Part 20
«Et en troisième lieu, je te prie, toi le Sauveur, de dissiper entièrement les ténèbres qui emprisonnent les yeux de nos âmes, afin que nous puissions bien connaître qui doit être tenu pour Dieu, et qui pour mortel. _Amen_[204].»
Et après avoir prié cette prière ou au moins l'avoir lue avec le désir d'être meilleur (si vous ne le pouvez pas, il n'y a aucun espoir que vous preniez à présent plaisir à aucune œuvre humaine de haute inspiration, que ce soit poésie, peinture ou sculpture) nous pouvons nous avancer un peu plus à l'ouest de la nef, au milieu de laquelle, mais seulement à quelques yards de son extrémité, deux pierres plates (le bedeau vous les montrera), l'une un peu plus en arrière que l'autre, sont posées sur les tombes des deux grands évêques, dont toute la force de vie fut donnée, avec celle de l'architecte, pour élever ce temple. Leurs vraies tombes sont restées au même endroit; mais les tombeaux élevés au-dessus d'elles, changés plusieurs fois de place, sont maintenant à votre droite et à votre gauche quand vous regardez en arrière vers l'abside, sous la troisième arche entre la nef et les bas côtés.
23. Tous deux sont en bronze, fondus d'un seul jet et avec une maîtrise insurpassable, et à certains égards inimitable, dans l'art du fondeur.
«Chef-d'œuvres de fonte, le tout fondu d'un seul jet, et admirablement[205].» Il n'y a que deux tombeaux semblables qui existent encore en France, ceux des enfants de saint Louis. Tous ceux du même genre, et il y en avait un grand nombre dans toute grande cathédrale française ont été d'abord arrachés des sépultures qu'ils couvraient, afin d'ôter à la France la mémoire de ses morts; et ensuite fondus en sous et centimes, pour acheter de la poudre à canon et de l'absinthe à ses vivants,--par l'esprit de Progrès et de Civilisation dans sa première flamme d'enthousiasme et sa lumière nouvelle, de 1789 à 1800.
Les tombeaux d'enfants, placés chacun d'un côté de l'autel de saint Denis, sont beaucoup plus petits que ceux-ci, quoique d'un plus beau travail. Ceux auprès de qui vous êtes en ce moment sont _les deux seuls tombeaux de bronze de ses hommes des grandes époques_, qui subsistent en France!
24. Et ce sont les tombes des pasteurs de son peuple, qui pour elle ont élevé le premier temple parfait à son Dieu; celle de l'évêque Évrard est à votre droite et porte gravée autour de sa bordure cette inscription[206]:
«Celui qui nourrit le peuple, qui posa les fondations de ce Monument, aux soins de qui la cité fut confiée Ici dans un baume éternel de gloire repose Évrard. Un homme compatissant à l'affligé, le protecteur de la veuve, de l'orphelin Le gardien. Ceux qu'il pouvait, il les réconfortait de ses dons. Aux paroles des hommes, Si douces, un agneau; si violentes, un lion; si orgueilleuses, un acier mordant».
L'anglais dans ses meilleurs jours, ceux d'Élisabeth, est une langue plus noble que ne fut jamais le latin; mais son mérite est dans la couleur et l'accent, non pas dans ce qu'on pourrait appeler la condensation métallique ou cristalline. Et il est impossible de traduire la dernière ligne de cette inscription en un nombre aussi restreint de mots anglais. Remarquez d'abord que les amis et ennemis de l'évêque sont mentionnés comme tels en paroles, non en actes, parce que les paroles orgueilleuses, ou moqueuses, ou flatteuses des hommes sont en effet ce que sur cette terre les doux doivent savoir supporter et bien accueillir rieurs actes, c'est aux rois et aux chevaliers à s'en occuper; non que les évêques ne missent souvent la main aux actes aussi; et dans la bataille, il leur était permis de frapper avec la masse, mais non avec l'épée, ni la lance--c'est-à-dire non de «faire couler le sang». Car il était présumé qu'un homme peut toujours guérir d'un coup de masse (ce qui cependant dépendait de l'intention de l'évêque qui le donnait). La bataille de Bouvines, qui est en réalité une des plus importantes du moyen âge fut gagnée contre les Anglais, (et en outre contre les troupes auxiliaires d'Allemands qui marchaient sous Othon,) par deux évêques français (Senlis et Bayeux)--qui tous deux furent les généraux des armées du roi de France, et conduisirent ses charges. Notre comte de Salisbury se rendit à l'évêque de Bayeux en personne.
