L'art de chevalerie selon Vegece

Part 16

Chapter 164,215 wordsPublic domain

Cy fine la tierce partie de ce livre. Et commence la quarte et derniere partie laquelle parle de droit d’armes en fait de saufconduit/ de treve/ de marque et de champ de bataille.

Au premier chapitre demande le disciple au maistre se ung seigneur envoye saufconduit a ung aultre son ennemy chevalier baron ou qui qu’il soit/ et que audit saufconduit ne ait si non contenu de sauf venir/ s’il peut bien par celle cautelle l’arrester selon droit au partir. Premier cha.

Au commencement de ceste quarte partie treschier maistre vueillez saillir en ung autre different propos de guerre/ combien qu’il soit tout dependant du fait dessusdit c’est assavoir en une maniere d’asseurement qui se donne aux allans et venans entre les parties par lettres qu’on dit saufconduit. De laquelle chose premierement te vueil faire demande.

Je suppose que ung baron ait guerre a ung chevalier de laquelle guerre les amys d’une part et d’autre se mettent merveilleusement en tresgrant peine de y trouver paix par quoy ledit baron envoye saufconduit au chevalier de venir vers soy et luy demande que sur icelluy viengne sceurement. Le chevalier s’i fie et y vient/ mais quant ensemble ont parlé et que partir s’en veult le baron le fait arrester et dit que son prisonnier est Car dist il vous estes de guerre contre moy ce scet chascun/ si vous puis prendre a mon advantaige se je vous y treuve. L’autre respont qu’il ne peut par la vertu de son mesmes saufconduit/ Le baron replicque en disant. mon saufconduit que baillé vous avoye parloit de sauf venir/ mais du partir neant pource ne luy fay nul tort s’il le retient. Si te demande se le baron a bonne cause. Et sembleroit que ouy veu & consideré qu’il suffist entre ennemys tenir le contenu des lettres. Et puys que sy fol a esté le chevalier qu’il n’a sagement entendu s’il en porte la penitance/ ce n’est pas mal employé/ car il loist en fait de guerre si que toy mesmes l’a cy dessus tesmoingné en usant de cautelles pour decepvoir l’un l’autre/ si s’en garde qui pourra.

Je te respons bel amy que tu t’abuses en cest endroit/ car s’il estoit ainsy que tu dis trop d’inconveniens s’en pourroient ensuyvir. Et pource y a la loy pourveu/ qui deffent expressement que nul ne deçoive par parolles cauteleuses/ car cuideroies tu doncques que ung homme fust ouy en jugement pour dire j’ay vendu cent livres de terre pesant et semblablement d’autres telles choses te dis bien qu’elles ne seroient pas reputees en jugement fors trufferies/ & l’omme trompeur qui user en vouldroit en seroit pugni. Et pour ce a nostre propos l’omme ne se doit fier en telle lettre se elle n’est bien expresse de sauf venir/ sauf demourer et sauf en retourner et les autres circunstances/ et ne veult la loy que le malice du frauduleux deceveur prengne si estroictement la simplesse de l’omme qui y va de bonne foy. Si doibt estre entendu que le saufconduit est selon l’intention de celluy auquel on le donne/ par lequel se tient asseuré/ de sauf aller sauf demourer et sauf retourner/ ou autrement se ne seroit pas saufconduit Ains seroit une traïson couverte qui trop seroit a blasmer/ et telle en est la verité. Neantmoins peut estre que aucuns de fait sans nul droit ne sans quelcune raison en aient usé qui a leur tresgrant deshonneur et villennie debveroit tourner/ mais chascun n’a pas povoir de faire tout le mal qu’il feroit voulentiers.

Cy devise se ung chevalier ou autre gentil homme avoit saufconduit luy x.e S’il pourroit par droit mener avec lui ung seigneur au lieu de l’ung des x. sur la terre des ennemis et se ung capitaine de petite quantité de gens d’armes peut donner saufconduit a plusgrant et plus puissant que soy. ii.e chapitre.

Puys que entrez sommez en matiere de saufconduit/ respons moy d’une question. ung chevallier angloiz a saufconduit du roy de france pour luy x.e a cheval venir en france/ pour cause d’aucun affaire/ advient que ung grant baron ou seigneur d’angleterre luy prie qu’il soit l’un des x. compaignons. car grant voulenté a de veoir france et soy y venir esbatre. laquelle chose ledit chevalier octroie/ & avec luy s’en vient. dont il advient que quant ilz sont pres de paris en l’ostellerie logez ledit baron est congneu de ung chevalier de la court du roy lequel tantost bien acompaigné vient a luy en luy disant qu’il se rende/ car son prisonnier est. A laquelle chose le chevalier qui le conduit soy opposant a l’encontre dist que ce ne peut il pas faire/ car par le saufconduit qu’il a peut aller luy x.e si est celluy l’un des x. Car telz les povoit prendre qu’il luy plaisoit. Le chevalier replicque. vous n’estes que ung simple chevalier/ si ne povés plus grant de vous mener sur vostre saufconduit/ car se ainsy estoit/ donc pourriés pareillement avoir admené vostre roy ou ung de ses enfans/ laquelle chose n’est pas raisonnable/ & mesmement celluy que vous menés/ vous deveroit selon raison mesmes mener/ car trop est plusgrant que vous dist l’anglois. Je ne le maine pas a mon saufconduit/ mais a celluy du roy de france Si demande & requiers que tenu me soit en terme selon ce qu’il se contient. Ceste question venue en jugement Je demande lequel a droit.

Je te respons que c’est le françoys/ car selon droit escript en telle generalité ne doibt estre entendu plusgrant homme de soy/ car se ung homme donne a ung autre procuration de certaines choses faire/ n’est pas pourtant a entendre qu’il lui donne generalle procuration ne qu’il en doibve personne abuser/ & par especial en fait d’armes. Jamais telle chose ne seroit soufferte a passer/ car tourner pourroit a prejudice a la personne qui le donneroit.

Item je suppose que ung capitaine d’ost françoys qui de par le roy soit envoyé sur les frontieres die et afferme qu’il ait puissance de donner saufconduit par toute guyenne/ & pource y mande au senechal qui vienne sur la terre de france/ car moult desire a parler a luy/ sy luy envoye pour ce faire saufconduit par quoy ledit seneschal de bordeaux se part sur celle sceurté pour venir en lieu determiné/ mais il advient que en chemin il est rencontré de françoys/ lesquelz le prennent et mettent prisonnier. Si te demande se ledit capitaine est tenu de l’en jecter hors a ses propres despens/ car sembleroit que ouy veu que par son asseurement est echeu en ce dommage.

Je te respons que non/ scez tu pour quoy/ pource que on dit communement que sans cause seroit tenu ung homme pour fol se de sa folie n’a nul dommaige/ & il est tout cler que le seneschal ne devoit pas croire ung capitaine si non que certiffié fust que les françoys gardassent son saufconduit/ se simple a esté/ le mal luy en demeure/ car avecques ce deust bien savoir que ung capitaine n’a povoir de soy tenir sur ce non de ses gens/ dont puis que ce n’ont il pas fait/ de quoy luy est il tenu/ & avecques ce n’est pas de droit que ung homme donne previlege d’aller sur le royaume a plus grant de soy/ ne mesmement s’il estoit obligé de le garder si ne luy vaudroit tout riens/ si te concludz que quoy que le capitaine eust donné ledit saufconduit de bonne foy que tout ce n’eut riens valu/ s’il est gentil homme il est tenu de pourchasser de sa puissance sa delivrance devers le roy/ pource que par sa coulpe est encheu en tel inconvenient.

Comment l’acteur s’esmerveille veu la petite foy qui au monde court/ comment personne se ose fier en ses saufconduitz Et puis demande s’il advient que aucun roy ou prince crestien donne saufconduit a ung sarrazin se les aultres cristiens par ou il passe le doivent tenir. iii.e cha.

Maistre sans faulte/ ce me semble a mon advis tresgrant merveille veu la petite loyauté qui au jourd’uy court au monde comment ung prince ou seigneur ou gentil homme/ et mesmement quelque homme que ce soit se ose fier par saufconduit de aller en lieu ou ses ennemys soient plus puissans et fors de soy.

Amy se tu t’en esmerveilles ce n’est pas sans cause combien que saufconduit selon l’ancienne coustume de droit d’armes et aussy de toute la loy deue selon la nature eust esté sceure entre parties et ennemys mortelz que nous appellons en nos loiz capitaulx Lesquelles lettres de sceurté les bons et vaillans conquereurs du temps passé n’eussent enfraint pour mourir/ mais a present pour les baratz et subtilités trouvez/ par lesquelz on n’a honte de mentir ne rompre foy ne sermens entre cristiens trop moins que juifz ou mescreans n’auroient/ & conseille par aucuns de nos maistres que en saufconduit on ne se fie de legier/ comme le temps soit venu que ce que les droitz appellent fraude et barat est appellé subtilité & cautelle et ainsy y est le peril grant/ car se de fait ung homme de quelque estat ou condicion qu’il soit veult faire traïson/ puis qu’il a la personne en place ou en lieu ou plus fort se treuve/ il trouvera assez de couleurs d’avoir occasion de le faire occir/ ou par prisons ou comme se cas d’aventure fust/ ou par faire esmouvoir aucun ou bouter feu en la maison & aussy en diverses guises & puisque fait seroit il n’est droit qui y venist a temps/ & pour ces doubtes dit a bon droit la loy/ que pour sceurté de la personne quant il se met au povoir de son ennemy ne se pourroit donner previleges trop grans car apres le fait restitution seroit nulle/ sans faulte maistre c’est pure verité/ mais encore me ditz une question selon droit.

Je suppose que ung roy cristien eust donné saufconduit a aucun sarazin/ Je te demande quelz gens des crestiens luy doivent tenir celluy saufconduit/ car au propos de ce que cy devant as dit me peut sembler tout premierement que les gens du pape n’en ont que faire comme ilz soient a plusgrant seigneur que le roy n’est/ je sçay bien que tu veux dire voirement n’y sont ilz pas tenuz/ & mesmement ne sont les autres roys crestiens selon le tesmoing des loix/ lesquelles dient que hors de sa juridiction homme ne peut faire mandement ne ordonnance/ sy t’en diray/ car de ses subgectz mesmes aucuns pourroient doubter que pas n’y fussent tenuz La cause est pource que les sarrazins sont ennemis generaulx de toute la crestienté c’est chose vraye et aussy escrite/ par quoy nul crestien ne doit recevoir quelconque ennemy de la loy de dieu si est tout homme tenu de plus obeyr a dieu nostre pere que a son prince temporel/ en tesmoing de la loy qui dist/ que a toute personne est permis de contredire a son seigneur s’il est tel qu’il vueille porter garder soustenir ne donner faveu[r] aux ennemys de la foy de dieu dont par lequel droit seroit tenu le subgect dudit roy de garder cellui saufconduit/ & avec ce les sarrazins n’ont pas seulement guerre contre ung roy/ mais contre tous/ et droit dist que une chose qui touche a tous doibt estre esprouvee a tous/ car autrement riens ne vault. Mais or y a il aultre chose/ a entendre/ c’est assavoir que s’il est ainsy que pour raisonnable chose luy ait donné/ sicomme pour traicter ou pourchasser la finance d’aucun chevallier ou aultre crestien quel qui soit/ qui soit en leurs mains prisonnier ou pour autre chose juste et raisonnable/ n’en doutbtés pas que non pas seulement les subgectz dudit roy/ mais generalement tous crestiens par ou il a a passer le doivent laisser aller sceurement pour deux principalles raisons/ La premiere est que entre eulx ne puissent dire que entre nous crestiens eussons pou de foy et pou d’amour ensemble/ quant ne vouldrions pourchasser la delivrance des gens crestiens qui entre leurs mains seroient prins pour la foy de nostre seigneur. L’autre que se rudesse leur estoit faicte entre crestiens s’ilz y viennent posons que ce fust pour marchander ou pour ambaxade ou autre juste occasion/ ilz le pourroient chier vendre a nos crestiens qui pour semblables cas vont souvent entre eulx Ainsy leur doibt estre tel droit gardé que nous voulons qu’ilz gardent/ mais se ainsy advenoit que ung roy ou une ville eust guerre contre ung aultre & pour soy venger ou pour aultre chose non raisonnable faisoit venir a son ayde aucun puissant sarrazin a son saufconduit/ en telz cas nulz crestiens subgectz ne autres ne le doibvent souffrir ne ja pour ce les vassaux ne seroient reputez parjures ne moins loyaulx a leur seigneur/ car mesmement dit la loy que se on treuve ung homme qui porte lettres contre la publicque utilité on les peult oster et rompre. Et dit ung autre semblablement que tout homme doibt bouter hors d’environ soy contre la loy.

De treves et de marque.

Cy devise se durant treves entre guerroyeurs on peut par droit prendre en aucune maniere chose qui soit l’une partie sur l’autre Et se l’une partie enfraint les treves/ se l’autre partie est tenue de les tenir. iiii. chapitre.

Maistre il me semble que ung autre asseurement de guerre est entre ennemys/ que on nomme treves qui est une maniere de paix faicte durant aucun certain terme de temps si te vueil ung pou faire de question pource que ay aucunesfois ouy dire que en aucun pays/ & mesmement les anglois en ont aucunefois usé contre les françoys/ quant treves estoient/ & mesmement durant les treves que ce n’estoit pas mal fait se on veoit son advantaige de prendre par aucune cautelle qui peut chastel/ ville ou quelque prisonnier/ & te demande s’il est vray que faire se puisse sans tort.

Ad ce je te respons que vrayement tous ceulx qui le font enfraindent le pur droit de treves/ & affin aussy que tu le puisses en ceste partie mieux tesmoingner te diray que nos maistres en dient/ tout premierement dient que c’est ung asseurement royal qui de ancien droit ne se doibt briser sur peine capital sicomme loy droicturiere de roy ou de prince ne doibt estre brisee.

Item dient qu’elle contient troys choses principalles/ c’est assavoir qu’elle donne sceurté aux biens meubles & autres choses. Secondement aux hommes Et tiercement qu’elle tire a traicté et esperance de paix Et doncques puis puys qu’en soy treves contienent tant en general comme en especial ces choses. par quel droit s’y pourroit prendre l’une partie sur l’autre prisonniers ne quelconque aultre chose/ si te prie maistre que tu le me dies.

Sans faulte amy ceulx qui le font ou qui maintiennent que sans tort se puist faire n’ont que faire de droit si treuvent assez de manieres de baretter/ & pis y a qu’ilz veullent couvrir leur faulceté de droit et de loy laquelle est appertement contre eux la ou elle dist que toute chose usurpee et prinse sur fiance de treves/ de droit doibt estre rendue et restituee et tous les faiz payez/ & scés tu que le roy ou prince selon la loy deveroit faire de ses gens qui telle villenie luy auroient faicte comme de mentir et non entretenir sa promesse leur faire trencher les testes sy y prendroient les autres exemple/ & se est la sentence de la loy & de ce acqueroit sy bon los comme d’estre appellé tresbon justicier prince cremu en seroit/ & par ce donneroit plus grant cause a ses ennemys d’eulz plus voulentiers rendre a luy/ lesquelz se les treves rompent/ & il puist tenir aucun d’iceulz a sa puissance/ pour nulle raençon ne les doibt espergner ne deporter que pugnis ne soient comme il appartient/ & je te demande maistre se le roy de france et celluy d’angleterre avoient juré treves ensemble durant certain temps/ & le roy d’angleterre les rompist seroit le roy de france tenu de les tenir: car il pourroit sembler que si par celle maniere/ posons que aucun face mal ung autre n’est pas tenu de le faire semblablement/ ains se doibt tout homme tenir en sa loyauté.

Amy je te dy puys que l’un des deux roys lequel que ce soit et de tous autres en semblable cas auroit rompu sa promesse et parjuré se seroit/ que l’autre n’est pas tenu de luy tenir serment ne ja pource n’en sera parjure/ car selon droit puis que premier on luy a brisé convenance n’est pas tenu de la tenir plus avant/ ains est de droit escript absoubz du jurement/ & qui plus est il pecheroit mortellement se ses gens laissoit occir et gaster le païs sans deffendre a sa puissance.

Cy parle d’une maniere de guerre laquelle s’apelle marque et se telle maniere de guerre est juste. v.e cha.

Maistre comme encore ne soie saoulé de tes sages et justes conclusions te vueil faire certaines demandes sur une aultre maniere de contens qui avecques trait a guerre/ laquelle ne sçay s’elle est de droit/ mais les princes et les seigneurs depuis les anciennes seigneuries de pieça/ car es anciennes gestes n’en est faicte nulle mencion en ont prins a user qu’on appelle marque/ qui est quant ung homme de ung pays sicomme de france ou d’autre part ne peut avoir droit d’aucun tort fait par aucun puissant homme d’estrange pays le roy luy donneroit une maniere de licence de prendre arrester et emprisonner par vertu de ses lettres obtenues de luy/ marchans et tous aultres & leurs biens venans du pays & du lieu d’icelluy qui auroit fait le tort & qu’ilz en fussent exemptz jusques ad ce que droit et restitution soit faicte au demandeur de sa demande/ si souroie tresvoulentiers se telle chose vient de droit/ car grant merveille est que ung homme du pays de celluy qui aura commis le fait/ & qui oncques riens n’en aura sceu ne n’en sera coupable/ & si sera pour celle cause emprisonné et ses biens empeschez s’il est trouvé en lieu ou l’autre ait puissance & conviendra qu’il paye et restitue se dont riens il ne doibt ne couppe n’y a.

Chier amy tu doibs savoir que a droit voir dire selon l’escrit de l’ancien droit ceste maniere de guerre que on appelle marque/ par laquelle ung homme prent dommaige pour autruy sans sa desserte n’est pas juste ne droit ne l’ottroye pas/ lequel droit a ordonné que se ung marchant de paris ou de quelque lieu qu’il soit est obligé a ung marchant de florence qui demande justice de luy devant son juge/ & que ce cellui ne lui fait justice qu’il l’appelle devant la justice du roy tant que il en ait droit/ mais de dire pource se ung marchant de paris luy est obligé que emprisonner puist ung autre marchant ou bourgoys de paris ou d’autre part du royaume ou ses biens prendre & arrester. vrayement en ce forvoye/ car ce n’est de raison ne de nul droit qui y peut estre pour les seigneurs qui l’ont trouvé en ceste cause et n’est pas sans occasion.

Je suppose que ung ytalien fust obligé de une grant somme a ung françoys/ de laquelle obligation vouldra fraulder celluy auquel il est debteur Il s’en ira demourer en angleterre pource que bien scet que le françoys n’yra pas la plaider a luy/ ou par aultre pourroit advenir/ ung genevoys sera de pieça obligé a ung françoys Or saura bien que pour la malvaillance qui est ore entre le roy de france et les genevoys/ le françoys n’yra pas a geneves pourchasser sa debte/ si sera de tant mauvaise conscience que cure n’aura de restituer/ que fera doncques le françois seurement il se traira devers le roy ainsy que subgect a son seigneur pour avoir semblablement aide du sien recouvrer. Adont le roy bien informé donnera semblablement marque/ & le donnera aussy s’il advient que ung chevalier ou autre ait esté destroussé injurié & villenié en quelque part ou le roy n’ait deffence de guerre/ jusques ad ce que amende et restitution luy soit faicte Sy trouverent ceste cautelle les consaulz des princes pour obvier a telz baratz.

Ceste marque contient que toute personne qui seroit trouvee au pays du prince qui l’a donnee/ qui de la ville/ du pays/ ou du lieu fust de celui qui auroit fait l’outraige/ fust prins & ses biens mis en la main du seigneur jusques ad ce que le marchant fust paié & a donc quant les marchans se voient ainsy mal menez es estranges pays ou marque est donnee contre eulx/ ilz font tant a la justice du lieu dont ilz sont/ que celluy par qui c’est contente l’autre et restitue/ et pour celle cause fut elle trouvee et mise sus/ si sert bien le comun proverbe ad ce propos qui dist que par ung inconvenient est aucunefois chassé ung aultre inconvenient/ car par cestuy est ung aultre grief reparé ne par aultre voye ne se pourroit nullement avoir droit de assez de tors qui sont faitz ou que on pourroit faire aux estranges allans et venans leurs chemins/ mais non obstant que celle chose puisse avoir aucune couleur pource te dy que ung roy ou prince auquel elle est requise ne le doit pas pourtant donner de legier/ car moult est chose griefve et pesant/ pourquoy doibt estre a peine deliberee pour deux principalles causes. l’une est que c’est chose qui moult peut grever conscience L’autre que ce peut estre commencement de guerre. Quelle chose doncques doibt faire le roy quant requise lui est/ a donner contre aucune cité pays ou seigneurie. Il doibt premierement interroguer ou faire interroguer par son president ou aultre sage legiste et justicier pour quelle raison il la requiert et quelle cause il a. Et celluy dist que quant il venoit de melan que en la ville d’ast/ on luy osta bien. x. mille francs ou chose qui le valloit/ et que de ceulx ne peut avoir droit/ ains soustiennent ceulx de la ville ceste chose/ quoy que de la demander par leur justice se soit bien mis a son debvoir. Adonc doit le roy escripre & mander par ces lettres a iceulx que amiablement vueillent faire faire restitution a son subgect du dommaige que ung ou plusieurs des leurs luy ont fait/ dont s’il advient que pour ce n’en soit riens fait & que des lettres du roy ne tienent compte/ & par conseil soit veu & deliberé que marque donner y appartienne/ Adont selon la coustume de ses seigneurs temporelz le peut donner.

Cy devise se tous seigneurs pevent donner marque Si le roy la peut donner pour ung estrangier qui son cytoien soit fait/ et apres se escoliers estudians pourroient estre a celle cause empeschez. vi.e chapitre

Et doncques maistre s’il advenoit que le peuple de florence ou d’autre part en cas semblable eussent prins les biens de ung marchant de paris comment se donneroit marque contre cité/ car selon droit il convient aller demander justice au juge souverain du lieu lequel est l’empereur/ mais combien que par droit les florentins soient ses subgectz/ il n’est pas doubte que pour luy riens en feroient/ & a dire que le marchant allast pleder devant le potestat qui paraventure sera ceste annee ung chevalier ou ung cousturier ou savetier de celle ville/ et si portera or a sa çainture comme ung chevalier/ en recousant ses solers/ selon leur coustume qu’ilz ont d’eulz gouverner a peuple: se croy qu’il y auroit petit droit Je ne ditz neant plus de florence que de une autre cité qui a peuple se gouverne/ que fera on doncques.

Bel amy tout ainsi que devant t’ay dit le roy y escripra ses lettres et se compte n’en tiennent donnera sa marque franchement contre eux puys qu’ilz dient qu’ilz sont mesmes seigneurs de florence.

Maistre je te demande se tous seigneurs pevent donner marque.

Je te respons que non/ car sicomme toy mesmes as cy devant dit/ et assez est repliqué que nul seigneur ne peut juger guerre s’il n’est souverain en juridicion. et comme cestuy fait de donner marque selon sa nature & condicion soit semblable a guerre ne la peut nul donner s’il n’est pour seigneur sans moyen si que est le roy de france de son royaume.

Or me dy encore. Je suppose que ung marchant natif de la ville de melan soit de longue piece demourant a paris/ il y ait hostel sien/ terres et heritages pour laquelle cause sera reputé bourgois selon la coustume. Je te demande se le roy donnera marque pour cest homme se le cas comme dessus y eschiet veu qu’il n’est pas de paris ains est natif de l’empire.

Je te respons que selon la rigle de droit celluy qui est participant du mal et en la charge semblablement le doit estre au bien et au reconfort. Par quoy s’il est ainsy que cestuy marchant ait acoustumé de paier aucuns subsides ou aucunes impositions au roy de sa marchandise/ et de ses biens/ veu qu’il est bourgois sans faulte le roy est tenu de le porter et soustenir en toutes choses comme son citoyen/ & semblablement ung autre gentil homme estrangier demourant par long temps en france qui eust servy le roy en ses guerres & y fust herité.

Et je te demande se pour cause de celle marque donnee du roy pourroit estre empesché ung clerc estudiant ou ses biens.