Part 10
--Heureux les simples, ils verront Dieu!
Et l’on vit Madame la Vierge ouvrir ses bras, se pencher et couvrir de son manteau le corps chétif du pauvre hère.
Frère Leriche était saltimbanque; il allait de foire en marché, de la Mayenne à la Vendée, amusant les badauds par ses tours et ses jongleries, et gagnant à ce jeu une maigre pitance.
Souvent, le ventre creux, il s’endormait aux bords des routes, à la belle étoile «auberge du Bon Dieu qui fait toujours crédit».
Un jour de misère trop dure, le froid, la pluie, la faim, le chassent à travers les rues où rien ne vit. Une église est là, accueillante. Il entre. L’ombre chaude l’enveloppe et le prend, peu à peu, il voit des lumières et des fidèles attentifs. Une voix monte qui parle de la Vierge. Ces mots qui se suivent font une musique très douce à son oreille. C’est un ronron qui chante, berce, console, et la vie qu’il mène lui fait soudain horreur. Il veut se reprendre, se racheter, se sacrifier totalement.
Mgr Grandin passe, qui demande des serviteurs. Il dit:
--N’oubliez pas que votre vie ne sera qu’un long martyre.
Et le saltimbanque va trouver celui qui se fit une gloire d’être «l’évêque pouilleux».
--Monseigneur, si vous daignez me prendre, je suis prêt.
Le Prélat hésite, ce Leriche n’est pas un riche cadeau à faire aux missions. Faire un Oblat de ce coureur d’aventures qui, par vaux et chemins, amuse la canaille qui gouaille et rit?
Un matin, l’Evêque, songeur, suit la route qui mène d’Aron à Mayenne. Un couple devant lui l’intrigue: un grand diable dégingandé qui conduit avec précaution une bonne vieille en coiffe paysanne, cassée par l’âge et les douleurs.
C’était notre homme qui menait sa mère à l’hospice, l’entourant de soins minutieux et de puériles tendresses.
--S’il y a place en ce cœur pour la pitié filiale on peut compter sur lui!
Et l’Evêque emmena le baladin.
Trente-deux ans après, Mgr Grandin prononçait ces mots devant la tombe où le corps qui avait tant souffert allait dormir son dernier somme:
--C’était un missionnaire très humble... le modèle des pénitents... un homme de Foi.
Ainsi vivent, ainsi meurent aux missions du Grand Nord les apôtres inconnus.
Ils ont à jamais renoncé aux biens de ce monde, rien ne les signale à l’attention de ceux qui passent, mais Dieu les voit, ce sont des ombres qui se meuvent à l’ombre de la Croix.
SOUS LE SIGNE DE LA VIERGE
--Le traîneau est prêt.
--Merci, Tomkins.
Allons, il faut partir. Sur le perron de bois de l’évêché baigné de lune, les Pères sont rangés, visages rudes aux yeux si clairs!
Mgr Grouard est là et mes amis, tous mes amis.
Qui dira l’angoisse du dernier serrement de main?
Il y a quelques minutes, c’était la causerie familière autour du poêle qui ronflait. Des Indiens frileux se chauffaient dans la salle commune, et nous, nous évoquions le Vieux Pays si cher à nos pensées.
Nos cœurs vibraient d’un même amour. Il faisait si bon moralement aux côtés de ces hommes.
Mais voici qu’une porte s’ouvre. Tomkins, le métis, lance:
--Le traîneau est prêt.
On se lève aussitôt et c’est le brouhaha du départ, les souhaits, les recommandations ultimes.
--Vous n’aurez pas chaud sur le lac.
Un frère annonce:
--42° sous zéro.
--Bah! J’en ai vu bien d’autres!
Puis un silence, un silence peuplé de mille choses fragiles. Des fils ténus se multiplient, se tendent, se croisent, une trame se forme qui demain, ce soir déjà, sera tissée de souvenirs.
Au revoir ou adieu, qui peut prévoir cela?
L’Evêque, casqué de castor, enveloppé dans une houppelande, est debout. Sa barbe de patriarche met une tache claire dans la nuit. Il m’a semblé qu’elle tremblait un peu. Le vent, peut-être?
Le traîneau vire. Sur les marches, les Pères et Monseigneur forment un groupe immobile.
--Allons, adieu, adieu, vous tous.
Un ordre. Les grelots tintent. Nous glissons lentement dans l’ombre.
