L'Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques OEuvres de C.-F. Volney, tome VIII
Part 18
5º Enfin, joint au prétérit il le change en optatif; _pour qu’il vienne!_ l’đjà (_qu’il fût venu_).
ω, prononcé ωɑ, prend une foule d’acceptions dans le discours arabe, quoiqu’il ne signifie littéralement que _et_; on l’emploie signifiant _par_, dans le serment suivant que les Arabes ont sans cesse à la bouche: ωallah, _par Dieu_.
_Des Particules disjonctives._
Nous renfermons sous ce titre les adverbes, les prépositions, les conjonctions, les interjections, toutes particules formées de mots invariables.
_Adverbes de lieu._
_Où_, _en quel lieu_, par interrogation, ain? _et_ fi ain?--Dans le cours de la phrase ħɑiθ, _et_ fi, avec le pronom convenable à l’objet; _le puits où il tomba_, el bir ħɑiθ ωɑqả, (_où_) ellaȥi ωɑqả fi-h: _d’où_, men ħɑiθ, men ain.
_Vers où_, _jusqu’où_, elä ain, elä ħɑiθ. _Où que ce soit_, ħɑiθmâ, ain mâ, aïï. _Ici_, honâ, héné, hâhonâ. _D’ici_, men honâ, _ou_ men héné. _Là_, honâk, honâlek; _de là_, men honâk. _Vers ici_, _vers là_, elä h_o_nà, elä honâk.
_Adverbes de temps._
_Quand_, _lorsque_: mɑtâ, lɑmma. _Déjà_, avec un sens affirmatif: qɑd: _il est déjà venu_: qɑd đja. _Jamais_, qɑȶ, fɑqɑȶ, fɑqɑd, l’qɑd. _Ensuite_, _pour lors_, θomm, et θomm_ɑt_. _Alors_, ħîn, ïῶm, ħin_ɑi_ȥen, ïῶmiȥen. _Puisque_, _sitôt que_, _dès que_, eȥ, eȥâ, eȥma, aïan. _Après que_, bảd-en, bảd-men, bảd-ma, lɑmma. _Après_, bảd, sωf, sω, sɑi, sɑf, men bảd. _Après cela_, bảd hɑȥa. _Avant_, qɑbl; _avant que_, qɑbl ma, qɑbl-en, men qɑbl; _avant cela_, qɑbl hɑȥa. _Jusqu’à ce que_, elä en, ħɑttä en, ħɑttä eȥa;
_Les adverbes pour appeler, sont:_
â _et_ aïâ, pour un objet voisin. hɑïa, pour un objet éloigné. ïa, _et_ aïoha, pour un objet masculin. ïa aï_à_t-ha, pour un objet féminin. _Voici_ (pour le masculin), eȥ, eȥa, ha, hωȥa, hɑhωȥa, hɑnɑza. _Voici_ (pour le féminin), hɑnɑȥeh. _Quoi_, _Eh?_ interrogant, â, hɑl. _N’est-ce pas?_ a’ma, a-la, a’fɑ-la, a’lɑm, afɑlɑm, aω lɑm, aω-la. _Oui_, _certes_, nảm, en, bɑlä ađjɑl, đjîr, amîn. _Non_, _la_, kolla (_tout non_), lɑm, ma, _et_ lɑis.
Mais _lɑis_ se conjugue en verbe; lɑis, _il n’est pas_, lɑist, _tu n’es pas_, lɑistom, _vous n’êtes pas_.
_Nullement_, lɑn, lɑn-ma. _Comment_, kɑif, anni; kɑif ma, _comment que_, _de quelque façon que_. _Pourquoi_, l’ma, l’ɑiῳ, l’ɑi-ῳɑi; _pour quelle chose seulement_, l’ɑiῳɑi fɑqɑȶ. _Absolument tout-à-fait_, b’el koll, kollian. _Plût à Dieu_, _puissé-je!_ lɑit, ïa lɑit! _Peut être_, lảl, robb, robb-ma. _De même que_, _et comme si_, k’ann, kɑ-ma. _Toutes fois que_, _tant que_, koll ma. _Allons donc_, _or donc_, eȥɑn, fa eȥɑn.