25. Notez de plus qu'un des pouvoirs les plus mortels et les plus diaboliques des mots méchants, ou pour le mieux nommer, du blasphème, a été développé dans les temps modernes par les effets de l'«argot», quelquefois d'intention très innocente et joyeuse. L'argot, dans son essence, est de deux sortes. Le «Latin des Voleurs», langage spécial des coquins employé pour ne pas être compris; l'autre, le meilleur nom à lui donner serait peut-être le Latin des Manants!--les mots abaissants ou insultants inventés par des gens vils pour amener les choses qu'eux-mêmes tiennent pour bonnes à leur propre niveau ou au dessous.
Le plus grand mal certainement que peut faire cette sorte de blasphème consiste en ceci qu'il rend souvent impossible d'employer des mots communs sans y attacher un sens dégradant ou risible. Ainsi je n'ai pas pu terminer ma traduction de cette épitaphe, comme a pu le faire le vieux latiniste, avec l'image absolument exacte: «À l'orgueilleux une lime», à cause de l'abus du mot dans le bas anglais qui garde, mais méchamment, l'idée du XIIIe siècle. Mais la force _exacte_ du symbole est ici dans son allusion au travail du joaillier taillant à facettes. Un homme orgueilleux est souvent aussi un homme précieux et peut être rendu plus brillant à la surface, et la pureté de son être intérieur mieux découverte, par un bon limage.
26. Telles qu'elles sont, ces six lignes latines--expriment--au mieux mieux[207]--l'entier devoir d'un évêque[208]--en commençant par son office pastoral--_Nourrir_ mon troupeau--qui _pavit_ populum. Et soyez assuré, bon lecteur que ces temps-là n'auraient jamais été capables de vous dire ce qu'était le devoir d'un évêque, ou de tout autre homme, s'ils n'avaient pas eu chaque homme à sa place, l'ayant bien remplie et ne l'avaient pas vu la bien remplir. La tombe de l'évêque Geoffroy est à votre gauche et son inscription est:
«Regardez, les membres de Godefroy reposent sur leur humble couche. Peut-être nous en prépare-t-il une moindre ou égale. Celui qu'ornèrent les deux lauriers jumeaux de la médecine Et de la loi divine, les deux ornements lui convinrent. Resplendissant homme d'Eu, par qui le trône d'Amiens S'est élevé dans l'immensité, puisses-_tu_ être encore plus grand dans le ciel. »
_Amen._
Et maintenant enfin--cet hommage rendu et cette dette de reconnaissance acquittée--nous nous détournerons de ces tombes et nous irons dehors à une des portes ouest--et de cette manière nous verrons graduellement se lever au-dessus de nous l'immensité des trois porches et des pensées qui y sont sculptées.
27. Quelles dégradations ou changements elles ont eu à subir, je ne vous en dirai rien aujourd'hui, excepté la perte «inestimable» des grandes vieilles marches datant de la fondation, découvertes, s'étendant largement d'un bout à l'autre pour tous ceux qui venaient, sans murailles, sans séparations, ensoleillées dans toute leur longueur par la lumière de l'ouest, la nuit éclairées seulement par la lune et les étoiles, descendant raides et nombreuses la pente de la colline--finissant une à une, larges et peu nombreuses au moment d'arriver au sol et usées par les pieds des pèlerins pendant six cents ans. Ainsi les ai-je vues une première et une deuxième fois--maintenant de telles choses ne pourront jamais plus être vues.
Dans la façade ouest, elle-même, au dessus, il ne reste pas beaucoup de la vieille construction; mais dans les porches, à peu près tout--excepté le revêtement extérieur actuel avec sa moulure de roses dont un petit nombre de fleurs seulement ont été épargnées çà et là. Mais la sculpture a été soigneusement et honorablement conservée et restaurée sur place, les piédestaux et les niches restaurés çà et là avec de la terre glaise, et certains que vous voyez blancs et crus, entièrement resculptés; néanmoins, l'impression que vous pouvez recevoir du tout est encore ce que le constructeur a voulu et je vous dirai l'ordre de sa théologie sans plus de remarques sur le délabrement de son œuvre.
