Part 18
[Note 152: «Prenez aussi le casque du salut et l'épée de l'Esprit qui est la parole de Dieu (saint Paul, Éphésiens, VI, 17). Saint Paul développe l'image dans l'Épître aux Hébreux (IV, 12).--(Note du Traducteur.)]
[Note 153: Voir les passages de _Præterita_ (III, 34, 39) cités par M. Bardoux, où Ruskin discute sur la Bible avec un protestant «qui ne se fiait qu'à soi pour interpréter tous les sentiments possibles des hommes et des anges» et où à Turin il entre dans un temple où l'on prêche à quinze vieilles femmes «qui sont, à Turin, les seuls enfants de Dieu».--(Note du Traducteur.)]
[Note 154: Ruskin avait dit autrefois (1856) dans un sentiment d'ailleurs différent: «Cet art du dessin qui est de plus d'importance pour la race humaine que l'art d'écrire, car les gens peuvent difficilement dessiner quelque chose sans être de quelque utilité aux autres et à eux-mêmes et peuvent difficilement écrire quelque chose sans perdre leur temps et celui des autres.» (_Modern Painters_, IV, XVII, 31, cité par M. de la Sizeranne).--(Note du Traducteur).]
[Note 155: _Commentaires sur les Galates_, chap. III.--(Note de l'Auteur.)]
[Note 156: Allusion essentiellement ruskinienne à l'étymologie du mot: Sophie; ici c'est à peine un calembour, mais le lecteur a pu voir au dernier chapitre à propos de la signification délicatement «Saline» du mot Salien et dans les jeux de mots avec «Salés» et «Saillants» jusqu'où pouvait aller la manie étymologique de Ruskin. Pour nous en tenir au passage ci-dessus (Sophie-Sagesse), il trouve son explication (et avec lui tous les jeux de mots de Ruskin, même les plus fatigants), dans les lignes suivantes de _Sesame and lilies, Of kings treasuries_, 15: Il (l'homme instruit) est savant dans la descendance des mots, distingue d'un coup d'œil les mots de bonne naissance des mots canailles modernes, se souvient de leur généalogie, de leurs alliances, de leurs parentés, de l'extension à laquelle ils ont été admis et des fonctions qu'ils ont tenues parmi la noblesse nationale des mots, en tous temps et en tous pays», etc. Je n'ai pas le temps de montrer qu'il y a là encore une forme d'idolâtrie et de celles à la tentation de qui un homme de goût a le plus de peine à ne pas succomber.--(Note du Traducteur.)]
[Note 157: «Tous les dimanches, si ce n'est plus souvent, le plus grand nombre des personnes bien pensantes en Angleterre reçoit avec reconnaissance, de ses maîtres, une bénédiction ainsi formulée: «La grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous.» Maintenant je ne sais pas quel sens est attribué dans l'esprit public anglais à ces expressions. Mais ce que j'ai a vous dire positivement est que les trois choses existent d'une façon réelle et actuelle, peuvent être connues de vous, si vous avez envie de les connaître, et possédées si vous avez envie de les posséder.»
Suit le commentaire de ces trois mots (_Lectures on Art_, IV, § 125).--(Note du Traducteur.)]
[Note 158: Voyez le dernier paragraphe de la page 43 de l'_Autel des Esclaves._ Chose curieuse, au moment où je revois cette page pour l'impression, on m'envoie une découpure du journal le Chrétien où il y a un commentaire de l'éditeur évangélique orthodoxe qui pourra, dans l'avenir, servir à définir l'hérésie propre de sa secte; il oppose actuellement, dans son audace extrême, le pouvoir du Saint-Esprit à l'œuvre du Christ (je voudrais seulement avoir été à Matlock et avoir entendu l'aimable sermon du médecin).
