L'Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques OEuvres de C.-F. Volney, tome VIII

Part 24

Chapter 242,549 wordsPublic domain

Parmi les points ou accens grammatiques, les uns sont équivalens à nos virgules, à nos points et virgules, points doubles, points d’interrogation, d’admiration, etc. Les autres que l’on peut appeler _musicaux_, marquent tous les tons et inflexions que doit prendre la voix dans la lecture. Leur nomenclature seule forme une science barbare en hébreu, et assez ridicule en français. Tous ces signes sont de petites barres, de petits points diversement combinés, qui se placent tantôt droits, tantôt transverses, ou dessus, ou dessous les lettres alfabétiques. Si l’on remarque que chaque mot des livres hébreux est susceptible de recevoir plusieurs de ces signes, on concevra quelles innombrables difficultés en résultent pour ce qu’on appelle une exacte lecture.

Dans mon système de lettres européennes, tout cet imbroglio devient inutile: d’abord, au moyen de notre ponctuation usuelle, nous n’avons pas besoin de savoir les noms bizarres que les rabbins donnent au point, à la virgule et à leurs composés: il nous est également inutile de savoir si, sur une telle lettre ou telle syllabe, nous devons pousser un soupir aigu ou profond, du nez ou de la gorge, comme il se pratique dans les synagogues: non que je prétende nier que les Hébreux aient pu lire avec des intonations étranges pour nous, puisqu’aujourd’hui nous en retrouvons de semblables chez les Arabes dans la récitation du Qôran; je dis seulement que la prosodie actuelle des Juifs est d’invention moderne, imitée de celle-là, et que tout cet appareil ne sert en rien à connaître le vrai sens des mots, seul but de nos recherches. Je me range donc à l’avis de nos grammairiens; et, comme eux, je laisse à part toute cette fausse science pour concentrer notre examen sur les vrais _points-voyelles_, c’est-à-dire sur ceux qui figurent des voyelles. Je présente ci à côté leur tableau, coté nº III, en priant le lecteur d’y donner une attention particulière.

TABLEAU DES POINTS VOYELLES JUIFS.

+------------------------------+----------------------------------------+ | SIGNIFICATION DE CES NOMS | ORTHOGRAPHE | ORTHOGRAPHE | | ------------------------- | LITTÉRALE. | VULGAIRE. | | EN FRANÇAIS. | EN LATIN. | | | +--------------+---------------+---------------+------------------------+ | rassemblement| oris collectio| Q_o_m_e_s | Kamets בָ B _a_ } | | des lèvres | (ut pugilli) | (gɑdωl) grand | } | | | | | } | | bruit d’un | cardinis | sri. | tseré בֵ B _e_ } | | gond | stridor | | } | | | | | } l | | éclat de voix| frendor magnus| Ҥîr_e_q | Chirik בִי B _î_ } o | | | | (gɑdωl) grand.| } n | | | | | } g | | perfection | perfectio | Ҥωl_e_m | Kholem ךֹ B _ô_ } s | | (ôméga) | | | } | | | | | } | | sifflement | sibilum | šωr_e_q | Schourek בךּ B _où_ } | | | | | | | ouverture | apertura | fɑtɑɦ | phatach בַ B _à_ } | | | | | } | | le collier | monile | s_e_gωl | Segol בֶ B _é_ } | | | (à figurâ) | | } b | | | | | } r | | petit éclat | frendor parvus| Ҥîr_e_q | chirik בִ B _i_ } e | | | | | } f | | | | Ҥɑtf Qɑm_es_ | Kamets-Kateph } s | | | | | בָ B _ò_ } | | | | | } | | rassemblement| collectio | Q_o_bu_s_ | Kibbuts בֻ B _ù_ } | | | | | | | le serviteur | 1º servus, | 1º š_e_ba, | Schéva בְ B _e_ } b | | ou | captivus; | ou 2º šωa | muet } r | | le niveleur | 2º æquator | | } é | | | | | } v | | ouverture | rapta apertio | Ҥɑtf fɑtɑɦ | Kateph-phatach } i | | rapide | | | בֲ B _à_ } s | | | | | } s | | le collier | raptum monile | Ҥɑtf s_e_gωl | Kateph-Segol } i | | rapide | | | בֱ B _e_ } m | | | | | } e | | l’ouverture | rapta | Ҥɑtf Q_o_mes | Kateph-Kamets } s | | rapide | collectio | | בָ B _ò_ } | | | | | | |appesantisse- | aggravatio | Dɑgueš | Daghes בּ B | |ment ou plutôt| (litteræ) | | | |redoublement | | | | | | | | | | | | mafiq | mappik הּ B | +--------------+---------------+---------------+------------------------+ Nº III. Pour faire face à la page 375.