Vous vous trouverez toujours bien, en regardant n'importe quelle cathédrale, de bien fixer vos quatre points cardinaux dès le début; et de vous rappeler que, quand vous entrez, vous regardez et avancez vers l'est, et que, s'il y a trois porches d'entrée, celui qui est à votre gauche en entrant est le porche septentrional, celui qui est à votre droite, le porche méridional. Je m'efforcerai dans tout ce que j'écrirai désormais sur l'architecture d'observer la simple règle de toujours appeler la porte du transept du nord la porte nord; et celle qui, sur la façade ouest, est de ce même côté nord, porte septentrionale, et ainsi pour celles des autres côtés.
Cela épargnera à la fin beaucoup d'imprimé et de confusion, car une cathédrale gothique a presque toujours ces cinq grandes entrées, qui sont faciles à reconnaitre, si on y prend garde au début, sous les noms de la porte centrale (ou porche), porte septentrionale, porte méridionale, porte nord et porte sud.
Mais, si nous employons les termes droite et gauche, nous devrons toujours en les employant nous considérer comme sortant de la cathédrale et descendant la nef--tout le côté et les bas côtés nord du bâtiment étant par conséquent son côté droit et le côté sud, son côté gauche. Car nous n'avons le droit d'employer ces termes de droite et de gauche que relativement à l'image du Christ dans l'abside ou sur la croix, ou bien à la statue centrale de la façade ouest, que ce soit celle du Christ, de la Vierge ou d'un saint. À Amiens cette statue centrale, sur le «trumeau» ou pilier qui supporte et partage en deux le porche central, est celle du Christ Emmanuel[209]--Dieu _avec_ nous. À sa droite et à sa gauche occupant la totalité des parois du porche central, sont les apôtres et les quatre grands prophètes.
Les douze petits prophètes se tiennent côte à côte sur la façade, trois sur chacun de ses grands trumeaux. Le porche septentrional est dédié à saint Firmin, le premier missionnaire chrétien à Amiens.
Le porche méridional à la Vierge.
Mais ceux-ci sont tous deux conçus comme en retrait derrière la grande fondation du Christ et des prophètes; et les étroits enfoncements où ils sont réfugiés[210] masquent en partie leur sculpture, jusqu'au moment où vous y entrez. Ce que vous avez d'abord à méditer et à lire, c'est l'Écriture du grand porche central et la façade elle-même.
Vous avez donc au centre de la façade l'image du Christ lui-même vous recevant:
«Je suis le chemin, la vérité et la vie[211].»
Et la meilleure manière de comprendre l'ordre des pouvoirs subalternes sera de les considérer comme placés à la main droite et à la gauche du Christ; ceci étant aussi l'ordre que l'architecte adopte dans l'histoire de l'Écriture sur la façade--de façon qu'elle doit être lue de gauche à droite, c'est-à-dire de la gauche du Christ à la droite du Christ, comme Lui les voit. Ainsi donc, en prenant les grandes statues dans l'ordre:
D'abord, dans le porche central, il y a six apôtres à la droite du Christ, six à Sa gauche.
À Sa gauche, à côté de Lui, Pierre; puis par ordre en s'éloignant, André, Jacques, Jean, Matthieu, Simon; à Sa droite, à côté de Lui, Paul; et successivement, Jacques l'évêque, Philippe, Barthélemy, Thomas et Jude. Ces deux rangées symétriques des apôtres occupent ce qu'on peut appeler l'abside ou la baie creusée du porche, et forment un groupe à peu près demi-circulaire, clairement visible quand on s'approche. Mais sur les côtés du porche, non pas sur la même ligne que les apôtres, et ne se voyant pas distinctement tant qu'on n'est pas entré dans le porche, sont les quatre grands prophètes. À la gauche du Christ, Isaïe et Jérémie; à sa droite, Ézéchiel et Daniel.
