Part 11
¶ Helas ne t’enseigna en ce pas ci saint gregoire ou .x.e livre de morales que tu devoies faire lors que il dit tieulx parolles/ de tant dist il/ que nous endurons pour l’amour de nostre dieu plus paciemment tribulacion de tant plus croist nostre esperance en lui/ Car la joye de retribucion pardurable ne peut estre cueillie se premierement n’est semee en affliccion/ Et escoute un beau vers de ses parolles.
¶ Les maulx qui ycy nous estraignent a aler a dieu nous contraignent.
¶ Et combien que ci devant t’aye dit/ et il est vray que cause n’eusses de si grant affliccion avoir selon le effait des choses comme tu dis que avoyes/ Toutevoyes puis que te reputoies mal eureuse tu l’estoies/ et c’estoit ce qui le te faisoit estre/ Car se toy meismes ne t’i reputasses ne le fusses mie/ Dont puis que maladie ta meismes reputacion te donnoit medicine/ Il couvient a quelque cause que le mal soit venus mais a celle fin que a de tes amies ou amis semblablement enformez/ ou a d’autres simples ou ignorens du coliege chrestien a qui ce vendra a congnoissance puisse mon remede estre valable/ le regime a garison prouffitable de tel maladie ne te sera par moy vee/ Et ancor voy que maistier en as/ et a propos que de pou te plaignisses.
¶ Escoute que dit Cassiodore sur le psaultier/ nous endurons dist il petites choses mais s’il nous souvenoit bien quel buvrage pour nous but en la croix de nostre seigneur qui a lui nous appelle/ nous avons matiere de pacience O creature se il est ainsi que tribulacion tu ayes receue ou reçoives/ Comment dieu t’a donné belle maniere de vivre se bien en scez user/ car tribulacion euvre l’oreille du cuer mainte foiz la ou mondainne prosperité la clot.
Encore de ce.
De ce que tu m’as dit/ que cheus en paroles de ce de quoy tu estoies ignocent dont tu te troubloies O chiere amie quelle gracieuse punicion dieu qui t’aime & n’est mie doubte que mainte fois l’as courroucié par divers pechiez Il te volt donner par te corriger en ce que tu n’estoies mie coulpable pour les pechiez muciez par aventure en conscience ou par effait en quelque maniere que commis avoies/ et ainsi mainte foiz le fait a creature Car en la chose dont n’est mie en coulpe la pugnist d’autres divers pechiez mais c’est grant purgacion pour cellui qui est persecutez de son innocence/ et les flaiolz des mauvais sont les instrumens de sa gloire/ Et de cessi dit saint gerome es morales ou .xx.e livre le tout poissant dist il seuffre en ce monde que les mauvais griefvent les bons/ a ce que par la forsennerie des reprouvez soit purgee de la vie des esleus/ Et n’est point a cuider que jamais dieu souffrist que les mauvais ainsi cruellement tourmentassent les non coulpables ou les bons se il ne veoit combien il leur prouffite/ Car quant les mauvais forcennent sur les non courpables Adont sont luisans les ignocens & purgiez & la perversité des mauvais plus redonde sur la perdicion de eulx O dieux et de entre vous qui passer voulez de delices en delices c’est a savoir des ayses de ce monde que vous desirez aux biens celestiaulx la quelle chose ne se peut faire.
¶ Escoutez que dit saint gregoire en une omelie quant je considere dist il job couché sus un fumier comme mesel/ Saint jehan baptiste mourant de fain en un desert/ saint pierre estendu en crois/ saint jaques decolé de herode/ Je pense comment dieu tourmentera a son jugement durement ceulx que il repreuve/ quant ycy presentement il afflict si durement ceulx que il aime et appreuve.
¶ Et entre vous mondains qui pensez en voz petites tribulacions que dieu vous ait oubliez Et que fortune vous persecute/ Pensez vous que il soit plus tenus a vous que a ses autres bons amis a qui tant laissa souffrir.