C’est la descente sur Grouard. La cité sommeille. Je me retourne. Voici, sur la colline, la chapelle, l’hôpital, la mission. Sur la pente, plus bas, l’étroit cimetière, les tertres neigeux et les croix.
Devant moi, le petit lac des Esclaves est bleu de lune.
Le vent souffle, emportant mes pensées.
Je vais partir, je suis parti, je laisse derrière moi des cœurs fidèles. Combien de fois suis-je parti ainsi?
La sirène des paquebots gémit et pleure, la mer drosse le chalutier, le rivage s’estompe, des arbres, une ligne floue qui s’affaisse et disparaît et l’on est seul entre le ciel et l’eau.
Regrets d’Islande, nuit profonde qui agrandissait le ciel groënlandais, adieux sobres au pays de l’or.
--Bon voyage, garçon. Evitez les mauvaises rencontres.
Et déjà la porte du bar est close. La nappe de lumière crue s’est repliée brusquement.
Je suis seul dans le gel et dans les ténèbres, comme à présent. Mais, ce soir, plus que jamais mon âme est en peine, pourquoi?
N’ai-je pas maintes fois abandonné bien des désirs aux ronces des chemins comme les brebis des lambeaux de leur laine? Combien d’images se sont effacées de mon cœur que j’avais gardées longtemps au fond de mes prunelles?
Ces boqueteaux de sapins, ces maigres saules, vision accoutumée. Je les ai déjà vus sur les pistes de _Last Chance_. Cette eau figée, est-ce la Porcupine, la Rivière Plumée, le Yukon qui miroitent, prisonniers des glaces pour huit mois?
Les douze soleils passeront. Après le soleil où le soleil est sous la terre, viendra le soleil où les chiens se chauffent et le soleil de la débâcle et le soleil où les oiseaux muent.
Ainsi revient au cœur des hommes le printemps qu’on croyait disparu.
Courage! Ceux que je viens de quitter sont des porteurs d’espérance; les magnifiques serviteurs, les Oblats, d’une cause sainte, sublimisée par le renoncement, l’abnégation et la souffrance.
Ils ont les paroles pour apaiser, pour instruire, pour consoler. Ils ont des mots pour toutes les défaillances; ils endorment la douleur, fille de la solitude et mère des orages de la passion.
Tout ce qui souffre, tout ce qui chancelle, tout ce qui est irrésolu vient vers eux et la guérison, l’apaisement, la volonté se lèvent à l’appel de leur voix. Eternel miracle de Lazare surgissant du tombeau!
A quel prix achètent-ils la conversion des âmes? Depuis des mois, des années, ils se consacrent _à l’œuvre du manque-de-tout_, usant leur vie dans une lutte quotidienne contre le froid, la solitude, la faim, hydre tricéphale de cette terre nordique où ils ont fixé volontairement leur destin.
Je ne raconte pas leur histoire, mais devant le mirage de la nuit polaire qui se déroule à mes yeux, j’évoque l’Epopée blanche dont ils ont écrit tous les chants, des bords du Saint-Laurent jusqu’aux extrêmes limites du monde.
A cette heure, Mgr Turquetil, là-haut, dans vos steppes stériles, que faites-vous? Où êtes-vous?
C’est une symphonie merveilleuse, unique dans notre siècle dévorant.
A l’heure où les humains se ruent à la conquête de buts matériels, pour la satisfaction de leurs appétits, je veux simplement dire qu’il y a des prêtres qui font le sacrifice absolu, le complet abandon d’eux-mêmes pour ramener à Dieu ceux qui sont les plus déshérités, les plus pauvres, les plus abandonnés parmi les fils d’Adam.
Ce qu’ils font ici, leurs frères l’accomplissent aux antipodes. Le vicariat de Keewatin a sa réplique dans le Basutoland. La préfecture de Pilcomayo, en Bolivie, naît à la vie apostolique, cependant que la Cimbébasie offre ses six cent mille kilomètres carrés au zèle des Oblats et Ceylan berce leur foi au rythme de ses palmes[57].
[57] Exactement: les vicariats apostoliques du Nord-Américain, Mackenzie, Yukon, Athabaska, Keewatin et Baie d’Hudson; ceux de l’Afrique australe, du Basutoland, du Natal, du Transvaal, de Kimberley, de la Cimbébasie; les diocèses florissants de Colombo et de Jaffna, dans les Indes, et la Préfecture de Pilcomayo, au centre de l’Amérique du Sud.
D’autres diront la gloire de ces hommes.
