Chapter 9
HORTENSE, MARTON
HORTENSE.
Eh bien! Marton?
MARTON.
Eh bien! Madame?
HORTENSE.
Que dis-tu de cette explication?
MARTON.
Elle n'est pas d'un bon augure.
HORTENSE.
Devais-je m'y attendre?
MARTON.
Oh! non, sans doute.
HORTENSE.
S'il m'eût jamais écrit ce qu'il vient de me dire...
MARTON.
Les choses seraient moins avancées, je le crois.
HORTENSE.
Mais qu'a-t-il? Que me veut-il? Réponds, réponds donc; car cela est fait pour inquiéter, au moins.
MARTON.
Les hommes sont si bizarres!
HORTENSE.
Il était avec toi, que te disait-il? Que lui répondais-tu? Aurais-tu donné matière à des soupçons?...
MARTON.
J'ai été impénétrable.
HORTENSE.
Il t'a donc aussi questionnée?
MARTON.
Pendant une heure.
HORTENSE.
Et tu n'es convenue de rien?
MARTON.
Convenue de quoi, Madame?
HORTENSE.
Eh! mon Dieu! vous m'entendez de reste! Mais vous êtes ingénieuse à me tourmenter.
MARTON.
Eh bien! j'ai nié, Madame, j'ai nié obstinément.
HORTENSE.
Vous avez nié! Et qu'avez-vous nié?
MARTON.
Ce dont je ne pouvais convenir sans vous compromettre.
HORTENSE.
Des bévues ou des impertinences! voilà tout ce que vous faites; voilà tout ce que vous savez faire.
MARTON.
Mais, Madame, il y a un désordre dans vos idées...
HORTENSE.
Ce désordre est dans votre tête, Mademoiselle. Avoir aussi peu d'intelligence, cela est inconcevable! Et me répondre énigmatiquement... Elle ne sauvera rien à ma délicatesse. Voyez si elle parlera.
MARTON.
Mais je ne sais que dire, moi, Madame, en vérité.
HORTENSE.
Insupportable fille! Mondor vous a-t-il parlé d'Auguste? Avez-vous prononcé son nom? avez-vous fait l'aveu...
MARTON.
De quoi, Madame?
HORTENSE, très-vivement.
Des étourderies de ce jeune homme, de l'embarras affreux où elles me mettent.
MARTON.
Il n'a pas été question de lui.
HORTENSE, hors d'elle-même.
Tant pis, Mademoiselle, tant pis. Mondor sait qu'Auguste est chez moi, qu'Auguste est charmant. Votre affectation à n'en pas parler aura fait naître ces soupçons que j'ai si peu mérités, et dont je ne me consolerai jamais. Quelles conséquences Mondor n'aura-t-il pas tirée de vos petits détours? Il faudra que je supporte vos étourderies, que je m'excuse... M'excuser! cet enfant m'aime, est-ce ma faute? S'il menace, s'il éclate, pourrai-je lui imposer silence? Avec les intentions les plus pures, on a donc besoin d'indulgence! Quelle cruelle situation! Il faut cependant que je déclare tout à Mondor; et comment m'y prendre à présent? j'aurai l'air de ruser, de vouloir cacher mes démarches, ou de m'en permettre de répréhensibles. Que je suis malheureuse!
MARTON.
C'est moi, Madame, qui suis la seule à plaindre. On me questionne, j'élude; on me presse, je me défends: je crois bien faire, et je suis blâmée. Parler d'Auguste, n'était-ce pas mettre à des bagatelles une importance... (_Finement_.) une importance que vous n'y attachez pas, puisque vous n'aimez pas cet enfant.
HORTENSE.
Je ne l'aime pas! je ne l'aime pas!... Non, sans doute, je ne l'aime pas; mais ces soupçons de Mondor, sur qui peuvent-ils tomber, si ce n'est sur Auguste? Vous verrez que je serai forcée de l'éloigner, et vous en serez l'unique cause.
MARTON.
Mais, Madame, s'il était si nécessaire de le rappeler au souvenir de M. Mondor, qui vous a empêchée d'en parler vous-même, et de?...
HORTENSE.
J'en aurais parlé à Mondor, quand j'ose à peine vous en parler, à vous; quand je ne puis y penser sans une émotion... bien innocente à la vérité, mais dont Mondor se serait aperçu... Sais-je ce qu'il se serait imaginé? Pauvre Auguste, tu seras malheureux, je le serai de ta peine, et cela parce que cette fille veut avoir de l'esprit! Quelle sotte prétention! sur quoi est-elle fondée? Je voudrais ne vous avoir jamais vue. (_Elle s'éloigne_.)
MARTON, la suivant d'un ton suppliant.
Madame, Madame!
HORTENSE, sortant.
Ne me suivez pas, je vous le défends.