Part 61
Entre Golo et Mansaka l’altitude du plateau se maintient entre 719 et 767 mètres. Après Mansaka où disparaissent les grès horizontaux les altitudes diminuent insensiblement jusqu’au Tété où l’on entre dans une vaste plaine d’une altitude variant entre 471 et 498 mètres, dans laquelle circulent les rivières Tété, Moussoubourta, Boungoul, Diahap ou Mindja, Koumara, Mamoun et Bahap. Toutes ces rivières sont réunies entre elles par des bras marécageux que l’on peut supposer nombreux et dont quelques-uns ont été reconnus.
Cette disposition semble indiquer qu’une vaste dépression existait autrefois dans cet endroit, dépression aujourd’hui comblée par des dépôts alluvionnaires et dans laquelle venaient se jeter un certain nombre de cours d’eau dont quelques-uns, le Tété, la Moussoubourta, le Boungoul et le Diahap, ont été reconnus.
Les parties basses de la grande plaine actuelle sont inondées à la saison des pluies et deviennent impraticables. La largeur des dépressions proprement dites, c’est-à-dire des lits plus ou moins anciens dans lesquels circulent les cours d’eau, sont : Pour le Tété et la Moussoubourta de 1500 à 2000 mètres ; pour le Koumara-Bahap-Mamoun de 4,500 à 5,000 mètres à l’endroit où ces trois cours d’eau se réunissent.
Dans les parties basses, argileuses ou parfois argilo-sablonneuses, on rencontre çà et là à la surface du sol des concrétions calcaires.
_Ndélé-Télé (région montueuse du Kouti)._
A peu de distance de Ndélé on entre dans la région montueuse du Kouti et jusqu’à Télé, village situé à l’extrémité O. de cette région (80 kilomètres à vol d’oiseau O.-N.-O. de Ndélé), la piste franchit une série interminable de vallons et de collines rocheuses de faible altitude, à Télé on entre dans la plaine du Bangoran.
A part quelques points culminants d’une altitude un peu supérieure, les collines restent à une altitude variant entre 570 et 685, la plaine au pied étant à 470 à Télé.
Tout le massif montueux traversé est constitué par des quartzites micacés ou non, dans lesquels on rencontre un peu de gneiss.
Ces quartzites sont en général inclinés avec pentes très fortes, souvent verticaux, et dans quelques endroits à stratification bouleversée. Leur structure varie du grossier au compact, mais les couches compactes dominent et constituent des affleurements saillants.
La roche ferrugineuse en forme continue est l’exception, elle n’existe ainsi qu’en de rares endroits du parcours. Partout ailleurs elle est disparue et on ne la rencontre que dans les cavités et les interstices des quartzites.
L’ordre successif des principales observations sur la stratification est le suivant :
Village de Koubou. — Direction N. 15° E., pente 60° vers l’E.
Ruisseau Kiokioro. — Dans le vallon, on rencontre un petit affleurement de gneiss amphibolique (208, p. 686), de chaque côté de cet affleurement existent des quartzites dont la stratification est verticale avec une direction E. 25° N.
Entre le ruisseau Pendé et le ruisseau Miadigui. — Stratification verticale et direction S.-O.
Entre le ruisseau Miadigui et le Kaga Batolo. — Direction O. 30° S., avec pente vers le N.-O. de 60°.
Kaga Batolo. — Direction E. 20° N. avec pente vers le N. de 60°.
Entre le ruisseau Yofo et le ruisseau Soukoumba. — Direction O. 20° N. avec pente vers le N. de 60°.
Ruisseau Mandza. — Direction N.-S., avec pente à l’E. de 40°.
Entre les villages Kourou et Télé.
Stratification bouleversée.
Direction S. 35° O., pente vers le N.-O. de 30°.
— — stratification verticale.
— — pente vers le S.-E. de 60°.
— O. 35° S., pente vers le S.-E. de 20°.
Village de Télé. — Direction S. 35° O., pente vers le N. de 25°.
Collines au N. de Télé. — Direction S.-O., pente au N.-E. de 40° (216, p. 689).
Collines au S. de Télé. — Direction S. 25° O., pente vers le N.-O., de 25°.
NOTA. — Toutes les pentes sont perpendiculaires aux directions et l’indication, pente vers l’E. ou l’O., indique seulement le point cardinal vers lequel la pente est inclinée.