Puis sur le devant, en prenant la façade dans toute sa longueur--lisez par ordre, de la gauche du Christ à Sa droite--viennent les séries des douze petits prophètes, trois sur chacun des quatre trumeaux du temple, commençant à l'angle sud avec Osée, et finissant avec Malachi.
Quand vous regardez la façade entière en vous plaçant devant elle, les statues qui remplissent les porches secondaires sont ou obscurcies dans leurs niches plus étroites ou dissimulées l'une derrière l'autre de façon à ne pas être vues.
Et la masse entière de la façade est vue, littéralement, comme bâtie sur la fondation des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire. Et ceci à la lettre; car le porche en s'ouvrant forme un profond «angulus» et le pilier qui est au milieu est le sommet de l'angle.
Bâti sur la fondation des apôtres et des prophètes, c'est-à-dire des prophètes qui ont prédit la venue _du Christ_ et les apôtres qui l'ont proclamée. Quoique Moïse ait été un apôtre de _Dieu_, il n'est pas ici. Quoique Elie ait été un prophète de _Dieu_, il n'est pas ici. La voix du moment tout entier est celle du Ciel à la Transfiguration: «Voici mon fils bien-aimé, écoutez-le[212].»
Il y a un autre prophète et plus grand encore, qui, comme il semble d'abord, n'est pas ici. Est-ce que le peuple entrera dans les portes du temple en chantant «Hosanna au fils de David[213]», et ne verra aucune image de son père?
Christ lui-même déclare: «Je suis la racine et l'épanouissement de David», et cependant la racine ne garde près d'elle aucun souvenir de la terre qui l'a nourrie?
Il n'en est pas ainsi, David et son Fils sont ensemble.
David est le piédestal du Christ. Nous commencerons donc notre examen de la façade du temple par ce beau piédestal.
La statue de David, qui n'a que les deux tiers de la grandeur naturelle, occupe la niche qui est sur le devant du piédestal. Il tient son sceptre dans la main droite, son phylactère dans la gauche: Roi et Prophète, le symbole à jamais de toute royauté qui agit avec une justice divine, la réclame et la proclame.
Le piédestal qui a cette statue pour sculpture sur sa face occidentale, est carré et, sur les deux autres côtés, il y a des fleurs dans des vases; du côté nord le lys et du côté sud la rose. Et le monolithe entier est un des plus nobles morceaux de sculpture chrétienne du monde entier.
Au-dessus de ce piédestal en vient un moins important, portant en façade un pampre de vigne qui complète le symbolisme floral du tout. La plante que j'ai appelée un lys n'est pas la Fleur de Lys ni le lys de la Madone[214], mais une fleur idéale avec des clochettes comme la couronne impériale (le type des «lys de toutes les espèces» de Shakespeare[215]), représentant le mode de croissance du lys de la vallée qui ne pouvait pas être sculpté aussi grand dans sa forme littérale sans paraître monstrueux, et se trouve ainsi représenté sur cette pièce de sculpture où il réalise, associé à la rose et à la vigne ses compagnes, la triple parole du Christ: «Je suis la Rose de Saron et le Lys de la Vallée[216].» «Je suis la Vigne véritable[217].»
33. Sur les côtés de ce socle sont des supports d'un caractère différent. Des supports, non des captifs, ni des victimes; le Basilic et l'Aspic représentant les plus actifs des principes malfaisants sur la terre dans leur malignité extrême; pourtant piédestaux du Christ, et même dans leur vie délétère, accomplissant sa volonté finale.
Les deux créatures sont représentées exactement dans la forme médiévale traditionnelle, le basilic, moitié dragon, moitié coq; l'aspic, sourd, mettant une oreille contre la terre et se bouchant l'autre avec sa queue[218].
Le premier représente l'incrédulité de l'Orgueil. Le basilic--serpent-roi ou le premier des serpents--disant qu'il est Dieu et qu'il _sera_ Dieu.
Le second, l'incrédulité de la Mort. L'aspic (le plus bas serpent) disant qu'il est de la boue et _sera_ de la boue.
34. En dernier lieu, surmontant le tout, placés sous les pieds de la statue du Christ lui-même, sont le lion et le dragon; les images du péché charnel ou humain, en tant que distinct du péché spirituel et intellectuel de l'orgueil par lequel les anges tombèrent aussi.
