L'amour et la raison

Chapter 18

Chapter 18437 wordsPublic domain

LES PRECEDENS, MARTON, DUMONT, LE NOTAIRE.

DUMONT, annonçant.

Votre notaire.

MONDOR, allant au-devant du notaire.

Approchez, Monsieur, approchez.

AUGUSTE, s'asseyant.

Mon coeur s'en va.

HORTENSE, s'asseyant de l'autre côté.

Comme il souffre, ce pauvre enfant!

LE NOTAIRE, deux contrats à la main, bas à Mondor.

Avez-vous deviné?

MONDOR.

Parbleu! regardez le jeune homme.

LE NOTAIRE.

Charmant! en vérité. (_Prenant le contrat de dessous_.) En ce cas, c'est ce contrat-ci.

MONDOR, présentant la plume à Hortense.

Madame veut-elle signer?...

(Hortense signe d'un air triste.)

MARTON.

Elle a signé! Ah! la pauvre femme!

DUMONT.

Mon maître ne signera pas.

LE NOTAIRE, à Mondor qui a pris la plume pour signer.

Plus bas, plus bas encore.

MONDOR, signant.

Ah! j'entends.

MARTON, à Dumont.

Eh bien! qu'en dis-tu?

DUMONT.

Diable emporte si je m'y attendais!

MONDOR.

Et le petit cousin? Il nous fera aussi le plaisir de signer au contrat. (_Il présente à Auguste la plume et le contrat_.) Ici, cousin, ici. (_A part_.) Comme la main lui tremble....... ce cher enfant! il faut lui rendre ses forces. (_Haut_.) Eh! mais.... j'oubliais.... étourdi que je suis! Madame a signé sans connaître les articles...

HORTENSE, très-froidement.

Monsieur, je m'en rapporte absolument à vous....

MONDOR.

Cela ne suffit pas. Je crois que les clauses principales ne vous déplairont pas; mais il faut que vous sachiez... (_Au notaire_.) Lisez, Monsieur, lisez.

LE NOTAIRE, lisant.

Par devant, et caetera..... Sont comparus Monsieur Auguste Vercour, et Dame Hortense....

HORTENSE, se levant précipitamment.

Monsieur, quelle est cette nouvelle plaisanterie?

MONDOR.

Celle-ci vaut bien les autres, convenez-en?

AUGUSTE.

Quoi! Monsieur...

MONDOR.

Te voilà bien certain de ne pas partir, à moins que Madame ne veuille congédier son époux.

AUGUSTE, sautant au cou de Mondor.

Ah! mon bon ami, mon bon ami!

HORTENSE.

Je n'y consentirai jamais.

MONDOR.

Vous voulez qu'on vous prie...

MARTON, à Mondor.

Pour la forme.

MONDOR.

Oui, pour la forme.

HORTENSE.

Toujours des impertinences?

MONDOR.

Vous n'aurez pas de peine à me pardonner celle-ci.

HORTENSE.

Mais, quelle folie! me faire épouser un enfant!

MONDOR.

Eh! qu'importe?

HORTENSE.

Que dira le monde?

MONDOR.

Tout ce qu'il lui plaira. Monsieur est jeune, mais il a une belle ame, il m'en a convaincu. Vous serez heureuse, Auguste le sera, je le serai de votre commun bonheur. Nous laisserons dire les sots, et nous jouirons de la vie.

HORTENSE, avec une joie qu'elle voudrait dissimuler.

Vous êtes un terrible homme! vous me faites faire tout ce que vous voulez.

AUGUSTE, sautant.

Elle est à moi!

MONDOR.

Vous m'épousiez par raison, l'amour vous parlait pour ce jeune homme, je m'en suis aperçu, car enfin je n'ai pas cinquante ans pour rien, et je me suis dit: " Il faut savoir aimer ses amis pour eux-mêmes ".

FIN DE L'AMOUR ET LA RAISON.