RÉSUMÉ. — En résumé les formations géologiques de la région de Ndellé sont les suivantes :
1o Les roches granitiques représentées par un granite à grain fin et un gneiss granitoïde, par le gneiss à grands cristaux et le gneiss ordinaire, par des aplites et des pegmatites.
2o Les quartzites plus ou moins micacés ayant subi dans certains endroits l’influence de roches éruptives.
Des dykes de norite et de gabbro ayant traversé ces quartzites.
2o Les roches précédentes désagrégées et ravinées par les érosions ont reçu les grès horizontaux qui après avoir rempli les dépressions ont constitué sur ces roches une couche épaisse. Aucune découverte n’ayant permis de déterminer l’âge de ces grès on ne peut que les assimiler par analogie de gisement en couches horizontales à ceux du Karoo.
4o Les grès horizontaux désagrégés et leurs éléments entraînés, les roches sous-jacentes ont reparu dans beaucoup d’endroits. La roche ferrugineuse (latérite remaniée) fait alors son apparition, comblant les dépressions et recouvrant ensuite le tout.
5o La désagrégation attaquant la roche ferrugineuse à son tour, les ravinements ont fait reparaître les autres roches, et dans l’état actuel, elle est arrivée dans beaucoup d’endroits jusqu’au contact primitif de la roche ferrugineuse avec les quartzites et les grès horizontaux.
_Boungoul, Bahr-Salamat et Lac Iro._
Le Boungoul se jette dans le Bamingui (Bahr-el-Abiod) à Fort- Archambault, un bras secondaire à 3 kilomètres en aval du poste, et le bras principal actuel à 11 kilomètres environ à vol d’oiseau.
Si on donne la dénomination de Chari au cours d’eau résultant de la réunion du Bamingui et du Bahr-Sara, le Bahr-Salamat se jette dans le Chari à 49 kilomètres environ à vol d’oiseau, en aval de Fort- Archambault.
Au voisinage du Chari, le Bahr-Salamat a rencontré des affleurements granitiques (granite porphyroïde) qui ont fait dévier le cours du Chari vers le N.-N.-E., et s’est frayé un passage dans ces roches en formant un delta assez étendu.
Le granite porphyroïde se présente dans le lit du Chari et dans celui du Bahr-Salamat en masses arrondies et plus ou moins décomposées ces masses sont sillonnées de filons d’aplite.
Auprès de la branche principale actuelle (juin 1903), du Bahr-Salamat et à un kilomètre environ du Chari, on rencontre un rocher qui n’est qu’un fragment des grès horizontaux de structure plus compacte et qui a résisté à l’érosion. Ce rocher mesure de 50 à 60 mètres de hauteur, de 15 à 20 mètres de largeur et 8 à 10 mètres de hauteur.
L’extrémité E. forme un chaos dans lequel on ne remarque aucune trace bien nette de stratification. A la partie inférieure de l’extrémité O., les galets roulés quartzeux que la roche contient sont en lits horizontaux. Si on monte sur le rocher, on remarque dans la masse une sorte d’alignement dont la direction est O. 10° N. Ce curieux rocher constitue un témoin de la continuité des grès horizontaux dans une direction O.-N.-O. de l’éperon de Ndélé, dont il est aujourd’hui séparé par une distance de 270 kilomètres à vol d’oiseau.
Entre le Boungoul et le Bahr-Salamat existe un plateau argilo-sablonneux de 30 à 60 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la plaine, et de 15 à 18 kilomètres de largeur, auquel on accède par une pente très douce. Ce plateau qui s’atténue sur la plaine marécageuse de la rive droite du Chari et à 25 kilomètres environ à vol d’oiseau du cours d’eau, se prolonge vers l’E.-N.-E. A 70 kilomètres environ, il est interrompu par la trouée de la Mindja M’Banga qui aboutit d’un côté au Boungoul et de l’autre au Bahr-Salamat.
A l’extrémité E. du plateau, avant la trouée de la Mindja M’Banga, la roche ferrugineuse apparaît en plusieurs endroits en couche continue à la surface du sol. Sur l’autre partie du plateau après la trouée, elle apparaît en blocs isolés.