Désirer régner plutôt que servir--péché du basilic--ou la mort sourde plutôt que la vie aux écoutes--péché de l'aspic--ces deux péchés sont possibles à toutes les intelligences de l'univers. Mais les péchés spécialement humains, la colère et la convoitise, semences en notre vie de sa perpétuelle tristesse, le Christ dans Sa propre humanité les a vaincus et les vainc encore dans Ses disciples. C'est pourquoi Son pied est sur leur tête, et la prophétie: «Inculcabis super leonem et aspidem[219]» est toujours reconnue comme accomplie en Lui, et en tous Ses vrais serviteurs, selon la hauteur de leur autorité et la réalité de leur influence.
35. C'est en ce sens mystique qu'Alexandre III se servit de ces paroles en rétablissant la paix en Italie et en accordant le pardon à l'ennemi le plus mortel de ce pays sous le portique de Saint-Marc[220]. Mais le sens de chaque action, comme de chaque art des âges chrétiens, perdu maintenant depuis trois cents ans, ne peut dans notre temps être lu qu'à rebours[221], s'il peut être lu du tout, au travers de l'esprit contraire qui est maintenant le nôtre. Nous glorifions l'orgueil et l'avarice comme les vertus par lesquelles toutes choses existent et se meuvent, nous suivons nos désirs comme nos seuls guides vers le salut, et nous exhalons le bouillonnement de notre propre honte, qui est tout ce que peuvent produire sur la terre nos mains et nos lèvres.
36. De la statue du Christ elle-même je ne parlerai pas longuement ici, aucune sculpture ne satisfaisant ni ne devant satisfaire l'espérance d'une âme aimante qui a appris à croire en lui; mais à cette époque elle dépassa ce qui avait jamais été atteint jusque-là en tendresse sculptée; et elle était connue au loin comme de près sous le nom de: «Le Beau Dieu d'Amiens[222].» Elle était toutefois comprise, remarquez-le, juste assez clairement pour n'être qu'un symbole de la Présence Divine, comme les pauvres reptiles enroulés en bas n'étaient que les symboles des présences démoniaques. Non une idole, dans notre sens du mot--seulement une lettre, un signe de l'Esprit Vivant, que pourtant chaque fidèle concevait comme venant à sa rencontre ici à la porte du temple: «la Parole de Vie, le Roi de Gloire[223] et le Seigneur des Armées.»
«_Dominus Virtutum_, le Seigneur des Vertus[224]», c'est la meilleure traduction de l'idée que donnait à un disciple instruit du XIIIe siècle les paroles du XXIVe psaume.
Aussi sous les pieds de Ses apôtres dans les quatre-feuilles de la fondation apostolique sont représentées les vertus que chaque apôtre a enseignées ou manifestées dans sa vie;--ce peut être une vertu qui aura été en lui durement mise à l'épreuve et il peut avoir manqué de la force même du caractère qu'il a ensuite conduit à sa perfection. Ainsi saint Pierre reniant par crainte est ensuite l'apôtre du courage; et saint Jean, qui avec son frère aurait brûlé le village inhospitalier, est ensuite l'apôtre de l'Amour. Ayant compris ceci, vous voyez que dans les côtés des porches les apôtres avec leurs vertus spéciales sont placés sur deux rangs qui se font vis à vis.
Saint Paul, Foi. Courage, Saint Pierre. Saint Jacques l'év., Espérance. Patience, Saint André. Saint Philippe, Charité. Douceur, Saint Jacques. Saint Barthélemy, Chasteté. Amour, Saint Jean. Saint Thomas, Sagesse. Obéissance, Saint Matthieu. Saint Jude, Humilité. Persévérance, Saint Simon.
Maintenant vous voyez comme ces vertus se répondent l'une à l'autre dans leurs rangs symétriques. Rappelez-vous que le côté gauche est toujours le premier et voyez comment les vertus de gauche conduisent à celles de droite.
Le Courage à la Foi. La Patience à l'Espérance. La Douceur à la Charité. L'Amour à la Chasteté. L'Obéissance à la Sagesse. La Persévérance à l'Humilité.
