La genèse de l'esprit national égyptien (1863-1882)

Part 15

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[Note 98 : Il existe seulement quelques numéros épars de ce journal à la Bibliothèque nationale du Caire. Le premier article sur Ismaïl Pacha manque ; pour les autres voir le _Taïf_ du 29 avril et du 6 mai 1882.]

[Note 99 : « D’après tout ce que j’apprends, le développement récent de l’Egypte est surtout matériel. Les Egyptiens se plaignent amèrement de trois maux, qui, pour eux font plus que contrebalancer les avantages du régime actuel. Ce sont les taxes énormes, l’absence totale de toute protection contre l’arbitraire de ceux qui les gouvernent, et l’incurie et la corruption des tribunaux civils et criminels.

« Le peuple compare le gouvernement du khédive avec celui de son prédécesseur Saïd Pacha qui donna aux Egyptiens la justice, la sécurité et rien que des charges modérées. » (Bayard Taylor : _Egypt and Iceland in the year 1874_, Londres, 1875.)]

[Note 100 : « Ces malheureux (les fellahs) sont exploités directement par les étrangers, non moins que par le gouvernement, et les étrangers consomment leur œuvre en se procurant une bonne partie de ce que l’Etat, le khédive et les siens ont tiré des fellahs. » (_L’Egypte et l’Europe_, par un ancien juge mixte.)]

[Note 101 : « Affren » est un mot turc qui signifie : bravo !]

[Note 102 : « Depuis quatre mois cent cinquante mille ouvriers sont enlevés à l’agriculture et construisent pour le vice-roi des routes, des canaux, des chemins de fer, etc... Beaucoup fournissent leurs outils, la pioche, le couffin, se nourrissent à leurs frais... La mort fauche vite et dru dans ce champ de vies humaines. On voit les petites filles, les petits garçons déguenillés, souvent tout nus, monter et descendre les talus avec une charge de terre sur la tête et courbant le dos sous le bâton du cheik. » (Voir lettre datée de septembre 1867 : _Lettres sur l’Egypte contemporaine_, par Gellion-Danglar, 1876.)]

[Note 103 : Il existe à la Bibliothèque nationale du Caire une collection du _Progrès Egyptien_ du numéro 2-11 juillet 1868 au 14 mai 1870. C’est le seul journal sérieux de l’époque. Les autres journaux étaient la plupart à la solde du vice-roi.]

[Note 104 : Voir l’article écrit par M. Bordeano, rédacteur en chef de la _Turquie_, journal officieux, en date du 16 août 1869, et reproduit par le _Progrès Egyptien_ du 25 août.]

[Note 105 : Voir une brochure intitulée : « _L’Egypte d’après les traités de 1840-41_, par M. N. _Bordeano_, directeur du journal _la Turquie_, 1869. Voir aussi _l’Egypte et la Turquie_, réponse à une brochure de M. Bordeano, par G. L., membre de l’Institut égyptien, Alexandrie, 1869.]

[Note 106 : _Histoire de la Presse arabe, Beyrouth_, 1913, par le vicomte Torazi.]

[Note 107 : _Progrès égyptien_, 6 septembre 1869.]

[Note 108 : Le _Progrès égyptien_, en date du 29 janvier 1870, rapporte que « le gouvernement vient de mettre un grand nombre de fellahs à la tête de ses administrations publiques et d’en écarter les Turcs. Le journal pense que cette mesure peut-être prise sous le coup de l’irritation que causaient les menaces de Constantinople, est bonne en soi ». Nous ne croyons pas, quant à nous, que ce fut une mesure sérieuse et stable, et l’événement l’a démontré.]

[Note 109 : _Present Day Egypt_, par M. _Frederic Courtland Penfield_, ancien consul général des Etats-Unis en Egypte (1893-1897), _Londres_, 1899.]