On peut considérer ce plateau, dont la direction générale est sensiblement parallèle à celle du cours du Bahr-Salamat, comme ce qui reste de la surface de la plaine primitive, dans laquelle au moment du retrait des eaux le Bahr-Salamat a creusé son lit. La plaine actuelle dans laquelle circule cette rivière est limitée au S. par ce plateau et au N. par les premiers mamelons et les premières ondulations d’une région à affleurements granitiques qui s’étend jusqu’aux monts Guérés.
Les affleurements de granite apparaissent sur la rive droite, soit en mamelons rocheux comme Sakoura et Karou (252, p. 673), soit en rochers disséminés comme à Mali (250, p. 673). Le granite de Mali est sillonné de filons d’aplite et les rochers ont de 10 à 15 mètres de hauteur.
Entre le lac Iro et le Bahr-Salamat à peu de distance de cette rivière émergent les mamelons rocheux de Bagolo constitués aussi par du granite.
_Confluent Bamingui-Gribingui et rivière Gribingui (Hautes-eaux)[544]._
En aval du confluent on rencontre un affleurement quartzeux barrant la rivière et émergeant le long de la rive gauche, la direction de cet affleurement est O. 15° N.
En amont du confluent, le granite apparaît barrant le Gribingui sur un parcours d’environ 5 kilomètres à vol d’oiseau et occasionnant des rapides assez dangereux, rapides que l’on retrouve avec la même cause sur le Bamingui (261, p. 673).
Sur le Gribingui à l’extrémité S. de l’affleurement granitique apparaît une aplite en décomposition dont la partie ténue est du Kaolin.
A 54 kilomètres environ à vol d’oiseau en amont du confluent se dresse, sur la rive droite, une grande falaise rocheuse constituée par un agrégat sans cohésion composé de menus fragments quartzeux cimentés par un ciment argilo-ferrugineux. Il faut considérer cette roche comme une forme particulière de la roche ferrugineuse. Elle contient, irrégulièrement disséminées et en tout sens, de nombreuses gaines ferrugineuses sub-cylindriques, creuses, de 20 millimètres environ de diamètre intérieur et atteignant une certaine longueur.
Enfin à Finda, poste situé à 64 kilomètres environ à vol d’oiseau en aval de Fort-Crampel, on rencontre des fragments de diabase en décomposition.
_Niellims_
Les masses rocheuses des Niellims sont constituées par un granite porphyroïde à grands cristaux d’orthose, passant en plusieurs endroits à un granite ordinaire (231, p. 674). On y rencontre aussi des filons d’aplite.
_Puits de Oulgou_ (30 kilomètres environ à vol d’oiseau O.S.O. des Niellims), profondeur de 10 à 11 mètres.
0m,50. — Petits nodules ferrugineux, formation actuelle, couche manquant souvent.
1m,50. — Terre végétale mêlée d’argile grise et de quelques petits galets.
4m,00. — Argile grisâtre mêlée d’agglomérats ferrugineux (ordinairement exploités), caverneux, de petits galets disséminés dans l’argile et d’oolithes ferrugineuses disséminées. Ces oolithes sont parfois réunies en petits agrégats ferrugineux exploités. Ce serait à la base de cette couche que le Dr DECORSE aurait observé en un puits une couche compacte épaisse de 0m,30 de fer oolithique.
5m,00. — Argile gris-jaunâtre avec grains ténus de quartz et petits cailloux ferrugineux disséminés. ------- 11m,00. -------
_Groupe de Korbol._
Le granite de (346A, p. 673) Korbol est traversé par un filon de microgranite à microcline (285, 347, 349, 355, p. 677). Ce microgranite est à structure ordinaire ou à structure porphyrique. Dans le granite on rencontre aussi des filons d’aplite et des rognons de pegmatite.
_Groupe Djember-Mandéré._
Au delà de Korbol, vers le N.-E. et le N., la région de Djember-Mandéré est caractérisée par du granite ordinaire, du gneiss et du granite porphyroïde.
