L'avision de Christine

Part 10

Chapter 104,346 wordsPublic domain

Sicomme devant est dit comme ja m’eussent donné nom mes dis volumes par les presens qui a maint prince de estranges terres fais en furent nompas de par moy envoyez mais par autres comme de chose nouvelle venue de sentement de femme sicomme dit le proverbe choses nouvelles plaisent ne le dis pour nulle ventance comme elle n’y affiere.

¶ Le premier duc de milan en lombardie qui de ceste chose fu informez & peut estre/ plus grandement que la cause n’y estoit/ desirant me traire en son pays/ tres grandement avoit ordené de mon estat par rentes a tous jours se aler y vouloye/ & ce scevent plusieurs gentilz hommes du pays meismes commis a celle ambassaderie Mais fortune selon ses usages & coustumes ne volt mie que la ruine de mon estat fust reparé/ si me tolli tantost par mort cil qui bien me vouloit/ non pas que de legier eusse deliberé laissier france pour certaines causes/ tout soit de la mon naturel pays/ Toute foiz me greva elle quant me toli un bon ami qui n’est petite perte/ Et tel que comme la relacion de gens notables m’a dit/ sanz partir de ça meismes m’ust il valu par les dessertes de mes livres.

Encore de ce mesmes.

Ancore reste a parler de ma plus grant perte a cause de grant prince mort puis le temps du susdit sage roy Charles/ ne fusse pas voirement evident signe de hayneuse envie de la perverse contre moy/ quant tost apres que le tres venerable hault et poissant noble prince philippe duc de bourgongne/ qui frere fu au dit sage roy m’ot par l’acointance de mes dis livres & volumes prise a amour/ lesquieulx ne lui avoie ancore pou de temps a presentez comme je ne les reputasse dignes de estre ouvers en la presence de sa sagece/ mais comme sa benigne clemence plus considerant je croy la constance de mon labour que grant soubtilleté estre en mon oeuvre comme elle n’i soit moult les ot agreables/ sicomme me apparu par la louange de sa parolle/ et plus par le effait de son bon et grant secours a l’estat non de moy seulement/ mais de mon dit filz/ de lui retenu a gages et bien amé serviteur Et moy semblablement a qui avec les autres biens faiz tant daigna reputer mon savoir/ que il de sa bouche me chargia que je tins a grant grace/ comme il desirast que la belle vie et notables fais du sage roy susdit fust en propre volume mise en registre affin que perpetuele memoire demourast au monde par bon exemple de son noble nom que je compillasse des dictes choses certain volume.

¶ Helas et tost apres lors que sa grace vers moy de plus en plus croisçoit le me toli par mort la desloyale/ la quelle mort fu renouvellement des navreures de mes adversitez/ & semblablement grief parte a cestui royaume sicomme ou dit livre que il me commanda/ non ancore lors achevé je recorde en piteux regrais.

Conclut christine sa complainte a philosophie.

Or t’ay je dit tres reverend maistresse les motifs et causes de mes ennuys passez/ et non pas tous/ car dieux scet que en grant quantité de autres maulx & ennuys ay passé le temps que anuyeuses et longues seroient a dire/ et la perseverence de yceulx qui dure encore/ ne de la fin je ne voy signe.