[Note 110 : Le colonel Chaïllé-Long, chef d’état-major de Lord Gordon, dans son ouvrage _l’Egypte et les Provinces perdues_ (1897), disait que la nomination de Gordon avait été faite pour servir les _intérêts_ anglais. Ce fut à Khartoum, en route pour Gondokoro, le siège de son gouvernorat, que Gordon décréta (1874) le monopole de l’ivoire, acte, qui peut être taxé de pure folie car il provoqua l’hostilité des marchands de Khartoum, les véritables sultans du Soudan, qui avaient engagé tous leurs capitaux dans l’exploitation de l’ivoire, qui exigea le maintien, dans l’intérieur de l’Afrique, de nombreuses stations et d’une petite armée de 2.500 _Dongalouas_ ou soldats irréguliers qui ont depuis formé le noyau de l’armée mahdiste. Cet acte fut le germe de l’insurrection de plus tard, dont Gordon se vante dans son livre d’avoir « pondu l’œuf ».]

[Note 111 : Le major Wingate (_Madhism and the Egyptian Sudan_ 1891) considère la suppression de la traite des esclaves comme l’une des trois causes principales du mahdisme.]

[Note 112 : D’après M. Pensa (_L’Egypte et le Soudan Egyptien_, 1895) l’époque de la plus grande prospérité du Soudan est entre 1870 et 1874 ; c’est précisément l’époque où le Soudan était administré par des gouverneurs égyptiens. Quant à l’époque de l’administration anglaise, « la responsabilité des gouverneurs du Soudan, dit M. Pensa, depuis sir Samuel Baker jusqu’à Gordon est gravement engagée quand on examine l’état auquel leur administration avait conduit ces régions ».

L’auteur de _l’Egypte et les Provinces perdues_ disait que « l’administration de Gordon fut un gâchis déplorable. Il avait trouvé le Soudan en pleine prospérité et le quitta, en 1879, endetté et sous le coup de l’insurrection ». M. Chaïllé-Long accuse la Grande-Bretagne d’avoir choisi Gordon pour accomplir la désorganisation du Soudan et d’avoir préparé, _de longue main_, les événements subséquents « dans le but d’en profiter pour se tailler un empire anglo-africain ».]

[Note 113 : D’après Dr Henry W. J. Thierch, auteur d’un ouvrage allemand sur l’Abyssinie (traduit en anglais par Sarah N. S. Pereira, Londres 1885) Munzinger, hostile au roi Yohannès, encouragea le khédive dans son plan de conquérir l’Abyssinie. Le Dr Gerard Rohlfs l’accuse même d’avoir aspiré au trône de ce pays.

D’après M. _Cave_, dans son rapport de 1876, « la guerre d’Abyssinie avait été pour ainsi dire _imposée_ au khédive, que la gloire stérile de la guerre ne pouvait éblouir ».

Il ressort de ces témoignages que le khédive avait dû subir des influences étrangères intéressées.]

[Note 114 : Ce fait est confirmé par M. Farman, ancien consul général des Etats-Unis au Caire.]

[Note 115 : Nous ne croyons pas à la trahison du missionnaire français qui servait de guide au général Loreng. Nous avons la modeste conviction que la cause principale de la défaite réside dans la mésentente qui régnait entre les Circassiens et les Américains, et la responsabilité des premiers ne fait pas de doute. (Voir des détails intéressants dans _Moslem Egypt and Christian Abyssinia_, par Dye.)]

[Note 116 : Sous Mohamed Aly il y avait deux classes opposées : la classe autochtone des fellahs qui était le peuple, et la classe turco- circassienne qui formait une minorité aristocratique dominante dans le gouvernement. Cependant, grâce au système nationalisateur du fondateur de la dynastie, son règne préparait l’avènement au pouvoir d’une nouvelle bourgeoisie égyptienne formée principalement de médecins, de professeurs et d’officiers dont le cercle s’élargissait sous Ismaïl et où se recrutait généralement le personnel administratif et parfois les ministres ou les gouverneurs de provinces. C’est cette classe qui a donné à l’Egypte ses hommes les plus distingués et qui a mené contre l’aristocratie étrangère une lutte d’abord sourde, puis ouverte sous Tewfick jusqu’à son absorption complète. (Note de l’auteur.)]

[Note 117 : _Arthur Rhoné_, _l’Egypte à petites journées_.]

[Note 118 : Abdallah Abou Soôud a fondé en 1866 _Waddinnil_, le premier journal politique et littéraire en Egypte. Il paraissait toutes les semaines et soutenait la politique d’Ismaïl jusqu’à la mort de son fondateur (1878).]

