L'évolution actuelle du monde: illusions et réalités

Part 9

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Le parlementarisme, issu des votes populaires, avait établi une sorte de transaction entre la pensée individuelle et les forces collectives; mais, avec les nécessités de l’évolution moderne, les Parlements sont devenus, en raison même des infériorités psychologiques de toutes les collectivités, totalement impuissants, quand ils n’ont pas à leur tête une personnalité suffisamment forte. C’est justement pourquoi, depuis plusieurs années, les premiers ministres des divers parlements tendent comme je le disais plus haut à se transformer en véritables dictateurs.

Ainsi, par des voies nouvelles, l’individualisme arrive à reprendre son rôle de conducteur du monde. S’il devait succomber devant la force brutale et aveugle des foules, les grandes civilisations subiraient une décadence qui précéderait de bien peu la fin de leur histoire.

CHAPITRE II

LES FORMES RÉCENTES DE DICTATURE RÉALISÉES EN EUROPE

Les dictatures nouvellement nées en Europe ont revêtu des formes diverses suivant les pays: prolétarienne en Russie, militaire en Espagne, en Turquie en Pologne et en Grèce, politique en Italie.

Laissant de côté la dictature prolétarienne russe, qui ne diffère qu’en théorie de l’ancien tzarisme, la dictature grecque, qui ne représente qu’un conflit d’ambition militaire, les dictatures polonaise et turque qui restent encore un régime demi-constitutionnel, nous n’envisagerons ici que les dictatures italienne et espagnole. Nous dirons ensuite quelques mots de la demi-dictature spontanément réalisée en France à l’époque de la chute du franc.

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La dictature italienne sortit de l’excès du désordre dans lequel socialistes et syndicalistes avaient plongé l’Italie. Meurtres et pillages ne se comptaient plus. L’armée restait indifférente, le roi impuissant.

On sait comment un citoyen énergique, M. Mussolini, mit fin au désordre en marchant sur Rome à la tête d’une légion d’anciens combattants et détermina le roi à l’accepter pour chef de son gouvernement.

Le peuple italien l’acclama comme un sauveur et en fait, le dictateur, dégagé de l’influence d’un parlement qu’il ne conserva que pour la forme, sut réorganiser rapidement son pays.

Résumant les doctrines du nouveau maître, le _Matin_ écrivait:

«Mussolini parle des principes de 1789 comme de l’antithèse des siens. A l’égalité il a substitué la hiérarchie, à la liberté la discipline, à la fraternité la dévotion aux destins de la patrie.»

L’énergie et le jugement du dictateur le firent accepter par tous les partis, y compris le communisme et le syndicalisme. Les dirigeants de la Confédération du Travail demandèrent à s’associer au nouveau gouvernement. Beaucoup de socialistes renoncèrent à leurs théories.

Cette conversion des socialistes ne constituait pas, d’ailleurs, un phénomène bien nouveau. Seule, la rapidité de cette conversion pouvait étonner.

Un des plus influents socialistes déclara «mort le socialisme idéologique». Ajoutant, très justement, que la guerre avait fourni une preuve catégorique que «le sentiment de race a toujours prévalu sur l’idéologie de l’unité internationale de classe».

Le dictateur italien a fourni des preuves indubitables de capacité politique: Suivant lui: «les divisions entre bourgeois et prolétaires sont de vieilles méthodes de classement qui ont fait leur temps». Il s’est très bien rendu compte que dans les temps modernes la puissance des chefs d’État, rois, ministres ou dictateurs même dépend en grande partie de conditions économiques extérieures dont les gouvernements ne sont pas maîtres. C’est ainsi, par exemple, que la vie industrielle de l’Italie dépend en grande partie de l’Angleterre et des divers pays qui lui fournissent le charbon qu’elle ne possède pas. Ces nécessités que le monde n’avait pas encore connues influencent considérablement la politique étrangère des nations qui s’y trouvent soumises.

Pour faire pénétrer dans l’âme simpliste des foules l’importance des conditions économiques qui régissent aujourd’hui la vie des peuples, le dictateur italien se propose de donner un ministère aux organisations ouvrières, «afin de les convaincre que l’administration d’un État est chose extrêmement difficile et complexe, qu’il n’y faut guère improviser, ni faire table rase, comme il est arrivé au cours de certaines révolutions».

Le jour où ces vérités élémentaires pénétreront dans l’âme des multitudes de sérieux progrès se trouveront réalisés.

En attendant, le dictateur a pris des mesures fort sages, qu’un parlement n’aurait jamais pu imposer.

«Il a également compris que, contrairement aux théories socialistes, un gouvernement moderne doit laisser à l’initiative privée le maximum de liberté d’action et renoncer à toutes législations, interventions et entraves qui peuvent sans doute satisfaire les démagogies parlementaires, mais qui, comme l’expérience l’a démontré, n’aboutissent qu’à être absolument pernicieuses. Tous les systèmes économiques négligeant la libre initiative et les ressorts individuels seront, dans un bref délai, voués à une complète faillite.

Désireux d’appliquer ces conceptions, le dictateur s’est proposé de confier à l’industrie privée plusieurs monopoles, notamment celui des téléphones.»

Ces mesures judicieuses représentent exactement le contraire de ce que les socialistes veulent réaliser en France.

L’œuvre de Mussolini ne peut être bien appréciée qu’en prenant l’utilité comme élément de jugement. L’opinion générale en Europe a très bien été formulée par M. Churchill à l’ambassade d’Angleterre de Rome devant une réunion de journalistes, et dont le _Matin_ du 21 janvier 1927 a donné l’extrait suivant:

«Il est parfaitement absurde de dire que le gouvernement italien ne s’appuie pas sur une base démocratique.

_Si j’avais été Italien, je suis sûr que j’aurais été entièrement avec vous, depuis le commencement jusqu’à la fin, dans votre lutte victorieuse._

_Votre mouvement a rendu service au monde entier._

L’Italie a démontré qu’il y a une manière pour combattre les forces subversives. Cette manière est d’appeler la masse du peuple à une coopération loyale avec l’État. L’Italie a démontré qu’en défendant l’honneur et la stabilité de la société civile, elle donne l’antidote nécessaire au poison russe.»

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Laissant de côté l’Italie,--qui constitue un des rares exemples où une dictature prolongée ait été utile à un peuple--arrivons à l’Espagne.

La dictature espagnole eut pour auteurs des officiers dirigés par le général de Rivera. Elle fut comme en Italie la conséquence d’un état d’anarchie contre lequel la royauté restait impuissante.

Le dictateur a rappelé dans ses proclamations que les assassinats socialistes se multipliaient d’inquiétante façon. Depuis trois ans, des centaines de citoyens étaient tombés sous les coups extrémistes. Parmi eux figuraient un président du Conseil, un archevêque, quatre gouverneurs civils et de nombreux chefs d’industrie. Syndicalistes et communistes ne se ménageaient d’ailleurs pas entre eux. C’est ainsi que le chef du syndicat des charretiers fut assassiné par des extrémistes encore plus extrémistes que lui.

Tous ces meurtres restaient impunis. La magistrature tremblait et l’anarchie commençait à gagner l’armée. Des juntes militaires,--associations de type soviétique,--prétendaient imposer leurs volontés aux ministres, régler les conditions d’avancement, etc. L’indiscipline devenait générale: plusieurs provinces entamaient des mouvements séparatistes.

La dictature espagnole fut donc aussi nécessaire que la dictature italienne. Après avoir éliminé les ministres et le parlement, le dictateur espagnol gouverna son pays avec un directoire composé de dix généraux.

Ce Directoire, annonçait le général de Rivera, durera «jusqu’à ce que des hommes capables et d’une moralité absolue soient trouvés pour gouverner l’Espagne». On les cherche encore.

Convaincu de l’impuissance grandissante des gouvernements constitutionnels le roi subit toutes les volontés du dictateur, y compris la confiscation des biens personnels d’anciens ministres choisis par lui. Sans doute a-t-il pensé, en signant de pareilles mesures, que les rois modernes finiront par posséder moins de liberté que les plus humbles de leurs sujets.

Au moment où j’écris ces lignes, le dictateur de l’Espagne est menacé, selon une loi commune à toutes les dictatures militaires, des rivalités de généraux ambitieux, désireux d’accéder à leur tour au pouvoir. L’histoire des républiques espagnoles de l’Amérique donne une idée assez claire du sort des pays dans lesquels la puissance des compétitions individuelles est supérieure à celle des lois.

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La France n’a pas été obligée de subir un régime dictatorial aussi absolu que ceux de l’Italie et de l’Espagne; mais, pour la sauver de l’anarchie financière dont elle était menacée, il fallut confier au Président du Conseil un pouvoir demi-dictatorial constitué par le droit de formuler des décrets sans prendre l’avis du Parlement. Les événements qui amenèrent à cette situation ont été exposés par l’importante revue anglaise _New statesman_ du 15 janvier 1927 dans les termes suivants:

«Le franc continuait à tomber. M. Briand forma un nouveau cabinet avec M. Caillaux aux finances.

M. Caillaux ne put gagner la confiance publique. Le franc descendait sans arrêt. La Chambre était en ébullition. La populace donnait des signes de colère. Le capital s’évadait du pays. Le Trésor était vide. M. Herriot joua un peu le rôle de paratonnerre lorsque le 17 juillet il renversa le cabinet Briand-Caillaux. Son propre ministère fut renversé après une seule journée d’existence. Dans les rues, comme le franc touchait presque 250 à la livre sterling, les foules réclamaient une trêve des partis. Le bloc des gauches, ou cartel, avait jeté sa nef sur les rochers et la France se trouvait «à deux doigts» de la ruine. Et c’est alors que M. Poincaré accepta un devoir formidable. Il travailla avec célérité. Les clameurs s’apaisèrent. Le franc fut arrêté au bord de l’abîme et ramené à une position qu’il pût défendre. Une caisse d’amortissement fut créée pour venir en aide au Trésor. La Chambre, profondément alarmée, fit tout ce qui lui fut demandé, et rapidement M. Poincaré fit voter des lois et obtint l’autorisation de gouverner par décrets qui, dans la période précédente, avait été farouchement combattue par les députés. Le budget fut voté en trente-six jours. Depuis des générations, la France n’avait pas eu le spectacle que lui donnait l’action de M. Poincaré.»

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Quoi qu’il en soit de l’avenir des divers régimes, il faut bien reconnaître que si les peuples sont les uns après les autres poussés vers des formes variées de dictature, c’est qu’elles correspondent à des nécessités nouvelles que l’évolution moderne du monde a fait surgir.

CHAPITRE III

RAISONS PSYCHOLOGIQUES DU DANGER DES DICTATURES

Après avoir montré l’utilité des dictatures à certains moments de la vie des peuples, il importe aussi d’en mentionner les dangers.

L’autorité d’un dictateur étant, par définition, soustraite à tout contrôle, ses erreurs peuvent, comme le prouve l’histoire, entraîner un peuple vers d’irréparables désastres. Lorsque Napoléon III, aveuglé sur les plus évidents intérêts de la France, favorisa l’écrasement de l’Autriche par la Prusse, il préparait sa future défaite en 1870 et la guerre de 1914 qui en représente une lointaine conséquence.

Durant la lutte mondiale, ce fut par une série de maladresses, dont chacune constituait un acte dictatorial, que Guillaume II amena les pacifiques commerçants des États-Unis à entrer dans le conflit. Cette lourde faute lui fit perdre une guerre dont l’issue restait fort douteuse avant l’intervention américaine.

J’ai déjà rappelé que l’Angleterre commit des erreurs du même ordre, notamment quand le ministre Lloyd George usa de son pouvoir presque dictatorial pour lancer la Grèce contre la Turquie dans l’espoir de conquérir indirectement Constantinople.

La politique dictatoriale du même ministre envers la France ne fut pas plus heureuse. Elle faillit faire perdre à l’Angleterre une alliance qui lui était aussi nécessaire qu’à son ancienne alliée.

Bien d’autres exemples montrent la funeste influence que peuvent parfois exercer les dictateurs. Les plus puissants que le monde ait connus depuis longtemps furent Lénine en Russie, et, pour un instant en Europe, le Président Wilson. Lénine ramena la Russie à la barbarie et le Président Wilson fut un des principaux auteurs de la désorganisation européenne actuelle.

Dès son arrivée en Europe l’illustre homme d’État américain vit ses décisions dictatoriales acceptées comme des oracles. Oubliant que les empires naissent de nécessités historiques accumulées et ne sont pas créés par la raison pure, il prétendit refaire la carte de l’Europe en ne prenant que l’idéologique principe des nationalités pour guide. Ce principe lui inspira la rédaction d’un traité de paix où, dédaignant mille ans d’histoire, l’Europe fut découpée en petits états, sans vie économique possible et toujours prêts à s’entredéchirer.

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Les dictatures prolongées présentent cet autre danger d’amener rapidement l’affaissement du caractère de ceux qui les subissent. Sans doute la dictature d’Auguste mit fin aux guerres civiles et assura pour longtemps la prospérité de l’Empire. Mais, sous l’influence despotique de ses successeurs, l’âme romaine se désagrégea et perdit les qualités de caractère qui avaient maintenu à travers les âges la grandeur de Rome.

La soumission des Romains à la puissance impériale était devenue complète. Lorsqu’un César de la décadence pénétrait au Sénat, les sénateurs tremblaient devant lui et applaudissaient avec frénésie quand, sur un simple soupçon, le maître envoyait quelques-uns d’entre eux au supplice. Les Conventionnels ne montraient pas moins de servilité lorsqu’ils applaudissaient Robespierre marquant pour l’échafaud les collègues ayant cessé de lui plaire.

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Si les dictatures ont une tendance à se perpétuer, c’est que la plupart des hommes, pour s’éviter l’effort de se guider eux-mêmes, cherchent un maître capable d’orienter leurs pensées et leur conduite.

Jamais les peuples ne parlèrent plus qu’aujourd’hui de liberté et jamais pourtant ils ne se soumirent aussi facilement à toutes les servitudes. Si le besoin d’égalité ne cesse de grandir, l’idée de liberté a perdu tout prestige. Certains partis, le communisme par exemple, la rejettent complètement et attendent avec respect les ordres venus de lointains despotes. Des millions de syndicalistes se conforment aux injonctions impérieuses de leurs chefs. Sur un geste de ces maîtres, les chemins de fer d’un pays cessent de fonctionner, les mineurs d’extraire du charbon, les flottes marchandes suspendent leur commerce. Tous les éléments de la vie sociale se trouvent ainsi paralysés.

Les purs socialistes ne se soucient pas davantage de liberté. Leur rêve est un étatisme étroit gouvernant avec rigidité la vie des citoyens. Les lois votées sous leur influence n’ont fait qu’effacer de plus en plus les traces de liberté dont les hommes jouissaient encore. Dans les pays latins ils semblent s’y résigner facilement.

Ici nous touchons à un élément psychologique fondamental dont la connaissance éclaire ce qui précède. Si les universités des États-Unis considèrent comme essentielle l’éducation du caractère, si négligée des universités latines, c’est qu’elles savent bien que l’homme qui parvient à se dominer lui-même n’a pas besoin d’être gouverné par d’autres. Possédant une discipline interne qui le dispense de toute discipline externe, il est son propre dictateur. Rien ne remplace pareille dictature.

LIVRE VI

LES ILLUSIONS SUR L’ORIGINE ET LA RÉPARTITION DES RICHESSES

CHAPITRE PREMIER

LES ILLUSIONS SUR LA NATURE DU CAPITAL

La haine du régime dit capitaliste est devenue un des éléments fondamentaux du socialisme et du communisme. Leur but principal est de détruire ce régime soit violemment, soit au moyen d’amputations répétées imposées au capital.

Bien que les illusions ne se réfutent guère avec des mots, il ne sera pas inutile de résumer brièvement les idées qu’on peut se faire aujourd’hui sur la nature du capital.

Ce résumé montrera, une fois encore, que l’incompréhension des mots, beaucoup plus peut-être que celle des idées, se trouve à l’origine de bien des mouvements révolutionnaires.

Examinons donc le sens réel du terme _capital_, l’un des plus chargés d’illusions de l’âge moderne.

Pour les socialistes, le capital résulterait uniquement d’un prélèvement sur le salaire des ouvriers. Son principal rôle serait de constituer des rentes à une catégorie d’exploiteurs qualifiés de capitalistes.

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Certaines idées très répandues encore sur le capital correspondent à une phase ancienne d’évolution que les progrès de l’industrie ont fait disparaître depuis longtemps.

Sous sa forme primitive, le capital était représenté par des trésors, l’or notamment, accumulés dans des coffres d’où ils sortaient rarement; sa valeur restait par conséquent invariable.

Aujourd’hui, le capital est sorti des coffres, et sa grandeur, loin d’être invariable, varie sans cesse. Elle dépend en effet de divers facteurs: l’intelligence entre autres.

J’ai déjà montré dans un précédent ouvrage que la richesse d’un individu ou d’un peuple dépend de la rapidité de circulation du capital dont il dispose. Peu importe que le capital soit minime si, grâce à l’influence des facteurs capacité et travail, sa vitesse de circulation devient considérable.

Cette loi est analogue à celle qui régit en mécanique la grandeur de la force vive. Elle est égale, on le sait, au demi-produit de la masse par le carré de la vitesse. Une balle de masse petite, mais animée d’une grande vitesse, est beaucoup plus pénétrante qu’une balle cent fois plus lourde, mais de faible vitesse.

Cette analogie mécanique doit être introduite dans les définitions de la richesse. L’or enfermé dans un coffre représente une balle de fusil immobilisée. La vitesse seule rend actifs l’or et la balle.

Il faut donc toujours, dans les définitions de la richesse, considérer ces deux facteurs: grandeur du capital et rapidité de sa circulation.

Dans la richesse le facteur vitesse dépend surtout de la capacité: capacité technique de l’ouvrier et surtout capacité de la direction.

Ces notions fondamentales se répandent de plus en plus. Résumant mes explications à ce sujet, M. l’ingénieur en chef Marcel Bloch rappelait, dans un remarquable rapport sur l’organisation des chemins de fer, ma démonstration que l’importance du capital dépend de la vitesse de sa circulation. Un capital relativement modeste, mais à circulation rapide, aura bientôt une grandeur très supérieure à celle d’un capital important mais à faible vitesse de circulation. La vitesse c’est de la richesse. Travailler vite c’est s’enrichir, travailler lentement c’est s’appauvrir.

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Dans les trois facteurs dont se compose le capital moderne: l’or, l’intelligence et le travail, l’intelligence est généralement le plus important. On a constaté depuis longtemps, en Amérique surtout, que dans beaucoup d’usines le rendement était au moins doublé en y introduisant le facteur capacité.

Contrairement aux croyances communistes, la capacité intellectuelle, qui dépassait à peine jadis en valeur la capacité manuelle, lui est, aujourd’hui, si supérieure que la seconde ne peut plus rien sans la première.

C’est la capacité intellectuelle qui permet de réaliser les découvertes dont profite l’humanité, alors que la capacité manuelle ne profite guère qu’à chaque travailleur. On a évalué à un tiers du revenu actuel de l’Angleterre la part imputable à la capacité d’une petite élite.

Le capital est devenu aujourd’hui l’élément essentiel de la vie industrielle; vouloir le réduire par toute une série de mesures vexatoires comme le rêvent les socialistes, c’est méconnaître son rôle prépondérant dans la vie des peuples. Un impôt sur le capital n’a d’autre résultat que d’augmenter le prix des objets et de rendre l’existence plus chère.

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Ces notions, un peu abstraites pour des ouvriers latins, sont bien comprises de leurs confrères américains. Plusieurs journaux ont mentionné la pétition signée par des ouvriers pour obtenir qu’un grand constructeur d’automobiles fût exempté des impôts capables de réduire son capital. Les signataires comprenaient parfaitement que ces impôts auraient pour résultat final d’augmenter le prix de vente des automobiles dont un grand nombre d’entre eux étaient acquéreurs.

L’impôt sur le capital n’est qu’une illusion. Création de l’envie et de la haine, il ne ferait qu’appauvrir davantage les classes dont il prétend améliorer le sort.

Les théories socialistes ont été réfutées tant de fois et ont reçu un si clair démenti des expériences tentées dans divers pays, qu’il serait inutile d’y revenir.

Le régime dit capitaliste se modifie, d’ailleurs, chaque jour. Le capital, qui soutient les industries, se diffuse actuellement de plus en plus en un tel nombre de mains qu’il n’y aura bientôt plus d’individus pouvant être qualifiés de grands capitalistes.

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A quelques-unes des considérations qui précèdent sur le régime capitaliste, les socialistes répondent que, s’ils veulent supprimer les capitalistes, leur intention n’est nullement de détruire le capital, mais bien de le remettre aux mains de l’État, qui serait alors chargé de la gestion de toutes les industries.

Malheureusement pour cette conception, des expériences cent fois répétées ont prouvé que les produits des industries gérées par l’État, c’est-à-dire par un personnel non intéressé au succès des entreprises, reviennent beaucoup plus cher que ceux dus à l’industrie privée. Le prix de revient des marchandises fabriquées dans les pays étatisés serait tel qu’elles ne pourraient concurrencer à l’étranger les produits dus à l’industrie des pays ayant échappé au régime socialiste. La Russie soviétique en fournit un frappant exemple.

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Ne pouvant entrer ici dans l’étude détaillée des questions concernant le capital et la monnaie qui le représente, je me bornerai à résumer en propositions brèves quelques points fondamentaux:

--La valeur d’un capital dépend surtout de la rapidité de sa circulation.

--La richesse d’un peuple ne réside pas dans l’or qu’il possède, moins encore dans des monnaies artificielles sans garantie, fabriquées à volonté. Un peuple est pauvre ou riche, suivant que les produits de son sol, de ses usines, de son commerce, sont inférieurs ou supérieurs à ses besoins.

--Un peuple s’appauvrit lorsqu’il consomme plus qu’il ne produit; c’est ce qui arrive lorsque les marchandises qu’il fabrique deviennent, par suite de la réduction des heures de travail ou d’autres motifs, trop chères pour être exportées.

--Quand un peuple exporte une quantité de marchandises d’une valeur exactement égale à celle qu’il importe, sa monnaie, fût-elle entièrement fiduciaire, garde le même pouvoir d’achat.

--Lorsqu’un peuple importe plus de marchandises qu’il n’en exporte, et si faute de ressources il est obligé d’effectuer ses paiements en monnaie fiduciaire, cette monnaie subit une perte dépendant du degré de confiance que l’acheteur lui accorde. Les marchandises achetées au dehors augmentant forcément de prix, l’élévation du coût de la vie en sera la conséquence.

--Dans les échanges de marchandises de valeur équivalente, l’or n’intervient que comme unité de compte, sans qu’il soit besoin de le déplacer des caisses où il est conservé.