¶ Mais de ycelle souffrance escoutez que dit saint bernard en un sermon/ mes freres dist il nous sommes en ce monde ainsi comme en un champ de bataille/ Et pour ce qui ycy playez de tribulacion n’apperra ne recevra en l’autre la victoire de la couronne glorieuse/ O belle amie que cellui est sage & vray/ Bon mainnager ou celle/ qui toutes choses scet bien traire a son prouffit & bien en user soit de prosperité ou d’aversité/ mais comme les delices mondains soient plus fors a en user au prouffit de l’ame que les tribulacions nostresire pour bien de creature communement les envoie a ses mieulx amez/ Car nient plus ne lui cousteroit a envoyer prosperité que aversité/ mais soyez certaine que lui qui scet vostre fragilité le fait pour le meilleur de cil a qui l’envoye/ Car non obstant que vous en murmuriez par impacience souventes fois si estes vous plus actes en la voye de tribulacion a aler ou ciel que ceulx qui sont nourris es grans delices/ et que il soit vray se mescroire ne voulez comme heretiques les saintes escriptures & les sains docteurs moult en avez de preuves/ Car se tu me dis que fortes sont a passer les tribulacions de ce monde & que elles dueillent griement.
¶ Helas escoute a ce propos que dit crisostome sus l’euvangile saint mathieu/ se aucun dist il repute la voye de ceste vie laborieuse pour les afflictions qui y sont il accuse sa parece/ Car se aux maronniers les floz de la mer & les tempestes et les gelees de l’iver aux laboureurs/ et les playes orribles navreures aux chevaliers/ Semblent estre legeres a porter pour l’esperance du gaing/ ou de l’onneur temporelle que ilz en attendent par plus forte raison nous doivent sembler aysiees les tribulacions de ce monde pour les quelles nous est promis paradis en loyer.
¶ Ha dieux & avec tout ce pensez vous point entre vous pecheurs que ayés desservi par maintes diffames ancore trop plus grant punicion que souffisant n’est de pugnir l’aversité que vous avez/ Et quant dieu selon sa misericorde amodere et adoulcist vers vous sa justice pour un pou au regart de voz maulx vous donner a souffrir/ n’estes vous bien tenus a lui/ Et a ce propos dit pierre de ravenne en une epistre/ dieu dist il te pugnist en ce monde a ce que la peine temporelle rachate tes ardeures de la mort pardurable/ Car ainsi que les pierres ne sont mises en edefice se premierement ne sont taillees & au martel acquerries ne le grain n’est point mis ou grenier tant que au fleau soit batu/ aussi ne peus tu estre logié en l’edefice de paradis ne mis ou guernier des esleus se tu n’es esprouvé par tribulacion.
Encore de reconfort.
Amie chere par ce que dit t’ay/ me semble que assez doit souffire au propos que au premier je promis te monstrer ton tort des grans reclaims que m’as fais de tribulacions que tu dis avoir passees n’estre si grandes que tu les poises/ & aussi que pour ton prouffit te sont premises se en toy ne tient. Assez me semble t’ay prouvé souffisamment/ mais sur le temps present ou quel tu dis ancores durer tes infortunes ou tu ne vois ne cognoiz voye de relachement/ Te respondray confondant pareillement tes oppinions en ce que tu ymagines.
