l'impression que, si la Ligue m'acceptait tel que j'étais, j'aurais tort de ne pas m'unir à une organisation dont je pourrais me servir pour le progrès des causes dont je m'occupe particulièrement et des méthodes qui doivent obtenir, je le sais par expérience, des résultats plus rapides et plus satisfaisants. Avant de faire partie de la ligue, j'ai essayé de connaître l'opinion de ceux qui se trouvaient en dehors de la Province et avec lesquels je n'avais pas l'occasion d'avoir des rapports aussi intimes qu'avec mes collaborateurs de la Province de Bombay.

Les causes auxquelles j'ai fait allusion plus haut sont le _Swadeshi_, l'Union Hindoue-Musulmane en insistant sur la question du Califat, l'hindoustani accepté comme _lingua franca_, et une réorganisation linguistique des provinces. Si je parvenais à entraîner les membres de cette Ligue, je ferais en sorte que la majeure partie du temps et de l'attention de la nation leur fût consacrée.

J'avoue franchement que les réformes ont une place tout à fait secondaire dans mon plan de réorganisation sociale. Je suis persuadé que si les sphères d'activité que j'ai choisies pouvaient absorber l'énergie nationale tout entière, les réformes désirées par les extrémistes les plus ardents viendraient d'elles-mêmes. Quant au Gouvernement indépendant, il est souhaitable que nous l'ayons au plus tôt. Personne plus que moi n'a le désir de hâter notre marche vers ce but. Et c'est justement parce que j'ai l'impression que l'on avancera plus rapidement vers un gouvernement indépendant, en développant les activités dont j'ai parlé, que je les maintiens au premier plan du programme national. Je ne considérerai pas la Ligue pour le _Home Rule_ de l'Inde comme une organisation de parti. Je n'appartiens à aucun parti et ne veux appartenir à aucun. Je sais que, d'après la constitution de la Ligue celle-ci est tenue d'aider le Congrès, mais je ne considère pas plus le Congrès comme une organisation de parti que le Parlement Britannique, bien qu'il renferme tous les partis et que l'un ou l'autre y domine tour à tour. J'ose espérer que tous les partis seront attachés au Congrès, le considérant comme une organisation nationale, qui offre à tous le moyen de s'adresser à la nation, afin de pouvoir donner une forme à sa politique, et je voudrais essayer de façonner la politique de la Ligue de telle sorte que le Congrès conserve son caractère national et indépendant de tout parti.

Ceci m'amène à parler de mes méthodes. Je crois possible de mettre dans la vie politique de ce pays la Vérité et la Sincérité absolues. Je ne m'attendrai pas à ce que la Ligue me suive dans ma Désobéissance Civile; mais je ferai de mon mieux pour que la Vérité et la Non-Violence soient adoptées dans toutes nos activités nationales. Nous cesserons alors d'avoir de la crainte et de la méfiance vis-à-vis des gouvernements et des mesures qu'ils prennent. Je ne tiens pas à développer la question davantage, je préfère laisser au temps le soin de résoudre plusieurs points qui naîtront de ce que je viens d'exposer sommairement...

_28 avril 1920._

LES EMPLOIS DU KHADDAR

Maintenant que le mouvement du _Swadeshi_ avance à grands pas et que les Mahométans l'adoptent avec autant d'enthousiasme que les Hindous, il serait bon de considérer la meilleure façon de l'encourager. Le moindre novice en _Swadeshi_ sait que nous ne fabriquons pas assez de tissus pour nos besoins. Et par conséquent, si nous ne faisons qu'employer le tissu des filatures, nous privons simplement les pauvres de ce qui leur est nécessaire, ou tout au moins nous en faisons monter le prix. La seule façon d'encourager le _Swadeshi_ est de fabriquer plus de tissus. Les filatures ne sauraient pousser comme des champignons. Il faut par conséquent que nous nous contentions de tissus filés et tissés à la main. Le fil n'a jamais coûté si cher et les filatures font des bénéfices fabuleux. Filer au rouet aiderait à la production et en ferait diminuer le prix.