La colonne nº 1 présente, 1º les figures des divers points appliqués à une même lettre (B) laquelle sert de modèle pour toutes les autres.--2º La valeur de chaque point en lettres européennes, selon mon tableau de l’_Alfabet européen_, pag. 28.--3º Les noms juifs de ces points selon l’orthographe vulgaire, qui semble être une orthographe allemande venue des Buxtorf.

La colonne nº 2 présente ces noms avec une orthographe conforme à l’écriture hébraïque, c’est-à-dire que nos vingt-deux lettres capitales peignent les vingt-deux lettres de l’alfabet hébreu; tandis que le texte romain figure les _points-voyelles_ selon la valeur que je leur assigne.

La troisième colonne porte la signification de ces noms juifs en latin et en français: elle a le mérite de nous montrer quelles idées les grammairiens juifs se sont faites de ces voyelles de nature brève. Plusieurs de leurs définitions prouvent, par leur bizarrerie, l’embarras des inventeurs; car dire que _e_ et _i_ sont le _bruit_ d’un _gond_; que _a_ est un état de la bouche semblable au poing (de la main) qui rassemble les doigts, cela est à la fois vague et inexact: ajoutez l’équivoque de _a_ avec _o_, à raison du même signe (kamets-kateph pour les deux)[174], tout indique des hommes qui tâtonnent en une chose neuve. Mais venons au fond.

[174] Cette analogie de _a_ avec _o_ est remarquable en ce qu’elle existe dans l’anglais, comme je l’ai noté pag. 31 et 32 de l’_Alfabet européen:_ elle tend à expliquer pourquoi l’_alef_ des Chaldéens est devenu _olaf_ chez les Syriens, et par inverse l’_o_ de l’ancien russe, souvent un _a_ dans le moderne.

Nous avons ici seize signes ou figures de points, dont quatorze seulement sont _voyelles_: deux ne le sont pas, savoir, _daghès_ et _mappik_.

_Daghès_ signifie _appuyer_ sur une lettre, comme il arrive quand on la redouble. Par exemple, dans nos mots fraPPé, baTTu: c’est ce que les Arabes nomment TAšDÎD ou _fortifiement_ de la lettre. Par exemple, dans leurs mots _radd_ (il a rendu), _madd_ (il a étendu). Ce signe convient a l’écriture orientale, qui n’admet pas le redoublement d’une même lettre; il tombe inutile dans la nôtre qui le permet.

_Mappik_ indique qu’il faut faire sentir l’_h_ et non le laisser _mort_; comme cela ne fait rien au sens, c’est un signe nul à supprimer[175].

[175] Remarquez que _mappik_ est une orthographe barbare, le P n’existant ni en hébreu, ni en arabe. On doit écrire _mafiq_, composé d’_afaq_, _affermir_: _daghès_, ou plutôt _dagas_ est un mot syriaque qui signifie _appesantissement_.

Il ne nous reste donc que quatorze vrais _points_, signes de _voyelles_, mais le plus léger coup-d’œil va faire sentir que ce ne sont point quatorze individus différens, ce sont seulement cinq mêmes voyelles répétées sous trois mesures de temps; l’une _longue_, l’autre _brève_, et la troisième _brévissime_: au total, nous n’avons ici réellement que les cinq voyelles latines et grecques _a_, _e_, _i_, _o_, _u_, et cela dans l’ordre même ou les grammairiens de ces peuples nous les montrent rangées de tout temps. Certainement ceci est une imitation de la part des rabbins; et cette imitation n’a pu avoir lieu que depuis leur contact intime avec les Grecs, d’abord dans la ville d’Alexandrie, puis au temps du Bas-Empire dans toute la Syrie: ceci nous ramène toujours à notre hypothèse sur la formation de ce système d’orthographe dans le cinquième siècle de N. E.

