L'espionne

Part 17

Chapter 17609 wordsPublic domain

--En m’avouant que vous l’aimez, vous l’avez condamné.

Pendant ce temps, les gendarmes se rapprochaient de Saint-Frémont pour se saisir de lui.

--Vous ne me tenez pas encore, cria-t-il en reculant jusqu’au mur, et en tirant de sa ceinture un pistolet qu’il dirigea sur le groupe qu’ils formaient.

Mais l’un d’eux bondit, lui prit le bras si brutalement, qu’il l’obligea à lâcher son arme avant qu’il eût pu en faire usage. Elle tomba de ses mains paralysées, et il resta sans défense, accablé sous le nombre de ses agresseurs, qui l’eurent bientôt lié, bâillonné, réduit à l’impuissance.

Ils se préparèrent à l’emmener.

--J’espère, Monsieur, dit alors Javarin au délégué, que vous rendrez compte au Premier Consul de mon zèle à le servir.

--Justice vous sera faite, répondit le policier.

--Ne manquez pas de lui dire, ajouta Javarin, que si vous avez pu vous emparer de cet homme, c’est grâce à moi, ou plutôt, grâce à madame, ajouta-t-il en perçant de son regard railleur Clary qui pleurait anéantie, car c’est elle qui me l’a dénoncé. Un cri d’horreur et de révolte répondit à cette accusation odieuse. Clary s’était redressée. Tout son être protestait contre le mensonge. Mais Javarin le répéta.--C’est elle qui vous le livre, affirma-t-il. Elle était jalouse de prouver son dévouement au général Bonaparte.

A ces mots que Saint-Frémont entendit au moment de sortir, il se retourna. Ses yeux encore brillants de fureur tombèrent sur Clary et elle crut y voir un reproche. Soupçonnée par lui! Elle chancela sous ce coup sans trouver en elle la force de réagir. Saint-Frémont sourit dédaigneux et amer. Les paroles de Javarin avaient éveillé ses soupçons, ébranlé sa foi dans la loyauté de Clary. Il fit un signe aux gendarmes pour les inviter à se mettre en route. Ils allaient déférer à ce désir très clairement exprimé, mais ils en furent empêchés par l’appel désespéré de la jeune femme. Elle s’efforçait de retenir Albert. Elle ne voulait pas le laisser partir avant de s’être justifiée. Elle l’adjurait de ne pas croire à ce qu’avait dit Javarin, et gémissait en devinant à sa froideur, à son impassibilité, que ces propos accusateurs l’avaient trouvé crédule.

Brusquement, elle cessa de se lamenter. On la vit se raidir, lasse, en quelque sorte, de protester en vain. Ses yeux où se lisait une exaltation qui touchait à la folie, fixaient le sol, à la place où, pendant la courte lutte que Frémont avait soutenue contre les gendarmes, était tombé son pistolet. C’est ce pistolet oublié là qui, maintenant, attirait Clary, l’absorbait, la captivait et lui suggérait des pensées de violence que nul autour d’elle ne pouvait prévoir et dont personne, par conséquent, ne songeait à conjurer l’éclat.

A l’improviste, elle se précipita, ramassa l’arme, se releva transfigurée par un désir de vengeance et marchant sur Javarin:

--Je ne suis pas votre complice, et je le prouve, dit-elle.

Une détonation retentit, et Javarin foudroyé, roula sur le plancher.

A quelques jours de là, le chevalier de Saint-Frémont, traduit devant une cour martiale et condamné à mort, fut exécuté à Paris dans la plaine de Grenelle. Quant à Clary Javarin, arrêtée d’abord pour crime de meurtre sur la personne de son mari, elle ne tarda pas à être mise en liberté. Le Premier Consul, qui avait pris connaissance du rapport qui lui fut fait sur ce dramatique événement, avait décidé qu’elle ne serait pas poursuivie.

FIN.

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