L'Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques OEuvres de C.-F. Volney, tome VIII
Part 29
Rentrant dans mon sujet, je me borne à répéter que le style de l’hébreu n’est pas totalement _inverse_, mais que néanmoins il a beaucoup d’_entrelacemens_ qui nuisent à sa clarté: que surtout il est rompu, maigre, et ne peint, pour ainsi dire, que le squelette de la pensée, faute de ces ligamens qui chez nous lui donnent de la grace: on dirait des apprentis dessinateurs qui n’ont su qu’esquisser les gros traits, d’où a résulté la roideur et quelquefois l’équivoque des formes, tandis que chez nous une foule de traits accessoires leur donnent de la précision, de la vie: je ne crois pas que dans tous les livres juifs on puisse citer une phrase à périodes ni un raisonnement composé de trois parties: tout y est purement narratif avec la perpétuelle répétition de la particule _et_ (ωɑ), même au commencement des phrases.
En résultat, c’est un vrai style de basse classe et de peuple paysan. Le lecteur en va voir quelques échantillons.
L’hébreu n’a point notre verbe _avoir_, je dirai même qu’il n’a point notre verbe _être_, car le mot HiH (il a été) signifie proprement _il a vécu_, _il a eu existence_: aussi n’est-il jamais employé à lier l’adjectif au substantif: on n’y dit point _Abner est fort_, mais _Abner fort_, ni _Judith est belle_, mais _Judith belle_, etc. Il est remplacé par le pronom Hω signifiant _lui_, ou HIA signifiant _elle_: il est remarquable que, dans l’idiome syrien plus ancien que l’hébreu, ce pronom Hω fait également l’office du verbe être, et il semblerait que l’existence de cette tierce personne _lui_ a été le type physique originel de tout être qui n’est pas l’une des personnes appelées vous ou moi.
Nos formes de comparatif et de superlatif n’ont point existé chez les Hébreux. Pour exprimer le comparatif, ils emploient les deux particules M_e_ et M_e_N qui, au fait, n’en sont qu’une, équivalant à notre mot _hors de_: ils disent TωBɑH Ҥ_e_KMɑH M_e_F_e_N_i_M_i_M, mot à mot, _bonne_ (est) _sagesse hors des perles_: le latin rend mieux en disant _ab_ ou _ex margaritis_. TωBiM H_e_ Š_e_NiM M_e_N H’AҤɑD, c’est-à-dire bons (sont) deux plus que un:--L_e_BN M’ҤɑLɑB--_blanc plus que lait_: ici l’M perd son _e_ à cause de l’aspiration; avec des conventions cela s’entend comme autre chose.
Le superlatif a six manières de s’exprimer, disent les grammairiens; l’on va voir qu’à peine une seule est vraie et précise.
1º Par le mot MAD, qui signifie _beaucoup_, _étendu_.--Exemple: TωB MAD _bon_: avec _quantité étendue_.
2º Par la préposition -B_e_-, qui signifie _dans_, _parmi_, par exemple: Q_o_TωN B_e_-GωiM, _petits parmi les nations_ ou _dans les nations_--BωGDIM B’ADɑM, perfides entre les hommes.
3º En prenant le nom de Dieu pour terme de comparaison. Par exemple: aṣiï_e_HωH, _les arbres de Dieu_, c’est-à-dire les hauts comme lui. TɑRDɑMɑT i_e_HωH, sommeil de Dieu, c’est-à-dire profond.--H_i_TɑT AL_e_HiM (ou ELɑHiM), _une terreur_ des _Dieux_, pour dire extrême. Ils disent des _luttes_ des _Dieux_, pour dire très-grandes.--ARZi AL, _cèdres_ de _Dieu_, pour dire très-élevés.
4º Ils disent: ăBD ăBDIM, _esclave_ des _esclaves_, pour dire _le plus bas_.--N_e_ŠiA N_e_ŠiAi H_e_ Lωi, _le prince des princes de Lévi_, c’est-à-dire le chef suprême des Lévites.--ELɑHI H’ELɑHiM, _le Dieu des Dieux_.
Toutes leurs répétitions de substantifs, _vanité des vanités_, _flamme des flammes_, _pleurs des pleurs_... signifient excès de la chose. Certains esprits, parmi nous, trouvent cela très-beau; pour moi, je n’y vois que des formes enfantines populaires, plus sensibles dans les exemples suivans:
5º H’AD_o_M H’AD_o_M, _roux, roux_, pour dire _très-roux_,--Ră, Ră, _mauvais, mauvais_, pour dire très-mauvais.--QᴏDωŠ, QᴏDωŠ QᴏDωŠ, pour dire _très-saint_. N’est-ce pas là un vrai jargon d’enfant?
6º Enfin on prend pour superlatif la forme suivante: ANi ŠɑLωM, _moi_ (je suis la) _paix_, pour dire je suis très-pacifique.--KI ҤɑMDωT ATɑH, _car les désirs tu_ (es), pour dire _très-désirable_.
Quelques-unes de ces formes-ci ne nous sont pas étrangères; mais aucune ne porte le vrai caractère superlatif de notre expression _le plus de tous_. En général, comme plusieurs tournures hébraïques n’existent point dans nos langues d’Europe, et qu’un grand nombre des nôtres n’existe point non plus dans la leur, les interprètes ont mal-à-propos pris pour équivalens et pour phrases analogues, des mots et des phrases qui n’ont point d’exacte ressemblance, et il valait mieux très-souvent s’en tenir au littéral.
Assez régulièrement l’adjectif se met, comme en français, après le substantif; par exemple: B_e_N HɑKɑM iɑŠṢɑҤ AB: _enfant sage, réjouira père_.
Et cependant il n’est pas rare de voir l’adjectif précéder le substantif; on en a vu plusieurs exemples dans ce qui précède.
On veut regarder comme élégantes certaines locutions; par exemple: lorsque Isaïe dit, _toutes les bêtes dans la forêt_, au lieu de dire, toutes les bêtes sauvages, ou littéralement forestières (sylvestres); il n’y a là qu’une disette de ces formes adjectives qui font la richesse de nos langues.
On regarde encore comme une élégance de mettre le verbe avant le substantif qui le régit: DIXIT DOMINUS domino meo[195]; mais sommes-nous bons juges des élégances hébraïques? d’ailleurs en nombre d’occasions le verbe marche après son substantif: _in principio Deus creavit cœlum_.
[195] Dans ce psaume, la version latine est remplie de fautes, à son ordinaire: j’espère en convaincre le lecteur à la fin de ce chapitre.
Certains noms collectifs, au singulier, tels que _peuple_ et _ville_, gouvernent souvent le pluriel; ceci a lieu en anglais, difficilement chez nous. Par inverse, quelques noms de Dieu, construits au pluriel, régissent un verbe au singulier; par exemple: ELɑHiM, BăLIM, AD_o_NIM.
L’hébreu n’a point d’adjectif distributif; il dit: _nation nation_, _tribu tribu_, pour dire chaque nation, chaque tribu.
Une locution qui nous est étrange, mais qui est commune à l’arabe, est celle-ci: _Le chemin que moi allant sur lui_, au lieu de, _le chemin sur lequel je vais_.--_L’homme que j’ai donné à lui_, au lieu de _l’homme à qui j’ai donné_.--_Vous que nous avons vu votre face_, au lieu de, _vous dont nous avons vu la face_.--_Celui que j’ai entendu sa parole_, au lieu de, _celui dont j’ai entendu la parole_.--La raison de cette tournure est que l’hébreu, manquant des pronoms relatifs, _qui_, _lequel_, _dont_, a été obligé de prendre ce détour assez simple, mais monotone, qui montre toujours sa pauvreté.
On veut que la particule ω signifiant _et_, placée devant un verbe, convertisse tantôt le futur en prétérit, et tantôt le prétérit en futur, et cela au moyen de tel ou tel point-voyelle dont on l’affecte; mais, puisque les points-voyelles sont factices, une si étrange règle est sans autorité; avec cela on fait des prophéties quand on veut.
Il est constant qu’il est des cas où notre bon sens veut entendre au prétérit ce qui est un futur évident. Par exemple: ω_a i_aM_e_R est bien certainement _et il dira_: cependant il est telle narration où il faut l’entendre _et il a dit_: mais qui sait si cette locution, impropre par elle-même, n’a pourtant pas eu lieu chez les Hébreux avec le sens futur?
Après avoir dit que dans le style hébraïque le prétérit est souvent mis pour nos imparfaits, plus-que-parfaits de l’indicatif ou du subjonctif (au lieu de dire que c’est nous qui mettons tout cela au lieu du prétérit), le raisonnable grammairien Ladvocat ajoute ces mots remarquables, page 190: «Les Hébreux changent souvent de temps et de personnes, passent continuellement du futur au prétérit, du prétérit à l’impératif, à l’infinitif, au participe; du singulier au pluriel, etc. C’est dans ces changemens et dans cette variété que consistent en partie _la nature_ et _la beauté_ de leur poésie; mais il ne faut pas s’imaginer que tout cela se fasse au hasard, sans règle ni mesure....» Et plus haut il a dit: «Ils font plusieurs ellipses ou réticences de mots; mais elles ne sont pas si communes que les grammairiens ont coutume de le dire; en imaginant toutes celles qu’ils voudraient introduire, on fait dire au texte tout ce que l’on veut.»
Un tel aveu est précieux de la part d’un homme qui a écrit sous la censure ombrageuse de la Sorbonne: la vérité est que, faute de précision, une foule d’équivoques remplissent surtout les psaumes et les prophéties, comme l’a avoué franchement le savant Calmet.
Enfin il y a des locutions dont on ne se rend pas bien compte dans nos langues. Par exemple, quand l’hébreu dit (la) _mort vous mourrez_; (le) _goût j’ai goûté_, les Latins ont traduit cela tantôt par des ablatifs, _morte morieris_, tantôt par des participes, _gustans gustavi_: ce n’est pas positivement le sens de l’hébreu, car ces deux mots _mort_ (mωt).... et _goût_ (ԏăm) sont indéfinis, comme je le présente; c’est une manière d’affirmer en répétant.
Une autre locution singulière est d’employer un infinitif ou substantif absolu à la place d’un futur ou d’un impératif. Par exemple: Moïse, au lieu de dire aux juges qu’il a établis: _Vous entendrez et déciderez entre vos frères_, leur dit: _Entendre_ ou _audition entre vos frères_; tel est le sens du mot š_e_mă (B_e_IN ɑҤi-K_e_M); ailleurs il dit encore, Exode, au lieu de _observez le jour du sabbat_, _observance_ ou _observer_ le jour du sabbat. Š_e_MωR aT _i_ωM H_e_-ŠɑBɑT.
Une tournure commune à l’hébreu, à l’arabe, etc., est encore celle-ci: _il ajouta_ et _il prit une femme_; _il ajouta_ et _il fit un voyage_, pour dire, il prit ensuite, ou il fit encore; cela s’entend très-bien. Il serait long et hors de mon sujet de faire une revue minutieuse de toutes les formes de ce genre; c’est par l’usage, c’est en traduisant qu’il faut les apprendre. Aujourd’hui, j’ai suffisamment rempli ma tâche, si je suis parvenu à rendre claire à mes lecteurs une matière jusqu’ici très-obscure, et si quelqu’un d’eux trouve dans mon travail un encouragement et un instrument pour le développer et le perfectionner.