[Note 119 : M. Renan ayant, au cours d’une conférence faite à la Sorbonne le 29 mars 1883, discuté la productivité scientifique de l’Islam, Gemmel-Eddin présenta quelques observations sur les idées de Renan dans un article publié par les _Débats_ du 18 mai 1883 dont voici les passages caractéristiques : « Un vrai croyant doit, en effet, se détourner de la voie des études qui ont pour objet la vérité scientifique. Attelé comme un bœuf à la charrue, au dogme dont il est l’esclave, il doit marcher éternellement dans le même sillon qui lui a été tracé d’avance par les interprètes de la loi. Convaincu, en outre, que sa religion renferme en elle toute la morale et toutes les sciences il s’y attache résolument et ne fait aucun effort pour aller au delà.

« Je sais tout cela, mais je sais également que cet enfant musulman et arabe « ce fanatique plein d’une sotte fierté de posséder ce qu’il croit être la vérité absolue » appartient à une race qui marqua son passage dans le monde, non seulement par le fer et le sang, mais par des œuvres brillantes et fécondes qui prouvent son goût pour la science...

« Il est vrai qu’après la chute du royaume arabe en Orient, comme en Occident, les pays qui étaient devenus les grands foyers de la science, tels que l’Irak et l’Andalousie, retombèrent dans l’ignorance et devinrent le centre du fanatisme religieux ; mais l’on ne saurait conclure de ce triste spectacle que le progrès scientifique et philosophique au moyen âge ne soit dû au peuple arabe qui règnait alors. »

Le lendemain, dans le même journal, Renan répondait à cet article en faisant de Gemmal-Eddin l’éloge précité. Une idée ressort de cette réponse : « Je crois, dit-il, que la régénération des pays musulmans ne se fera pas par l’Islam : elle se fera par l’affaiblissement de l’islam, comme du reste le grand élan des pays dits chrétiens a commencé par la destruction de l’église tyrannique du moyen âge. » Renan entend par l’affaiblissement « arriver à cet état d’indifférence bienveillante où les croyances religieuses deviennent inoffensives ». Il est certain qu’en adaptant la religion aux besoins nouveaux par la propagation de l’instruction et de l’esprit de tolérance dans _les masses_, on obtiendrait ce résultat, mais il y aurait plutôt affaiblissement du dogme où la religion gagnerait du fait que le progrès serait mis sur son compte. Mohamed Abduh, le plus grand disciple de Gemmal-Eddin, qui s’occupait de réformes plus que de politique, a travaillé pendant quarante ans pour atteindre ce but et son œuvre ne périra pas. La réforme de la grande université religieuse de l’Azhar qu’il avait tentée et qui s’opère lentement par la création d’une direction d’études, d’un programme déterminé et moins chargé et l’introduction de l’histoire, de la géographie et d’autres sciences — équivaudrait, à elle seule, à une révolution.]

[Note 120 : Gemmel-Eddin prêchait une sorte de panislamisme _politique_ ; aussi s’attachant fort peu à la théologie, se voua-t-il entièrement à la politique. Les gouvernements chrétiens, disait-il, s’excusent des attaques et des humiliations qu’ils font subir aux Etats musulmans en invoquant la situation arriérée de ces derniers ; cependant ces mêmes gouvernements entravent de toute manière, et même par la guerre, toute tentative de réforme et de renaissance dans les pays musulmans. D’où la nécessité pour le monde musulman de s’unir en une grande alliance défensive pour se préserver de l’anéantissement ; et, pour y parvenir, il doit acquérir la technique du progrès européen et apprendre les secrets de la puissance européenne. Mais Gemmel-Eddin n’entendait point substituer le patriotisme de religion au patriotisme de territoire ; il voulait que les efforts des pays musulmans convergeassent, indépendamment les uns des autres, vers un but commun : la libération politique. Et c’est pour régénérer la patrie turque, persane ou égyptienne qu’il travaillait à régénérer l’Islam qui influait profondément sur la vie politique et sociale des différents pays musulmans. Toutefois la tâche de la réforme religieuse incombera essentiellement à son fervent disciple Mohamed Abduh, le véritable Luther de l’Orient. (Note de l’auteur.)]

