L'Anglais mangeur d'opium Traduit de l'Anglais et augmenté par Alfred de Musset, avec une notice par M. Arthur Heulhard

Part 7

Chapter 73,366 wordsPublic domain

Les eaux changèrent de caractère; au lieu de lacs transparents, brillants comme des miroirs, ce furent maintenant des mers et des océans. Et il se fit encore un changement plus terrible, qui me promettait de longs tourments et qui ne me quitta en effet qu’à la fin de ma maladie. Jusqu’alors la face humaine s’était mêlée à mes songes, mais non d’une manière absolue, sans aucun pouvoir spécial de m’effrayer. Mais alors ce que j’appellerai la tyrannie de la face humaine vint à se découvrir; peut-être dois-je l’attribuer à quelques événements de ma vie à Londres. Quoi qu’il en soit, ce fut maintenant sur les flots soulevés de l’Océan, que la face humaine commença de se montrer; la mer était comme pavée d’innombrables figures, tournées vers le ciel; pleurant, désolées, furieuses, se levant par milliers, par myriades, par générations, par siècles; mon agitation était sans bornes; mon âme s’élançait avec les flots.

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Mai 1818.

Le Malais m’a poursuivi pendant plusieurs mois comme un ennemi acharné. Chaque nuit me transportait au milieu des scènes de l’Asie; je ne sais si d’autres partageront mes idées sur ce point; mais j’ai toujours dit que, si j’étais forcé de quitter l’Angleterre pour vivre en Chine, au milieu des usages chinois et de ce peuple inconnu, je deviendrais fou. Les causes de cette horreur sont en grand nombre; quelques-unes doivent se rencontrer dans l’esprit de tout le monde. L’Asie méridionale, en général, est un lieu plein d’associations et de croyances épouvantables.

Personne ne prétendra que les stupides et barbares superstitions de l’Afrique, ou des peuples sauvages, l’affectent de la même manière que les religions anciennes de l’Indostan, si raffinées dans leur barbarie. La seule antiquité des choses de l’Asie, de leurs institutions, de leurs histoires, de leurs usages, etc., me fait une telle impression qu’à mes yeux l’ancienneté de la masse fait disparaître la jeunesse même des individus. Un jeune Chinois est pour moi un homme d’avant le déluge (renouvelé). Des Anglais mêmes, quoique ignorant tout à fait de telles institutions, avaient horreur des cérémonies mystiques de leurs castes, et refusaient de s’y mêler; ce qui contribue à cela, c’est le manque total de sympathies entre leurs manières et les nôtres. J’aimerais mieux vivre avec des lunatiques ou des bêtes brutes. Il faut que le lecteur entre dans toutes ces idées, avant de pouvoir comprendre l’inimaginable horreur dont ces rêves orientaux et ces tortures, conseillées par la superstition, m’avaient frappé. Sous le soleil ardent du tropique, je rassemblais toutes les créatures hideuses, les oiseaux, les animaux, les reptiles, les arbres et les plantes de toutes les régions inconnues, dans la Chine et l’Indostan; l’Égypte même et ses dieux y venaient aussi. J’étais arrêté, heurté, mordu par des perroquets, des singes; je me frappais sur des pagodes; j’étais fixé pour des siècles à leur sommet, ou dans leurs chambres secrètes; j’étais l’idole, j’étais le prêtre, j’étais la victime; on me sacrifiait. Je fuyais la colère de Brahma à travers toutes les forêts de l’Asie: Vishnu me haïssait; Seeva m’attendait. Je tombais dans les mains d’Isis et d’Osiris; j’entendais dire à tout le monde que j’avais commis une action dont le récit faisait trembler l’ibis et le crocodile. On m’ensevelissait, pour des milliers d’années, dans des cachots de pierre, avec des mines et des sphynx, dans des chambres sombres et tristes, au cœur des pyramides éternelles. Je sentais les baisers froids et hideux des crocodiles, et je tombais au milieu des serpents et des monstres, dans les sables et les herbes du Nil.

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Je ne sais si le lecteur comprend toute l’horreur de ces visions; elle était si grande pour moi, qu’elle ressembla d’abord à de l’étonnement. Vinrent ensuite, non pas tant la terreur que l’aversion et le dégoût. Chaque cérémonie, chaque menace, chaque punition, était accompagnée d’une idée d’éternité qui m’accablait jusqu’à me faire perdre la raison. Jusque-là, ce qui m’avait effrayé dans mes rêves, sortait de mon imagination; ici les causes, les agents étaient physiques: des oiseaux, des serpents ou des crocodiles, des crocodiles surtout. Cet animal maudit m’épouvantait à lui seul plus que tous les autres. J’étais forcé de vivre avec lui, et (comme toujours) pendant des siècles. Je me sauvais quelquefois, et je me trouvais dans des maisons chinoises, avec des tables de bambous. J’avais alors une grande frayeur de ces petits animaux qui s’introduisent dans leurs habitations; de sorte qu’en dormant, en mangeant, ils sont toujours en danger de mort. Mais les sophas sur lesquels j’étais assis venaient à se mouvoir eux-mêmes; l’abominable tête du crocodile, avec ses yeux de flamme, me regardait, et je restais comme fasciné. L’affreux reptile se retrouvait si souvent dans mes songes, que plusieurs fois le même rêve finissait de la même manière. J’entendais de douces voix qui me parlaient (j’entends tout ce qui se passe autour de moi pendant mon sommeil), et je m’éveillais aussitôt. Il était grand jour, et je trouvais mes enfants, se tenant la main à mon chevet. Ils venaient me montrer leurs souliers de couleur, ou leurs habits neufs qu’on leur avait mis pour sortir. Je vous jure que passer de ces rêves effroyables à la vue de ces innocentes créatures me causait une révolution si forte, que je pleurais en les embrassant, sans pouvoir m’en empêcher.

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Juin 1819.

J’ai eu occasion de remarquer, à différentes époques de ma vie, que la mort de ceux à qui nous sommes attachés, et l’idée même générale de la mort, est (_cæteris paribus_) plus frappante pendant l’été que pendant toute autre saison. Et voici pourquoi, du moins à ce que je pense: d’abord ce que nous pouvons voir du ciel nous paraît alors plus élevé, plus grand et (si on peut se permettre une telle expression) plus infini. Les nuages, au moyen desquels l’œil mesure ordinairement l’éloignement de ce pavillon bleu suspendu au-dessus de nos têtes, sont en été plus grands, accumulés en masses plus énormes; secondement, la lumière et le spectacle du soleil couchant et du soleil levant sont plus propres à faire naître l’idée de l’infini; et troisièmement (ce qui est la plus forte raison), la nature, vivifiée par la chaleur et la puissance du soleil plus ardent, lutte avec horreur contre la pensée de la mort et la froide stérilité du tombeau. Mais l’on peut observer généralement que, si deux idées s’opposent l’une à l’autre et se repoussent, elles se font naître mutuellement. C’est pour cela qu’il m’est impossible de bannir la pensée de la mort, lorsque je me promène seul dans les jours si longs de l’été, et un récit de mort particulier, s’il ne me touche pas davantage, du moins reste dans mon esprit d’une manière plus opiniâtre. Peut-être cette raison et un petit événement que je passe sous silence ont été les causes du rêve suivant. Mon âme, cependant, y était disposée d’avance; mais, s’étant une fois déclaré, il ne me quitta plus, et, prenant mille formes fantastiques, il les réunissait ensuite toutes à la fois, et composait de nouveau la première vision.

Il me semblait que c’était un dimanche matin du mois de mai. J’étais debout, à la porte de ma chaumière. Devant moi se passait une scène, que la position du lieu même pouvait amener, mais que mon imagination rendait plus solennelle et plus forte. Je voyais nos montagnes et, à leurs pieds, les mêmes vallées; mais les montagnes étaient plus hautes que les Alpes. D’ailleurs, aucune créature humaine, excepté quelques personnes dormant tranquillement dans le cimetière sur des tombeaux couverts de feuilles et de fleurs, et particulièrement sur le tombeau d’un enfant que j’aimais beaucoup. J’avais vu tout cela, justement une matinée d’été, lorsque était mort ce pauvre enfant. Je regardais cette scène, qui n’était pas nouvelle pour mes yeux, et je me disais tout haut: «Il manque à tout cela un lever du soleil. C’est un triste jour. Et c’est le jour où ils célèbrent les premiers fruits de la résurrection. Je vais sortir. Il faut oublier aujourd’hui les vieux chagrins; car l’air est frais, et les montagnes sont élevées. Les forêts sont tranquilles comme le cimetière. Cela va m’ôter ma fièvre, et je ne serai plus malheureux dorénavant.»

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Je me retournai et j’ouvris la porte de mon jardin. Alors s’offrit à moi une scène toute différente, mais que pourtant mon rêve me faisait trouver en harmonie avec l’autre. C’était une scène orientale: et c’était aussi un dimanche, et aussi une matinée. On voyait dans l’éloignement les dômes et les coupoles légères d’une grande cité... puis une image, prise sans doute de quelque peinture de Jérusalem; et à deux pas de moi, sur une pierre, et sur des palmiers de Judée, était assise une femme. Je regardai de son côté; et c’était... Anna! Elle me fixa d’un regard prompt. Et je lui dis enfin: «Ainsi je vous retrouve après tant d’années!» J’attendais une réponse: elle ne m’en fit aucune. Je reconnaissais ses traits; pourtant qu’ils étaient changés! Dix-sept ans auparavant, lorsque la clarté de la lampe tombait sur son visage, et que, pour la dernière fois, je déposai un baiser sur ses lèvres (qui n’étaient pas souillées, ô Anna!), ses yeux étaient baignés de larmes; maintenant elle ne pleurait plus. Elle semblait plus belle qu’elle n’était alors, et les années n’avaient laissé sur elle aucune trace. Ses regards étaient tranquilles; mais ils avaient une expression grave et solennelle. Je la contemplais avec une sorte de vénération; mais tout à coup elle devint triste, et je vis du côté des montagnes une vapeur qui s’élevait entre nous. Tout disparut.

Les ténèbres revinrent; et, en un clin d’œil, je me trouvai bien loin de mes montagnes, dans la rue d’Oxford, à la lueur de la lampe, marchant à côté d’Anna... comme nous marchions dix-sept ans auparavant, lorsque nous étions des enfants tous les deux.

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Décembre 1816.

J’ai étudié l’anatomie dans ma jeunesse, et sérieusement. La première fois que j’entrai dans les salles de l’école de médecine, je me souviens encore de l’effet que la vue des cadavres produisit sur moi. Nous étions deux ou trois écoliers ensemble, qui revenions d’une classe de philosophie, où l’on nous avait dit beaucoup de belles choses que nous croyions probablement avoir comprises. Nous arrivons. Il y avait sur la table un grand cadavre étendu dans un drap blanc; on n’en voyait que les pieds; et à côté sur la table, un bras écorché qui nageait dans du sang caillé. Je ne sais pourquoi une idée risible, qui me vint à l’esprit, me fit tressaillir en ce moment. Je me disais tout bas: voilà un bras qui a l’air de demander l’aumône. Et, en effet, la main pendante avait assez cette singulière expression.

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Le professeur n’arrivait pas, et cependant j’attendais avec impatience que ce drap qui me cachait le cadavre fût soulevé; cet instant vint enfin; je croyais voir quelque chose de beaucoup plus horrible. La leçon commença. Je riais de mes camarades que le mal de cœur prenait. Mais lorsque le scalpel vint à entrer dans la chair et que le sang noir qui coulait lentement sur la poitrine ouverte commença à exhaler une épouvantable odeur, je m’enfuis à toutes jambes.

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Que le caractère de l’homme est bizarre! Il va dans les cimetières arracher les cadavres aux vers et aux corbeaux; une odeur dangereuse et dégoûtante l’avertit de laisser en paix les morts. Mais la soif de connaître l’anime, et il emporte sous son manteau la tête d’une femme ou le corps d’un enfant! Vouliez-vous que le mal de mer arrêtât de pareils hommes et leur ordonnât de s’en tenir au continent, lorsqu’ils voyaient s’élever en rêve, derrière l’Atlantique, les montagnes d’or de la Colombie?

Cependant, rentré chez moi, je voulus manger, cela me fut impossible; j’ai même pris tout à fait en horreur le premier plat qu’on me servit, et il m’a été impossible d’en manger depuis.

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Ces impressions reçues dans ma jeunesse donnèrent lieu à un rêve que j’avais assez fréquemment.

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Il me semblait que j’étais couché, et que je m’éveillais dans la nuit; en posant la main à terre pour relever mon oreiller, je sentais quelque chose de froid qui cédait lorsque j’appuyais dessus. Alors je me penchais hors de mon lit et je regardais. C’était un cadavre étendu à côté de moi. Cependant je n’en étais ni effrayé ni même étonné. Je le prenais dans mes bras, et je l’emportais dans la chambre voisine, en me disant: Il va être là, couché par terre; il est impossible qu’il rentre si j’ôte la clef de ma chambre.

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Et là-dessus je me rendormais; quelques moments après j’étais encore réveillé; c’était par le bruit de ma porte qu’on ouvrait; et cette idée qu’on ouvrait ma porte, quoique j’en eusse pris la clef sur moi, me faisait un mal horrible. Alors je voyais entrer le même cadavre que tout à l’heure j’avais trouvé par terre. Sa démarche était singulière; on aurait dit un homme à qui l’on aurait ôté ses os sans lui ôter ses muscles, et qui, essayant de se soutenir sur ses membres pliants et lâches, tomberait à chaque pas. Pourtant, il arrivait jusqu’à moi sans parler, et se couchait sur moi; c’était alors une sensation effroyable, un cauchemar dont rien ne saurait approcher: car, outre le poids de sa masse informe et dégoûtante, je sentais une odeur pestilentielle découler des baisers dont il me couvrait. Alors je me levais tout à coup sur mon séant, en agitant les bras, ce qui dissipait l’apparition. Un autre rêve lui succédait.

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Il me semblait que j’étais assis dans la même chambre, au coin de mon feu, et que je lisais devant une petite table où il n’y avait qu’une lumière; une glace était devant moi au-dessus de la cheminée; et, tout en lisant, comme je levais de temps en temps la tête, j’apercevais dans cette glace le cadavre qui me poursuivait, lisant par-dessus mon épaule dans le livre que je tenais à la main. Or, il faut savoir que ce cadavre était celui d’un homme de soixante ans environ, qui avait une barbe grise rude et longue, et des cheveux de même couleur qui lui tombaient sur les épaules. Je sentais ces poils dégoûtants m’effleurer le cou et le visage.

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Qu’on juge de la terreur que doit inspirer une vision pareille: je restais immobile dans la position où je me trouvais, n’osant pas tourner la page, et les yeux fixés dans la glace sur la terrible apparition. Une sueur froide coulait sur tout mon corps; cet état durait bien longtemps; et l’immobile fantôme ne se dérangeait pas; cependant j’entendais, comme tout à l’heure, la porte s’ouvrir, et je voyais derrière moi (dans la glace encore) entrer une procession sinistre; c’étaient des squelettes horribles, portant d’une main leurs têtes, et de l’autre de longs cierges, qui, au lieu d’un feu rouge et tremblant, jetaient une lumière terne et bleuâtre comme celle des rayons de la lune. Ils se promenaient en rond dans la chambre qui, de très chaude qu’elle était auparavant, devenait glacée, et quelques-uns venaient se baisser au foyer noir et triste, en réchauffant leurs mains longues et livides, et en se tournant vers moi pour me dire: «Il fait bien froid.»

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Comme dernier exemple, je cite un rêve d’un caractère différent, qui m’arriva en 1820.

Le rêve commença par une musique que j’entends aujourd’hui souvent dans mes songes; une harmonie qui semble m’annoncer ce qui doit m’arriver: c’est comme l’ouverture de _Coronation Anthem_, une marche vigoureuse, le bruit d’une armée immense. Je croyais être au matin d’un jour mémorable; un jour de crise et d’espérance pour le genre humain, affligé alors d’un malheur mystérieux et se débattant contre quelque terrible extrémité. Quelque part, je ne sais où; d’une sorte, je ne sais laquelle; entre des gens, je ne sais qui, il y avait un combat, une lutte, une agonie, qui se déroulait comme un grand drame ou comme un grand morceau de musique; et j’y prenais une telle part qu’il m’était insupportable de n’en connaître ni la place, ni la nature, ni l’issue probable; et comme, dans de semblables visions, nous nous faisons ordinairement le centre de tous les mouvements qui se passent autour de nous, j’avais le pouvoir d’éclaircir mes doutes en me levant, et cependant je m’en sentais incapable, car le poids de vingt montagnes pesait sur moi, en punition d’un crime que je ne pouvais jamais expier. Alors, comme un chœur qui se rapproche, l’action augmentait de force; un grand intérêt se décidait; une cause plus grande que jamais épée n’en avait plaidé, trompette n’en avait proclamé. Venaient les alarmes, les froissements de la mêlée, les trépignements de pieds d’innombrables fuyards, je ne savais s’ils étaient du bon ou du mauvais parti; les ténèbres et les lumières, la tempête et les faces humaines, et enfin, lorsque tout était perdu, des figures de femmes avec des visages dont la vue valait pour moi le monde entier, et qui ne restaient qu’un moment: elles se serraient la main; c’étaient des adieux déchirants, et puis, adieu pour jamais! et avec un soupir, semblable à celui que poussaient les abîmes de l’enfer, lorsque Proserpine prononçait le nom maudit de _mort_, le son était répété:--Adieu pour jamais! et encore et encore répété:--Adieu pour jamais!

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Et je m’éveillai dans des convulsions; et je criai tout haut: «Je ne veux plus dormir.»

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Mais il est temps de terminer un récit qui s’est déjà trop étendu. L’intérêt du lecteur s’attache à l’opium, non au _mangeur d’opium_. Il lui suffira de savoir qu’il vint un moment où je vis que j’allais mourir si je continuais. Je ne puis dire combien j’en prenais alors. La quantité des doses variait de cinquante ou soixante grains à cent cinquante par jour. Je la réduisis d’abord à quarante, puis à trente, puis enfin à vingt-quatre grains. Mais qu’on ne croie pas mes souffrances terminées. Je passai quatre mois à me débattre, à crier, à me promener, à m’agiter sans pouvoir fermer l’œil. Telle est la morale de l’histoire que j’ai promise au lecteur dans mon avant-propos. Mes rêves ne sont pas parfaitement tranquilles; mon sommeil est encore tumultueux, et, comme les portes du paradis de Milton (après le péché du premier homme),

_Armé de bras vengeurs et de faces hideuses_.

FIN DU MANGEUR D’OPIUM

NOTE

Il est difficile de déterminer la part de collaboration d’Alfred de Musset dans _l’Anglais mangeur d’opium_.

Nous avons fait venir de Londres une édition des _Confessions of an English opium eater_, datée de 1823, c’est-à-dire antérieure de cinq années à la traduction de Musset.

Nous avons remarqué des passages qui n’existent plus dans le texte français, et d’autres, au contraire, qu’on ne retrouve pas dans le texte anglais.

Parmi ces derniers:

_Le rêve madrilène_, où semble poindre le goût de Musset pour les balcons et les guitares;

La scène tout entière du _Bal_ et du _duel en chambre_, dont le ton romantique se trahit par des exclamations traditionnelles, telles que: _Mort et damnation!_

Et l’épisode de l’école de médecine, avec ses funèbres développements, qui est incontestablement de Musset.

A. H.

EN VENTE DE LA MÊME COLLECTION

Tous ces volumes ont été publiés dans le _Moniteur du Bibliophile_, avec pagination séparée sur beau papier de Hollande avec vignettes et lettres ornées.

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LE PORTEFEUILLE DE M. LE COMTE DE CAYLUS, publié d’après les manuscrits inédits de la Bibliothèque de l’Université et de la Bibliothèque Nationale, avec Introduction et Notices. In-4º de 96 pages 5 fr.

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LE JOURNAL DE COLLETET, premier petit Journal Parisien, 1676, avec une Notice sur Colletet, gazetier, par Arthur Heulhard. In-4º de 260 pages 10 fr.

DUCLOS.--_Chroniques indiscrètes sur la Régence_, tiré d’un manuscrit autographe de Collé avec une Notice et des Notes par M. Gustave Mouravit. In-4º de 68 pages 4 fr.

L’ANGLAIS MANGEUR D’OPIUM, traduit de l’Anglais et augmenté par A. D. M., Alfred de Musset, avec une notice, par M. Arthur Heulhard. In-4º de 130 pages 15 fr.

Paris.--Typ. G. Chamerot, 19, rue des Saints-Pères.--15155.