Ici se place une observation relative à l’alfabet syrien; lui aussi a un système de _points-voyelles_ fondé sur les mêmes principes: est-il plus ou moins ancien? cela ne m’est pas clair: dans le syriaque, quelques points-voyelles sont réellement des _points_ comme dans l’hébreu; mais il en est d’autres qui ont la figure de quatre voyelles grecques réduites à l’état de _miniature_, précisément comme les Arabes ont réduit leurs trois voyelles A, I, ω en _fatha_, _kesré_, _domma_ (_Voyez_ le tableau nº IV). Je suis porté à croire que les Syriens ont imité les Juifs pour les points, et qu’ils n’ont inventé leurs signes grecs que plus tard.

Quoi qu’il en soit de ce côté, les Juifs me semblent décidément avoir le mérite de la priorité sur les Arabes, puisque ceux-ci n’ont commencé de s’occuper de ces matières qu’à la fin du septième siècle; et que leur système plus simple et plus parfait devient une preuve de plus à mon opinion; revenons à notre sujet.

Les quatorze signes des Juifs, je le répète, ne peignent réellement que les cinq voyelles _a_, _e_, _i_, _o_, _u_; j’ajoute qu’ils les peignent dans le double état de _brèves_ et de _longues_ dont j’ai parlé: j’en vois une preuve dans les procédés des Arabes, qui, à la date du septième et du huitième siècle, n’ont dû être à certains égards que les imitateurs des Juifs. Nous savons que les grammairiens musulmans, ayant reconnu aux trois grandes voyelles une manière d’être prononcées _brèves_, ils imaginèrent de peindre cet état par trois signes qui furent la miniature de ces grandes voyelles. L’un de ces signes fut la petite barre appelée _Fatha_ pour Alef; le second dit _Kesré_ pour Iod: le troisième dit _Domma_ pour ωau.

Or les analogues de ceci se retrouvent dans les points-voyelles juifs; car _phatach_ (9e de la série) valant _a_, n’est réellement que _Fatha_ de nom et de chose: il se répète dans _Kateph patach_ (_fatha bref_): encore dans _Kamets_ qui n’est que _a_: les deux _chirik_ ou _kirek_ sont le _kesré_ valant _i_: _schourek_ et _kibbus_ sont le _domma_ valant _ou_ bref.

D’autre part, les Arabes s’étant aperçus que dans certains cas Alef se prononçait O comme dans _omam_, (les nations), et que cet o long avait sa brève dans _kotob_ (les livres), ils établirent aussi des signes pour figurer ces deux états; or, la même chose se présente en _kholem_, en _kamets-katef_ et _katef-kamets_.

Enfin, en d’autres cas, ayant remarqué une voyelle singulière qui est _e_, les Juifs, mieux que les Arabes, convinrent de la désigner par _tséré_, _segol_ et même _scheva_.

On me dira sans doute: _Que deviennent les trois grandes voyelles_, a, i, ω? Quel rôle jouent-elles? J’emprunte encore ma réponse des Arabes, que je considère toujours comme imitateurs des Juifs. Alors qu’ils eurent reconnu que chaque consonne avait besoin d’un signe voyelle pour être prononcée correctement, et qu’à ce moyen chaque consonne dut être considérée comme muette quand elle manque de ce signe, ils appliquèrent aux grandes voyelles un raisonnement et une opération semblables; et parce que les grandes voyelles changeaient quelquefois de valeur, que A devenait O, que I devenait E, ils statuèrent que même ces _lettres-voyelles_ n’auraient une valeur positive qu’autant qu’elles seraient marquées de l’un des petits signes appelés _points-voyelles_. De cette manière, ces petits signes eurent seuls la faculté _vocale_ ou _voyelle_; et toutes les lettres, même celles des grandes voyelles, ne devinrent que des signes expectans, des signes _algébriques_ qui attendirent leur dénominateur. Alors les grandes voyelles se trouvèrent _assimilées aux consonnes;_ et _voilà l’origine_ et le nœud de ce _singulier paradoxe_ établi chez les Orientalistes, savoir: que _toutes les lettres de l’Alfabet phénico-arabe sont des consonnes_[176]. Dans le fait il n’y a de voyelles longues que a, i, ω et ăin, d’abord en leur état naturel, puis en leur état composé; c’est-à-dire quand un petit signe, point-voyelle, leur est appliqué pour les changer en O ou en E: le lecteur va voir dans le tableau nº V cette division établie d’après ces principes.

[176] Voilà pourquoi Alef, dépouillé de sa valeur, est faussement dit n’être qu’une _aspiration_.

TABLEAU GÉNÉRAL DES VOYELLES.

+---+------------------------------------------+-----------------------+ | | VOYELLES HÉBRAÏQUES | VOYELLES ARABES | | | TANT SIMPLES QUE COMBINÉES | TANT SIMPLES QUE | | | AUX POINTS VOYELLES. | COMBINÉES AUX MOTIONS | | | | OU POINTS VOYELLES. | | +------------------------------------------+-----------------------+ | 1 | alef grand _a_ א seul } { ا alef seul. | | | } { | | | alef avec _a_ אָ avec } a dans { اَ avec _a_ petit dit | | | moyen kɑmets } ame { _fataɦ_. | | | } { | | | alef avec _a_ אַ avec } { | | | petit fɑtɑɦ } { | | | sous } { | | | | | | 2 | _a_ petit, sous בַ fɑtɑɦ } bɑ bref | بَ _ɑ_ vaut _bɑ_. | | | consonne sous } dans | | | | _b_ } battu | | | | | | | | î grand, seul י I seul } { ي grand î seul. | | | } î long { | | 3 | î grand, avec יִ ɦireq } (dans { يِ i avec petit _i_ | | | _i_ petit grand } île) { dit _kesré_. | | | ou } { | | | petit } { | | | | | | 4 | _i_ petit, sous בִ ɦireq } b_i_ bref | بِ _i_ petit sous | | | consonne } (ici) | consonne. | | | | | | 5 | ou grand, seul ‏ו‎ } { ‏و‎ grand _ou_ seul. | | | } ω oû { | | | ou grand, avec ‏וּ‎ } français { ‏وُ‎ _oû_ avec ŭ petit. | | | _où_ bref, } (voûte) { | | | petit } { | | | | | | 6 | _où_ bref, sous בֻבָ bŭ ò | بُ _où_ bref | | | consonne | sur consonne. | | | | | | 7 | alef avec petit אִאְ ɐ ē (elle)| اِ grand a et petit | | | _i_ ou _e_ | _i_. | | | | | | 8 | alef avec _o_ אָא o | اُ grand a et petit | | | petit (omettre) | _ou_. | | | | | | 9 | ioud avec _a_ יָ ai ou ê | يَ grand i et petit | | | moyen (maître) | _a_. | | | ou petit | | | | | | |10 | ou grand, avec וָ ô (pôle) | وَ grand _ou_ avec | | | _a_ moyen | petit _a_. | | | ou petit | | | | | | | | ăïn pur ע ă guttural| ع ăïn seul. | | | | | |11 | ăïn avec _a_ ‏עָ‎ | ‏عَ‎ avec _à_ petit. | | | moyen | | | | ou petit | | | | | | |12 | ăïn et petit _i_ עִ ĕ { qàtĕ | عِ avec _i_ petit. | | | {(coupant)| | | | Arabe.{ | | | | { | | |13 | ăïn et ŭ bref עֻ ŏ { borqŏ | عُ avec _ou_ petit. | | | {(voile) | | +---+------------------------------------------+-----------------------+ Nº V. Pour faire face à la page 381.

Il me dira encore: Que faites vous des quatre _brévissimes_? Pour résoudre cette question, il faut remarquer que, dans la prononciation arabe comme dans la nôtre européenne, la consonne prend souvent un état muet qui sert à qualifier un sens: par exemple le mot KTB: si vous le prononcez KATAB, vous me faites entendre _il a écrit_: si au contraire vous le prononcez KATB, alors que vous avez rendu muet le T, en le privant de voyelle, vous me faites entendre l’_action d’écrire_.

Or pour peindre cet état muet de la consonne, l’arabe a imaginé un petit signe qu’il appelle _DJɑzm_ ou _frein_, lequel _arrête la consonne comme un cheval_ dont on empêche le _mouvement_ (_motion_): eh bien, cet état, qui est inhérent à l’hébreu comme à l’arabe, ne se trouve point marqué dans le système masorétique: jamais, selon les rabbins, la consonne ne serait muette: toujours l’on prononcerait à la manière gasconne, ou à la manière des Chinois qui, selon nos missionnaires, ne peuvent prononcer les mots _spiritus sanctus_ et _Christus_, qu’en les lardant de voyelles, et en disant _sopilitou sanacotou_, _kilisotou_. Cet état bizarre n’existe point dans le système arabico-phénicien: pourquoi les rabbins l’ont-il supposé? J’en aperçois la raison dans leur esprit _scrupuleux_ jusqu’à la _minutie_.

J’ai dit ailleurs qu’il est presque impossible de prononcer une consonne sans faire un peu sentir un son voyelle tout léger qu’il soit: ces docteurs firent la même remarque; et, pour en remplir l’effet, ils imaginèrent les quatre _brévissimes_, que l’on a vues ci-devant notées à part selon l’usage de leurs grammairiens. La preuve en est qu’il écrivent _ăbed_ ce que l’arabe écrit _ăbd_ (un esclave), _zeker_, ce que l’arabe écrit _zekr_, etc. Or, parce que l’imperceptible _son_ qui s’échappe involontairement après _b_ et _k_, s’est trouvé prendre quelquefois le caractère des voyelles _a_, _o_, attachées à la consonne suivante, ils ont introduit ces _a_, _o_, _brévissimes_, qui ne sont effectivement que zéro de _son_. Les détails de la grammaire fourniront de nombreux exemples de cette assertion.

Désormais il est temps de clore ces préliminaires, arides peut-être, vu la nature du sujet; mais indispensables, vu les erreurs et les ténèbres dont il a été jusqu’ici enveloppé. Je pense avoir prouvé clairement et raisonnablement:

1º Que l’hébreu ou idiome hébraïque n’est point une _langue mère_, une langue originale primitive, comme on l’a imaginé en des temps d’ignorance et de passion; mais qu’il est tout simplement un dialecte phénicien, tel que le parlèrent les _Sidoniens_, les _Tyriens_ et leurs colons, les Carthaginois, dont les descendans le parlaient encore en Afrique et à Malte au quatrième siècle[177];

[177] Tout le monde connaît à ce sujet le témoignage de l’évêque d’Hippone, saint Augustin: d’ailleurs, consultez le savant ouvrage de Samuel Bochart, ayant pour titre: _Phale et Chanaan._

2º Que le langage des divers peuples désignés par les Hébreux sous le nom de _Kananéens_, n’a été qu’une branche du vaste système commun à tous les peuples Arabes, Syriens, Assyriens, Cappadociens et partie des Arméniens; et cela de temps immémorial, dans une antiquité inconnue à l’histoire;

3º Que l’hébreu analysé dans toute sa structure n’est réellement qu’un ancien arabe plus simple et moins élaboré que l’arabe moderne;

4º Que le système d’écriture alfabétique de l’un et de l’autre est établi absolument sur les mêmes principes;

5º Que ces principes sont entachés d’un vice radical auquel il a fallu remédier par des inventions et des procédés de _seconde main_;

6º Que ces procédés, avec l’apparence de différer entre les Juifs et les Arabes, sont foncièrement les mêmes, tendent et arrivent au même but, excepté que ceux des Juifs ont plus de complication et moins de justesse, tandis que ceux des Arabes ont plus de simplicité et de perfection.

Ma conclusion est que, pour étudier l’hébreu, il est totalement inutile de connaître et d’employer la méthode _masorétique_; qu’il suffit de connaître celle des _motions_ ou points-voyelles _arabes_, et de l’appliquer à l’hébreu pour en obtenir les mêmes résultats de clarté; que par cette théorie il serait facile de dresser une grammaire et un dictionnaire d’hébreu en caractères arabes, qui le rendraient immédiatement intelligible à toute personne lisant et parlant l’arabe: or, parce que mon système de transcription en caractères européens n’est qu’un _équivalent_ de cette opération déjà mise en pratique par les Arabes, vis-à-vis diverses langues; et parce que j’ai démontré la convenance par rapport à nous, la justesse par rapport à eux, de cet _équivalent_ européen; il s’ensuit que mon problème se trouve résolu par un double terme d’équation qui ne laissera rien à désirer au lecteur.

TABLEAU DES CONSONNES ET VOYELLES ALFABÉTIQUES DE L’HÉBREU.