¶ Et apres pour le temps avenir se croire me veulx tout ainsi comme le bon medecin quant il a curé son malade/ lui baille regime pour preserver sa santé & affin que il ne renchee/ te bailleray ordre et voie de estre conduite a la vraye felicité ou tout cuer humain doit tendre comme il n’en soit point d’autre/ Et premierement pour ce que tu ne congnoiz ton estat le te fere congnoistre/ te feray une demande Car par ce que de toy entens tu ne te tiens mie content de telle porcion que tu as de biens Et t’est avis que assez de autres abondent en superfluitez de choses dont escharceté as et souffreté/ Si te demande se tu congnoiz homme ou femme soit prince princesse ou autre des plus remplis des biens de fortune/ soit en seignourie/ estas honneurs et autres dignitez/ je te parle de la vie des mondains/ & en resserve les speculans nobles de entendement/ que tu voulsisses avoir changié ton simple estat & maniere de vivre/ la voulenté que tu as et l’amour et delit de estude que tu prens a ta vie solitaire pour avoir la cure & charge de tant de divers faisselz/ Et dame de conscience et l’ardeur de couvoitise & tout tel courage comme a le plus eureux & fust meismes converti ton corps foible & femenin en homme pour estre transmuee de condicions et de tout en cellui ou celle a qui tu reputes es biens mondains fortune plus propice/ adont respondis a la dame honoree/ dame a quoy me fais tu ceste demande/ ne scez tu que couvoitise tant ne me suppedite que pour tous les biens de fortune voulsisse avoir changié mon estre a cellui d’un autre pour toutes ses richesces/ O folle et comment peut estre que apres tele sentence tu te reputes mal eureuse et puis que mieulx te souffist ton estat que cellui de un tres poissant riche ne feroit/ pour le laissier donc te reputes tu plus riche c’est a savoir plus eureuse que le plus riche qui soit tant que touchent ses richesces/ Car comme toute chose tende tous jours a sa perfeccion/ se tu reputoies le plus riche plus parfaict que toy/ tu vouldroies doncques ton estre avoir au sien changié/ Et ainsi peus tu veoir que le mal ou le bien que les gens ont leur vient par cuider et par oppinion & non mie des choses/ Car cellui est riche qui plus ne couvoite/ et cellui est povre qui art en desir/ amie chiere ci n’as pas mauvaise cause/ or te souffise doncques l’estat ou dieu t’a appellee/ Et de ce que tu te complains de la charge de plusieurs parens que il te faut avoir/ prens la en pacience et fais ton devoir/ Car tout est pour ton merite/ & te resjouis en ce que ilz sont bons/ & espere en dieu comme dit le psalmiste et fais bien/ Car il ne te fauldra ja/ nature est de pou soustenue qui vit a la neccessité de nature il se sauve. Mais qui vit selon les supperfluitez de delices il se pert et dampne & accourse ses jours.
Le reconfort de philosophie aleguant la sainte escripture.
Mais pource que tu n’as pas ancore la mer de ton pelerinage toute passee te tendray de promesse verité sus l’enseignement de ton vivre.
¶ Tu qui felicité desires se parvenir y veulx viens a moy je te ouvreray la voye/ la quelle non obstant que toute soit plaine de tribulacions/ aler n’y peus par autre chemin et pour ce que entre les autres peines dures a souffrir semble entre vous mondains que injure et persecucion sanz cause receue de voz prochains soit a porter paciemment la plus fort chose fonderay l’entree de nostre oroison sur ce que dit a ce propos saint gregoire sur ezechiel/ tous les biens dist il que nous faisons sont nulz se paciemment nous ne endurons les maulx que recevons de noz prochains Et de ce nous donna exemple Jhesucrist qui plus souffry de son meismes peuple que autre homme ne pourroit souffrir.
¶ Mais bien dit voir grisostome/ quant sur l’epistre saint paul aux ebrieux il dist/ il n’est riens qui si grant confusion au persecuteur qui autrui persecute face que de endurer paciemment & forment ses injures/ et ne lui en rendre vengence en fait ne en parolle.
¶ De ce parla hue de saint victor ou .iii.e livre de l’ame/ grant vertu dist il est a cellui qui est blecié se il espargne cellui a qui il pourroit nuire Car c’est la plus noble victoire que homme puist avoir que de espargner par vertu cellui a qui grever pourroit.
¶ Et que les mauvais soient communement persecuteurs des bons/ ne fus pas repunante a ce que devant est dit/ quant je dis a mon amé boece que ceulx de nostre prophession desirent a estre haÿs des mauvais/ Car comme toute chose hee son contraire ne seront pas leurs hayneulx participans de leurs mauvaistiez.
¶ O gens mortieulx ce dit boece pour quoy la hors querez la beneurté qui assise dedens vous est ignorence vous deçoit/ car la pure vraye beneurté est avoir de soy meismes la seigneurie Car homme n’a si chere chose comme soy meismes Et ce ne lui peut fortune tolir/ Et affin que tu saches que es choses de fortune ne peut avoir felicité je te dy que felicité et beneurté sont les souverains biens de nature Et ce est raison et entendement & bien souverain ne peut estre perdus/ Et ces meismes paroles que je te dis pareillement dis a mon amé boece// Donques entre vous usez des dons de dieu et laissez aler ceulx de fortune/ et apprenez a seignourir vous meismes & adont ne vous seront tant grevez a porter les tribulacions pour l’amour de cellui pour qui le ferés.