_Koli._
A Koli on rencontre un affleurement de granite de couleur rougeâtre (340, p. 673)
_Groupe de l’ancien lac Baro dans le Dar-el-Hadjer (Pays des roches)._
A l’E. du Tchad, à 200 kilomètres environ, on rencontre un groupe granitique important et cette région a été nommée par les indigènes Dar- el-Hadjer (Pays des roches). Les principaux affleurements sont groupés autour d’une dépression qui constituait autrefois le lac Baro, lac aujourd’hui asséché. Du S. au N. le groupe s’étend d’Ardèbe à la lagune de Rédéma, c’est-à-dire sur un parcours d’environ 125 kilomètres. Les granites de ce groupe sont fréquemment porphyroïdes. Ils contiennent aussi des filons d’aplite et des pegmatites (305, 342, 413, 114, p. 674).
_Lac Fittri._
Le granite affleure à Yao au N. du lac Fittri (410, p. 674). A 24 kilomètres environ au sud de ce lac on rencontre un affleurement de porphyrite (p. 680).
_Groupe de Hadjer-el-Hamis._
Les rochers de Hadjer-el-Hamis sont constitués par une rhyolite verdâtre dans la pâte de laquelle sont disséminés de nombreux cristaux de feldspath et de quartz.
_Monts Guérés._
L’administration locale n’ayant pas cru devoir fournir à la mission les moyens de se rendre dans cette région, les deux échantillons recueillis proviennent de Djongoro et sont dus à l’obligeance de M. le capitaine DUJOUR alors lieutenant. Le premier est un granite porphyroïde et le second une syénite à pyroxène.
_Les terrains du Kanem._
Dans l’ensemble de la partie du Kanem visitée par la mission, on remarque partout de l’argile calcaire ou non calcaire et du tuf calcaire (Ngouri, Mondo, Clitoua).
L’étude des échantillons de Mondo montre qu’ils contiennent un grand nombre de diatomées, 32 espèces ou variétés dans le tuf calcaire et 9 espèces dans l’argile. Ces diatomées ont été étudiées par M. Paul PETIT. Ils contiennent en outre du quartz et du feldspath (dont du microcline en fragments déterminables).
A Clitoua, le tuf calcaire contient de nombreux fragments d’_Arundo fragmites_.
Au delà du Bahr-el-Ghazal, à la lagune de Rédéma, située à 120 kilomètres environ à vol d’oiseau à l’E.S.E. de Clitoua, on rencontre également de l’argile calcaire. Cette argile contient en abondance des coquilles fossiles de _Mélanies_. La mission a trouvé en outre au même endroit des débris fossilisés d’ossements de tortue.
_Les sels de la région du Tchad[545]._
On peut considérer le Tchad comme la limite méridionale d’une vaste région du centre africain dans laquelle abondent les sols alcalins. Cette région s’étend au nord jusqu’à Bilma (18° 30 de lat. et 11° de long.) à l’ouest jusqu’à Agadès (17° de lat. et 6° de long.), et à l’est jusqu’au Dar Ouara (18° de lat. et 20° de long.).
Les deux principaux gisements alcalins sont : 1o Le gisement de l’oasis de Bilma qui approvisionne l’Aïr (Agadès), une partie des contrées situées au nord de cette région, le Damergou et une partie du Bornou ;
2o Le gisement du Dar Ouara qui approvisionne le Borkou, le Thibesti, le Ouadaï et le Baguirmi.
_Gisement de Bilma._ — Le Kaouar dont fait partie l’oasis de Bilma fut visité en 1822 par OUDNEY, DENHAM et CLAPPERTON ; en 1855 par BARTH, en 1866, par G. ROHLFS, en 1870 par NACHTIGAL et 1892 par MONTEIL. Ce gisement était déjà connu au XIIe siècle car EDRISI parle du trafic de l’alun dans la vallée du Kaouar et ce qu’il a dit se rapporte vraisemblablement au commerce du sel. Selon BARTH ce gisement fournit deux espècees de sel, le sel en pains ayant un goût amer, et un autre sel plus fin pouvant être utilisé par les Européens.
Des échantillons rapportés par M. FOUREAU et provenant de ce gisement, les uns sont constitués par du sulfate de soude ne renfermant que 12 0/0 de chlorure de sodium, et d’autres ne sont qu’un mélange (presque à parties égales) de carbonate (trona) et de sulfate de soude[546].
_Gisement du Dar Ouara._ — D’après les échantillons que la mission a pu se procurer, échantillons qui sont étudiés pour la première fois, ce gisement fournit trois espèces de sel : 1o Du sel gemme que l’on trouve dans un endroit appelé Toro ou Tourou (Tourkéchi), en couches stratifiées dans le lit du rahat (étang) Saraf, où il n’y a de l’eau qu’à la saison des pluies. En saison sèche on creuse le sol à 0m40 ou 0m50 de profondeur et l’on recueille la roche par petits blocs de 8 à 12 centimètres d’épaisseur, jamais en tables comme à Taodénit (grand gisement situé à 575 kilomètres environ à vol d’oiseau au N. de Tombouctou). C’est un sel à grands cristaux renfermant beaucoup de sulfate de magnésie (_épsomite_) qui s’effleurit à l’air sec.
2o Un sel gemme impur, en fragments de couleur rougeâtre, contenant près de 50 0/0 de matières terreuses ou siliceuses et même des menus galets roulés. On le trouve dans un endroit qui s’appelle Ouadi Démi ou Démé, endroit qui appartient aux arabes Mohamid du Dar Ouara et qui est situé à l’E. du Toro ou Tourou.
3o Le même endroit (Ouadi Démi) fournit aussi le minéral désigné vulgairement sous le nom de _natron_ et qui est constitué par l’espèce minérale le _trona_ (3 Na²O, 4CO², 5H²O).
Le _trona_ du Dar Ouara constitue une véritable roche et offre la plus grande ressemblance avec celui des lacs Natron (Egypte). Il est débité par les indigènes en morceaux tabulaires de 6 à 8 centimètres d’épaisseur, de couleur gris-jaunâtre, à structure caverneuse. Leur cassure montre qu’ils sont constitués par des cristaux monocliniques allongés suivant _ph_¹ (001) (100) et possédant un clivage facile suivant _p_, à éclat vitreux très vif. Ces cristaux de longueur inégale atteignent 20 à 25 millimètres de longueur. Ils se groupent en agrégats fibro-bacillaires terminés par des pointements aigus, libres dans les cavités de la roche ou engagés dans de l’argile ; leurs faces sont trop arrondies pour pouvoir être mesurées exactement. Il existe parfois une seconde génération de cristaux plus petits, implantés sur les premiers, ou constituant des masses blanches à texture très lâche, qui remplissent leurs intervalles : on peut y constater l’aplatissement des cristaux suivant _a_¹ (101).
Le Borkou et le Dar Ouara dépendent actuellement du Ouadaï, le Tibesti appartient au Fezzan.
_Gisement d’Agadès._ — Agadès fut visitée par BARTH en 1850 et d’après ce voyageur on recueille du natron un peu au N.E. de cette ville et les grès sont saturés de sel. Elle fut de nouveau visitée en 1899 par la mission FOUREAU-LAMY qui rapporta de ce point des échantillons de natron provenant de Bilma et du sel brun d’Imgal[547].
_Pays des Krédas._ — Le pays des Krédas, nommés aussi Gouranes, traversé par le Bahr-el-Ghazal, est situé à l’E. du Tchad (14° environ de latitude et 15° de longitude). D’après des renseignements recueillis par la mission, dans ce pays, une région nommée Sagarda renferme aussi du trona en grandes tables, mais, au dire des indigènes, il n’existe pas de sel gemme. Dans cette même région on rencontre le calcaire sous forme de roches affleurant à la surface du sol.
_Lagune de Rédéma._ — A 200 kilomètres environ à l’E. du Tchad, au sud du pays des Krédas, on rencontre la lagune de Rédéma qui est en relations avec le Bahr-el-Ghazal. L’eau de cette lagune est alcaline et après évaporation il reste sur le sol une croûte de 5 millimètres d’épaisseur que les indigènes appellent natron, renfermant surtout du chlorure de sodium avec du carbonate de chaux et un peu de carbonate et de sulfate de soude. C’est la terre qui laisse suinter le natron, disent les indigènes, plus on en recueille et plus il en pousse, ce sel est contenu dans la terre et rien ne saurait appauvrir celle-ci. Il faut creuser à une brasse pour obtenir de l’eau, et dès que la couche est atteinte, le liquide s’élève constamment presque jusqu’au niveau du sol.
L’eau est claire et fortement alcaline.
_Lac Tchad._ — Les environs immédiats de la partie E. et N.-E. du Tchad sont caractérisés par une série de bassins alcalins ou de lagunes alcalines communiquant plus ou moins avec le lac au moment de la crue (La crue de l’hivernage élève le niveau du Tchad de 0m,70 dans une année de pluie moyenne) et s’asséchant pendant la saison sèche en abandonnant à la surface du sol des croûtes alcalines. Les terres des talus des canaux ou lagunes sont aussi fortement alcalines.
Une des lagunes qui a été particulièrement étudiée est celle de Grand- Baissé située à 60 kilomètres environ du Tchad. Au moment de l’assèchement de cette lagune, les premières croûtes cristallines qui se forment sur les bords sont essentiellement constituées par du carbonate de soude (_trona_). Plus bas, il se forme une croûte constituée par un mélange de carbonate et de sulfate de soude (_thénardite_) avec des traces de chlorure de sodium. Des échantillons de cette croûte emballés dans un tonnelet étanche ont fourni par cristallisation secondaire, au cours du voyage de retour, des nodules de _mirabilite_ qui s’efflorissaient rapidement à l’air sec et tombaient en poussière. Quand les eaux deviennent plus basses encore, la croûte qui se forme est surtout constituée par du sulfate de soude.
Un échantillon d’eau de la lagune de Grand-Baissé a été rapporté. L’analyse faite par M. A. HÉBERT[548] a montré que cette eau contenait 11,94 d’acide sulfurique, 10,30 de soude, 0,49 de chlore, 1,74 de potasse, avec traces de chaux et de magnésie.
_Bédanga._ — Comme dernier renseignement ajoutons que l’eau du puits du poste de Bédanga (345 kilomètres environ à vol d’oiseau au S.E. du Tchad) est alcaline.
_Considérations générales._ — En résumé le Tchad constitue une cuvette recevant les eaux d’un bassin particulier et où ces eaux viennent s’évaporer en abandonnant sur le pourtour du lac les principes alcalins qu’elles contiennent, soit pour les avoir dissous du sol alcalin de la plaine, soit provenant de très loin.
Les sols de Mandjaffa (190 kilomètres environ à vol d’oiseau du Tchad) et de Bousso (330 kilomètres environ à vol d’oiseau du Tchad), postes situés sur le Chari, sont sodiques, mais, ainsi qu’il résulte des analyses de M. A. HÉBERT, le sol de la galerie forestière du ruisseau Boro, au S.E. de Ndélé, c’est-à-dire à l’extrême limite du bassin (810 kilomètres du Tchad), contient une notable proportion de soude.
Il paraît difficile de rattacher les gisements alcalins de la région du Tchad, formant aujourd’hui un bassin spécial, aux autres gisements disséminés dans toute la partie de l’Afrique située au N. de la 20e parallèle. On ne peut que constater qu’il existe au Tchad du carbonate de soude, du sulfate de soude et du carbonate de chaux.
Dans d’autres régions le carbonate de soude se formant par la réaction du chlorure de sodium sur le carbonate de chaux, on peut supposer que le chlorure de sodium existe disséminé dans le sous-sol de la plaine.
En outre nous pensons qu’il y a lieu de tenir compte pour la formation des carbonates de soude au Tchad, de la soude dissoute des terrains du bassin et amenée par les eaux.
A l’O. du Tchad, entre le lac et Zinder, une région alcaline a été particulièrement étudiée par M. le commandant MOLL et ses collaborateurs. Les principaux centres de cette région sont Ouacha (460 kilomètres environ du Tchad), Gourselick (300 kilomètres environ du Tchad) et Adeber (120 kilomètres environ du Tchad).
En outre M. Foureau a recueilli dans les dépressions du Tchad des croûtes salines constituées par du carbonate de soude.
LES PUITS DU DAR-EL-HADJER (RÉGION ARDÈBE-GOGO)
_Puits d’Ardèbe._ — Le puits d’Ardèbe a une profondeur totale de 47 mètres. On y remarque les couches suivantes :
{ 7 m. — Terre noire mélangée de nombreux grains de sable. { 40m {16m,50. — Sable fin blanc jaunâtre. { { 15 50. — Argile blanc verdâtre prenant parfois un aspect schistoïde.
2 35. — Marne blanche. Calcaire en morceaux de la grosseur d’une noix.
2 35. — Sable blanc très fin.
2 35. — Sable grossier formé de gravats siliceux, quartz, quartzite, roche ferrugineuse, de la grosseur d’une noisette. ------ 47m,05 ------