L'art de chevalerie selon Vegece

Part 18

Chapter 184,101 wordsPublic domain

Bel amy a dire voir selon raison de tel droit qu’il y compte/ y a regard au juge de telz chose juger/ car grant differences y a se l’espee cheoit legierement d’aventure hors de la main/ ou se l’autre la lui tolloit brisoit ou jectoit hors ou se par sa follie la perdoit/ mais se son espee rompoit d’aventure par les coups qu’il mesmes en donneroit et non pas par l’effort de son adversaire et plus n’eust harnois pour soy deffendre/ & que par celle maniere fust/ sans faulte/ aucuns maistres dient que on luy feroit tort/ qui autre ne luy bailleroit/ mais trop pou adviendroit que homme entrast en champ sans estre garny de plus de ung baston ou que tous les perdist/ si se peut ayder de l’autre quant l’un est sailly.

Or sire et s’il advient que le premier jour le juge ne puisse congnoistre lequel est vaincu/ sont ilz tenuz de retourner l’endemain Je te respons certainement que ouy s’il est en leur puissance/ & que a oultrage aient emprins a combatre/ au cas que autre condition n’y auroit esté mise/ si n’en pourroit estre absoubz ne quitte jusques a ce que l’un soit vaincu/ quoy qu’il demeure/ reservé que le prince commandast le contraire ou que eulx mesmes s’accordassent par le commandement du seigneur/ car aultrement ne le pourroient ilz faire puys que en champ sont entrés mais le prince en doibt estre piteux et avoir mercy de ses deux hommes qui en peril sont de perdre ame corps et honneur.

Dy moy encore maistre lequel des deux doit premierement ferir quant ilz sont en champ/ car je n’ay pas oublyé ce que cy dessus as dit que ceste bataille tient en partie/ nature de plaidoierie par quoy il semble que l’appellant doibt premier tenir son baston/ & ferir/ car en plaidoierie celluy qui est acteur donne premier sa demande & apres respond le deffendeur.

Amy combien que tes raisons soient consonantes. neantmoins en ce cas y convient faire par autre voye que plait ne se gouverne/ car la est exploicté par parolles/ & icy par voye de fait/ & pource/ la ou homme est en peril de mort ne doibt pas attendre le premier coup/ car tel pourroit il estre sy grant & si pesant que tart viendroit a soy deffendre/ comment n’a pas doncques assez encommencé l’appellant quant son gaige a donné et appellé l’autre de combatre/ et se en jugement l’acteur donne premier sa demande ce n’est que par parolles/ dont il est grant marche ou par ung pou d’escrit. Sy n’est ce pas si perilleux comme seroit ung coup de hache ou de lance Et puis qu’ilz sont enclos & on leur escrive faictes vos devoirs/ ne scet pas bien chascun ce qu’il a a faire/ & pource te dy que selon toute raison en tel cas/ soit par raison barat ou aultre subtil engin cautelle force appertise ou autrement puis que la sont/ celluy qui est appellé peut ferir premier s’il a loisir et en tous cas peut prendre l’avantaige s’il peut ou scet/ mais vray est qu’il doibt attendre premier que l’autre se parte de sa place ung pas ou deux ou face semblant de venir vers lui.

Item derechief te fais aultre demande. Je prens que le roy qui voit deux champions ainsy combatre ait pitié de celluy qui voit sur le point de desconfiture/ fait arrester par le cry de son connestable. Neantmoins le mieulx combatant requiert au roy qu’il luy face justice & juge le droit pour lui Le roy respond je te juge l’onneur de la bataille/ mais je pardonne a l’autre/ car c’est mon plaisir/ cestui requiert ses despens/ les doibt il avoir/ car il sembleroit que non/ pource que le roy ne luy a pas condemné et qu’il n’a pas aussy confessé le fait comme vaincu.

Je te respons que s’il estot convaincu du tout & le roy luy pardonnast le delict/ laquelle chose est en sa puissance/ sil ne peut il pourtant faire tort a partie/ laquelle a bon droit les requiert mais s’il est dit. Ho/ qui est a dire cessez ains qu’il en soit du tout attaint et vaincu/ il n’y est pas tenu/ car quoy que le roy me fait crier/ quant le pis a de la bataille sil n’a il pas encore confessé la chose en quoy gist la droicte victoire au vainqueur/ c’est assavoir quant a l’autre fera confesser le droit qu’il a/ & aussy y pourroit encore avoir esperance que aucun coup pourroit estre lancé qui occiroit celluy qui le meilleur cuide avoir/ sicomme on a veu aucunesfoys/ que celluy qui dessoubz attaindoit l’autre en lançant de dague ou d’espee qu’il l’occioit/ car de fait de bataille quoy qu’il en semble ne peut estre bonnement jugé jusques en la fin.

Et maistre s’il advenoit que il fust trouvé que aucun en tel cas eust accusé a tort ung autre ou de murdre ou de crisme que deveroit il estre fait de l’accusant.

Sans faulte nos maistres determinent que on en deveroit faire pareille pugnition comme le cas en donnoit que on deust faire de l’autre s’il en eust esté attaint.

Cy demande se ung homme estoit pugni en champ de bataille d’aucun meffait se justice a plus que veoir sur luy d’icelle cause. xii.e cha.

Et derechief je te demande se ung homme qui appelle ung aultre en champ de bataille pour luy prouver par son corps qu’il est faulz parjure/ & la pugnition selon le cas advient que de ce mesmes fait il est appellé & poursuivy de justice/ doibt cest homme estre pugny plus de une foys de ung mesmes cas/ car il ne sembleroit pas que juste chose fust ne dieu ne le veult ne saincte escripture ne si accorde que pour ung peché on doive estre condemné deux foys.

Bel amy ad ce te respondray quoy que les excusations que tu dis fussent assez bonnes/ & mesmement assez d’autres pour l’omme accusé/ l’autre partie pourroit respondre nous sommes en court de droit escript/ par lequel doibt estre congneu et jugié des cas qui requierent pugnition/ mais comme gaige de bataille ne soit approuvé de nul droit escript/ par lequel supposé que par celle voye a esté corrigé n’est pas pourtant pugnition/ car justice n’y a pas veu et n’y eut autre chose au regard de droit que ainsy que se ung pere avoit batu son enfant pour cause d’aucun delict/ qu’il auroit fait/ ne suffiroit pourtant a justice ne a pugnir ne le lairoit. Si t’en diray selon le voir de ces deux altercations Sachez de vray que se la journee eust esté sy longuement differee de la bataille d’entre l’accusant & l’accusé/ que le cas fust venu en ces entrefaictes a congnoissance de justice. Je te dy bien que non obstant ce l’entreprinse de ladicte bataille juste l’en peut pugnir comme se ce fust chose prouvee/ mais se tu me demandoies se apres la pugnition seroit tenu de tenir la tournee du champ. Je te responderoye que non Car quel droit pourroit il avoir de soy deffendre de ce dont il est convaincu/ mais s’il estoit ainsy que le prince ou celluy qui estoit garde du champ l’eust pugny de ce meffait ou qu’il luy eust remys & pardonné ce meffait fust par jurement ou autre/ certes tant est grande l’auctorité des princes qui ceste coustume ont approuvee de prouver par bataille par pugnir les a tant par celle voye que pugni soit une foys sans plus ne les princes & seigneurs ne souffriroient pas aucunement requerir leurs sentences.

Maistre s’il ne t’ennuye que tant t’enquiers sur ceste matiere me dis encore ung mot a ce propos.

Ung chevalier accuse ung autre en l’appellant en champ de bataille et puis s’en repent. se peut il depporter de l’appellation a son voulloir: & que plus n’en soit de ce qu’il a dit/ car sembleroit que voirement s’en peust deporter de l’apporter: veu que se ung homme accuse ung autre ou en mesditz par couroux ou chaleur il s’en peut bien repentir et depporter s’il veult si qu’il me semble.

Amy a ce je te respons que se ung gentil homme appelle d’aucune adventure de gaige ung autre gentil homme pour quoy que ce soit en l’absence de son seigneur ou du connestable ou d’autre juge competent & apres s’en repent parce que par adventure estoit tresmal informé ou en tresgrant ire ou merancolie ou apres boire Ceste chose se doibt assez legierement remettre en maniere que a l’autre doit suffire sans le poursuivir de l’appellation Car nul ne doibt estre de ce trop malgratieux ne trop aigre comme ce soit chose merveilleusement dangereuse quelque bon droit que on ait veu aussy que l’autre soit assez tenté de soy repentir & refroider de la bataille/ de laquelle fol mouvement a bien monstré qu’il n’estoit pas saige/ car trop est grant honte de soy alleguer en parolle tellement que apres s’en conviengne desdire. Neantmoins il vault trop mieulx soy repentir de la folie ainçoys que on l’execute que d’entrer au champ/ a mauvaise querelle/ Ne se n’est pas vice de soy repentir du mal mais c’est pechié & folie de l’entreprendre et parfaire/ mais en cas que les parolles seroient tant avant allees que devant le prince ou connestable ou aultre propre a le recepvoir auroit jecté son gaige repentir ne s’en pourroit sans la voulenté du prince et l’assentement de partie laquelle pourroit par raison demander admende/ Car au propos que cy devant t’ay dit que champ de bataille retrait a plaidoierie sy est ce gage en figure d’une plainte que on donneroit en jugement. Apres laquelle icelluy qui la donne luy faut poursuivir la plaidoierie se les parties ne se accordent/ mais bien est vray que puys que ledit appellant s’en repent le prince doibt estre large de pardonner aux repentans/ car ainsy le veult dieu.

Cy devise les choses en quoy le roy ou prince doibt avoir regard/ ains qu’il juge champ de bataille Et comment on doibt donner conseil a ceulx qui combatre se doivent. xiii.e chapitre.

Des batailles en champ cloz dont tu m’as devisé te dyray qui a present sont en usage en plusieurs pays et ont par long temps esté par tout le monde tellement que par longue coustume de les avoir souffertes nonobstant la deffence du decret et du droit canon si que tu dis sont tournees sicomme en loy ce me semble que forte chose doit estre aux princes de bien determiner et juger le cas que telles batailles requierent/ car il n’est pas doubte que les seigneurs desirent et veullent que droit soit fait a ung chascun Et pour celle cause requierent et seuffrent telle bataille faire/ affin que les cas obscurs & mussez soient attains.

Amy chier vray est ta parolle sans faulte et pource en affermant ce que tu dis que telle bataille en soit le jugement moult perilleux me plaist la doctrine et enseignement des nobles/ a laquelle fin tu laboures en cestuy livre de mettre sans plus & desclairer aucunes rigles a tenir sur ceste matiere.

La premiere rigle soit que nul prince seculier affin qu’il ne faille tant soit prudent & sage quelque bon conseil de sages chevaliers qu’il ait ne doibt juger champ de bataille/ quelque bon conseil qu’il ait aussi de seculiers se ce n’est par le regard des saiges legistes pour ce que de tous cas qui advenir pevent mieulx en sauront determiner que autres gens/ car se leur enseigne leur science/ si est a eulx desclarer des cas se c’est bon ou mal a faire se c’est chose reprouvee ou permise/ ou se ung cas a previlege devant ung autre/ & qu’il soit vray que telz gens quant expers sont en sachent mieulx determiner que autres l’octroye la loy civille/ laquelle dit que les advocas sont protecteurs & gouverneurs d’humain lignage.

Encore y a autres raisons par quoy affiert a eulx en determiner devant tous aultres/ c’est pource que chevaliers et seculiers autres gentilz hommes sont plus legierement meuz a juger armez que autres gens qui ne sont que clercs/ & leur vient de ung estatut qu’ilz ont en eulx qui reputeront ung homme deshonnoré se tantost ne accepte le gaige de celluy qui le donne qui est une oppinion mute sans nul regard de raison quant a ce sauve leur reverence/ car moins deveroit estre honnoré celluy qui donneroit/ ou accepteroit le gaige pour pou d’occasion ou pour fol ou nice/ incontinent que celluy qui le refuseroit/ car sans faulte pas n’est deshonneur/ ains est le contraire de non consentir et reffuser folle entreprinse voire par especial de perdre si chier chastel comme est l’ame avecques le corps/ & pourroit dire l’assailly/ mon amy se tu as voulenté de combatre si te combas a par toy/ car quant est a moy je ne vueil pas estre a ta follie participant.

La seconde rigle que le prince garder y doit est de quoy ung gentil homme acceptast le gaige de ung aultre/ qui paradventure sera meu contre luy par aucun malice/ par chaleur par quelque faveur/ par oultrecuidance orgueilleuse pour l’autre cuider suppediter pour mieulx valoir ou par quelque aultre mouvement sans raison.

Le prince ou quelq’un son lieutenant doibt sur ce estre advisé meurement de bien entendre la matiere de l’appellant et le bien noter Car aucuns en y a qui veullent coulourer droit sur falace de parler & si folz sont qu’ilz cuident tromper dieu/ mais ce leur vient sur le chief Avec ce doibt bien considerer quelle est la cause qui le meut & quelle chose met sur a l’autre/ & s’il est ainsi que le prince ait entendu que ce soit pour cause de debte Il doibt demander a l’appellant pourquoy la debte luy est deue/ en quel païs & en quel lieu la debte fut faicte s’il a de ce lettre ne tesmoing & se fait fut sy secretement que ame n’y fust/ se point d’escrit y a ou aultre seelle/ & s’il advient que apperceu soit que aucun pou d’apparence de preuve y ait/ ou quelque couleur/ par quoy jurement de droit y puisse congnoistre/ la doibt la cause commettre Car en tel cas homme ne pourroit par droit soustenir que avoir y deust bataille.

La tierce rigle est que le prince doibt faire proposer l’appellant la cause et action qu’il a contre l’autre/ & aussy que le deffendeur soit ouy present son conseil ou soient si que dit est les clers legistes/ & la doibt estre bien veu lequel a juste cause/ & que chascun en die son oppinion. Apres laquelle chose s’il est ainsy que trouvé soit que la guerre soit esmute par orgueil follie ou presumption/ comme de dire Je vueil prouver mon corps contre le sien en champ jusques a oultrance/ pour honneur acquerre et pour l’amour de ma dame ou que plus belle est que la sienne/ et telles manieres de follie/ tantost doibt estre deboutee ceste chose et non ouye et deffendre que plus n’en soit parlé & encores te dy je/ que pour parolles quelconques tant soient injurieuses se dictes sont en fureur ou chaleur par suspicion ou merencolie/ si que celluy contre qui ont esté/ s’en vueille combatre/ n’y doibt pas avoir de bataille: si non que celluy qui dictes les a les voulzist tousjours maintenir et combatre en celle querelle qu’il fust ainsi comme il auroit dit: a laquelle chose se ainsy advenoit encores se deveroit on pener de amoderer l’un et l’autre que bataille ne se feist nullement si que dit est ne doibt estre emprinse faicte ne jugee se trop grant cause n’y a/ ains deffendue et destournee tout le plus tost que on peut.

Mais s’il est ainsy d’aucune adventure que le cas soit grant sicomme de traïson de meurdre d’efforcement d’avoir bouté feu ou d’autre grant chose/ que l’appellant ne puist prouver ne monstrer fors par la preuve de son corps et que le deffendant ne se puisse nullement excuser que coulpe n’y ait/ a dont sy que dit est par le regard et consentement de tout le conseil doibt le prince juger la bataille selon ce que la loy du cas le requiert/ lequel est tel que tantost jugié sera quoy que plusieurs soient orgueilleux qu’ilz ne se fient si non en la force de leurs corps/ & ne font compte de dieu ne de son aide/ y doibt avoir aucuns saiges preudommes ad ce commis qui monstrer leur doibt le grant peril d’ame et de corps ou ilz se sont mis/ et que bien se advisent et confessent a saiges confesseurs/ & en bon estat se mettent/ si appellent dieu/ car encore leur en sera besoing Et ainsy admonnestent chascun a par soy bien et saigement leur conseil a part/ leur dient comment telle chose est pesant: ou il convient mourir ou estre deshonnoré/ sy se advise que tart ne viengne au repentir/ & toutes telles choses banies/ a ame et corps sache chascun conseil dire au scien et loyaument admonnester ne point ne le laisse jusques a la fin de la chose ou il a mestier d’estre bien conseillé mesmement es tours d’armes qui en telz cas sont convenables tant a assaillir comme en deffence/ et pour ce faire se c’est assavoir pour y conseiller d’une partie/ et l’autre leur doibvent estre baillez chevaliers expers et sages en tel art et science.

Cy demande se bataille peut faire selon droit a jour de feste/ et se on tient en droit que homme en armes se puisse sauver/ et se clercs pevent ne doibvent de droit aller en bataille ne excerser armes. xiiii.e chapitre.

Maistre or me dy se aucune bataille soit generalle ou especiale se peut faire selon droit a jour de feste/ car il seroit advis que non veu que les festes sont faictes et ordonnees pour dieu servir Si n’est pas combatre l’un contre l’autre oeuvre ne service aplicqué a dieu.

Sans nulle faulte amy ad ce propos tu trouveras en l’ancien testament comment de dieu estoit permis aux enfans d’israel que a quelque heure de jour que on venist sur eulx qu’ilz se deffendissent et yssissent hors pour donner la bataille/ pource te dy/ que en cas de necessité on peut bien a jour de feste faire bataille/ c’est assavoir que au cas qu’il fust assailly/ mais sans faute de emprendre journee de bataille a jour de feste n’appartient pas quoy que au jourd’uy soient christiens de sy foyble foy et pou de reverence aient en dieu et aux saints que compte n’en font gens d’armes/ mais que leur advantaige voient de chevaucher escheller ou escarmoucher & piller aussy au vendredi benoist ou au jour de pasques que en autre temps laquelle chose ne se doit nullement faire se grant necessité n’en contraint ou que grant bien de la commune utilité soit.

Je te demande maistre se nous devons tenir que ung homme d’armes se puisse sauver en excersant office d’armes/ car tresgrant doubte y pourroit avoir veu les maulx que necessairement convient que on y face/ & aussy que qui meurt en voulenté de grever son voisin ne va pas en bonne voye si me semble que tel est le desir de gens d’armes qui vont en guerre contre les ennemys lesquelz dieu veut que on aime/ & dont qui y meurt comment pourroit il estre sauvé.

Amy sur ce en bref te respondray par troys conclusions.

La premiere que sans faire doute selon que declaire le decret/ le chevalier ou homme d’armes qui meurt en bataille contre les mescreans pour l’exsaucement de la foy de nostre seigneur jesucrist: mais que de ses pechez soit repentans/ il s’en va ainsy que martir tout droit en paradis.

La seconde que se ung homme d’armes meurt en juste bataille pour aider au droit ou que ce soit pour la juste deffence de la contree & pour le bien publicque ou que ce soit pour garder les franchises ou bonnes coustumes du lieu se autre pesché ne l’empesche/ son ame n’en est pas agrevee/ ains y a grant merite et peut estre tel le cas et la querelle qu’il s’en va droit en paradis/ et est determiné que cellui bien meurt qui expose sa vie pour deffendre justice le droit de son prince et la contree/ & le peuple/ qui est chose moult meritoire.

La iii.e est au contraire/ c’est assavoir que se ung homme meurt en bataille en laquelle fust contre sa conscience/ c’est assavoir qu’il pensast que la querelle fust mauvaise & pour tollir et usurper droit d’aultruy dont il ne lui en chaille/ mais que tollir peust piller ou gaigner ses sauldees/ sans faulte se tel homme n’a loisir de avoir grant repentance en la fin nous ne pourrions presumer qu’il fust en voye de sauvement/ sy se advisent bien tous ceulx qui s’i mettent/ car ame et corps exposent en grant peril se en faulses querelles soustenir se habandonnent. En ce doivent singulierement avoir regard sauldoiers estranges/ et est moult contre ceulx ausquelz il ne chault de la querelle/ mais que bien paiés soient de leurs gaiges/ & que bien puissent piller/ mais telz gens font trop pis et moins sont a excuser que ceulx a qui il convient estre soit droit ou tort soubz peine de perdre leurs fiefz et terres avec leur naturel ou souverain seigneur/ combien qu’ilz doivent se leur seigneur a tort mettre peine a destourner et eschever la guerre.

Je te prie dy moy se clercs pevent ne doivent sans mesprendre aller en bataille. Je te dy voirement que de ce font nos docteurs plusieurs questions et selon l’oppinion d’aucuns aller pevent en armes deffensives et non pas envaÿes/ c’est assavoir qu’ilz pevent deffendre/ et non pas envaÿr/ & aultres dient qu’il ne leur loist saillir hors de leur lieu pour quelconque cas mais seulement leur est permise la deffence de la cité ou forteresse ou ilz sont/ soit aux murs ou aux fenestres a pierres et telz bastons que avoir pevent sans traire de fer/ et autres dient que de toutes armes pevent user en cas de deffence sans attendre que envaÿs soient/ car aucunesfois pour sauver son corps fault offendre et non pas attendre que on soit offencé/ car telle pourroit estre l’actende que on viendroit a tart pour y remedier.

Autres oppinions tiennent que en mandement de pape lequel est souverain sur tout le clergié ilz pevent faire l’un et l’autre/ & autres dient que les clers & les evesques qui juridictions de terre et de justice tiennent des princes sicomme du roy de france tiennent plusieurs prelatz leur temporel sont tenuz d’aller en guerre avecques leur seigneur s’il le veult/ & par especial les pers prelatz de france lesquelz pevent bien dire aux gens d’armes qu’ilz prengnent et emprisonnent/ mais qu’ilz tuent non/ car irreguliers seroient/ mais nullement ne leur appartient ferir homme ne a combatre si non qu’on voulzist ferir sur eulx/ car il n’est evesque ne prelat qui deffendre justement ne se peust en cas que premier envahy seroit sans ce que inregulier fust & mesmement s’il occioit/ mais a dire que armés soient gens d’eglise en bataille pour ferir mesmement en champ n’est point de droit.

Cy commence a parler de fait de armoierye se chascun peut prendre telz armes qu’il luy plaist. xv. c

Maistre sans faulte je voy & congnoys que ton savoir est en bien souldre proprement toutes questions que me pourroit estre l’importunité de mon ignorance/ & comme assez doibt suffire sans toy plus travailler ce que declaré m’as de droit d’armes s’il te plaist encore ung mot pour moy faire sage d’aucune chose assez deppendans des precedentes/ c’est assavoir de droit d’armes/ apres lesquelles demandes que trop ne t’ennuye je te prendray fin en con[cluant mon livre. C’est que tu me dies du fait des] devises d’armes banieres et penonceaux que seigneurs ont acoustumé de porter & faire paindre en leurs paremens se chascun les peut prendre & porter a son vouloir.

Amy chier de ses armes qui premierement furent trouvees par noblesse/ affin que en bataille chascun noble homme fust recongneu par ses armes troys differences y a/ dont les unes furent faictes et ordonnees des le temps ancien pour l’estat des dignités et non pas de leur personne ne de leur lignage/ sicomme est le signe de l’aigle/ lequel est deputé pour la dignité imperial Si ne le doibt nul porter s’il n’est empereur.

Item semblablement y a autres armes qui sont d’office/ sicomme nous dirons les capitoliers de thoulouse/ lesquelz durant leur office portent unes propres armes ad ce deputees es choses qui a office appartiennent. Semblablement les consulz de monpellier/ mesmement se assemblee on faisoit en la ville ces propres armes d’office porteroient/ & se autres prenoient/ on les reprendroit & ne leur seroit souffert Et semblablement en divers lieux sont propres armes.