[Note 121 : D’après Browne, auteur de _Persian Révolution_, Gemmal-Eddin était philosophe écrivain, orateur et journaliste. Dans _l’Encyclopédie de l’Islam_ (1913) Djamal-Al-Din Al-Afghani, une des plus remarquables figures de l’islam au XIXe siècle... Il fut par la parole et par la plume un des représentants les plus conscients de l’idée panislamique. Sayed Rachid Rida, disciple de Mohamed Abduh, disait au cours d’un article paru dans sa revue _El-Manar_ en mai 1907 : « La vérité est qu’il ne travaillait pas pour le panislamisme. Nous avons entendu, souvent entendu notre maître regretté répéter qu’il (Gemmal-Eddin) était l’homme le plus capable de réformes et que s’il ne s’était pas adonné à la politique il aurait accompli une grande œuvre. La base sur laquelle reposerait la réforme en vue de l’amélioration des conditions des musulmans, disait M. Abduh, devait être l’émancipation de la pensée du joug de l’imitation, et la compréhension des choses de la religion avec l’esprit des temps anciens avant les discordes et les superstitions. La religion doit être considérée comme un régulateur de la raison humaine et, partant, amie de la science, s’efforçant de pénétrer les mystères de l’Univers. »]

[Note 122 : Cette Chambre, instituée au début de 1866, se réunit pour la première fois le 19 novembre. Elle était formée de 75 membres élus et la durée de chaque session annuelle était de deux mois ; elle s’occupait de réformes administratives pratiques telles que l’irrigation et le curage des canaux, et n’avait que voix consultative. C’est seulement à partir de 1876 que cette Chambre montra certains signes de vitalité en étudiant sérieusement les questions intérieures à l’ordre du jour, surtout financières, et en attirant l’attention du gouvernement sur les remèdes nécessaires pour améliorer les conditions du pays.]

[Note 123 : Mohamed Abduh généralise ici un peu trop. Point n’est besoin de revenir sur les origines du réveil national que nous avons déjà étudiées. Or comment expliquer que les Egyptiens se soient intéressés aussi vivement à la guerre de 1877 qui, pourtant, n’était pas la première entre la Turquie et la Russie et que, surtout, cette guerre ait été pour les Egyptiens une occasion de manifester leurs sentiments avec plus de force ? La raison principale réside dans une évolution lente et laborieuse d’une conscience nationale privée de la liberté politique indispensable.]

[Note 124 : M. Gellion-Danglar, dans la 7e lettre, 25-29 juin 1868, écrivait : « Il y a environ un an et demi, on fit grand bruit d’une constitution que S. A. le vice-roi avait octroyée à son peuple. Vous pensez bien que les représentants étaient tous les candidats du gouvernement. Eh bien, il se forma parmi eux une opposition ; oui, deux membres se permirent d’émettre, sur une question insignifiante, un avis différent de l’avis qu’on désirait. Ils furent immédiatement chassés de l’assemblée par ordre du vice-roi comme de dangereux perturbateurs de l’Etat et d’irréconciliables ennemis de la paix. » (_Lettres sur l’Egypte contemporaine_, 1876.)]

[Note 125 : Ce fait nous a été raconté par Helbaoui bey, avocat bien connu, qui est peut-être le dernier disciple vivant de Gemmal-Eddin.]

[Note 126 : L’ancien juge mixte disait, dans _l’Egypte et l’Europe_, en parlant des Egyptiens : « Comme ils vivent dans un milieu stationnaire où tout marche dans les anciennes ornières, où l’activité mentale n’est pas stimulée par la lutte des opinions et des tendances, par le changement, l’innovation et le progrès, leur esprit se trouve dans un état de quiétude et de non-activité... Mais la machine est bonne quoique mal alimentée. »

Tout ceci s’applique mieux aux Egyptiens avant l’avènement de la presse libre.]