Comment s'y prendre pour filer et tisser? Voilà la seconde question qui se pose. Je sais par expérience personnelle qu'il est possible d'inonder le marché de fil et de tissus filés et tissés à la main, si l'on arrive à considérer ce tissu type comme assez bon pour qu'on s'en vêtisse. Ce tissu dans l'Inde du Nord porte le nom de _Khaddar_, et de _Khadi_ dans la Présidence de Bombay. Je remercie Sarala Devi; elle a montré que l'on pouvait confectionner même des _sari_ avec du _Khaddar_. Elle se dit qu'il lui serait facile de le démontrer, si elle en portait un elle-même, pendant la Semaine Nationale, ce qu'elle fit; et c'est en _sari_ de _Khaddar_ qu'elle assista à toutes les réunions. Ses amis ne croyaient pas que cela fût possible. Ils pensaient qu'une jeune femme habituée à ne porter que la soie la plus fine et la plus légère mousseline de Dacca ne pourrait tolérer le poids du _Khaddar_. Elle donna un démenti à toutes les craintes et ne fut ni moins active dans son sari de Khaddar que dans ses sari de soie fine. «Si vous ne vous sentez pas gênée dans ce sari, vous pouvez aller n'importe où, assister à n'importe quelle réunion, en toute tranquillité»: ainsi s'exprima son grand-oncle Sir Rabindranath Tagore, en lui donnant sa bénédiction, lorsqu'il l'aperçut ainsi vêtue. Si je rapporte cet incident, c'est afin de démontrer que deux des personnes qui ont la réputation d'être les plus artistes de l'Inde ne trouvèrent rien dans le _Khaddar_ qui ne fût pas artistique. Voilà le tissu dont je veux introduire l'usage dans les familles cultivées de l'Inde, car de son emploi dépend le succès initial du mouvement _Swadeshi_. Pour moi, le _Khaddar_ est bien autrement artistique que la mousseline de Dacca à cause de tous les souvenirs qui s'y associent. Le _Khaddar_ fait vivre aujourd'hui ceux qui mouraient de faim. Il fait vivre des femmes que l'on a tirées d'une vie de honte, ou des femmes qui ne voulant pas travailler au dehors se querellaient entre elles faute d'avoir une occupation. Le _Khaddar_ a donc une âme, une personnalité. Celui qui le porte peut suivre le procédé de sa fabrication et remonter jusqu'à ceux qui l'ont fait. Si nos goûts n'étaient pas aussi avilis, nous préférerions le _Khaddar_ au calicot poisseux, même pendant l'été. Que ceux qui en portent maintenant, s'ils le veulent bien, témoignent de la vérité de ce que j'avance!

Il existe à présent un dépôt de _Khaddar_ au _Satyâgraha Ashram_. J'en ai amassé un stock bien supérieur à l'espace dont je dispose. Je prie donc les lecteurs de la _Jeune Inde_ de m'aider, en le faisant connaître dans leurs familles. Il va sans dire que l'_Ashram_ n'en tire aucun profit. Tout bénéfice réalisé sert au recouvrement des pertes faites au début, ou à la diminution du prix du _Khaddar_ provenant de régions où le prix en est plus élevé, car celui-ci varie. Je suis obligé de payer suffisamment les tisseurs à qui j'ai persuadé de reprendre leur ancienne occupation, pour qu'ils puissent vivre pour l'instant.

On peut employer le _Khaddar_ pour confectionner du linge, si l'on n'est pas disposé à s'en vêtir. Mais même si l'on ne tient pas à l'employer pour un usage personnel, on peut en faire des bonnets, des nappes, des sacs, des draps, des toiles à matelas, des sacs de voyage, des carpettes, des housses, etc. J'en fais teindre en rouge vif, en teinture _Swadeshi_. Cette teinture rend le _Khaddar_ plus résistant et moins salissant pour les tapis, la literie ou les sièges. Je conseillerais à ceux qui veulent aider cette industrie des pauvres et des déshérités, d'envoyer leur commande de _Khaddar_ au Directeur, Service du _Khaddar, Satyâgraha Ashram_ à Sabarmati.

PRIX COURANT

_Khadi chaîne et trame filées machine._

Double chaîne et double trame

Inches Rs As P Largeur 25 le yard. 0 9 0 » 27 » 0 9 6 » 30,8 » 0 10 0

_Khadi chaîne à la machine, trame filée à la main._

» 25,20 le yard. 0 9 6 » 8 » 0 8 0 » 24,20 » 0 8 0 _Khadi_ doublé » 0 8 6 _Khadi_ teint rouge » 0 8 6

_Khadi chaîne et trame filées à la main._

_Khadi_ 24 inches le yard. 0 8 0 » 27 » » 0 8 6

Pour le _Khadi_ lavé 0 0 6 en plus par yard.

NI SAINT NI HOMME POLITIQUE

Un aimable ami m'a envoyé la coupure ci-jointe du numéro d'avril de _East and West_: