Chapter 11
MARTON, DUMONT.
DUMONT.
Ah! te voilà?
MARTON, avec humeur.
Après.
DUMONT, après l'avoir regardée fixement.
La journée est nébuleuse.
MARTON.
Croyez-vous cela, M. Dumont?
DUMONT.
Oui, l'air du bureau n'est pas bon pour moi.
MARTON.
C'est malheureux.
DUMONT.
Cependant il serait désagréable de quitter ainsi la partie.
MARTON.
Il est plus prudent de la quitter que de la perdre.
DUMONT.
C'est à peu près la même chose.
MARTON.
Quand on prévoit si bien les coups, on n'expose pas son enjeu.
DUMONT.
Tu es revêche.
MARTON.
Que t'importe?
DUMONT.
Oh! cela m'est égal.
MARTON.
Je le crois..
DUMONT.
Mais la conduite de ta maîtresse...
MARTON.
Es-tu fait pour y trouver à dire?
DUMONT.
Non pas moi, si tu veux, mais mon maître...
MARTON.
Ton maître?
DUMONT.
Il commence à penser comme moi.
MARTON.
Aussi sots l'un que l'autre.
DUMONT.
C'est bien flatteur.
MARTON.
Au fait! que veux-tu? Tu n'es pas venu ici sans dessein?
DUMONT.
Te faire part de mes observations.
MARTON.
C'est inutile.
DUMONT.
Mon maître et ta maîtresse vont faire une folie.
MARTON.
Tu n'auras pas le crédit de les en empêcher.
DUMONT.
Ce ne sera pas moi, mais M. Auguste...
MARTON.
M. Auguste?...
DUMONT.
Il adore ta maîtresse.
MARTON.
Qui te l'a dit?
DUMONT.
Je m'en suis aperçu.
MARTON.
Voyez quel tact!
DUMONT.
Oserais-tu le nier?
MARTON.
Aurais-tu conçu le projet de m'en faire convenir?
DUMONT.
Pourquoi pas.
MARTON.
Tu te crois bien fin?
DUMONT.
Assez pour te faire parler.
MARTON.
Je t'en défie.
DUMONT.
C'est fait.
MARTON.
C'est fait?
DUMONT.
Oui, tu as avoué.
MARTON.
Il est fort, celui-là.
DUMONT.
Si Auguste n'aimait pas ta maîtresse, au premier mot que je t'en ai dit, tu aurais jeté les hauts cris (je suis l'homme de confiance du futur); et si la chose était seulement incertaine, tu te serais défendue. Tu réponds par monosyllabes, tu veux rompre les chiens; atteinte et convaincue.
MARTON.
Ah! tu interprètes jusqu'à mon silence?
DUMONT.
Un habile homme tire parti de tout.
MARTON.
Et quand Auguste aimerait ma maîtresse, qu'en conclurais-tu?
DUMONT.
Qu'ayant pour lui bien des avantages que d'autres n'ont pas, il est payé de retour: n'est-il pas vrai?
MARTON.
Je suis muette.
DUMONT.
Réponds, Marton; Auguste est aimé?
MARTON.
Je suis muette, te dis-je.
DUMONT.
Qui ne dit rien, consent; prends-y garde.
MARTON, avec force.
Eh! non, non, non; Hortense ne l'aime pas.
DUMONT.
Tu me le dis d'un ton qui me persuade le contraire.
MARTON.
Que le diable t'emporte!
DUMONT.
Que le ciel te le rende!
MARTON.
Dumont, jasons d'amitié, et laissons là l'esprit: depuis deux heures le mien ne m'a fait faire que des bévues. Que nous fassions bien ou mal, nos services sont pesés au poids du caprice. Aidons-nous, au lieu de nous nuire.
DUMONT.
Tope. Sois vraie, d'abord. Auguste aime ta maîtresse, et ta maîtresse aime Auguste.
MARTON.
Eh! sans doute; mais...
DUMONT.
Quoi, mais?...
MARTON.
Quel usage veux-tu faire de cet aveu?
DUMONT.
Le reporter à mon maître, qui n'a pas de caprices, et qui pèse mes services au poids de la raison.
MARTON.
Ah! fripon, double fripon.
DUMONT, la contrefesant.
Il vaut mieux quitter la partie que de la perdre.
MARTON.
Dumont, mon ami Dumont, je t'en prie, je t'en supplie!
DUMONT.
Tu verras que mon maître et moi ne sommes pas si sots.
MARTON.
Mon cher petit Dumont!
DUMONT.
Je suis inexorable.
MARTON.
Me voilà renvoyée indubitablement.
DUMONT.
Non pas, non. M. Mondor saura prudemment concilier ses intérêts et les tiens. Vous conserverez, lui, sa liberté, toi, ta condition; il le faut, je le veux, et je viens de te donner un échantillon de mon savoir-faire, qui doit te convaincre de ma capacité.