Je ne suis qu’un pèlerin qui vint s’asseoir, un jour, à leur foyer, mais mon âme a gardé l’empreinte de leur âme et mon cœur les vibrations de leur cœur.
Le traîneau glisse, je passe dans la féerie blanche, léger comme un souvenir, ouaté de neige comme ces fantômes qui viennent aux veillées de Noël dans les contes populaires.
Oui, c’est une symphonie, dont tous les tons s’harmonisent, que m’apportent les vents descendus du Septentrion.
Symphonie grise comme les petites Sœurs penchées sur les pires calamités.
Symphonie noire comme la robe des Oblats qui, dans ses plis, porte la Rédemption et la promesse d’une vie éternelle.
Symphonie rouge comme le sang des Pères Fafard, Marchand, Rouvière, Le Roux, rouge comme le cœur du Christ, déchiré et saignant de la misère des hommes.
Symphonie blanche comme les lys de France, blanche comme votre pureté, Mère très chaste, qui effeuillez la rose mystique de votre cœur aimant aux plus généreux de vos fils.
«Vierge immaculée dans votre corps, dans votre âme, dans votre foi, dans votre amour»[58], c’est votre manteau qui s’étend, ce soir, sur la plaine, donnant à ceux qui vous sont chers protection et miséricorde.
[58] Pie X.
Le salut du monde était en vous, vous nous l’avez donné. Toute grâce, toute charité vient de vous. C’est un don de Dieu et les «dons de Dieu sont sans repentance».[59]
[59] Bossuet.
Vous êtes la lumière et la consolation, le refuge et l’espérance de tous ces pauvres Indiens que j’ai vus, à genoux, implorant avec une ferveur digne des premiers âges, la fin de leurs angoisses, de leurs périls et de leurs tentations.
Quel sort réservez-vous à ces tribus jadis innombrables? Elles s’étiolent, elles s’anémient, elles meurent, peu à peu.
Que seront-elles demain?
Les Oblats qui se dévouent pour elles, qui souffrent pour elles, qui donnent leur vie pour elles, savent que leur œuvre est périssable et cependant ils la poursuivent avec toute la force de leur apostolat.
Faut-il dire avec le poète:
_Et puis c’est bien plus beau lorsque c’est inutile._
Non, c’est une parole impie. Rien n’est inutile de ce qui touche à la gloire de Dieu.
A l’heure où nous sommes, plus que jamais, nous devons avoir une mystique. Les esprits du mal s’agitent, promettant aux crédules humains des jouissances immédiates, des satisfactions promptement réalisées--par quels moyens, Seigneur?
Alors, pourquoi pas la mystique chrétienne, d’amour, de lumière et de paix?
Un sifflet strident déchire la nuit. Sur la neige, il y a une longue traînée noire, dans le ciel des tourbillons de fumée.
Voici la civilisation qui s’avance. Une baraque de bois--halte et village--c’est Enilda.
Demain, je serai à Edmonton, demain il y aura une ville, des maisons, l’activité et les misères de la vie.
Le train part.
Mon traîneau est un point perdu dans la plaine, il s’efface bientôt.
Là-bas, au delà des monts, des lacs et des forêts, il y a des cœurs en prière qui, sous le signe de Marie, mère admirable, préparent les voies de Dieu.
O Pères, ma faiblesse se joint à votre isolement.
Toutes les tristesses de la terre, vous les avez dissipées par vos actes de foi.
En vérité, l’Agneau a racheté les brebis.
Sur la terre canadienne--si vieille et si jeune à la fois--l’esprit de sacrifice a passé; je suis son vol, je vois ses ailes frémissantes dissiper les ombres de la nuit, et dans l’aube qui naît, le ciel s’ouvre aux béatitudes éternelles.
Les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée sont expulsés de France.
NOTES ET REFERENCES
La Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée (o. m. i.)
La Congrégation des Oblats de Marie Immaculée (o. m. i.) a été fondée le 25 janvier 1816, à Aix-en-Provence, par Mgr de Mazenod, qui lui donna comme devise: _Evangelizare pauperibus misit me._ Il m’a envoyé évangéliser les pauvres. (Luc, IV, 18).
Le pape Léon XII approuva, le 17 février 1826, cette œuvre, disant: «Cette Société me plaît. Je sais le bien qu’elle a déjà fait. Je suis certain de ce qu’elle accomplira par la suite. Un bref d’éloges ne suffit pas: _Non laudanda sed approbanda._»
Destinée à la France, bientôt elle déborde son cadre trop étroit et porte la parole du Christ jusqu’aux dernières marches du monde.