¶ Car dit a ce propos saint gregoire ou .v.e de morales se la pensee de l’omme est adreciee en dieu par forte entencion/ quanqu’i est amer en ceste vie lui semble doulx/ & tout quanque afflict il repute repos.
¶ Ancore dit le benoit gregoire sur ezechiel dieu avec ses dons nous mesle ses fleaulx/ a ce que tout quanque mondainnement nous delictoit nous semble amer/ et affin que en noz courages un feu se alume de charitable pacience qui nous excite tous jours au desir du ciel. Et ainsi nous morde delitablement/ nous tourmente souefvement/ et qui nous contriste joyeusement Ha dist il ou premier de morales/ le benoit job quant dieu souffroit que il fust de l’ennemi frappez/ autant de voix de pacience comme il rendoit en ses tourmens autant de dars il regitoit contre son adversaire/ Et assez plus grans coups lui donnoit que il ne soustenoit.
¶ Et en ce dist il lui meismes est discernee la pensee juste de la pensee injuste Car la juste en tous estas et en toutes adversitez confesse la louange du tout poissant/ & l’injuste ne fait que murmurer.
¶ Et de ce dit saint ambroise sus le pseaume de _Beati inmaculati_/ En ce as tu le grant merite de pacience se toy existant subget aux tribulacions tu loes les jugemens de dieu/ se tu grevé de maladie tu rens graces/ et en quelque estat que tu soies plus afflict & tant plus prouffites.
¶ Que te diroye de la noble vertu de pacience se toy existant subget aux tribulacions/ tu loes les jugemens de dieu/ se tu grevez de maladie/ tu rens graces & en quelque estat que tu soyes plus afflict et tant plus prouffites.
¶ Que te diroye de la noble vertu de pacience/ c’est celle en toute somme qui est la maistre portiere de paradis/ et sanz qui les autres vertus ne tiennent lieu Et ce conferme Cassiodore sur le psaultier/ pacience dist il est la vertu qui vaint toutes choses non mie en combatant mais en souffrant non pas en murmurant mais en rendant graces C’est la vertu qui nettoie toute l’ordure de volupté & qui a dieu rent les ames cleres.
Instruit philosophie a despriser les biens mondains.
Et de ce que entre vous tant amez les assemblemens des richeces/ & tant vous traveillez pour ycelles m’en tairay je dont non feray Car combien que par aventure petit penetreront mes parolles es courages obstinez/ non pourtant viennent avant les notables au propos de leur vitupere/ lesquieulx le dit boece nostre amé recite en son livre de reconfort/ et les approuvons par l’escripture sainte en la maniere encommenciee/ et avisez quelle introite d’ycelles/ veulx tu dist il assembler peccune il couvient que tu la soubtrayes a qui que soit veulx tu avoir dignetez tu seras ou desdaing des envieux/ veulx tu surmonter les autres/ tu seras en peril de hayneux/ se tu montes en poissance/ la paour de decheoir ne te laira point/ veulx tu renommee avoir il te couvendra moult souffrir veulx tu delices/ tous ceulx te despriseront qui serf te verront a tes aises/ Et pour ce peus notter que ces voies ne font pas l’omme riche C’est a savoir assouvy.
¶ Escoute ancore ces propres parolles/ certes dist il les richeces n’estaignent pas l’avarice que l’en ne peut saouler/ ne la poissance ne fait estre seur cellui qui de lians est enchaennez/ Et quant povoir vient aux mauvais il ne les fait pas bons mais descueuvre et monstre leur mauvaistie dont veu ce que vous avez joye de mettre voz cures a choses qui autre sont que vous ne les nommez & que l’en peut assez reprendre pour ce que elles ne sont ne vrayes poissances ne vrayes dignitez/ Je puis conclurre de toute fortune que il n’y a chose qui a desirer face ne qui naturellement soit bonne quant tous jours elle ne se joint pas aux bons & que a ceulx a qui elle se joint elle n’est pas bonne.
¶ Et assez s’acorde a ceste sentence aristote quant ou livre de bonne et de male fortune dit que la ou est le plus grant engin et entendement n’est mie tous jours la meilleur fortune/ Et souvent avient que la ou fortune est plus propice n’est mie le plus grant entendement.
¶ Et ce est contre les arrogans qui presument d’eulx/ Et cuident que quant fortune leur est propice que ce soit pour leur grant savoir ou value/ mais comme l’experience du contraire nous soit magnifeste veons le plus des bons et de cler engin mal fortunez es biens mondains/ Et pource est voir le proverbe des lombars qui dit/ a fol aventureux n’a lieu sens/ mais dit boece que plus prouffite la male fortune que la bonne Car la bonne fait semblant de beneurté/ Et ainsi elle ment comme en ses biens n’ait beneurté/ Et la mauvaise est vraye en ce que elle monstre par soy changier que elle n’a point d’estat seur/ La bonne donques deçoipt & la mauvaise fait sage par l’usage de tribulacion/ Et certes Comme il dit les richesces ont donné nom a maint mauvais & sanz vertu/ Et pour ce cuident yceulx que il ne soit autre bien ne plus digne chose que avoir tresors pierres precieuses et grans seignouries/ O viles dignetez et poissances du monde que entre vous exaussiez jusques au ciel et ne savez qu’est povoir & vraye digneté/ & se mauvais vous a/ onques grant elevacion d’eaues ou de flames plus ne dalmagierent.
¶ Helas homme/ et se tu regardes ton corps/ tu ne trouveras pas plus foible chose/ Car le mors de un chien ou une mouche/ se elle entre dedens toy t’occist aucune foiz/ et de quoy peus tu qui tant te orgueillis avoir povoir sus autre/ ce n’est ou corps & es choses de fortune/ mais a force le cuer qui est franc & fort par le conduit de raison n’est mie en toy de mouvoir.
Ci dit comment selon les diz de sainte escripture prosperité mondaine ne fait a priser.
Et au propos ancore que dieux ait en reprobacion les mauvais riches & que les simples ne se doient esmerveiller se il leur seuffre avoir des biens temporeulz/ et consent que les bons soient persecutez Retournons aux saintes escriptures/ Car de ce dit Bede sur l’epistre saint jaques Ne soyez dist il point indignés se les mauvais flourissent en ce monde/ Et vous serfs de dieu avez a souffrir/ Car ce n’est pas de chrestiane religion estre exaussez en ce monde/ mais estre abaissiez/ & deprimez Les mauvais n’ont riens ou ciel ne vous riens en ce monde/ Et pour ce en esperance du bien ou vous tendez quelque chose que il vous aviengne en la voye de ceste vie vous en devez esjouir.
¶ Et ce tesmoigne saint gregoire en la .xl.e omelie sur les euvangiles/ qui dit ainsi/ cellui que dieu het il lui seuffre avoir prosperité en ce monde/ Et aussi retient il cellui que il aime soubz le frain de tribulacion Et de ce monstra bien exemple mon seigneur saint ambroise quant une foiz aloit par le pays & se volt logier pour la nuit en un hostel/ si appella l’oste/ Et ainsi comme il avoit de coustume lui demanda de sa fortune/ Le quel lui respondi que toute sa vie avoit flouri en honneurs & habondé en richeces ne onques ne estoit decheu ne en adversité maladie ne autre desplaisir/ mais tous jours lui estoient venus ses choses a souhaid/ Adont ces choses ouyes saint ambroise s’en parti/ et logier ne s’i volt combien que il fust nuit/ Et dit que continuee succession de temporelle prosperité n’est mie signe de estre amé ne esleu de dieu/ ains est signe de pardurable dampnacion.
¶ Viengne avant Seneque & die a nostre propos son dit. voy le ci en la .lxxxvii.e de ses epistres/ Se tu veulx avoir dist il la vraye extimacion de l’omme/ et savoir quel ou quen grant il est/ regardes le tout nu/ ostes son patrimoine oste ses honneurs & les autres mençonges de fortune et le regardes se tu peus non pas ou corps mais ou courage/ et la verras tu quel et com grant il est la saras tu se il est grant du sien ou de l’autruy.
Conclusion des choses susdites & ancore de ce.