¶ Du temps present comment il m’est te dis que non obstant supplicacions & requestes que par force de divers survenus affaires & partes en la maniere dessus dicte par les floz infortunez souvent courans sur moy que j’ay aux princes françois qui ancor vivent baillees/ mainte foiz requerant leur secours/ non pas les adjurant par mes merites/ mais suppliant par l’ancienne amour qui tira mon dit pere par de ça leur serviteur et par ses bien fais a moy delaissiee et hors de son lieu a son petit maisnage voulsissent secourir/ mais que je ne mente ne soie ingrate/ le secours de aucun d’eulx comme il m’ait assez esté tardif presenté par assignacion non de grans choses/ ancore la longueur de la paye/ & ennuyeuse poursuite de leurs tresoriers auques estaint la value de la grace et merite du bien fait/ O chere dame que cuides tu quel peine/ c’est a femme de ma faculté abstrate assez/ et pou chalant des aluchemens de couvoitise convenir contre ma naturel condicion non moult curable ne ardant sur les desirs de peccune/ mais par neccessité contrainte de grans charges poursuivre a grant train ces gens de finance pourmenee de jour en jour de leurs belles parolles/ Et ainsi va au jour de huy a l’estat de mon vesve colliege/ dame honoree a qui riens n’est occult Et tu meismes qui scez que petit me chault des amas & assemblees de tresors ne de croiscence d’estat fors soustenir cellui venu de mes devanciers comme folle ancore de en curer/ recognoissant que tout est vent chose mondaine/ ne que mes pensees ne sont es desirs de superflus paremens ne delicatifs vivres me soies tesmoing que seulement l’amour & charge agreable que je ay de ma bonne mere en viellece sur les bras de sa seule fille qui n’est oublieuse des grans materneulx benefices d’elle receus/ voluntaire du meriter comme droit est me rent perplexe et adoulee quant fortune ne seuffre a ma voulenté sortir son bon effaict & que femme de si parfaict honnour et si noble vie et bel estat comme est et a tous jours esté/ celle ne soit tenue et ordenee selon son droit/ avec les autres charges de povres parentes a marier & autres amis & ne voie de nulle part fortune propice pour mon secours.

¶ Encore au propos des pointures de mes dolentes pensees avec mes autres anuys/ cuides tu que devant la face de fortune ne me repute peu eureuse/ quant si voy ses autres accompaignez de leurs lignages freres et parens d’estat & aisiez/ eulx resjouyr ensemble/ et je pense que je suis hors des miens en estrange lieu/ & mesmement .ii. freres germains que j’ay sages preudes hommes & de belle vie/ que il a couvenu que par ce que de ça n’estoient pourveus que ilz soient alez vivre ou pays de la sus les heritages venus du pere/ et moy qui suis tendre & a mes amis naturelle/ me plains a dieu quant je voy la mere sans ses fieulx que elle desire/ & moy sanz mes freres/ Et ainsi peus tu veoir chere maistrece que tout au contraire de mes desirs m’a fortune servie qui ancores persevere en ses malefices.

¶ Et que de ces choses dis voir dieu qui proprement est toy & toy qui proprement est lui le savez. Si reviens a ce que devant est dit que comme fortune m’a contraire ades continue par tieulx molestes qui ne sont a cuer femenin & foible pas petites plus me grieve l’empeschement que a l’estude par ses occupacions me fait qui mainte foiz troublent si ma fantasie que ne peut vaquer l’entendement au bien qui lui delite/ tant est ofusqué par ses dures pointures/ que ne fait le fait du mal que j’en seuffre.

Respont philosophie a cristine.

Quant ainsi je oz toutes mes raisons finees je me teus quoye/ adont la excellent deesse parla ainsi que se semblant feist de sousrire/ tout ainsi que fait un sage quant les raisons du simple lui sont presentes/ mais non pourtant mon ignorence ne me toli l’aisance de sa digne parolle/ qui ainsi me dist Certes amie a tes parolles cognoiz comment folle faveur te deçoit es jugemens de ton meismes estat/ O creature avuglee qui attribues a male fortune les dons de dieu et son propre galice dont il t’abeuvre/ Et pour quoy te plains tu par ingratitude des biens que as receus/ et certes moult est perverti l’estommac qui propice viande reçoit/ & la convertist dalmagiablement a sa nourriture/ Et ou est doncques le sens de ton entendement qui ne cognoist ce qui lui est prouffitable/ et que tu es deceue te prouveray par pratique de groz exemple tout ainsi comme l’expert medecin qui considere la faculté de la nature & compleccion de son pacient & selon sa force ou foiblece lui donne purgatoire et medicine/ ainsi useray en toy de regime tenue et legier pour la foiblece de l’estomac de ton entendement a qui choses pesantes et ponderans teles ou semblables que jadis donnay a mon amé boece sicomme en son livre as trouvé seroyent fortes a digerer et convertir a la sustentacion de ta neccessité/ Et pource comme exemples ruraulx soient aux simples cause de plus legierement comprendre les fourmes des choses par celle voye sus fondement de sainte escripture la plus seure/ te ramenray se je puis a vraye cognoiscence de ton tort. Belle amie par ce que comprendre puis en ton fait moult te plains et tiens mal contempt de fortune que tu dis estre et avoir esté ja lonc temps ennemie de ta prosperité/ & que tres lors que en france conduisi tes parens & toy avec eulx ourdi le las de tribulacion ou conduire te vouloit/ Et puis les autres aventures tu dis estre venues a ton grant grief aux quelles choses non a toutes particulierement/ Car n’en est besoing/ mais assez servira pour chacune ma general responce te monstreray ta vehemente folie & la descongnoissance qui te deçoit en ceste partie/ et te destourne d’aviser le vray de ton fait/ avises un pou en toy meismes les grans persecucions & mortieulx inconveniens qui ont puis esté & ancore sont comme il ne puisse estre en paix/ ou pays dont tu es nee/ et penses a certes se dieu te fist point grant grace non obstant que t’en plaignes de oster toy et les tiens de entre les flames de ceulx qui se bruslent/ cuides tu par ta foy que eschappee en fusses jusques au jour d’uy sans ta part avoir du mal/ ou sur toy/ ou le veant avoir a de tes amis Car meismes par de ça as tu plouré de tes charnelz qui s’en sont sentus/ mais apres je me ry de ta niceté qui attribues a la poissance de fortune la mort et trespas de creature humaine/ sicomme tu dis du roy Charles & de tes autres amis/ et ce qui est ou secret de dieu escript qui toutes choses dispose & gouverne a son bon plaisir/ C’est a savoir la fin et terme de vie humaine/ Il semble que vueilles appliquer a aventure/ quant tu dis que fortune t’en despoullia Tout ainsi comme se autre chose ne eust afaire fors soy occuper pour tes nuisances/ Et scez tu la cause qui te meut a tieulx ymaginacions/ c’est la trop grant faveur et tendreur que as a toy meismes & a l’aise de tes plaisirs qui te fait tout ce qui avient contre ce que vouldroyes attribuer au propos de ce que tu ymagines/ Car quant est de la mort du roy et aussi des autres dieu les avoit ordenez a ce terme pour le meilleur comme toutes choses ainsi le face/ & se le mieulx fust les laisser fait le eust Et des jugemens de dieu quoy que ilz vous semblent merveilleux n’est pas en vous deu discuter en hardies parolles/ car comme il soit tout sapient/ scet bien que il fait.

¶ Et des autres adversitez dont tu te plains resembles l’enfant trop mignot qui se deult du petit coup de la verge que son pere lui donne/ et ne scet cognoistre le bien que il lui fait/ ainsi certes te plains sanz cause Car ne scez adroit que sont tribulacions/ & en ce monstres que tu es femme tendre fresle et pou souffrant qui de pou se scent/ Et ce te prouveray je par raison cy apres.

Le reconfort de philosophie.

Toy qui te plains pour un pou de tribulacions se elles te sont survenues tout ainsi comme se dieu fust plus tenus a toy que a un autre/ Avises en toy meismes que pevent dire plusieurs bonnes personnes et christiens comme toy qui par estranges fortunes n’ont pas seulement perdu tous leurs biens temporelz mais leur membres dont sont mahaignez par longue maladie/ et par survenue aventure/ et en autres cas divers tourmentez en esperit ou en leurs corps/ Et ancore avec ce en tel povreté que ilz n’ont lieu propre ne chose pour eulx couvrir ne leur lasse vie repaistre se ilz ne se vont traisnant par entre vous a grant peine/ cerchant voz aumosnes ou souvent treuvent pou de pitié que dirons nous de ceulx la/ ou des autres qui ont diverses grandes tribulacions en maintes guises que ilz sont mal eureux infortunez et de dieu haÿs/ nennil nennil/ Ce n’est mie selon les sentences de noz loys qui sont l’euvangile/ ains dirons que beneurez sont tout ainsi comme dieu le dit lui meismes d’yceulz et des paciens.

¶ _Beati pauperes quoniam ipsorum est regnum celorum/ beati pacifici quoniam filii dei vocabuntur._

¶ Si dis que tu juges follement Car ne sont pas infortunez au regart des distribucions justes de dieu les plus persecutez ains sont les plus beneurez en tant comme plus s’approchent de la vie jhesucrist en ce monde en toute tribulacion. Pour vostre exemple. Si te dis que de tant es tu eureuse et je le te monstre se nyer ne veulx la sainte escripture/ comme tu approches aucunement a ceulx qui passent par tribulacion/ et plus eureuse fusses mais que pacience avec fust/ se plus en eusses/ car de tant seroit plus grant ton merite/ et se tu es ferme en la foy/ de la quelle chose mal fus nee se il n’est ainsi/ point ne mescroiras ce que je dis.

¶ Et a ce propos ne dit saint augustin sur le .xxi.e pseaulme Sache dist il tout homme que dieu est un medecin qui au malade pecheur baille tribulacion pour medicine a son salut non pas pour peine de sa dampnacion/ O malade pecheur quant tu reçois la medicine de dieu en tribulacion tu te deuls/ tu te plains et cryes a ton medecin il ne te escoute pas a ta voulenté mais il te escoute a ta santé.

Encore de mesmes.

Mais alons oultre pour dieu mercis savoir mon de quoy tu te peus clamer de dieu ne plaindre de fortune/ et certes par ce que il me semble en toy apperçois grant ingratitude & descognoissance quant de foison biens graces que par tant de fois t’a faites & fait chacun jour/ non pas seulement ne le remercies ains te reputes recevoir tres grant tort comme se digne fusses non pas senz plus de mieulx avoir mais toutes choses a ton souhaid/ & que il soit vray avise toy avise quans grans benefices et dons de dieu si notables toy indigne as receus/ & chacun jour fais aux quelles choses se bien penser y veulx & sagement en toy discuter tu trouveras que les adventures qui avenues au monde te sont que tu imputes a male fortune te sont propices & couvenables meismement a l’utilité de ton vivre au monde et pour ton mieulx sicomme cy apres te monstreray Mais ta sensualité te tolt vraye cognoiscence.

¶ Je avise que entre les autres prosperitez .iii. choses entre vous mondains sont que vous reputez comme les principales de voz joyes & gloires & sanz partie de ycelles .iii. ou toutes je suppose que il n’est quelconques richece qui content feist cuer d’omme/ Et qu’il n’est si grant tresor des biens de fortune que cellui a qui elles faillent ne voulsist avoir donné se il l’avoit pour posseder ycelles/ les .ii. sont hors soy & l’autre en soy meismes La premiere est estre nez de nobles parens la quelle noblece je entens des vertus/ La seconde avoir corps sanz nulle defformité et assez plaisant saintif et non maladis/ mais bien complexionné et de competant discrecion & entendement/ La tierce joye qui n’est mie petite avoir enfans beaulx et gracieux au monde de bonne discrecion et de bonnes meurs et craignans dieu/ O femme avises ton ingratitude/ Es tu donques exaussie de celles belles graces avec maintes autres que dieu t’a donnees/ il semble que oublié ayes comment il t’est quant si meseureuse te reputes Est il femme au jour de huy que tu cognoisces plus glorieuse de parens que tu es/ ne te souvient il de la digneté de nostre noble philosophe ton pere qui de noz estudes tant estoit familier que nous seyons en la chayere avecques lui devisant de noz secrés et pour l’acointance de nostre industrie fu en son temps repputé le suppellatif en noz sciences speculatives/ & avec ce vray catholique comme tous jours & a sa fin paru/ et vertueux que je m’en rapporte a toy que plus prises seulement & plus te prouffite la rumignacion de son savoir qui demouree t’est que quelconques avoir non obstant que t’en plaignes que il te peust avoir laissié/ penses se contente de ce bien te dois tenir/ Que diray je de ta tres noble mere scez tu point de femme plus vertueuse/ remembre toy depuis sa jonece jusques au jour d’ui se vie contemplative constamment ou service de dieu quelque occupacion que elle onques eust l’a nul jour laissiee je croy que non/ O quel noble femme comme sa vie est glorieuse comme de celle que nulle tribulacion onques ne suppedita ne brisa par impacience son tres bon courage/ & quel exemple de vivre en toute vertu pour toy/ se tu bien t’i mires/ avises combien grant grace dieu te fait ancore avec tout de si noble mere laisser vivre en ta compaignie en sa viellece plaine de tant de vertu/ & quantes foix elle t’a reconfortee & menee de tes impaciences a cognoistre ton dieu/ Et se tu te plains que peine seuffre ton cuer pour ce que vers elle te semble ne peus faire comme il appartient je te dis/ ce vouloir avec la pacience est meritoire a toy et a elle/ et de elle sanz faille la digne conversacion & vie esleue l’a fait estre clere entre les femmes c’est chose nottoire et tres beneuree Item quant au .ii.e/ en tes biens ne t’a par ta foy dieu donné corps fort assez & bien compleccionné selon ta qualité lui en peus tu rien demander/ se tu ne varies/ si gardes que de tel entendement que il y a mis/ bien en uses/ ou se non/ mieulx te vaulsist moins avoir sceu/ Ce qui touche a la .iii.e joye/ n’as tu enfans beaulx gracieux & de bon sens/ ton premier fruit qui est une fille donnee a dieu et a son service/ rendue par inspiracion divine de sa pure voulenté & oultre ton gré en l’eglise et noble religion de dames a poissi/ ou elle en fleur de jonece et tres grant beauté se porte tant notablement en vie contemplative et devocion/ que la joye de la relacion de sa belle vie souventes foiz te rent grant reconfort/ et quant de elle meismes tu reçois les tres doulces et devotes lettres/ discretes et sages que elle t’envoye pour ta consolacion es quelles elle jeunette et ignocente te induit et amonneste a haÿr le monde et despriser prosperité.