En 1841, Mgr Bourget, l’éminent évêque de Montréal, demande des Oblats pour le Canada. Et le rude sacrifice commence que rien n’arrêtera, de la Province de Québec à la Baie d’Hudson, des côtes du Labrador aux boucles du Mackenzie, de la Mer Glaciale à l’Océan Pacifique.
Les Oblats sont en Asie, à Colombo et à Jaffna; en Afrique, au Natal, à Kimberley, au Zoulouland, en Cimbebasie, en Australie aussi et maintenant en Bolivie.
En France, jusqu’en 1904, ils furent les réalisateurs du _Vœu National_. Mgr Guibert leur confia la garde de la Basilique du Sacré-Cœur.
L’Angleterre, l’Irlande, l’Espagne, l’Allemagne, la Tchécoslovaquie, la Pologne, l’Italie, la Belgique, ont leurs provinces apostoliques.
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Aujourd’hui, plus de trois mille Oblats--prélats, prêtres ou simples frères coadjuteurs--accomplissent leur mission de charité sous le signe de Marie.
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En un siècle, la Congrégation a donné à l’Eglise un cardinal (Mgr Guibert, archevêque de Paris) et 39 archevêques ou évêques.
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_Mgr de Mazenod._--Charles-Joseph-Eugène de Mazenod, né à Aix le 1er août 1782. Ordonné prêtre le 21 décembre 1811, il déclina l’offre de Mgr Demandolx, évêque d’Amiens, qui voulait en faire son vicaire général, pour aller à Aix se «consacrer entièrement à la jeunesse et aux pauvres».
Toute la population accourait le dimanche pour l’entendre prêcher en provençal.
En 1816, il fonda la Congrégation des Oblats. Le 21 mai 1861, le vénérable prélat mourait, ayant vu son œuvre se développer au delà de toute espérance.
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_Abbé Thibault._--L’abbé Jean-Baptiste Thibault, un des douze prêtres séculiers qui vinrent évangéliser l’Ouest canadien. Il consacra aux missions 39 ans de sa vie sacerdotale. Ses onze compagnons s’appelaient: Sévère Dumoulin, Destroismaisons, Hayer, Boucher, Poiré, Demers, Belcourt, Mayraud, Darreau, Laflèche et Bourassa.
Quatre pères jésuites les avaient devancés au XVIIIe siècle, de 1732 à 1751, mais ils ne purent dépasser le Fort Saint-Charles (sur le lac des Bois) et le Fort la Reine (Portage La Prairie).
Saluons la mémoire du Père Messager et du Père Aulneau, tués par les Sioux à l’Ile aux Massacres.
L’Ouest ne revit les «robes noires» que soixante-sept ans après le départ du dernier jésuite.
La «première» fut celle de Mgr Norbert Provencher. Mgr Provencher avait abordé à la Rivière Rouge le 14 juillet 1818. Là devaient s’élever Saint Boniface et Winnipeg.
Le R. P. Aubert et le R. P. Taché furent les deux premiers Oblats qui débarquèrent à Saint-Boniface (1845).
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_Mgr Laflèche._--Louis-François Laflèche partit pour la Rivière Rouge sur un canot d’écorce. Douze ans il évangélisa le Nord-Ouest, mais terrassé par la maladie il dut rentrer à Québec. Le 21 février 1867, il fut nommé évêque d’Anthédon. Il était tout zèle et toute charité, allant toujours à pied; à sa mort, on ne trouva pas cent francs dans «son palais épiscopal» (1818-1898).
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_Mgr Taché._--Alexandre-Antonin Taché, 1823-1894, «l’évêque d’action», qui créa les diocèses, les vicariats apostoliques. C’est lui qui ouvrit à l’immigration canadienne française les immenses terres de l’Ouest.
Patriote passionné, c’est grâce à lui que le Canada conserva l’Ouest, au moment où il fallait peu de chose pour qu’il passât sous la domination américaine.
Il sauva l’Œuvre des Missions sur le point de sombrer dans la désespérance. Ce fut un Oblat magnifique d’obéissance et de volonté.
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_Mgr Faraud._--Henri-Joseph Faraud, né à Gigondes, dans le Vaucluse (1823-1890).
Enfant, c’était le pire garnement qui fût, intelligent et batailleur, il affligeait sa mère qui annonça: «Tu ne feras jamais rien de bon.» Un jour, en désespoir de cause, elle le conduisit au pied de la Vierge, disant: «Bonne mère, je vous le donne, moi je ne peux rien en faire.»