FIN DE LA GRAMMAIRE.
TRADUCTION LITTÉRALE DU PSAUME, C’EST-A-DIRE DU CHANT CX, SELON L’HÉBREU, CIX, SELON LE LATIN.
Remarquez que le mot grec ψαλμός ou ψάλμα formé de ψάλλω, _jouer du luth_, _chanter avec le luth_, n’est que le sens littéral du mot hébreu. Le Latin aurait dû traduire _cantus_, et le Français _chant_; mais le génie du temps et de la chose ont préféré l’obscur.
TITRE Héb. L_e_ DɑωD MɑZMωR. Fr. A David chant.
Nos docteurs ont traduit _chant de David_, ce qui est très-différent: il est vrai que la particule -L_e_- comporte un équivoque; mais si le titre du Psaume 98 est _chant à_ ï_e_hωh--MɑZMωR l’ï_e_hωh; si celui du Psaume 92 est _chant au jour du sabbat_,--MɑZMωR l’iωM h_e_ šɑbɑt, on ne dira pas que le sabbat ou ïehωh les aient composés; c’est donc le sens du contenu qui doit décider la question: je soutiens que c’est ici un _chant_ en l’honneur de David par un prêtre qui le complimente de ses victoires (et David traita les prêtres de manière à mériter leurs remerciemens).
VERSET I. Nâm i_e_hωh l’aD_o_N-i. A dit Dieu à maître mien.
L’hébreu, comme on le voit, n’a point le jeu de mots du latin (_Dominus, Domino meo_), qui a introduit un équivoque d’autant plus vicieux que le mot i_e_hωh signifie l’_existant_ même si l’on veut, l’_Éternel_. Pourquoi les anciens Grecs et Latins n’ont-ils jamais écrit ce _mot_? La raison en est bizarre et vraie; en ce temps là, il était de dogme que le mot i_e_hωh avait des vertus magiques si terribles qu’il faisait trembler la terre et apparaître les démons; voilà nos maîtres! ils convinrent de le remplacer par le mot _seigneur_.
Š_e_B L’iɑmiN-i ăD ašit aïBi-K Assieds-toi à droite mienne jusqu’à ce que j’ai posé ennemis tiens
HɑDM L’R_e_gli-K. escabeau à pieds tiens.
Pourquoi le Latin dit-il, _je poserai?_
VERSET II. M_e_ԎԎ_e_H ăZZ -- ɑK i_e_šlɑҤ Le bâton de puissance (ou force) tienne lancera
i_e_hωh Me ṣîωn. Dieu de Sion.
Cet ordre de mots est vicieux, on nous le dit élégant: comment nos docteurs appellent-ils _baguette_ (_virga_) le mot -M_e_ԎԎ_e_H- ou plutôt -M_e_nT_e_H-, dérivé de -nɑtɑh- signifiant un _bâton_ capable de former un poteau ou les barres d’un lit (de sangles)? La _baguette_ (_virga_) comme celle de Moïse, semblable à un serpent de 28 à 30 pouces (tels qu’on les voit encore dans les mains des jongleurs d’Égypte), se nomme Š_e_B_e_Ԏ. Pourquoi rendre deux mots si différens par un même? De tous temps, chez les Arabes, l’homme puissant qui est en marche, mène devant lui des sbires armés de gros bâtons dits _nabbout_, avec lesquels ils exercent sur le peuple une dure police. Voilà le bâton instrument et _signe de pouvoir_ auquel il est fait ici allusion.
R_e_D_e_h B_e_ Q_e_RB aïBi-K. domine dans l’assemblée d’ennemis tiens.
VERSET III. aMM-ɑK NɑDɑBT. Avec toi je me suis élancé de plein gré
(c.-à-d. je t’ai accompagné)
B iωM ҤÎL -- ɑK; B_e_ HɑDɑRi Q_o_DŠ au jour de force (ou puissance) tienne dans les pompes de la sainteté.
Pourquoi le Latin dit-il _tecum principium_ (avec toi le principe au jour de ta force): cela n’a pas de sens.
M_e_ RɑҤm MɑŠR_e_q L’-ɑK L_e_-Kɑ ԏ_e_l i_e_LɑDT-ɑK. du sein de l’aurore à toi rosée j’ai engendré toi.
Cela est inintelligible. Il faut qu’il y ait eu ici erreur de copiste: si l’on pouvait dire que L_e_ et Kɑ sont deux particules équivalentes au latin _in sicut rorem_ (comme une rosée), il en résulterait ces mots _du sein de l’aurore comme une rosée_ (bienfaisante) _je t’ai engendré_: cette image serait dans le génie du pays. Le Latin a tout brouillé et mutilé: _ex utero ante luciferum genui te_.
VERSET IV. N_o_ŠBă ï_e_hωh ωɑ La i_e_NɑҤM: A fait serment Dieu et ne se repentira;
aTɑh Kɑh_e_n L’ aωLɑM ăL D_e_BRɑTI MELKIṢ_e_D_e_q. toi prêtre a toujours sur (ou selon) les paroles de melkisedek.
VERSET V. aD_o_nɑï ăL iɑMiN-ɑK MɑҤɑṢ B’ Dieu sur (ou par) droite tienne a brisé au
ïωm af-ω MɑL_e_K_i_M. jour de colère sienne les rois.
Ici ad_o_nɑï est un des noms propres de Dieu; aussi les Juifs l’ont-ils orthographié bien différemment d’a_don_-i (mon maître).
VERSET VI. iɑDiN B_e_ GωïM: MɑLa gωïωT. Il jugera dans les nations: Il a rempli les sépulcres.
MɑHɑṢ RAŠ ăL aRṢ RɑBɑH. Il a brisé tête sur ou contre terre nombreuse ou innombrable.
Ici, le mot gωiωT n’est pas clair, il est susceptible de deux sens: l’un _vallée_ et toute _ouverture profonde_; l’autre _cadavre_: l’analogie combinée de ces deux choses m’a conduit à l’idée de _sépulcre_ ou _grand trou_ dans lequel on jette en masse les corps morts d’un champ de bataille.
VERSET VII. M_e_ NɑҤL B_e_ DɑR_e_K i_à_štɑh; aL KɑN Du torrent en route il boira; sur quoi
iɑRîm RɑŠ. il élèvera la tête.
Le mot Nɑɦl _torrent_ se dit spécialement de celui d’Égypte près de Gaza.
Tel est mot-à-mot le sens de ce _chant_ qui n’est guère poétique pour nous, mais qui a pu l’être pour les Hébreux; voici ma traduction au net.
«(Le Dieu) Iehouh a dit à (David) mon maître: siège à ma droite, jusqu’à ce que _j’aie_ posé tes ennemis l’escabeau de tes pieds: Iehouh lancera de Sion le bâton de ta puissance: domine sur l’assemblée de tes ennemis; je t’ai accompagné de ma bienveillance au jour de ta force (ou victoire) et dans les pompes de la sainteté (David aima beaucoup les processions). Du sein de l’aurore je t’ai engendré comme une rosée.--Iehouh a juré et ne se repentira point: tu es grand prêtre pour toujours selon les paroles de Melkisedek (qui fut fondateur, roi et prêtre de Jérusalem): Adonaï, au jour de sa colère, a brisé les rois _par ta main droite_; il jugera les nations: il a rempli les sépulcres; il a brisé contre terre une multitude de têtes: dans la route, il boira du torrent, et pour cela il élèvera la tête[196].»
[196] Par transition brusque, le poète n’applique-t-il pas ce verset à David? L’histoire remarque que, sortant à pied de Jérusalem, chassé par Absalon, ce roi passa d’abord le torrent de _Cédron_, puis monta sur la cime ou tête du _Mont-Olivet_, où il adora le Dieu auquel se reporte sa victoire. Il y aurait ici une allusion de quelque mérite--aL KɑN prend aussi le sens de _sur cela_, _après cela_.