Beaucoup d’adverbes se forment de l’adjectif, en lui ajoutant la finale an.
_Bon_, ħɑsɑn; _bien_, ħɑsɑn-an. _Mauvais_, ῳɑrr; _mal_, ῳɑrran. _Avec_, mả, _ensemble_, mảan. _Éloigné_, bĕïđ; _de loin_ bĕïđân. _Premier_, aωɑl; _premièrement_, aωɑlan. _Maintenant_, elan; _jusqu’à présent_, elä elan.
_Désormais_, _dorénavant_, men elan. _Ou_ distinctif: l’un _ou_ l’autre, aω, am, amma. _Mais_, bɑl, lɑken, enn’ma. _Afin que_, b’ma, l’kɑï, l’kɑïma. _Parce que_, l’ann, bema. _De peur que_, l’illa, kɑila, l’kɑïla. _Si_ conditionnel, pour le passé; lω, en, l’ain. _Sinon_, ella, lωla; lωma. _Quoique_, ωa en, ωa lω. _Or_, fɑ enn, famma, enn, ennɑma, ann, amma _pour_ ann-ma.
CHAPITRE IV.
_Des Verbes._
C’est dans le _verbe_ en général que la langue arabe développe davantage la simplicité et la richesse de son mécanisme, et sa différence avec les langues d’Europe.
En arabe les verbes n’ont que trois temps, le _passé_, le _futur_ et l’_impératif_; le présent est absolument le même que le futur.
A défaut d’infinitif, on appelle les verbes par la troisième personne du passé au singulier masculin: ainsi, au lieu de dire le verbe _aimer_, _parler_, _faire_, on dit le verbe, _il a aimé_, _il a parlé_, _il a fait_.
Cette troisième personne masculine est ce que les grammairiens appellent la _racine_ ou le _mot radical_, parce que c’est sur ce mot que se composent toutes les modifications des temps, des personnes et des conjugaisons, tant régulières qu’irrégulières.
En général, la _racine_ est composée de trois lettres, quelquefois de quatre, presque jamais de plus ni de moins que ces deux nombres. On appelle ces trois lettres, les _radicales_.
Les radicales sont ou toutes consonnes, ou partie consonnes et partie voyelles, ou même toutes voyelles, mais très-rarement: et il est remarquable que ces _radicales voyelles_ ne peuvent jamais être que les quatre majeures ou alfabétiques â, ï, ω et ả, les voyelles mineures étant toujours rapportées après coup, et servant par leur intercalation à modifier les radicales et à distinguer les temps et les personnes.
Si les trois radicales sont consonnes, le verbe est dit _régulier_[125].
[125] En arabe, sâlem, _sain_.
EXEMPLE.
nͣ ʆͣ r, _il a aidé_; ħͣ kͣ m, _il a gouverné_.
Si une seule des trois radicales est voyelle, le verbe est dit irrégulier[126].
[126] γair sâlem, _non sain_.
Si deux sont voyelles, le verbe est doublement irrégulier.
Si les trois sont voyelles, le verbe est complètement irrégulier.
Or la raison de cette irrégularité procède de ce que les voyelles mineures ou intercalées, variant selon les temps et selon les formes actives ou passives des verbes, les voyelles majeures qui en sont affectées varient aussi, et les trois â, ï, ω, se changent de l’une en l’autre, ou même disparaissent entièrement; ce qui nous les fera souvent désigner par le nom de voyelles _éclipsées_ et _éclipsantes_. L’ảin ne s’éclipse jamais; il devient seulement ĕ ou ỏ, selon qu’il est frappé des voyelles mineures _e_, _o_.
Si l’une de ces trois voyelles â, ï, ω, se trouve au milieu de la _racine_, c’est-à-dire entre deux consonnes, le verbe s’appelle verbe _creux_, parce que non-seulement la voyelle change dans les formes diverses du temps, mais parce qu’elle s’efface entièrement dans quelques-unes, et laisse pour ainsi dire vide l’espace entre des deux consonnes.
EXEMPLE.
qâl, _il a dit_; ïͣqωl, _il dit_. Impératif, qͦl, _dis_.
Cet exemple indique la manière dont se conjuguent tous les verbes arabes. On appelle d’abord le passé, puis le futur ou présent, enfin l’impératif et le participe; et l’on commence par la troisième personne, _lui_, pour finir par notre première _moi_: _il a dit_, _tu as dit_, _j’ai dit_, c’est-à-dire, l’inverse de notre usage.
L’exemple d’une conjugaison va rendre tous les préceptes généraux plus sensibles que nous ne le pourrions faire de toute autre manière.
_Conjugaison du Verbe régulier._
nͣʓͣr, _il a vu_.
1 nͣʓͣr _il a vu_. 1 nͣʓͣr-ͣt _elle a vu_. 2 nͣʓͣr-t _tu as vu_. 2 nͣʓͣr-t_i_ _tu as vu_. fém. 3 nͣʓͣr-t _j’ai vu_. 4 nͣʓͣr-ω _ils_ ou _elles ont vu_. 5 nͣʓͣr-tω _vous avez vu_. 6 nͣʓͣr-nâ _nous avons vu_.
REMARQUES.
1º On voit que la racine nͣʓͣr reste la même à toutes les personnes, et qu’il suffit de lui accoler certaines finales pour faire la distinction de ces personnes.
2º Ces finales appelées _serviles_, consistent, comme l’on voit, en cinq lettres, t, i, â, ω, n, dont nous verrons les positions diverses servir à distinguer les autres temps.
3º Dans l’arabe littéral il y a un troisième _a_ final à la troisième radicale; et l’on dit nͣʓͣrͣ; ce qui établit pour principe cette phrase:
Le verbe régulier prononce sa racine en _a_; c’est-à-dire que chaque lettre radicale emporte avec elle le son d’_a_; que si une radicale est voyelle, elle est affectée de ce même son. Ainsi dans la racine rͣmï, _il a jeté_, l’ï, troisième radicale étant frappé d’_a_ accessoire, se prononce rͣmä, et ceci doit rendre clair ce que nous avons dit des verbes irréguliers.
4º Enfin l’on voit qu’il y a équivoque dans l’arabe vulgaire sur le mot nɑʓɑrt qui signifie également _j’ai vu_ et _tu as vu_; mais dans le littéral, les finales _o_ et _a_ servent à distinguer ces deux personnes; et l’on dit nͣʓͣrtͦ pour _j’ai vu_, nͣʓͣrtͣ pour _tu as vu_. On dit aussi nͣʓͣrtͦm, _vous avez vu_, au lieu de nͣʓͣrtω; mais il n’en résulte pas d’inconvénient pour le sens.
A l’égard du présent qui est aussi le futur, la racine, pour le former, se retourne de manière, 1º que les lettres serviles _â_, _n_, _t_, _ï_, qui étaient à la fin, passent au commencement du mot; 2º que la première radicale devient _fermée_, c’est-à-dire privée de voyelle intercalaire, et que les deux autres intercalaires se changent, savoir, la troisième constamment en _o_, et la seconde tantôt en _e_, et plus souvent en _o_. Un exemple va rendre tous ces préceptes sensibles.
PRÉSENT ET FUTUR ACTIF.
ïͣnʓͦr _il voit_ ou _il verra_. t’ͣnʓͦr _elle voit_ ou _elle verra_. t’ͣnʓͦr _tu vois_ ou _tu verras_. masc. t’ͣnʓͦri _tu vois_ ou _tu verras_. fém. anʓͦr _je vois_ ou _je verrai_. ïͣnʓͦrωn _ils voient_ ou _ils verront_. t’ͣnʓͦrn _elles voient_ ou _elles verront_. t’ͣnʓͦrωn _vous voyez_ ou _vous verrez_. masc. t’ͣnʓͦrn _vous voyez_ ou _vous verrez_. fém. nͣnʓͦr _nous voyons_ ou _nous verrons_.
REMARQUES.
1º Cet exemple prouve ce que nous avons dit: 1º que les lettres serviles sont passées devant la racine; 2º que la première lettre radicale est devenue fermée, parce que son _a_ syllabique la précède; 3º que la seconde radicale change _a_ en _o_; à quoi il faut ajouter que la troisième radicale qui manque de voyelle dans l’arabe vulgaire, prend _o_ dans l’arabe littéral, où l’on dit ïɑnʓorͦ, tɑnʓorͦ, anʓorͦ, nɑnʓorͦ, et après les _n_, vient _a_ final, ïanʓorωn-ɑ, tɑnʓorωn-ɑ, et tɑnʓorn-ɑ.
2º L’équivoque qui existe entre la première personne féminine, _elle voit_, et la seconde masculine, _tu vois_, tͣnʓͦr, pour les deux, est un défaut qui ne se remédie qu’en appliquant le pronom de chacune,
hi tͣnʓͦr, _elle voit_. ent tͣnʓͦr, _tu vois_. masc.
3º Dans le littéral le futur se distingue du présent par la particule _sa_ placée devant le mot, et rien n’empêche d’en adopter dans le vulgaire l’usage qui est simple.
s’ïɑnʓor _il verra_. hi sɑt’ɑnʓor _elle verra_. ent sɑt’ɑnʓor _tu verras_. masc. sɑt’ɑnʓori _tu verras_. fém. s’ɑnʓor _je verrai._ s’iɑnʓorωn _ils verront_. s’tɑnʓorn _elles verront_. sɑt’ɑnʓorωn _vous verrez_. masc. sɑt’ɑnʓorn _vous verrez_. fém. sɑn’ɑnʓor _nous verrons_.
L’impératif n’est caractérisé que dans la seconde personne singulière et plurielle.
onʓͦr _vois_. masc. onʓͦri _vois_. fém. onʓͦrω _voyez_. comm.
Le reste des personnes se conjugue comme au présent en faisant précéder la particule _l’_ qui signifie _que_ et _pour que_.
l’ïͣnʓͦr _qu’il voie_. l’anʓͦr _que je voie_.
Le participe est formé des trois radicales prononcées la première en â long, la seconde en _é_ bref, et la troisième avec les finales des noms, ce qui en fait un adjectif déclinable, selon ce que nous avons dit, article des genres.
EXEMPLE.
nâʓͤr _voyant_. nâʓͤr-ωn _voyans_. nâʓͤr-_à_t _voyante_. nâʓͤr-ât _voyantes_.
Il faut encore compter dans le verbe régulier deux formes qui produisent deux noms substantifs très-expressifs et très-commodes. Le premier de ces noms exprime l’action active, le _faire_ de l’agent, s’il est permis de le dire.
EXEMPLE.
el nͣʓrͦ, l’action de voir, le _regardement_.
Le _regard_ est un terme équivoque, puisqu’il s’applique également au coup-d’œil qui est la chose, et à l’action de regarder. Notre langue française manque habituellement de ce substantif actif, et elle est forcée d’employer le substantif passif; ainsi l’on dit cet homme entend bien la _composition_, et l’on devrait dire, cet homme entend bien le _composement_, l’art de composer; car la _composition_ est la _chose composée_, RES COMPOSITA, au passif, au lieu que le _composement_ est la faculté et l’action de composer, considérée dans l’agent qui compose: ainsi la _fortification_ d’une ville est le matériel de ses murailles; mais l’action, l’art de la fortifier est le _fortifiement_: la _discussion_ d’une question est la chose _discutée_, _secouée_; mais l’action, l’art de la discuter est le _discutement_; la _persuasion_, et la _conviction_ qui en résulte, sont des états passifs de l’esprit persuadé, convaincu; mais l’opération, l’art de celui qui a persuadé est le _persuadement_, le _convainquement_.
Ce substantif actif, qui a lieu dans presque tous les verbes arabes, et qui se forme, comme on l’a vu, des trois radicales, prend jusqu’à trente-trois formes, que l’usage apprend bien mieux que les préceptes; mais il prononce toujours sa première radicale en _a_ bref, sa seconde fermée, et sa troisième avec les finales grammaticales _o_, _i_, _a_, ce qui en fait un nom et non pas un infinitif, comme le prétendent les grammairiens.
EXEMPLE.
Nom. el nɑʓr-ͦ _le regard_: Gén. el nɑʓr-ͥ _du regard_. Dat. l’el nɑʓr-ͥ _au regard_. Acc. el nɑʓr-ͣ _le regard_.
L’on se rappelle que ces finales grammaticales _o_, _i_, _a_, ne sont usitées que dans l’arabe savant.
Ce substantif est ordinairement employé d’une manière singulière en sens confirmatif, avec la finale a’n propre aux adverbes.
EXEMPLE.
nɑʓɑrt-ho nɑʓra’n _je l’ai vu d’un regard_. đɑrɑbt-ho đɑrba’n _je l’ai frappé d’un coup_.
Ce qui diffère de nɑʓɑrt-ho nâʓeran, _je l’ai vu regardant_; đɑrɑbt-ho đare-ban, _je l’ai frappé, frappant_.
La première tournure, a’n, l’a fait regarder comme un participe, ce qui n’est pas.
Un second substantif est celui qui se forme en plaçant un _ma_ devant les lettres radicales dont la première se ferme, la seconde s’ouvre en _a_[127], et la troisième prend les finales grammaticales; et ce genre de substantifs exprime le _temps_ et le _lieu_ de _l’action_.
[127] Douze font exception et prononcent la deuxième radicale en _e_ comme el maῳreq, _l’orient_; et el mɑγreb, _le couchant_, etc.
EXEMPLE.
el mͣnʓͣr _le temps de voir_, _le lieu où l’on voit_. el mͣktͣb _le temps d’écrire_, _le lieu où l’on écrit_.
Et ces noms ont des pluriels qui communément prennent la forme suivante:
el mͣnâʓͤr _les lieux et le temps de voir_. el mͣkât_e_b _les bureaux, lieux et temps d’écrire_.
C’est-à-dire, première radicale en â long, seconde en _e_ bref, et troisième en finales grammaticales, selon les cas.
Avec de légers changemens cette forme sert à exprimer des instrumens, des outils analogues à une action; ainsi l’on dit:
meftâħ _une clé_, de fɑtɑħ _ouvrir_. meksɑħɑt _un balai_, de kɑsɑħ _balayer_. meħlɑb _un vase à traire_, de ħɑlɑb _traire du lait_.
Où l’on voit que l’_m_ se prononce en _e_, et la seconde radicale en _ɑ_; mais cette règle est moins constante et moins générale, et il faut s’en rapporter au dictionnaire[128].
[128] Nous avons omis les duels usités seulement dans l’arabe littéral; les voici:
DUEL DU PRÉTÉRIT.
nͣʓͣra _eux deux ont vu_. nͣʓͣrͦta _elles deux ont vu_. nͣʓͣrͣtͦma _vous deux avez vu_.
L’on voit que l’a long final est la lettre caractéristique.
DUEL DU PRÉSENT.
ïͦnʓͦr-ân _eux deux voient_ ou _verront_. tͦnʓͦ-ân _elles deux_ et _vous deux voyez_, ou _verrez_.
DUEL DE L’IMPÉRATIF.
onʓͦra _voyez vous deux_.
DUEL DU PARTICIPE.
nâʓͤran _ou_ nͣʓͤrͣin _voyant eux deux_. nâʓͤrͣtan _ou_ nâʓͤrͣtͣin _elles deux voyant_.
Cette première conjugaison peut donner une idée de toutes les autres, elle en est un modèle en ce que la troisième personne tant du prétérit que du passé, étant une fois connue, tout le reste de la conjugaison l’est aussi, parce que la difficulté consiste seulement à connaître la qualité et l’inversion des petites consonnes.
Or ces autres conjugaisons consistent en trois classes qui sont:
1ͦ Les conjugaisons dérivées, c’est-à-dire formées de la première régulière, par l’addition ou la combinaison de certaines lettres.
2º La conjugaison des verbes sourds, c’est-à-dire, dont la seconde consonne est _fermée_ ou sans voyelle, et est redoublée.
EXEMPLE.
mͣdd _il a étendu_; rͣdd _il a rendu_.
3º Les verbes défectifs ou à voyelles radicales changeantes et éclipsantes.
raħ _il est allé_; ïͣrωħ _il va_.
A quoi il faut ajouter les passifs de toutes ces conjugaisons. Nous allons traiter d’abord des conjugaisons dérivées.
CHAPITRE V.
_Des Conjugaisons dérivées._
Les conjugaisons dérivées sont au nombre de douze, ce qui, avec la première que nous venons de voir, forme treize conjugaisons pour la première classe; le tableau ci-joint (nº 3) en donnera une idée plus claire que tout ce que nous en pourrions dire en détail; il suffira d’y ajouter quelques observations.
La première est que les douze formes que présente ici le verbe nɑʓɑr, sont purement fictives, attendu qu’aucun verbe ne se combine de toutes ces façons; un grand nombre n’est usité que dans une forme; plusieurs le sont dans deux, trois, quatre et même jusqu’à six, mais aucun jusqu’à douze, soit en actif, soit en passif. Ce modèle sert seulement à indiquer comment se combinent les lettres radicales, les lettres ajoutées et les voyelles mineures intercalées.
CONJUGAISONS DÉRIVÉES DU VERBE RÉGULIER.
ACTIF. +---------------------------------------------------------------------+ |PRÉTÉRIT[129]. | | |PRÉSENT ET FUTUR. | | | |IMPÉRATIF. | | | | |PARTICIPE. | | | | | |SUBSTANTIF. | | | | | | |PRÉTÉRIT. | +-----------+----------+--------+----------+------------+-------------+ | 1 nͣʆͣr |iͣnʆͦr |onʆͦr |nâʆͤr |nͣʆr |_il a aidé_, | | | | | | |etc. | | | | | | | | | 2 nͣʆʆͣr |ïͦnͣʆʆͤr |nͣʆʆͤr |mͦnͣʆʆͤr |tͣnʆîrân |_il a fait | | | | | | |aider_, et | | | | | | |_il a rendu | | | | | | |nazaréen_. | | | | | | | | | 3 nâʆͣr |ïͦnâʆͤr |nâʆͤr |mͦnͣʆͤr |mͦnͣʆͣr_à_t | | | | | | | | | | 4 anʆͣr |ïͦnʆͤr |anʆͤr |mͦnʆͤr |enʆârân | | | | | | | | | | 5 tͣnͣʆʆͣr|ïͣtͣnͣʆʆͣr|tͣnͣʆʆͣr|mͦtͣnͣʆʆͤr|tͣnͣʆʆͦrân | | | | | | | | | | 6 tͣnâʆͣr |ïͣtͣnâʆͣr |tͣnâʆͣr |mͦtͣnâʆͤr |tͣnâʆͦran |ils se sont | | | | | | |entr’aidés. | | | | | | | | | 7 ennͣʆͣr |ïͣnnͣʆͤr |ennͣʆͤr |mͦnnͣʆͤr |ennͣʆâran | | | | | | | | | | 8 entͣʆͣr |ïͣntͣʆͤr |entͣʆͤr |mͦntͣʆͤr |entͣʆâran |il a été aidé| | | | | | |et délivré. | | | | | | | | | 9 enʆͣrͣr |ïͣnʆͣrͣr |enʆͣrͤr |mͦnʆͣrͤr |enʆͤrârân | | | | | | | | | |10 estͣnʆͣr|ïͣstͣnʆͤr |eʆtͣnʆͤr|mͦstͣnʆͤr |estͤnʆâran |il a imploré | | | | | | |l’aide. | | | | | | | | |11 enʆârͣr |ïͣnʆârͣr |enʆârͤr |mͦnʆârͤr |enʆirâran | | | | | | | | | |12 enʆωʆͣr |ïͣnsͣʆͤr |enʆͣʆͤr |mͦnʆͦʆͤr |enʆiʆâran | | | | | | | | | |13 enʆɑωͣr |ïͦnʆͣωͤr |enʆͣωͤr |mͦnʆͣωͤr |enʆωâran | | +-----------+----------+--------+----------+------------+-------------+ | [129] Dans l’arabe littéral, toute la colonne des prétérits ajoute | | un _ɑ_ à l’_r_, et l’on dit nͣʆͣrͣ; nͣʆʆͣrͣ, etc. Toute la colonne | | du présent change cet _a_ en _o_: ïͣnʆͦrͦ, ïͣnͣʆʆͤrͦ, etc. | | L’impératif n’ajoute rien, et les deux autres colonnes, le participe| | et le substantif se déclinent comme les noms. | +---------------------------------------------------------------------+ Nº 3. Page 272.
La première forme, dite primitive ou radicale, a une signification simple, soit active, comme:
nɑʓɑr _il a vu_. nɑʆɑr _il a aidé_. đɑrɑb _il a frappé_.
soit neutre comme ħɑzͤn, _il a été triste_.
La seconde forme nɑʆʆɑr, qui redouble sa deuxième radicale, et la quatrième anʆɑr, désignent l’action de faire faire, et s’appellent par cette raison _factitives_.
EXEMPLE.
nͣʆʆͣr, anʆͣr _il a fait aider_. ħͣȥȥͣn _il a fait triste_, _il a affligé_.
La troisième forme nâʆͣr, exprime une action sur la personne ou la chose dont on reçoit une action semblable. On peut l’appeler _forme réciproque_.
EXEMPLE.
đârͣb-ni _il me frappa le premier_ (mais je le lui rendis); _il me provoqua_.
La sixième désigne une action réciproque et concurrente.
EXEMPLE.
tͣđârͣbω _ils s’entrebattirent_. tͣnâʆͣrω _ils s’entr’aidèrent_.
Les cinquième, septième et huitième forment des passifs.
EXEMPLE.
tảͣllͣm _il a été instruit_. enkͣsͣr _il a été brisé_. eqtͣʆͣr _il a été abrégé_.
La dixième exprime par le mot _est_ le désir de faire.
EXEMPLE.
estͣȶảͣm _il a désiré de goûter_. estͣγfer _il a demandé grace_.
La neuvième et la onzième sont consacrées à exprimer l’état intense des couleurs ou des difformités.
EXEMPLE.
du terme aʆfͣr _il a été jaune_, l’on fait eʆfͣrrͣr _il a été d’un jaune vif, très-jaune_. esfârͣr _il a été excessivement jaune_. eđxͣmͣm et eđxâmͣm _il a eu la bouche de travers_.
La douzième et la treizième sont d’un usage infiniment rare, elles expriment aussi une intensité de l’action ou de la qualité.
EXEMPLE.
xͣῳͣn _il a été âpre_. exῳͣωῳͣn _il a été très-âpre_. ảlͣȶ _il s’est attaché, il s’est collé_. eảlͣωωͣȶ _il s’est fortement attaché_.
Quant aux passifs, il n’y en a qu’un très-petit nombre d’usités; et ce sont ceux de la première et de la seconde forme dont nous allons donner un exemple pour servir de modèle à tous les verbes de ces deux formes.
_Passif du verbe régulier_ nͣʆͣr.
PRÉTÉRIT.
nͦʆͤrͣ _il a été aidé_. nͦʆͤrͣt _elle a été aidée_. nͦʆͤrtͣ _tu as été aidé_. masc. nͦʆͤrtͥ _tu as été aidée_. fém. nͦʆͤrtͦ _j’ai été aidé_.
nͦʆͤrω (en littéral nͦʆͤrωâ) _ils ont été aidés_. nͦʆͤrnͣ _elles ont été aidées_. nͦʆͤrtͦm _vous avez été aidés_. nͦʆͤrtͦnnͣ _vous avez été aidées_, fém. nͦʆͤrnâ _nous avons été aidés_.
L’on voit que dans le passif, la première radicale se prononce en _o_, la deuxième en _e_, et la troisième en _o_ dans le littéral; car dans le vulgaire, on dit simplement nͦʆͤr.
Dans le littéral on dit pour le duel:
nͦʆͤrâ _eux deux ont été aidés_. nͦʆͤrͣtâ _elles deux ont été aidées_. nͦʆͤrtͦmà _vous deux avez été aidés_.
PRÉSENT ET FUTUR.