Le miracle s’accomplit, l’indiscipliné devint le plus studieux des enfants, il entra bientôt au juniorat des Oblats, à Notre-Dame des Lumières: le 8 novembre 1846, il arrivait au Canada.
Il parcourut d’abord la Prairie, puis il monta au Nord, pionnier de son futur vicariat.
D’une force herculéenne, il faisait l’admiration des Indiens, qui trouvaient auprès de lui un père dévoué, un consolateur aimant, un ami toujours fidèle.
Le 13 mai 1862, il recevait le titre d’évêque d’Anemour et de vicaire apostolique d’Athabaska-Mackenzie. Il prit à Saint Martin sa devise: «_Non recuso laborem_, je ne refuse pas le travail.»
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_Mgr Grandin._--Vital-Justin Grandin, né à Saint-Pierre-sur-Orthe (Mayenne), le 8 février 1829. Il fut «l’évêque pouilleux», celui qui fit l’abandon absolu de soi-même, qui, brisé par le mal, marchait quand même, trouvant dans sa souffrance même une façon de louanger le Seigneur.
Missionnaire accompli, administrateur sans reproche, il fut l’âme des missions du Grand Nord.
En 1855, il assista le Père Faraud à la Nativité, il apprit le montagnais sur les bords de la rivière au Sel, en juillet 1858 il reçut le redoutable honneur de l’épiscopat: évêque de Satala, _in partibus infidelium_. En 1872, il devenait le premier évêque de Saint-Albert, où il mourut le 3 juin 1902.
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_Mgr Clut._--Isidore Clut, «l’évêque de peine», né le 11 février 1832, à Saint-Rambert-de-Rhône. Le 8 décembre 1854, il est Oblat, le 20 décembre 1857 il est prêtre, le 7 octobre 1858 il arrive au bord du lac Athabaska, neuf ans après c’est là qu’il reçoit la consécration épiscopale (15 août 1867).
Ce fut lui qui tenta avec le Père Lecorre l’évangélisation du Yukon et de l’Alaska. Pour ce faire ils descendirent le Mackenzie et de la pointe du delta se dirigèrent _à pied_ vers les montagnes Rocheuses; transportant leur canot ils atteignirent enfin la Porcupine, qu’ils suivirent jusqu’au Yukon.
Il passa d’horribles nuits sous le cercle polaire, mais il portait en lui le soleil de la Foi. Il aima ses chers sauvages avec passion. Il mourut ayant accompli son œuvre, le 31 juillet 1903, à la mission de Saint-Bernard, sur le bord du Petit Lac des Esclaves.
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_R. P. Eynard._--Germain Eynard, 1824-1873. Ancien élève de l’Ecole Polytechnique, il abandonna les hautes distinctions laïques pour se réfugier en Dieu. En 1853, il est Oblat, en 1858 il arrive à Fort Résolution.
Pendant quinze ans, voyageur infatigable, il desservit les missions du Grand Lac des Esclaves, humble parmi les plus humbles. «Je n’ai connu de religieux plus parfait, disait Mgr Grandin.»
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_R. P. Grollier._--Pierre-Henri Grollier, né à Montpellier le 30 mars 1826. Il prononça ses vœux perpétuels le 15 octobre 1848, à Notre-Dame de l’Osier; il fut ordonné à Marseille le 29 juin 1851.
Placé d’abord à Notre-Dame de la Garde, il reçut bientôt son obédience pour le Nord-Ouest (en janvier 1852). Départ en février par Liverpool, avec Mgr Taché, qui venait d’être sacré. On l’envoya d’abord à la Mission de la Nativité (Lac Athabaska), avec le futur Mgr Faraud, qui l’attendait.
Il fonda successivement les missions suivantes: Notre-Dame des Sept Douleurs (Fond du lac Athabaska), chez les Mangeurs de Caribous, en septembre 1853: Saint-Michel (Rae) chez les Plats-côtés-de-chiens: Grosse Ile ou Wrigley; Sacré-Cœur (Fort Simpson); Sainte-Thérèse (Fort Norman) chez les Esclaves; Notre-Dame de Bonne-Espérance (Good Hope), en 1859, chez les Peaux-de-lièvres; Saint-Nom de Marie (Peel’s River, aujourd’hui Arctic Red River) chez les Loucheux et de là il essaya de convertir les Esquimaux.
Il est mort le 4 juin 1864.