[Note 127 : _L’Europe Diplomatique_, en juin 1879, publia un article de son correspondant au Caire concernant Abou Naddara et le « genre de popularité dont jouit incontestablement James Sanua » : « Le mois passé, dit-il, j’ai pu aller entendre Ahmed Salem, le grand chanteur arabe du Caire... Au loin il fait entendre ses étranges mélopées et cela s’écoute religieusement d’ordinaire. Mais ce soir-là, il arriva qu’un vendeur clandestin de l’_Abou Naddara_ put se glisser, je ne sais comment, au travers de l’assemblée. En moins de rien c’était fait, loin des yeux de la police il avait vendu près de trois cents exemplaires. Aussitôt changement à vue. Chacun de tourner le dos au chanteur et de se mettre, entouré d’un petit groupe, à lire le journal prohibé... Et les invités ne consentirent à rester qu’à la condition qu’Ahmed Salem leur chanterait la chanson du proscrit Abou Naddara !

« O bien-aimé patriote, ô gentil Abou Naddara, exprime notre affection au dévouement de ce _clément_ dont l’absence nous accable de chagrin (Allusion au prince Halim).

« Il (le khédive) a sucé nos veines et vidé nos poches. Pitié, pitié pour ton peuple O Allah « ne le vois-tu pas courbé sous les taxes et les impôts sans nombre ? »

« Ce journal n’est pas composé d’articles, c’est un ensemble de dialogues entre Abou Naddara et ses chers Fellahs, un recueil d’hymnes, d’invocations et d’imprécations où figurent quelquefois les noms des morts, mais très rarement les noms des vivants. Malgré ces précautions par prétérition, le pauvre Ahmed Salem n’était guère à son aise en chantant la chanson du proscrit... Le résultat de cette soirée fut qu’Ahmed Salem et ses musiciens étaient, dès le lendemain, jetés en prison. Ils n’en sont sortis que dix jours après grâce à l’intervention des princesses et des dames des harems, mais défense expresse leur est faite de chanter en ville, désormais, n’importe où.

« Il est moins facile, comme je vous le disais, d’arrêter la propagande _d’Abou Naddara_. Cette minuscule feuille a des partisans un peu partout — j’ai la conviction qu’une grande partie de ce qu’elle contient vient d’ici, et part quelquefois de personnes très bien placées. — Abou Naddara, selon moi, n’est pas la voix, il est l’écho passif, mais devenu puissant par son éloignement même, de l’opinion publique en Egypte. »]

[Note 128 : Selim Naccache, qui le premier, paraît-il, lança la célèbre formule « l’Egypte aux Egyptiens » publia dans le tome I — qui est fort rare — de son ouvrage _Misr-lil-Misriyeen_ une courte étude sur Gemmal- Eddin d’après les mémoires inédits d’Adib Ishak. C’est là que nous avons puisé le renseignement rapporté plus haut.

Ajoutons que cet ouvrage forme un ensemble de documents pour servir à l’histoire de la période de 1881-82.]

[Note 129 : Ce journal, semble-t-il, ne paraissait pas, au début, d’une façon régulière. Son cinquième numéro, daté du 2 septembre 1876, renferme le premier article de Mohamed Abduh, le célèbre disciple de Gemmel-Eddin. On trouve dans les numéros suivants d’autres articles où se révèle la transformation graduelle du style de l’auteur qui eut une influence marquée sur l’épuration et le développement de la langue arabe.]

[Note 130 : Nous avons eu la bonne fortune de trouver cette collection chez un particulier. Il semble que toutes les collections de journaux de l’époque antérieure à l’an 80 aient été brûlés ou perdus lors du grand bouleversement de 1881-82. Il en existe cependant quelques numéros épars dans les bibliothèques du Caire.]

[Note 131 : _L’Egypte et le Soudan Egyptien_, par H. Pensa, 1885.]

[Note 132 : M. Wilson raconte dans ses mémoires — _Chapters of my official life_ — en date de 25 juillet 1878, qu’il reçut ce jour-là, alors que la Commission était réunie, la visite de quelques dames indigènes membres et servantes de la famille de feu Abbas Pacha. Elles lui expliquèrent que leur propriété leur avait été extorquée et qu’elles étaient dans le dénuement. A peine sorties de chez lui, la police les arrêta et les jeta en prison. M. Wilson intervint immédiatement auprès du khédive et exigea la démission du préfet de police, tenu pour responsable. « Cette démission, dit-il, eut un excellent effet et étonna plutôt le public du Caire ».]