Il y a dans ces pensées des allusions à des faits, à des _dictums_ nationaux dont nous ne sentons pas la valeur, mais il est clair que c’est une composition du genre Pindarique, où le poète, comme égaré par l’inspiration, saute d’une idée à l’autre; et de plus, il est clair que c’est un _chant guerrier_, puisque toutes ses images sont de haine, d’inimitié, de combats, de victoires, d’ennemis tués, etc. Comment se fait-il que les premiers Chrétiens et leurs suivans en aient fait un chant mystique, dénaturé au point que l’on voit dans les traductions suivantes?
TRADUCTION TRADUCTION DE LE MAISTRE DE SACI[197] DES RÉFORMÉS (PROTESTANS) (1701.) (Basle, 1818. Petit in-4º.)
[197] Avec lequel il ne faut pas confondre M. Sylvestre de Sacy.
PSAUME DE DAVID. PSAUME DE DAVID.
(_Préambule._) David, comme Psaume prophétique du règne de figure de J.-C., et sous l’idée Jésus-Christ. de l’association de Salomon à son règne, décrit ici sa génération éternelle, son divin sacerdoce, son triomphe et son règne sur toutes les nations.
1 Le Seigneur a dit à mon 1 L’Éternel a dit à mon Seigneur: Seigneur: asseyez-vous à ma sieds-toi à ma droite, droite,
2 Jusqu’à ce que je réduise vos 2 Jusques à ce que j’aie mis tes ennemis à vous servir de ennemis pour le marche-pied de marche-pied. tes pieds.
3 Le Seigneur fera sortir de Sion 3 L’Éternel fera sortir de Sion le sceptre de votre puissance: le sceptre de ta force, régnez au milieu de vos _disant_: Domine au milieu de ennemis. tes ennemis.
4 Vous posséderez la principauté 4 Ton peuple _sera un peuple_ et l’empire au jour de votre _plein_ de franche puissance, et au milieu de volonté[198], au jour _que tu_ l’éclat qui environnera vos _assembleras_ ton armée avec saints. Je vous ai engendré de une sainte pompe, ta postérité mon sein avant l’étoile du sera comme la rosée qui est jour. produite du sein de l’aurore.
5 Le Seigneur a juré, et son 5 L’Éternel a juré, et il ne s’en serment demeurera immuable: repentira point, _que_ tu _es_ que vous êtes le prêtre sacrificateur à toujours, selon éternel selon l’ordre de l’ordre de Melchisédec. Melchisédech.
6 Le Seigneur est à votre droite; 6 Le Seigneur est à ta droite; il il a brisé et mis en poudre les transpercera les rois au jour rois au jour de sa colère. de sa colère.
7 Il exercera son jugement au 7 Il exercera ses jugemens sur milieu des nations; il remplira les nations; il remplira _tout_ tout de la ruine de ses de corps morts; il écrasera le ennemis; il écrasera sur la chef _qui domine_ sur un grand terre les têtes d’un grand pays. nombre de personnes.
8 Il boira de l’eau du torrent 8 Il boira du torrent dans le dans le chemin, et c’est pour chemin, c’est pourquoi il cela qu’il élèvera sa tête. lèvera la tête en haut.
[198] Les biblistes anglais et les réformés ont lu ici
{ àmm ak NɑdɑBɑt, } { peuple tien s’est porté };
il est vrai que àmm signifie aussi peuple; mais il gouvernerait le singulier NɑdɑB, ou le pluriel NɑdɑBω, et non pas le féminin NɑdɑBɑt; et puis, quel sens! En général, ils s’éloignent de jour en jour davantage du sens vrai pour un sens illuminé.
Qu’on me permette encore une remarque sur ce dernier verset: les attributs propres des eaux du torrent, surtout dans les montagnes rapides de Syrie et de Judée, sont d’être _imprévues_, _passagères_, _dévastatrices_. N’est-ce pas là l’image naturelle et physique des accidens de ce que nous nommons _adversités_? Alors le verset dernier appliqué à David, comme je l’ai dit, devient une métaphore réellement ingénieuse et noble; il en résulte le sens suivant:
«Dans la route (de sa vie) il boira l’eau du torrent (de l’adversité); puis il relèvera sa tête (triomphant de prospérité).»
Je demande à tout lecteur si l’on peut dire que nous possédons les livres juifs dans leur vérité, dans leur sens droit et naturel? et voilà sur quelles bases, avec quels matériaux, avec quels architectes se trouve construit un édifice vraiment _prodigieux_ dans son élévation, sa forme et sa durée.
NOTES.
[F2] Pour la page 341.
EUSÈBE, _Prépar. évang._, liv. IX, chap. IX.
Eusèbe nous cite un ancien poète grec nommé Chœrilus, qui, dans une description des divers peuples dont se composa l’armée de Xercès, a dit:
«Vient ensuite une race d’hommes d’un aspect étrange: leurs bouches poussent les cris de la langue phénicienne; ils habitent les monts de Solime près d’un immense marais; leurs têtes rasées et sales offrent le hideux spectacle d’un casque formé du cuir fumé de la tête d’un cheval.»
Il est bien clair que ce sont-là les Juifs ou Hébreux de Jérusalem, et que le langage phénicien leur est pleinement attribué.
Walton, auteur de la Bible polyglotte anglaise, dans ses Prolégomènes, page 17, § 19, colonne 1re, cite une foule de passages des pères de l’Église, Augustin, Ambroise, Jérôme, etc., ainsi que du savant Samuel Bochart (en son _Phaleg et Chanaan_), lesquels prouvent, sinon l’identité, du moins l’extrême analogie de l’hébreu avec le kananéen, ou phénicien des Carthaginois, dont les paysans, même du temps de saint Augustin, se servaient encore en déclarant qu’ils étaient _Kanani_.
Le même Walton, § 14, même page, cite un grand nombre de noms de villes et de personnes tant hébreux que phéniciens, qui confirment cette identité; mais on ne peut admettre la preuve que lui et d’autres biblistes veulent tirer du verset 18 d’Isaïe, chapitre 19 (En ce temps-là, il y aura en Égypte cinq villes parlant la langue de Kanaan), attendu que tout le chapitre est si obscur, et le temps mentionné si incertain que l’on n’en peut faire aucun usage raisonnable. Au reste, depuis cette page 17 jusqu’à la page 27, l’estimable et savant Walton abonde en preuves intéressantes, au soutien de tout ce que j’ai dit sur les points-voyelles.
[F3] Note relative à la page 351.
EUSÈBE, _Prépar. évang._, liv. X, chap. V.
Dans le cours de ce chapitre, Eusèbe établit comme un fait palpable l’identité du nom des lettres de l’alfabet grec, avec celui des lettres hébraïques. Car, dit-il, en quoi _aleph_ diffère-t-il d’_alpha_? en quoi _beta_ diffère-t-il de _beth_, _gamma_ de _gimel_, _delta_ de _delth_, ou _e-psilon_ de _he_, ou _zaï_ de _zeta_, ou _theta_ de _theth_? etc. Ces noms, ajoute-t-il, n’ont point de sens en grec, mais ils en ont en hébreu (et de là il déduit pour l’alfabet grec une origine hébraïque ou syrienne); par exemple: _alph_ signifie discipline, enseignement; _beth_, une sorte de maison; _gimel_, la plénitude; _delt_, des livres: _he_, elle-même; de manière qu’il en résulte cette phrase: la discipline de la maison; la plénitude des livres elle-même.