Notez de plus que les Apôtres sont tous calmes, presque tous avec des livres, quelques-uns avec des croix, mais tous avec le même message,--«Que la Paix soit sur cette maison. Et si le Fils de la Paix est ici[225]», etc.[226].
Mais les Prophètes, tous chercheurs, ou pensifs, ou tourmentés, ou priant, à la seule exception de Daniel. Le plus tourmenté de tous est Isaïe, moralement scié en deux[227]. Le bas-relief qui est au-dessus ne représente aucune scène de son martyre, mais montre le prophète au moment où il voit le Seigneur dans son temple et où cependant il a le sentiment qu'il a les lèvres impures. Jérémie aussi porte sa croix mais avec plus de sérénité.
39. Et maintenant je donne, en une suite claire, l'ordre des statues de la façade entière avec les sujets des quatre-feuilles placés sous chacune d'elles, désignant le quatre-feuilles placé le plus haut par un A, le quatre-feuilles inférieur par un B.
Les six prophètes qui sont debout à l'angle des porches, Amos, Abdias, Michée, Nahum, Sophonie et Aggée ont chacun quatre quatre-feuilles, désignés, les quatre-feuilles supérieurs par A et C, les inférieurs par B et D.
En commençant donc, sur le côté gauche du porche central et en lisant de l'intérieur du porche vers le dehors, vous avez:
1. Saint Pierre.......... {A. Courage. {B. Lâcheté.
2. Saint André........... {A. Patience. {B. Colère.
3. Saint Jacques......... {A. Douceur. {B. Grossièreté.
4. Saint Jean............ {A. Amour. {B. Discorde.
5. Saint Matthieu........ {A. Obéissance. {B. Rébellion.
6. Saint Simon........... {A. Persévérance. {B. Athéisme.
Maintenant, à droite du porche en lisant vers le dehors:
7. Saint Paul............ {A. Foi. {B. Idolâtrie.
8. Saint Jacques, l'év... {A. Espérance. {B. Désespoir.
9. Saint Philippe........ {A. Charité. {B. Avarice.
10. Saint Barthélémy..... {A. Chasteté. {B. Luxure.
11. Saint Thomas......... {A. Prudence. {B. Folie.
12. Saint Jude........... {A. Humilité. {B. Orgueil.
Maintenant, de nouveau à gauche, les deux statues les plus éloignées du Christ.
13. Isaïe:
A. «Je vois le Seigneur assis sur un trône.» (VI, 1.) B. «Vois, ceci a touché tes lèvres.» (VI, 7.)
14. Jérémie:
A. L'enfouissement de la ceinture. (XIII, 4, 5.) B. Le bris du joug. (XVIII, 10.)
Et à droite:
15. Ézéchiel:
A. La roue dans la roue. (I, 16.) B. «Fils de l'homme, tourne ton visage vers Jérusalem.» (XXI, 2.)
16. Daniel:
A. «Il a fermé les gueules des lions.» (VI, 22.) B. «Au même moment sortirent les doigts de la main d'un homme.» (V, 5.)
40. Maintenant en commençant à gauche (côté sud de la façade entière), et en lisant tout droit à la suite sans jamais entrer dans les porches excepté pour les quatre-feuilles appariés aux statues qui nous concernent.
17. Osée:
A. «Ainsi je l'achetai pour moi, pour quinze pièces d'argent.» (III, 2.) B. «Ainsi serais-je aussi pour toi.» (III, 3.)
18. Joël:
A. Le soleil et la lune sans lumière. (II, 10.) B. Le figuier et la vigne sans feuilles. (I, 7.)
19. Amos:
Sur la façade {A. «Le Seigneur criera de Sion.» (I, 2.) {B. « Les habitations des bergers se lamenteront.» (I, 2.) À l'intérieur du {C. Le Seigneur avec le cordeau du maçon. (VII, 8.) porche. {D. La place où il ne pleuvait pas. (IV, 6.)
20. Abdias:
À l'intérieur du {A. «Je les cachai dans une caverne.» (I, les porche. Rois, XVIII, 13.) {B. «Il tomba sur la face.» (XVIII, 7.) Sur la façade. {C. Le capitaine des 50. {D. Le messager.
21. Jonas:
A. Échappé à la mer. B. Sous le calebassier.
22. Michée: