Chapter 5
DUMONT, MONDOR.
MONDOR.
Eh bien! m'as-tu annoncé?
DUMONT.
Oui, Monsieur.
MONDOR.
Et on m'attend?...
DUMONT.
Sans impatience, à ce qu'il m'a paru.
MONDOR.
Que dis-tu?
DUMONT.
La vérité. Tenez, Monsieur, je connais le coeur humain, et vous ferez sagement de prendre de mes almanachs.
MONDOR.
Ah! ah!
DUMONT.
Oui, Monsieur. D'abord mon calcul porte sur des faits. Votre mariage est arrangé, vous arrivez; j'accours avec l'empressement d'un homme qui croit apporter une nouvelle agréable, Hortense disparaît; je vous annonce à la soubrette, elle me laisse à mes réflexions, et je vous avoue, Monsieur, que je n'en ai pas fait de bien satisfesantes.
MONDOR.
Je te reconnais là: toujours inquiet et soupçonneux.
DUMONT.
Vous ne doutez de rien, vous, Monsieur: le chien d'amour-propre...
MONDOR.
L'amour-propre? eh! j'ai donc de l'amour-propre, moi?
DUMONT.
Tout comme un autre, Monsieur. Il n'est pas d'homme qui ne soit un peu femme de ce côté-là.
MONDOR.
Enfin tu veux que je me défie d'Hortense, et que je m'en rapporte tout-à-fait à toi.
DUMONT.
Je ne veux rien, Monsieur; mais je crois qu'il est plus sage de prévenir des regrets, que d'y chercher un remède...
MONDOR.
Qu'on ne trouve pas toujours.
DUMONT.
C'est cela, Monsieur, c'est cela.
MONDOR.
Cependant, si tes observations suffisent pour t'alarmer, elles ne m'autorisent pas à douter absolument de la sincérité d'Hortense. Sans manquer aux égards que je dois à ton discernement, il m'est, je crois, permis de voir les choses par mes yeux, de parler, de pressentir...
DUMONT.
Oui, Monsieur, voyez, parlez, pressentez; adressez-vous même, si vous le voulez, à M. Auguste.
MONDOR.
Auguste est toujours ici?
DUMONT.
Je l'ai aperçu en entrant.
MONDOR.
Il se pourrait fort bien que deux ans d'absence eussent apporté quelque changement dans la façon de penser d'Hortense.
DUMONT.
Oui, certainement, Monsieur.
MONDOR.
Après tout, je ne suis pas encore marié.
DUMONT.
Non, Dieu merci.
MONDOR.
Et pour peu que j'entrevoie du louche...
DUMONT.
Oh! il y a du micmac; vous verrez, vous verrez.
MONDOR.
Dumont?
DUMONT.
Monsieur?
MONDOR.
Il y avait autrefois ici une suivante...
DUMONT.
Marton?
MONDOR.
Oui, Marton.
DUMONT.
Elle y est toujours; fille charmante, en honneur.
MONDOR.
Va me la chercher.
DUMONT.
Elle est fine, ne vous y jouez pas.
MONDOR.
N'importe, je veux l'interroger.
DUMONT, d'un air capable.
Si vous me chargiez de ce soin, Monsieur?
MONDOR.
C'est-à-dire que Monsieur a plus d'esprit que moi.
DUMONT.
Non, Monsieur, mais...
MONDOR.
Va me la chercher, te dis-je, je veux l'interroger.
DUMONT.
J'y vais, Monsieur.
MONDOR.
Que notre conversation soit un secret entre nous, entends-tu?
DUMONT.
Parbleu! c'est bien à moi qu'on fait de telles recommandations.