¶ N’as tu un filz aussi bel et gracieux et bien moriginez/ et tel/ que de sa jonece qui ne passe .xx. ans du temps que il a estudié en noz premieres sciences en gramaire on ne trouveroit ne rethorique et poetique lengage naturellement a lui propice gaires plus apte et plus soubtil que il est avec le bel entendement & autre bonne intiquative que il a/ et que je ne mente es choses dictes assez sont magnifestes si que chacun le peut veoir/ non pas le te dis pour toy induire a vaine gloire/ mais affin que graces rendes a cil dont tout bien vient qui t’a donné les diz biens & mains autres/ & lesquieulx fortune ne donne mie/ mais lui de sa pure grace especiale a qui il lui plaist.

¶ Des autres complaintes que tu fais de tes amis germains que tu ne vois et qui de toy sont loings/ je ne fais compte Car comme ce monde ci ne soit que un trespas dois esperer que par les prieres de la bonne mere et la preudommie de eulx serés par la misericorde de dieu conduis en la cité de joye c’est la sus ou ciel ou se dieu plait vous entre verrés perpetuellement.

Blasme philosophie christine de ce que elle se plaint.

De ce que ton mari en jone aage mort te toli dont tu te plains je te dy que dieu ne te fist nul tort quant son serf pour mettre en plus hault degré volt ravoir/ et lui plut que tu demourasses en la vallee de tribulacion pour esprouver ta pacience et pour toy affiner en vertu/ Sicomme dit saint augustin sur le .lx.e pseaulme que en une meisme fournase la paelle art & l’or se purge/ la paelle tourne toute en cendre/ & l’or de toute escume et ordure se nettoye/ Et que est a entendre la fournase doulce amie scez tu/ c’est le monde ou tu es/ la paelle/ Ce sont les mau prouffitans/ l’or/ ce sont les justes/ le feu/ c’est tribulacion/ l’orfevre/ c’est dieu/ Ce que l’orfevre a voulu faire de toy/ il te doit plaire/ ou il te veult mettre tu le dois vouloir/ tu as commandement de endurer il a l’office de purger/ et combien que la paele arde en ce feu/ c’est la douleur que tu sens/ toutevoye se tu es sage tu t’y purges comme l’or.

¶ Et ancore avec tout ce que le mieulx ait esté pour toy/ et au prouffit de ton sens le te monstreray Il n’est ou monde plus grant bien et toy meismes pas ne le me nyeras/ que cellui qui vient de l’entendement/ & qui le parfait en savoir/ la quelle chose fait estude qui apprent science/ et experience de moult de choses/ Ces .ii. causes font la personne estre sage se faute de l’entendement ne lui tolt a ton propos il n’est mie doubte que se ton mary te eust duré jusques a ore/ l’estude tant comme tu as ne eusses frequenté Car occupacion de maisnage ne le t’eust souffert au quel bien d’estude tu te mis comme a la chose plus esleue selon ton jugement apres la vie qui est de tous poins pour les parfais c’est la contemplative/ la quelle est vraye sapience/ le quel bien d’estude je sçay que confesseras que pour tous les biens de fortune ne vouldroies quelque pou que y ayes fait ne t’i estre occuppee & que la delectacion qui tant t’en agree ne eusses Dont ne te dois tu pas tenir pour meseuree/ quant tu as entre les autres biens une des choses du monde qui plus te delite et te plaist a avoir/ C’est a savoir le doulx goust de science. Item se riche et garnie & sans tribulacion fusses demouree/ en delices te fusses nourrie/ lesquelles choses conduisent creature a plusieurs inconveniens/ Si n’eusses mie l’experience de congnoistre le monde/ et cause de tant le haÿr/ la quelle chose dieu veult/ Et par consequant ne fusses si savant/ car saches de vray que les riches que chascun agree non mie pour eulx/ mais pour le leur/ n’ont si grant cause de congnoistre les fallaces du monde ne lesquieulx sont leurs vrays amis comme ont ceulx qui les espreuvent et qui passent par adversitez Car il leur semble pour ce que le monde leur rit que il ne soit autre paradis et que il soit vray/ toy meismes as ouy mainte foiz dire a de yceulx riches/ qu’ilz vouldroient que dieu gardast son paradis et a tous jours les laissast en ce monde/ Or regarde a quel prejudice tournent les delices quant ilz ramainent la voulenté qui doit suivre raison a tele bestialité que elle ne use ne que une beste mue ne mais aux pastures basses/ & ne se lieve ne regarde a son propre lieu naturel qui est le ciel dont l’ame fourmee a l’image de dieu est venue et doit tendre a aler Et que il soit vray que les espreuves de tribulacion te soient prouffitables je me rapporte a toy que se dieu te ramenoit a un pou plus d’aise de prosperité que pour riens ne vouldroyes que tribulacion ne eusses essayee/ Or conclus en toy meismes et prens garde/ puis que ainsi est que a l’entendement & au bien de ton corps sont valables/ se a l’ame/ se bien en as usé plus sont proufitables/ Car dit saint augustin sur l’euvangile saint jehan/ Les tribulacions que dieu veult que tu ayes a souffrir en ce monde/ ce n’est pas peine de dampnacion/ ains est le flayel de correccion Et vous enfans de dieu estes appellez a l’eritage pardurable/ Et si ne daignez estre flayelez.

Encore de ce mesmes.

Apres il me semble que tu te plains Et dis que comme tu fusses choite es las de dure fortune tantost que tu fus vesve te assaillirent les mauvais par divers travaulx de plais & de plusieurs inconveniens que ilz te bastirent O ma chiere amie/ ce n’est pas de nouvel que les mauvais persecutent les ingnocens qui deffendre ne se scevent ou pevent/ mais non pourtant que ce soit a leur dampnacion/ yceulx persecuteurs/ se bien a ton utilité sceusses user des trais de leurs dars seroient les orfevres de ta couronne// Car dit saint jerome en l’epistre a ciprian que de tant comme creature humaine plus est afflicte par poissance d’ennemis & de cruauté/ et de tant plus croist la couronne de son loyer/ O folle qui plouroies par desconfort a ton foyer comme dit as ou temps de tes tribulacions/ helas & ainsi faisoies de ton prouffit ton dommage/ se par impacience estoit Car dit saint augustin/ beau filz se tu pleures gardes que ce soit soubz la correccion de dieu ton pere et non mie par impacience/ car la verge dont il te bat n’est mie punicion/ ains est signe que tu as part en son testament Car dieu t’envoioit ton mieulx et user n’en savoies Or regarde les beaulx enseignemens des sains docteurs/ car de tel viande te vueil je repaistre comme elle soit plus penetrant par aventure en ton entendement que force d’argumens ne seroit/ de quoy autre foiz usay en confort de creature humaine.