C’était une âme ardente et forte qu’une Foi passionnée animait. Il fut le premier Oblat qui mourut à la peine, la terre canadienne garde sa dépouille périssable, mais son souvenir est vivant dans toutes les mémoires.
* * *
_Mgr Grouard._--Emile Grouard est né le 2 février 1840, à Brûlon, dans le pays manceau.
Petit cousin de Mgr Grandin, il le suivit au Canada. Il avait vingt ans, depuis il ne s’est jamais arrêté. Mgr Taché l’ordonna prêtre le 3 mai 1862. Le 8 juin, il partait pour le lac Athabaska, le 2 août il arrivait à la Nativité. Le 18 octobre, il recevait les bulles le nommant évêque titulaire d’Ibora et vicaire apostolique d’Athabaska-Mackenzie.
Son livre _Soixante ans d’apostolat_ est la plus vivante expression de ce que peut faire la volonté d’un homme qui a voué sa vie à la gloire de Dieu.
Mgr Grouard est l’âme de cette terre nord-canadienne qu’il a parcourue en tous sens, défrichant les forêts, traçant des routes, amenant sur les fleuves le premier bateau à vapeur, faisant tourner le premier moulin.
Tous les Indiens sont ses enfants. Ils le vénèrent, ils l’admirent. Ils l’appellent: _Yaltri-bé-da-ra-shlan, le priant à la belle barbe._ (Mot à mot: _yaltri_, le priant; _bé_, son; _da_, menton; _ra_, poil; _shlan_, il y en a beaucoup.)
A quatre-vingt-cinq ans, je l’ai vu aussi intrépide, aussi ardent que jamais, parcourant son immense diocèse en raquettes, en traîneau, sur son cheval «Bidet», ou en canot, il est partout et partout il apporte avec lui les mots qui consolent et l’espérance qui élève les cœurs.
* * *
_Mgr Pascal._--Albert Pascal, 1848-1920, né à Saint-Genest-de-Beauzon (Ardèche). Mgr Clut passait, il le suivit.
C’est lui qui resta de 1875 à 1881 à Notre-Dame des Sept Douleurs seul au milieu des Indiens aux mœurs les plus dissolues, c’est lui qui a écrit: «La solitude sera toujours ici, mais je chante, je chante.»
Le démon des espaces vides le hantait. «Un jour, dit-il, l’isolement dans lequel j’étais plongé, se fit sentir d’une manière écrasante. Tout devint si sombre pour moi, que l’âme pleine d’angoisse et n’en pouvant plus, j’allai me prosterner dans la petite chapelle. Là, la tête appuyée sur l’autel, absolument seul avec Jésus vivant pour moi dans cette étroite prison, je lui parlai comme un ami à son ami; je lui confiai mes troubles, mes lassitudes, mes tristesses.»
Mais l’accablement ne dure pas. Dieu lui apporte ses consolations et l’Oblat se relève «fort comme un lion».
Mgr Pascal fut le premier évêque de Prince Albert.
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_Mgr Legal._--Emile-Joseph Legal, né à Saint-Jean-de-Boiseau, diocèse de Nantes, le 9 octobre 1849, ordonné prêtre le 29 juin 1874, il fait son oblation le 24 septembre 1880.
Il a été sacré évêque titulaire de Pogla et coadjuteur de Mgr Grandin le 17 juin 1897; il est devenu évêque de Saint-Albert le 3 juin 1902 et archevêque d’Edmonton le 30 novembre 1912. Il est mort dans cette ville le 10 mars 1920.
Dans son testament, il a écrit: «N’ayant personnellement aucune somme d’argent à ma disposition, je ne puis rien laisser pour faire célébrer des messes pour le repos de mon âme. Je suis reconnaissant envers la congrégation des Oblats de Marie Immaculée qui m’a accueilli dans son sein.»
Paroles dignes d’un croyant à la foi toujours vibrante et d’un homme de bien qui a laissé un souvenir dans la mémoire des hommes.
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_R. P. Gascon._--Zéphyrin Gascon, 1824-1914, fils de cette race canadienne française, si belle, si forte, si grande par son dévouement et sa foi, il se leva à l’appel de Mgr Taché et dès le 12 août 1859 il était au Grand Lac des Esclaves. Le premier il apporta la parole du Christ sur les rives de la rivière aux Liards. L’histoire de sa vie est une épopée magnifique. Rien n’égale la splendeur de ses courses à travers ces terres désolées, disputant les âmes à l’hérésie, soutenant l’espérance chancelante des néophytes indiens.