N’avons nous mie assez prouvé qu’en richeces et honneurs mondains n’est pas felicité/ donques nous couvient tendre a la trouver/ mais comme en ce monde ne peut estre trouvee/ ancore treant a nostre propos dire nous en couvient/ si appert assez estre vray ce que dit boece/ Les choses n’ont pas honneur selons elles/ mais selons l’extimacion & opinion des gens qui le donnent et rostent comme il leur plaist/ Et donques puis que injustement se pevent tieulz honneurs donner je conclus que elles sont villes O donques vaine gloire/ ce dist il respandue en multitude de gens/ tu n’es autre chose fors enfleure d’oreilles/ Car on voit souvent louer par faulse oppinion de peuple ceulx qui n’ont mie en eulx le bien que on y dit/ Et ce ne peut estre sanz leur grant honte quant ilz sentent que ce leur fault dont ilz sont louez/ Et se il est ainsi que preudomme doye estre loué pour sa vertu/ que lui chaut quant il ne quiert pas la faveur du peuple/ mais la bonté de sa conscience/ Et se on tient belle chose avoir renommee/ aussi doit on tenir a laide qui ne l’a.
¶ Que diray je dist il des delices du corps quant on les quiert il donnent grant traveil/ quant on les a ilz tournent a ennuy/ quant on les a eues ilz engendrent enfermetez & tele est la paye de ceulx qui leur fin y mettent// Or est donques ainsi/ ce dist il que richeces honneurs/ royaumes/ seigneuries forces beautez et poissances ne donnent pas de felicité/ Car riens digne n’est de estre appellé felix comme dit est devant se il n’est perpetuel/ et comme teles choses ne le soient n’est pas cellui felix qui les a/ mais voy cy que il dit apres/ veulz tu savoir dist il la vraye felicité qui repaist l’ame et donne souffisance/ Or tourne ta force d’autre part/ si verras celle qui donne poissance gloire renommee & delit tout ensemble/ & ce est dieu autre chose ne l’est Sicomme ou dit livre de boece je prouvay par sa bouche/ et les fleurs de ycellui je ay cueillies et appliquees ycy a ton propos pour faire d’une sorte un gracieux chappel avec les dis des sains docteurs pour ton livre/ a la fin comme victorieux couronner/ Or viengnent les roses de la sainte escripture avec noz violettes et frappons ancore contre les arrogans du monde.
¶ Tu ce dit saint augustin qui tant aimes le monde pour quel loyer guerriez vous/ n’est ce pas vostre plus grant esperance que vous puissiés estre amis du monde. helas et quel bien est cestui au quel on ne peut venir fors par grans inconveniens. homme homme laissez perir toutes ces vanitez/ et te convertis a la seule inquisicion qui a gloire et n’a fin/ & qui est ce/ ce est seul dieu.
¶ Helas ce dist il ancore en une epistre/ ce monde ci plus est perilleux quant il se monstre souef/ que quant il se monstre moleste/ & plus a eschever quant plus attrait a soy amer.
¶ De ce meismes ancore dit sur l’epistre saint jehan le monde dist il est plain de tribulacions et voy cy comment chacun l’aime/ que seroit ce se il estoit paisible/ s’il estoit bel comment t’y appuyeras tu quant si lait & tant conturbez si fort l’embraces/ Et quant des espines ne peus retraire ta main/ bien cueilleroies des fleurs se elles y estoient.
¶ A ce propos dit saint gregoire en une omelie/ veez cy dist il le monde qui est en soy tout seq/ Et toutevoyes ancore flourist il en noz cuers par tout mort/ par tout plain de plour/ et par tout en desolacion/ nous sommes de tous costez ferus/ nous sommes de tous lez remplis de amertume/ Et toutevoyes de nostre avugle charnelle pensee et concupiscence nous aimons ces amertumes nous les suivons fuyant nous nous espinons a lui trebuchant/ et pourtant que il trebuche nous ne nous povons tenir avec lui sanz tresbucher.
¶ Mais dit saint bernard en un sermon/ A qui jhesucrist prent a sembler doulx/ c’est neccessité que lui semble le monde amer.
¶ Encore dist il sur quantiques/ ce monde est tout plain d’espines ilz sont en terre ilz sont en ta char/ & converser entre ces espines & n’y estre point blecié c’est de vertu divine et non pas de nostre fragilité.