[Note 133 : Ce rapport contient, sans ses annexes, environ soixante pages dans les _Documents diplomatiques, Affaires d’Egypte_. Il est divisé en deux parties, l’une traite du système d’impôts, l’autre de la situation financière en Egypte. Dans l’exposé du système d’impôts il les condamne d’une manière générale « Quelle que soit du reste, dit-il, l’autorité qui ait établi les taxes multipliées qui grèvent les populations, c’est à peine s’il en est qui ne donnent lieu aux plus justes critiques. » Puis il signale entre autres abus : « Dans un pays qui, comme l’Egypte, est essentiellement agricole, l’impôt foncier est et doit rester la source principale des revenus du Trésor...

« Une expertise ayant pour objet la classification des terres a été prescrite en 1867 ; il s’agissait, dit la décision, qui l’ordonne, d’asseoir l’impôt foncier sur des bases plus équitables.

« Ce travail donna lieu, nous dit un Agent consulaire, « à des abus considérables de la part de ceux qui en étaient chargés, ayant les cheikhs des villages pour aides. Ils ont aggravé les impôts des terres qui n’étaient pas susceptibles d’une augmentation pour combler le déficit provenant des rabais qu’ils accordaient par peur des puissants et par cupidité. »

« Une autre cause d’inégalité résulte de la loi de la _Moukabalah_. Cette loi, promulguée en 1871, dispose que « tout contribuable qui aura versé au Trésor une somme égale à six années de ses contributions foncières, sera dégrevé à perpétuité de la moitié de ses contributions, moitié calculée sur la base de ce qu’il paye actuellement à l’Etat. L’impôt frappant les dites propriétés, quelle que soit leur nature, ne pourra être augmenté sous aucune forme et pour aucun motif » (article 3).

« Un décret du 16 juillet 1873 a décidé que « la Moukabalah serait payée en douze années, par portions égales, à partir du 11 septembre 1873 ».

« Cette même loi accordait en outre certains avantages aux contribuables qui n’ayant pas jusqu’alors sur les terres qu’ils possédaient un droit de pleine propriété, consentaient à payer la Moukabalah.

« Le décret du 7 mai 1876 en « arrêtant l’opération de la Moukabalah » décida que ces avantages seraient définitivement acquis même aux contribuables qui ne s’étaient que partiellement libérés, et qu’il serait pris des mesures équitables, soit par restitution de ces anticipations, soit par une réduction proportionnelle d’impôts...

« Avant que les dispositions de ce décret aient été appliquées, le décret du 18 novembre 1876 rétablit la loi de la Moukabalah ; elle dut même être considérée comme n’ayant jamais cessé d’être en vigueur. Ce décret statue en outre « que les réductions annuelles produites par les effets de la loi de la Moukabalah, ne seront appliquées qu’à partir de l’année 1886, et qu’il sera tenu compte aux contribuables, jusqu’à la fin de l’année 1885, de l’intérêt à 5 0/0 sur les sommes qui devaient être déduites » (article 2).

« Ainsi, ceux qui ont payé avant le 7 mai 1876 l’intégralité de la Moukabalah ont vu, depuis l’année de leur payement, leurs contributions réduites de moitié.

« Ceux qui n’ont complété le payement de la Moukabalah que depuis le décret du 18 novembre 1876 continuent à payer l’intégralité de leur impôt. On leur tient compte seulement, non pas de l’intérêt à 5 0/0 des sommes qu’ils ont versées, mais de l’intérêt à 5 0/0 de la moitié de l’impôt dont ils devraient être déchargés.

« Indépendamment des causes d’inégalité que nous venons de signaler, d’autres circonstances viennent encore, contrairement à tout principe d’équité, modifier le taux de l’impôt foncier.

« L’impôt sur les dattiers est perçu en vertu d’un recensement qui remonte à plus de douze ans... ». Un cultivateur, dit l’inspecteur général de la Haute Egypte, avait 100 palmiers, sur chacun desquels il devait payer tant d’impôt, ce qui faisait une somme de... Ces 100 palmiers n’existent plus ; il n’en reste que 50. Mais la Moudirieh ne veut pas connaître qu’il n’en reste que 50 ; elle en marque toujours 100 (l’inspecteur cite cet exemple pour expliquer l’importance des arriérés (3.145.000 en 1875) et la difficulté de leur recouvrement.