«On a pu assister, samedi dernier, dans le Derbyshire, à un spectacle intéressant et quelque peu inaccoutumé: Deux Amis vêtus à l'ancienne mode--dans le costume original des Quakers,--prêchant au bord de la route un vaste et attentif auditoire, à Matlock. L'un d'eux qui a, comme médecin, une bonne clientèle dans le comté, et se nomme le Dr Charles-A. Fox, fit un énergique appel à ses auditeurs, les pressant de veiller à ce que chacun vécût docilement à la lumière du Saint-Esprit qui est en lui. «Le Christ, au dedans de nous, était l'espoir de la gloire, et c'était parce qu'il était suivi dans le ministère du Saint-Esprit que nous étions sauvés par Lui qui devenait ainsi le commencement et la fin de la loi. Il recommanda à ses auditeurs de ne pas bâtir leur maison sur le sable en croyant au libre et facile évangile qu'on prêche habituellement sur les routes, comme si nous devions être sauvés en «croyant ceci ou cela». Rien, excepté l'action du Saint-Esprit dans l'âme de chacun, ne pourrait nous sauver, et prêcher quoi que ce soit hormis cela était simplement abuser les simples et les crédules de la manière la plus terrible.
«_Il serait déloyal de critiquer un discours d'après un si court extrait, mais nous devons exprimer notre conviction à savoir que c'est l'obéissance du Christ jusqu'à la mort, la mort sur la croix, bien plutôt que l'action du Saint-Esprit en nous, qui constitue la bonne nouvelle pour les pécheurs._--Ed.»
En regard de ce morceau éditorial de la presse théologique moderne en Angleterre, je placerai simplement le 4°, 6° et 13° versets des Romains (en mettant en italique les expressions qui sont d'une plus haute importance et qui sont toujours négligées): «afin que _la justice de la_ LOI _soit accomplie en nous_, qui marchons non selon la chair mais selon l'esprit... Car avoir l'esprit _tourné_ aux choses de la chair, c'est la mort, mais aux choses de l'esprit, c'est la vie, et la paix... Car, si vous vivez pour la chair, vous mourrez; mais, si _c'est par l'esprit_ que vous mortifiez les actes du corps, vous vivrez.»
Il serait bon pour la chrétienté que le service baptismal appliquât ce qu'il fait profession d'abjurer.--(Note de l'Auteur.)]
[Note 159: Cf. «Vous êtes peut-être surpris d'entendre parler d'Horace comme d'une personne pieuse. Les hommes sages savent qu'il est sage, les hommes sincères qu'il est sincère. Mais les hommes pieux, par défaut d'attention, ne savent pas toujours qu'il est pieux. Un grand obstacle à ce que vous le compreniez est qu'on vous a fait construire des vers latins toujours avec l'introduction forcée du mot «Jupiter» quand vous étiez en peine d'un dactyle. Et il vous semble toujours qu'Horace ne s'en servait que quand il lui manquait un dactyle. Remarquez l'assurance qu'il nous donne de sa piété: _Dis pieta mea, et musa, cordi est_, etc. » (_Val d'Arno_, chap. IX, § 218, 219, 220, 221 et suiv.). Voyez aussi: «Horace est exactement aussi sincère dans sa foi religieuse que Wordsworth, mais tout pouvoir de comprendre les honnêtes poètes classiques a été enlevé à la plupart de nos gentlemens par l'exercice mécanique de la versification au collège. Dans tout le cours de leur vie, ils ne peuvent se délivrer complètement de cette idée que tous les vers ont été écrits comme exercices et que Minerve n'était qu'un mot commode à mettre comme avant-dernier dans un hexamètre et Jupiter comme dernier. Rien n'est plus faux... Horace consacre son pin favori à Diane, chante son hymne automnal à Faunus, dirige la noble jeunesse de Rome dans son hymne à Apollon, et dit à la petite-fille du fermier que les Dieux l'aimeront quoiqu'elle n'ait à leur offrir qu'une poignée de sel et de farine,--juste aussi sérieusement que jamais gentleman anglais ait enseigné la foi chrétienne à la jeunesse anglaise, dans ses jours sincères (_The Queen of the air_, I, 47, 48). Et enfin: «La foi d'Horace en l'esprit de la Fontaine de Brundusium, en le Faune de sa colline et en la protection des grands Dieux est constante, profonde et effective» (_Fors Clavigere_, lettre XCII, 111.)--(Note du Traducteur.)]
[Note 160: Voir _Præterita, I._--(Note du Traducteur.)]
[Note 161: Cf. _Præterita_, I, XII: «J'admire ce que j'aurais pu être si à ce moment-là l'amour avait été avec moi au lieu d'être contre moi, si j'avais eu la joie d'un amour permis et l'encouragement incalculable de sa sympathie et de son admiration.» C'est toujours la même idée que le chagrin, sans doute parce qu'il est une forme d'égoïsme, est un obstacle au plein exercice de nos facultés. De même plus haut (page 224 de la Bible): «toutes les adversités, qu'elles résident dans la _tentation_ ou dans la _douleur_» et dans la préface _Arrows of the Chase._ «J'ai dit à mon pays des paroles dont pas une n'a été altérée par l'intérêt ou affaiblie par la douleur.» Et dans le texte qui nous occupe _chagrin_ est rapproché de _faute_ comme dans ces passages _tentation_ de _peine_ et _intérêt_ de _douleur._ «Rien n'est frivole comme les mourants,» disait Emerson. À un autre point de vue, celui de la sensibilité de Ruskin, la citation de _Præterita_: «Que serais-je devenu si l'amour avait été avec moi au lieu d'être contre moi,» devrait être rapprochée de cette lettre de Ruskin à Rossetti, donnée par M. Bardoux: «Si l'on vous dit que je suis dur et froid, soyez assuré que cela n'est point vrai. Je n'ai point d'amitiés et point d'amours, en effet; mais avec cela je ne puis lire l'épitaphe des Spartiates aux Thermopyles, sans que mes yeux se mouillent de larmes, et il y a encore, dans un de mes tiroirs, un vieux gant qui s'y trouve depuis dix-huit ans et qui aujourd'hui encore est plein de prix pour moi. Mais si par contre vous vous sentez jamais disposé à me croire particulièrement bon, vous vous tromperez tout autant que ceux qui ont de moi l'opinion opposée. Mes seuls plaisirs consistent à voir, à penser, à lire et à rendre les autres hommes heureux, dans la mesure où je puis le faire, sans nuire à mon propre bien.»--(Note du Traducteur.)]
[Note 162: Cf.: «Comme j'ai beaucoup aimé--et non dans des fins égoïstes--la lumière du matin est encore visible pour moi sur ces collines, et vous, qui me lisez, vous pouvez croire en mes pensées et en mes paroles, en les livres que j'écrirai pour vous, et vous serez heureux ensuite de m'avoir cru» (_The Queen of the air_, III).--(Note du Traducteur.)]
[Note 163: Cf.: «Tout grand symbole et oracle du Paganisme est encore compris au moyen âge et au porche d'Avallon qui est du XIIe siècle, on voit d'un côté Hérodias et sa fille et de l'autre Nessus et Dejanire (_Verona and other Lectures_: IV, _Mending of the Sieve_, § 14).--(Note du Traducteur.)]
[Note 164: De même dans _Val d'Arno_, le lion de saint Marc descend en droite ligne du lion de Némée, et l'aigrette qui le couronne est celle qu'on voit sur la tête de l'Hercule de Gamarina (_Val d'Arno_, I, § 16, p. 13) avec cette différence indiquée ailleurs dans le même ouvrage (_Val d'Arno_, VIII, § 203, p. 169) «qu'Héraklès assomme la bête et se fait un casque et un vêtement de sa peau, tandis que le grec saint Marc convertit la bête et en fait un évangéliste».
Ce n'est pas pour trouver une autre descendance sacrée au Lion de Némée que nous avons cité ce passage, mais pour insister sur toute la pensée de la fin de ce chapitre de _la Bible d'Amiens_, «qu'il y a un art sacré classique». Ruskin ne voulait pas (_Val d'Arno_) qu'on opposât grec à chrétien, mais à gothique (p. 161), «car saint Marc est grec comme Héraklès». Nous touchons ici à une des idées les plus importantes de Ruskin, ou plus exactement à un des sentiments les plus originaux qu'il ait apportés à la contemplation et à l'étude des œuvres d'art grecques et chrétiennes, et il est nécessaire, pour le faire bien comprendre, de citer un passage de _Saint Mark's Rest_, qui, à notre avis, est un de ceux de toute l'œuvre de Ruskin où ressort le plus nettement, où se voit le mieux à l'œuvre, cette disposition particulière de l'esprit qui lui faisait ne pas tenir compte de l'avènement du christianisme, reconnaître déjà une beauté chrétienne dans des œuvres païennes, suivre la persistance d'un idéal hellénique dans des œuvres du moyen âge. Que cette disposition d'esprit à notre avis tout esthétique au moins logiquement en son essence sinon chronologiquement en son origine, se soit systématisée dans l'esprit de Ruskin et qu'il l'ait étendue à la critique historique et religieuse, c'est bien certain. Mais même quand Ruskin compare la royauté grecque et la royauté franque (_Val d'Arno_, chap. _Franchise_), quand il déclare dans _la Bible d'Amiens_ que «le christianisme n'a pas apporté un grand changement dans l'idéal de la vertu et du bonheur humains», quand il parle comme nous l'avons vu à la page précédente de la religion d'Horace, il ne fait que tirer des conclusions théoriques du plaisir esthétique qu'il avait éprouvé à retrouver dans une Hérodiade une canéphore, dans un Séraphin une harpie, dans une coupole byzantine un vase grec. Voici le passage de _Saint Mark's Rest._ «Et ceci est vrai non pas seulement de l'art byzantin, mais de tout art grec. Laissons aujourd'hui de côté le mot de byzantin. Il n'y a qu'un art grec, de l'époque d'Homère à celle du doge Selvo» (nous pourrions dire de Theoguis à la comtesse Mathieu de Noailles), «et ces mosaïques de Saint-Marc ont été exécutées dans la puissance même de Dédale avec l'instinct constructif grec, dans la puissance même d'Athéné avec le sentiment religieux grec, aussi certainement que fut jamais coffre de Cypselus ou flèche d'Érechtée».
Puis Ruskin entre dans le baptistère de Saint-Marc et dit: «Au-dessus de la porte est le festin d'Hérode. La fille d'Hérodias danse avec la tête de saint Jean-Baptiste dans un panier sur sa tête; c'est simplement, transportée ici, une jeune fille grecque quelconque d'un vase grec, portant une cruche d'eau sur sa tête... Passons maintenant dans la chapelle sous le sombre dôme. Bien sombre, pour mes vieux yeux à peine déchiffrable, pour les vôtres, s'ils sont jeunes et brillants, cela doit être bien beau, car c'est l'origine de tous les fonds à dômes d'or de Bellini, de Cima et de Carpaccio; lui-même est un vase grec, mais avec de nouveaux Dieux. Le Chérubin à dix ailes qui est dans le retrait derrière l'autel porte écrit sur sa poitrine «Plénitude de la Sagesse». Il symbolise la largeur de l'Esprit, mais il n'est qu'une Harpie grecque et sur ses membres bien peu de chair dissimule à peine les griffes d'oiseaux qu'ils étaient. Au-dessus s'élève le Christ porté dans un tourbillon d'anges et de même que les dômes de Bellini et de Carpaccio ne sont que l'amplification du dôme où vous voyez cette Harpie, de même le Paradis de Tintoret n'est que la réalisation finale de la pensée contenue dans cette étroite coupole.
... Ces mosaïques ne sont pas antérieures au XIIIe siècle. Et pourtant elles sont encore absolument grecques dans tous les modes de la pensée et dans toutes les formes de la tradition. Les fontaines de feu et d'eau ont purement la forme de la Chimère et de la Pirène, et la jeune fille dansant, quoique princesse du XIIIe siècle à manches d'hermine, est encore le fantôme de quelque douce jeune fille portant l'eau d'une fontaine d'Arcadie.
Cette page n'a pas seulement pour moi le charme d'avoir été lue dans le baptistère de Saint-Marc, dans ces jours bénis où, avec quelques autres disciples «en esprit et en vérité» du maître, nous allions en gondole dans Venise, écoutant sa prédication au bord des eaux, et abordant à chacun des temples qui semblaient surgir de la mer pour nous offrir l'objet de ses descriptions et l'image même de sa pensée, pour donner la vie à ses livres dont brille aujourd'hui sur eux l'immortel reflet. Mais si ces églises sont la vie des livres de Ruskin, elles en sont l'esprit. (Jamais le vers que redit Fantasio: «Tu m'appelles ta vie, appelle-moi ton âme» ne fut d'une application plus juste.) Sans doute les livres de Ruskin ont gardé quelque chose de la beauté de ces lieux. Sans doute, si les livres de Ruskin avaient d'abord créé en nous une espèce de fièvre et de désir qui donnaient, dans notre imagination, à Venise, à Amiens, une beauté que, une fois en leur présence, nous ne leur avons pas trouvée d'abord, le soleil tremblant du canal ou le froid doré d'une matinée d'automne française où ils ont été lus, ont déposé sur ces feuillets un charme que nous ne ressentons que plus tard, moins prestigieux que l'autre, mais peut-être plus profond et qu'ils garderont aussi ineffaçablement que s'ils avaient été trempés dans quelque préparation chimique qui laisse après elle de beaux reflets verdâtres sur les pages, et qui, ici, n'est autre que la couleur spéciale d'un passé. Certes si cette page du _Repos de saint Marc_ n'avait pas d'autre charme, nous n'aurions pas eu à la citer ici. Mais il nous semble que, commentant cette fin du chapitre de _la Bible d'Amiens_, elle en fera comprendre le sens profond et le caractère si spécialement «ruskinien». Et, rapproché des pages similaires (Voir les notes, pages 213, 214, 338 et 339), il permettra au lecteur de dégager un aspect de la pensée de Ruskin qui aura pour lui, même s'il a lu tout ce qui a été écrit jusqu'à ce jours sur Ruskin, ce charme ou tout au moins ce mérite, d'être, il me semble, montré pour la première fois.--(Note du Traducteur.)]
[Note 165: «Le grec lui-même sur ses poteries ou ses amphores mettait un Hercule égorgeant des lions» (_la Couronne d'olivier sauvage_, traduction Elwall, p. 44).--(Note du traducteur.)]
[Note 166: Allusion au XIVe livre des Songes où Samson déchire un jeune lion «comme s'il eût déchiré un chevreau sans avoir rien en sa main». «Et voici, quelques jours après, il y avait dans le corps du lion un essaim d'abeilles et du miel... Et il leur dit: «De celui qui dévorait est procédée la nourriture, et la douceur est sortie de celui qui est fort» (_Songes_, XIV, 5-20).--(Note du Traducteur.)]
[Note 167: Contre un lion (I Samuel, XVII, 34-38).--(Note du Traducteur.)]
[Note 168: Daniel. (Voir Daniel, chap. VI).--(Note du Traducteur.)]
[Note 169: Allusion probable à Virgile:
«Nec magnos metuent armenta leones.»
(_Églogues_, IV, 22.)--(Note du Traducteur.)]
[Note 170: « On ne nuira point, et on ne fera aucun dommage à personne dans toute la montagne de ma Sainteté» (Isaïe, XI, 9).--(Note du Traducteur.)]
[Note 171: «Pour ce qui est de ce jour et de cette heure, personne ne le sait.» (Saint-Mathieu, XXIV, 36).--(Note du Traducteur.)]
[Note 172: Voir la même idée dans Renan, _Vie de Jésus_, et notamment pages 201 et 295. Renan prétend que cette idée est exprimée par Jésus et s'appuie sur saint Matthieu, VI, 10, 33;--saint Marc, XII, 34;--saint Luc, XI, 2; XII, 31; XVII, 20, 21. Mais les textes sont bien vagues, excepté peut-être saint Marc, XII, 34, et saint Luc, XVII, 21.--(Note du Traducteur.)]
[Note 173: Cf. Bossuet, _Élévations sur les mystères_, IV, 8: «Contenons les vives saillies de nos pensées vagabondes, par ce moyen nous commanderons en quelque sorte aux oiseaux du ciel. Empêchons nos pensées de ramper comme font les reptiles sur la terre... Ce sera dompter des lions que d'assujettir notre impétueuse colère.»--(Note du Traducteur.)]
CHAPITRE IV
INTERPRÉTATIONS
1. C'est un privilège reconnu à tout sacristain qui aime sa cathédrale, de déprécier par comparaison toutes les cathédrales de son pays qui y ressemblent, et tous les édifices du globe qui en diffèrent. Mais j'aime un trop grand nombre de cathédrales, quoique je n'aie jamais eu le bonheur de devenir sacristain d'aucune, pour me permettre l'exercice facile et traditionnel du privilège en question, et je préfère vous prouver ma sincérité et vous faire connaître mon opinion dès le début, en confessant que la cathédrale d'Amiens n'a pas à tirer vanité de ses tours, que sa flèche centrale[174] est simplement le joli caprice d'un charpentier de village, que son ensemble architectural est, en noblesse, inférieur à Chartres[175], en sublimité à Beauvais, en splendeur décorative à Reims, et à Bourges, pour la grâce des figures sculptées. Elle n'a rien qui ressemble aux jointoiements et aux moulures si habiles des arcades de Salisbury; rien de la puissance de Durham; elle ne possède ni les incrustations dédaliennes de Florence, ni l'éclat de fantaisie symbolique de Vérone. Et pourtant dans l'ensemble et plus que celles-ci, dépassée par elles en éclat et en puissance, la cathédrale d'Amiens mérite le nom qui lui est donné par M. Viollet-le-Duc, «le Parthénon de l'architecture gothique[176]».
Gothique, vous entendez; gothique dégagé de toute tradition romane[177] et de toute influence arabe; gothique pur, exemplaire, insurpassable et incritiquable, ses principes propres de construction étant une fois compris et admis.
2. Il n'y a pas aujourd'hui de voyageur instruit qui n'ait quelque notion du sens de ce qu'on appelle communément et justement «pureté de style» dans les formes d'art qu'ont pratiquées les nations civilisées, et il n'y en a qu'un petit nombre qui soient ignorants des intentions distinctives et du caractère propre du gothique. Le but d'un bon architecte gothique était d'élever, avec la pierre extraite du lieu où il avait à bâtir, un édifice aussi haut et aussi spacieux que possible, donnant à l'œil l'impression de la solidité que le raisonnement et le calcul garantissaient, tout cela sans y passer un temps trop prolongé et fatigant, et sans dépense excessive et accablante de travail humain.
Il ne désirait pas épuiser pour l'orgueil d'une cité les énergies d'une génération ou les ressources d'un royaume; il bâtit pour Amiens avec les forces et les finances d'Amiens, avec la chaux des rochers de la Somme[178] et sous la direction successive de deux évêques; dont l'un présida aux fondations de l'édifice et l'autre y rendit grâces pour son achèvement. Son but d'artiste, ainsi que pour tous les architectes sacrés de son époque dans le Nord, était d'admettre autant de lumière dans l'édifice que cela était compatible avec sa solidité; de rendre sa structure sensible à la raison et magnifique, mais non pas singulière ni à effet, et d'ajouter encore à la puissance de cette structure à l'aide d'ornements suffisants à l'embellir, sans toutefois se laisser aller dans un enthousiasme déréglé à en exagérer la richesse, ou dans un moment d'insolente ivresse ou d'égoïsme à faire montre de son habileté. Et enfin il voulait faire de la sculpture de ses murs et de ses portes, un alphabet et un épitomé de la religion dont la connaissance et l'inspiration permît de rendre en dedans de ses portes un culte acceptable au Seigneur dont la Crainte était dans Son Saint Temple et dont le trône était dans le Ciel[179].
3. Il n'est pas facile au citoyen du moderne agrégat de méchantes constructions, et de mauvaises vies tenues en respect par les constables, que _nous_ nommons une ville--dont il est convenu que les rues les plus larges sont consacrées à encourager le vice et les étroites à dissimuler la misère--il n'est pas facile, dis-je, à l'habitant d'une cité aussi méprisable de comprendre le sentiment d'un bourgeois des âges chrétiens pour sa cathédrale. Pour lui, le texte tout simplement et franchement cru: «Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux[180]», était étendu à une promesse plus large, s'appliquant à un grand nombre d'honnêtes et laborieuses personnes assemblées en son nom. «Il sera mon peuple et je serai son Dieu[181]», et ces mots recevaient pour eux un sens plus profond de cette croyance gracieusement locale et simplement aimante que le Christ, comme il était un Juif au milieu des Juifs, un Galiléen au milieu des Galiléens était aussi partout où il y avait de ses disciples, même les plus pauvres, quelqu'un de leur pays, et que leur propre «Beau Christ d'Amiens» était aussi réellement leur compatriote que s'il était né d'une vierge picarde.