L'art de chevalerie selon Vegece

Part 3

Chapter 34,037 wordsPublic domain

Et avec ce qu’il honnoure les bons et ceulz qui le vallent ainsi qui vouldroit estre d’eulz honnourez. Ceste maniere tenoit le vaillant roy pirrus de macedonne dont grant los acquist lequel pource que tant de vaillance avoit trouvé aux Romains combien qu’il feussent ses ennemis mortelz si les honnoroit il moult grandement quant ilz venoient en ambaxade devers lui Et mesmement les occis en ses batailles faisoit honnorablement ensepvelir Et de la noblesse & grant franchise de cestui roy est encore escript qu’il les avoit en tresgrant pris/ que mesmes leurs prisonniers pris en ses batailles ne voulut il retenir ains les rendoit tout quittement Les meurs et conditions qui a bon connestable affierent sont telles. ne soit tenu de chaudecole fel ne yreux/ mais amesurez & attrempez/ droicturier et justice benigne en conversacion de hault maintien et pou de parolle rassis en contenance/ non moqueur ne truffeur veritable en parolle & promesse hardi seur diligent non couvoiteux/ fier aux ennemis/ piteux aux vaincus et a son dessus. Ne se courousse de legier/ ne se meuve a pou d’occasion Ne croie trop tost ne a pou d’apparence/ n’adjouste foy a parolles qui n’ont couleur de verité Ne curieux de mignotises jolivetez ne de joyaulx/ habillié soit richement en harnoys et montures et fierement se contiengne/ Ne soit paresseux lent ne endormy Ne curieux en viandes et mengiers ne vie delicative/ enquerant tousjours de l’estat et convine des adversaires subtil pourveu et cault a oyr deffendre d’eulz et sagement les envaÿr Advise sur leurs agais/ sache les sciens gouverner et tenir en ordre et cremeur/ faire droit ou il doibt/ ne soit aussi moult curieux de jouer a nulz jeux/ honneure les bons et feaulx qui le vallent et apres de soy les tiengne/ bien gardonne ceulx qui le desservent. Et large soit es cas qui le requierent. Son commun parler soit d’armes es fais de chevalerie/ et des proesses des bons/ bien se garde de vantise/ il soit raisonnable/ aime son prince et feal lui soit/ soit secourable aux vesves et aux orphenins et aux povres/ Il ne tiengne grant compte de petit meffait fait a personne ne de petis debas. Pardonne legierement a celluy qui se repent et par dessus tout/ aime dieu et l’eglise et soustiengne droit. Icelles conditions duisent a bon connestable aux mareschaux & a ceux d’offices semblables.

Cy alleguent au propos de l’exercite d’armes aucuns acteurs qui de ce ont parlé et les manieres que tenoient les vaillans conquereurs qui avoient renommee en armes. viii. c.

Apres que avons devisé quelz doibvent estre esleuz/ capitaines et conduiseurs de la chevalerie du roy ou prince. Dire nous fault en quoy leur exercite se extendra/ & pource que de ceste matiere me aprennent a parler acteurs qui en ont escript produiray ou tesmoingnaige leurs ditz/ et principalement de ceulx qui au temps de valentinien empereur notablement fist propre livre de la discipline et art que tenoient les tresgrans conquereurs du monde qui misrent a chief par sens et par vertu d’armes choses a present sembleroient estre impossible.

Ceste chose bien affirma le roy pirrus quant il eut esprouvé la vaillance des rommains desquelz assez petite quantité contestoit contre son ost qui tant estoit grant que mons et vaulx en estoient couvers lors qu’il dist. O dieu jupiter se j’avoie telz chevaliers je conquerroie tout le monde. Et pour ce est a presupposer que par grant sens traveil et propre industrie achevoient si haultes entreprinses comme conquerir le monde si que firent ses rommains & autres conquereurs du monde/ desquelz les manieres et les ordres qu’ilz tenoient enregistrerent plusieurs sages Desquelles choses pour exemple de se confermer a iceulx se bon semble sont a oyr propices & expediens.

Vegece.

Car vegece dit qui veult paix appraingne qui aime victoire doibt avoir sens d’armes & le chevalier qui desire bonne adventure se combat par art/ c’est assavoir par sens non pas a la volee et nul n’ose grever ne couroucer cellui qu’on cuide qui seurmonteroit s’on l’assailloit.

Il appert par les grans conquestes que jadis firent les anciens que les gens ne sont plus si vaillans comme ilz souloient/ et de ce a quoy il tient rent la raison Le premier allegue vegece qui dist que la longue paix a rendu les hommes qui par avant par loingz et continuelz travaulz se souloient exerciter aux armes/ non challans d’icelle occupation si se sont mys au delit et repos et aux convoitises de peccune/ dont les nobles anciens qui ne prisoient que honneur ne faisoient compte/ & aussy a esté mise chevalerie en negligence et tellement que jusques en oubly & non chaloir. Et dist il les rommains mesmement qui ja plusieurs terres avoient conquises delaisserent ung temps tellement l’excercite d’armes que par la desascoutumance ilz furent par Hanibal prince d’auffrique desconfitz. En la seconde bataille ilz perdirent quasi toute leur seigneurie devant canes en puille/ qui fut si horrible que pres tous ceulx de romme y furent mors/ & leurs chevaulx capitaines prins & destruis/ & de notable chevalerie en si grant cantité que apres la desconfiture hanibal qui fit chercer le champ en eut trois muys tous plains d’aneaux d’or de leurs dois comme dit l’istoire lequelz il fit porté en son pays en joye et en signe de victoire mais apres la dite excercite reprinse ilz eurent tousjours victoire Pour ce conclud ledit acteur en loant acoustumance d’armes que plus proffitable chose est au roy ou au prince que les siens soient bien enseignez et duitz en icellui art quelque petite cantité qu’il ait de gens que prendre foison de soudoiers estranges qu’il ne congnoist Et nulle riens dist il n’est plus ferme ne plus bien euré ne qui plus face a louer que est contree ou foison a de bons hommes d’armes bien duitz et bien aprins en tout ce qui y appartient. Car or ne argent ne pierres precieuses ne surmontent pas les ennemis ne en paix ne font vivre les habitans Laquelle chose fait et peut faire puissance de chevalerie vaillant et bien enseignie et de tel ne doit pas estre jugé selon la folle sentence du roy brutus de gaule le quel quant il eut envaÿ les romains a tout C & iiii xx mil hommes armés et il vit que contre lui venoient a si petite cantité il les desprisa et dit qu’il n’y avoit pas assés de gens pour rassadier les chiens de son ost mais neantmenz il en y eut assés pour destruire lui et son grant ost si qu’il en advint apres comme racompte l’istoire. Pour icelles choses confermer apres ledit acteur dirons premierement de la doctrine que donnoient les nobles a leurs enfans ou temps de leur jeunesse Puis retournerons a la matiere dudit capiteine ou chiefvetains de la chevalerie.

Vegece.

vegece dist au propos ou premier chappitre de son premier livre nous ne veons la cité de romme par nulle autre chose submectre a elle les terres de cest monde sinon par usage d’armes et par enseignemens d’ost et de chevalerie Car assés peut estre presumé que si petite cantité de gens que au premier furent eust pou valu contre les françois le sens des grecz et malice & force de ceulz d’auffricque se par gens sens et usage n’eust esté et par ce conclud de rechief ce que dit est C’est assavoir que mieulz vault petite quantité de gens bien enseignés et duicte d’armes par continuelle excercite de tout ce qu’il peut advenir en la doubteuse adventure des batailles que ne fait multitude de gens rudes et non sachans. il dit que science de savoir ce que en fait de guerre affiert croist nourrist et donne le hardement de combatre comme il soit ainsi que nul ne doubte a faire ce dont est enseigné expert et aprins et tous ars sont sceus et tout sciences par continuel usage et s’il est voir dist il que es petites choses ainsi soit mieulz affiert les garder es tresgrans. O quelle chose est ce que de gens duitz de guerre et subtilz en l’excercite d’armes a peine s’ilz peuvent estre vaincus par survenue d’aventure estrange et non acoustumee sicomme il apparut si tost que les rommains trouverent maniere d’occire les oliphans qui tant sons diverses et espouentables bestes que hommes et chavaulz a les veoir s’en effrayoient que contre eulz menoient les cartaginois et ceulz de la partie d’orient. Et les saiges rommains firent engins par lesquelz leur lançoient fers aguis et bareaux de fer tous ardans et par ce les destruisoient. Et pour ce dit l’acteur que de tous les ars le plus a loer en pays ou en contree est savoir cellui de combatre Car par lui la franchise de lieu est gardee et la dignité de chevalerie si que dit est souverainement le garderent et premierement les grecz ceulz de lacedemonne Et puis de ceste apprendre et savoir furent les rommains assez curieux et de ce qu’il leur en ensuivit appert assez.

Cy devise les manieres que tenoient les haulz et nobles chevalereux duitz a duire et enseignier leurs enfans en la doctrine des armes. ix. chappitre.

Doncques les anciens nobles qui par haultesse de courage desiroient que tousjours fut continuee l’excercite des armes afin que la chose publique de leurs seigneuries et citez fut mieulz augmentee et deffendue. Ne faisoient il pas nourir leurs enfans aux cours des seigneurs oyl mais non pas pour apprendre orgueil pompes ne beubans ains afin que en parfait aage peussent servir le prince ou la contree de l’office qu’il appartient aux nobles et avoient de coustume que des l’aage de. viiii. ans faisoient enseigner leurs enfans et duire en toutes les choses qui a armes et fais de guerre et de chevalerie appartient et est assavoir qu’il y avoit propres escoles et certains lieux esquelz on les enseignoit des adoncques a porter les harnois et a eulz en savoir aider. Et pour ce veult dire vegece ou il parle a ce propos ou. iiii. chapitre de son premier livre que les nobles se doivent pener de enseigner leurs enfans des leur premiere jeunesse en l’amour des armes. Car le jeune enfant est habille a retenir ce que on lui monstre. et naturellement se excercitent enfans voulentiers et liement saillant et jouant en mouvant leurs corps si leur doibvent adonc estre enseignés les tours de isnellité de fraper des bras et guenchir contre les coups qui de travers pevent venir saillir fossez lancer dars et lances eulx couvrir de l’escu et toutes telles choses Et leur monstroient comment en gectant dars ou lances meissent le senestre pié avant pource que en lançant ce que on veult ou en gectant le corps en est plus ferme et la force de gecter plus grande. Mais quant vient a pouser main a main des lances les duisoient a mettre le pié dextre avant pource que la force de bouter est a la senestre partie. Et pour mieulx les duire en toutes ces choses de assaillir et de combatre les mettoient mesmement les maistres aucunesfois en bataille arrengez afin que l’ordre de bataille sceussent par usage/ Et tous armez les faisoient aller a pié cantité de pas pour les duire a eulx tenir en ordonnance serrez et joinctz ensemble sans desrouter/ et de bastons legiers au premier afin que blesser ne se peussent les faisoient envaÿr les ungs les aultres. et afin que a celle cause ne peust estre nourrie aucune rancune ceulx qui avoient esté vainqueurs mectoient a l’autre fois compaignons avec les vaincus/ puis les ordonnoient a garder certaines places si que ce se fussent chasteaulx les ungs contre les autres.

Apres quant leur force croissoit pour tousjours continuer l’usage de lever les bras en portant/ et souffrir traveilles faisoient avec espees haches & tous bastons de guerre efforcer contre piez fichez en terre/ Et contre ces piés comme se ce fussent leurs ennemis s’essaierent les apprentis d’armes et assailloient puis a la teste puis aux costez/ puis a dextre et a senestre/ puis plus bas frappoient en assaillant legierement et ça/ et la/ comme c’ilz guenchissent/ et en ceste maniere d’assault apprenoient force et alaine d’assaillir et affait que force leur croissoit & aage leur estoit baillee plus grant charge/ et mesmement plus pesantes armeurez et bastons quant en aage estoient que ceulx de guerre afin que ceulx de guerre leur semblassent apres plus legiers/ Si les apprenoient a ferir d’estoc. Et furent les rommains les premiers qui misrent sur cellui usage/ car ilz se moquoient de ceulx qui frappoient de taille: en disant que a peine povoit on occire pour cause des os qui sont durs et retiennent le cop/ mais d’estoc est la playe mortelle s’il entre seulement au chief ou au corps deux doigtz de parfont/ et pour la raison aussi que le combatant de taille en hauçant les bras se desnue et descueuvre au dextre costé: et ce ne fait pas cellui qui fiert d’estoc. Ains en frappant se serre et tient clos et peult blecer ains que l’autre ait les bras levez. Et avec ce les duisoient a porter tous armez fardeaulx pesans pour mieulx aprendre a porter grant charge a celle fin que ce besoing leur fust qu’ilz peussent porter avec eulx mesmement leur vivre. Et pour ceste introduction confermer/ dit vegece ad ce propos que riens n’est grief qui par long usage l’a aprins/ Ne si pesant fardel que par division ne semble bien legier.

Virgille.

Et semblablement conferme virgille icellui usage/ ou il dit que les vaillans rommains portoient ce qui leur estoit necessaire avec eulx a tout la charge des armes.

Oultre ces choses y avoit chevaulx de bois sur lesquelz leur apprenoient a saillir tous armez les lances au poing. ramper gravir a cordes legierement contre les murs/ eulx mesmes faire eschelles legieres ou grans cordes noees et ramper contremont.

Cy devise encore de ce mesme et les choses en quoy ilz enseignent les enfans du peuple x. chapitre.

En tous les dessusditz usages et plus encore si bien introduisoient les anciens leurs enfans et par longue main avec la bonne doctrine des honnorables paroles qu’ilz leur mectoient en couraige/ que quant venoit au droit fait de bataille ilz estoient tous aprins et si tresaigres que a peine povoient ilz estre tenus et que tel doctrine fut bonne au temps des grans conquestes/ bien y parut/ Et encore expedient seroit en france et en tous pays ou sont aucunesfois les armes licites a aprendre.

Saluste.

Et a ce propos dit saluste/ Le chevalier et homme d’armes fait a eslire quant de sa jeunesse a aprins le traveil d’armes et scet l’art de chevalerie/ Et vault mieulx dist il que le jeune homme se puist excuser au premier que encore n’ait aprins ce de quoy on le reprent que ce qu’il deveille en sa viellesse de ce que riens ne scet/ De laquelle chose les anciens prisoient si pou les nobles qui ne savoient riens qu’ilz ne mettoient nulle difference de eulx aux bestes paissans/ mais ilz tenoient grant compte des vaillances dist vegece.

O hommes a grant merveilles loables qui cellui noble art de chevalerie avés voulu tant excercer qu’elle vous est demouree sicomme naturelle/ estre debvés haultement exaucés/ sicomme ceulx lesquelz les autres hommes ne pevent vivre en paix ne estre deffendus/ Si est donc grant avantaige au jouvencel de bonne voulenté quant lieu povoir & espace a de aprendre l’art & science des armes/ laquelle chose nul ne doibt penser qu’elle soit legiere/ Et a celluy dist il que en tel discipline est bien enseignié ne doibt venir paour de combatre en nulle maniere/ contre quelconque adversaire Ains luy est droit soulas et delict/ Et avec ce adjoustent les acteurs en quoy se excercitoient le peuple. C’est assavoir traire de fondes qui moult est grant aide qui bien s’en scet aider & moult en usoient les anciens.

Vegece.

Et en loant cest art vegece dist comme fonde porter soit de nul poix est fort proffitable & advient aucunesfois que la bataille est en lieux pierreux/ ou qu’il convient deffendre aucune montaigne/ & mesmement en assault ou deffences de fortresses sont fondes moult convenables de quoy ilz dient que par si grant cure jadis en usoient que en aucunes isles de grece les meres ne donnoient a menger a leurs enfans jusques a ce que feru eussent leur viande de coup de fonde/ Avec ce leur apprenoient a tirer d’arc a main et d’arbalestre/ et les duisoient les maistres a tenir l’arc a son droit/ c’est assavoir a la senestre main/ & a la corde tirer de dextre par grant force et souplement conduire la flesche jusques envers l’oreille & que le cueur et l’ueil eussent adresse ad ce que assener vouldroient et ententivement y visassent/ Et en cest arc se duisent mesmement ceulx d’engleterre des leur jeunesse: & pource ilz passent continuellement les autres archiers. Ilz faisoient leurs butes ou ilz tiroient de vi. cens piez de long ce dit vegece/ & veult cest art continuer & souvent exercer mesmement aux bons maistres/ & que l’usaige en soit necessaire il appert.

Chaton.

Chaton dit en son livre d’armes que moult proffitent bons archiers et trestous ceulx qui duitz estoient de lancer & traire dars seurmontoient en bataille plusieurs foys leurs ennemys a tout peu de gens. Et ainsi le tesmoingne le vaillant combateur Scipion.

Avec ce les duisoient a lancer pierres porter pavois & eux en savoir couvrir/ gecter lances & toutes choses semblables a icelluy et dient que propres maistres y avoit qui a la philosomie des jouvenceaulx appartenoit/ lesquelz regardoient ceulx qui estoient les plus habiles a la discipline et enseignement d’armes: Sicomme ceulx qui avoient les yeulx esveillés & legier esperit la teste droicte les piez larges grosses espaules et de bon tour/ les bras longs gros et bien façonnez & mains ossues petit ventre et rains bien tournez/ grosses cuisses/ jambes droictes bien taillees seiches & menues larges piez et drois. Et quant avec l’abilité du corps les veoient de bon entendement les tenoient fort chiers et iceulx duisoient aux choses qui appartiennent aux capitaines. Avec ces choses leur apprenoient a nager en riviere ou en mer. Et vegece dit que cest art est a tout homme d’armes couvenable a savoir comme elle leur soit aucunesfois necessaire/ s’il qu’il peult advenir et advient souvent que force les chasse a passer eaues et rivieres pour eviter perilz ou pour abriger chemin/ ou es autres necessitez/ ou peult estre pour attaindre ailleurs ou aller doibvent ou pour seurprendre leurs ennemys par celle garde qui jamais garde ne s’en donnassent/ et tiroient apres eulx les anciens leurs fardeaulx et harnoys par subtil entendement/ sicomme par pieces de bois et sur espines seichez gectees en l’eaue qu’ilz conduisoient tout en nagant. Aussi peult homme d’armes par celle voye eschever peril de mort ainsi qu’il est escript du preux Julius cesar que luy propre par nager garantit sa vie par nager troys cens pas de mer.

Semblablement cena le tresvaillant combatant chevalier rommain luy seul durement navré eschappa de la grant multitude de ses ennemis a nager en traversant ung grant fleuve. Et par celle mesme voye furent secourus de vivre gens assiegés en ung chastel par leurs amys qui nagerent sans le sceu de leurs ennemis. Et pareillement les anciens duisoient en cest art leurs bestes et chevaulx. Et pour souldre la raison de ceulx qui diroient que les choses dictes sont legieres a dire/ mais fortes a apprendre/ Dit nostre acteur/ quoy que toutes choses semblent difficiles au disciple ains qui les sache se le maistre est bien ententif de bien monstrer/ il n’est art tant soit fort a retenir que par longue coustume ne deviengne legier Et encontre en continuant les manieres que tenoient les rommains ung tel usage entre les autres avoient que les nobles portoient habit different aux non nobles/ & avec ce y avoit propres robes de joye & autres de dueil qu’ilz vestoient selon les cas de leur fortune/ c’est assavoir que s’ilz avoient perdu quelque grosse bataille/ ou que quelque pays se fust rebellé contre eulx/ Ou que aucune justice requerant vengance leur fust faicte. Adonc vestoient la robe de dueil sans autre habit vestir. Jusques ad ce qu’ilz s’en fussent vengez et venus audessus. Et lors reprenoient leurs habis de joye.

Cy devise les proprietés que doibvent avoir gens d’armes/ et en quoy ilz doivent estre eduitz et enseignez. xi. c.

Devisé avons assez les manieres et introductions en fais d’armes que les anciens donnoient a leurs enfans lesquelles choses pour exemple sont bonnes a retenir. Si nous affiert a retourner ad ce qui est dit devant/ c’est assavoir en quellez choses s’emploiera le bon et saige capitaine de la chevalerie ou ses lieutenans Premierement il tira a luy tous les plus esleuz hommes d’armes & chiers les tiendra/ Et puis que a parler vient de bon homme en armes Racompte vegece des proprietés qu’il lui convient/ Et dit que avec hardiesse sans laquelle ne pourroit riens valoir Doibt estre duit et tout maistre de soy aider en son harnois et d’y estre aise/ affin que vistement puist assaillir son ennemy/ saillir fossez legierement gravir sur quelque hault empeschement s’il lui vient entre piés soy ficher es loges des adversaires par dessus haies et triefz s’il chiet apoint/ gauchir aux coups par sousplesse de corps et envaÿr en saillant sur son adversaire/ se la maniere de la bataille le requiert/ Et dit que telles manieres d’appertises esbahissent le couraige de l’adversaire et l’espouentent/ & a avantaige souvent advient/ comme il appert sur plus fort de luy et plus tost le blesse qu’il n’est apareillé de soy deffendre/ et de tours usoit ce dist il le grant pompee quant il se combatoit. Et se on me demande en quelle part seront prins les meilleurs hommes d’armes Je te respons que quoy qu’il soit dit que es chauldes terres approchans du soleil/ les hommes quoy qu’ilz soient sages caulz et malicieux ilz n’y sont pas hardis pource qu’ilz n’ont pas foison de sang/ pour cause de la challeur qui y habonde. Et aussi par le contredient que ceulx des froides sont hardis et non sages par quoy on ne doibt prendre ne des ungs ne des aultres/ mais ceulx des terres moyennes sont a prendre.

Quant a moy je tiens que nulle autre rigle ne doibt estre gardee. Et que l’en doit eslire ceulx qui ont plus veu & qui plus se delictent a l’exercice d’armes a laquelle labeur soit leur gloire toute affichee ne autre honneur ne felicité ne quierent en autre maniere que par vertu de chevalereux fais leur peut venir. Et iceulx de quelque nation qu’ilz soient sont a recevoir et a donner sauldees. Vray est que avec les acteurs se doit tout bon sens accorder que se le capitaine a besoing de gens de commun doibt singulierement eslire ceulx de aucuns mestiers sicomme bouchiers qui ont acoustumé d’espandre sang a ferir de cugnie charpentiers fevres et tous autres qui excercent leurs corps en travaux & euvres des bras/ Aussi gens de village a qui les dures gestes et peines de labeur n’est estrange & nourriz de rude pasture/ iceulx sont bons a nourrir peine & traveil sans laquelle chose fait de guerre n’est pas longuement demené.

Cy commence a parler des manieres qui au connestable appartiennent ou au capitaine a tenir son office en l’exersant. xii. chapitre.

Or est il ainsi que la guerre est mise sus et deliberee par le prince souverain receue ou envoiee par deffiances selon l’usage/ le sage capitaine a ce commis ordonnera que les frontieres soient bien garnies tant de bonnes gens/ comme d’artillerie de tout trait et autres choses necessaires de deffence et toute telle garnison & en telle quantité que bon leur semblera selon la qualité des adversaires/ les villes & les forteresses si bien garnies que rien n’y conviengne Il advisera quel nombre de gens lui sera besoing selon se qu’il pourra avoir a faire et selon son emprinse.

Ledit capitaine eslira les meilleurs de tous les hommes d’armes et semblablement de ceulx du trait canonniers & autres jusques a la quantité qu’il lui est necessaire. et pource que au temps de ma intention on tient que la victoire de bataille par raison doibt cheoir a la partie qui plus a de gens.

Vegece.

Contre ceste oppinion vegece dit qu’il souffist en une bataille mener une legion d’ommes armez avec leur aide.