Part 20
L’agglomération qui constitue le village de Ngara est une des plus curieuses que nous ayions rencontrée. Elle se compose de quatre enceintes circulaires, la plus grande ayant environ 300 mètres de diamètre et les trois autres de 150 à 200 mètres environ. Ces enceintes organisées défensivement sont entourées par un épais massif, absolument impénétrable, formé avec un arbuste très épineux, l’_Acacia pennata_, dont les rameaux s’entrelacent et forment un lacis inextricable. Un étroit couloir dans le massif conduit aux enceintes. Il est barré par un obstacle formé de grosses pièces de bois dur, plantées en terre et enchevêtrées, ne permettant que le passage d’une seule personne à la fois et en se courbant. Pendant la nuit l’étroite ouverture laissée est encore barricadée par d’autres pièces de bois, de sorte qu’il est impossible de pénétrer par surprise dans l’agglomération. En arrière de ce premier obstacle, à droite se trouve un couloir conduisant à deux enceintes communiquant entre elles par un autre couloir, la première de ces enceintes étant également barrée par un obstacle analogue au précédent, mais sans dispositif pour fermer l’ouverture pendant la nuit. Si on continue à avancer dans le couloir principal on arrive à la plus importante des enceintes également barricadée et communiquant encore par un couloir avec une autre enceinte.
Telle qu’elle a été conçue la défense de Ngara faisait de ce point un endroit imprenable pour des bandes venant opérer des razzias et n’ayant pas toujours le loisir de se livrer à une attaque en règle pouvant durer longtemps. A l’abri de leur massif épineux, les gardant bien, les Ndoukas de Ngara durent vivre de longues années hors des atteintes des Djellabah toujours en quête de nouveaux esclaves, car il y a dans les enceintes des arbres plus que séculaires, dont quelques-uns ont été plantés, ce sont les Fromagers (_Eriodendron anfractuosum_) dont le coton est employé comme amadou, et les autres Tamariniers et _Kigelia_, ou respectés lors du premier établissement, ou plantés aussi, mais on les retrouve à l’état spontané dans les environs. Le dispositif indique deux groupes ayant accès par un passage barricadé commun, et chaque groupe avait ensuite son passage barricadé particulier. L’enceinte la plus vaste contenant 42 cases est seule occupée aujourd’hui par le chef Lomba et sa famille, le reste de la population est momentanément absent. Les autres enceintes paraissent abandonnées depuis longtemps.
Cette population n’a pas reçu d’empreinte musulmane, elle est restée fétichiste. Leurs fétiches travaillés avec un certain art consistent surtout en têtes de bœufs ou d’antilopes en bois sculpté plus ou moins. Ils sont placés au pied des arbres légèrement enfoncés dans le sol. Un autre fétiche consiste en une quille moulurée et travaillée, dont le sommet représente, dit le chef Lomba, la tête d’un homme avec organes plus ou moins indiqués. En outre, on remarque souvent auprès de la porte des cases un fétiche qui consiste en une sorte de toiture de case minuscule, portée sur un support central.
Les chapiteaux placés au sommet des cases sont confectionnés avec soin et reçoivent une certaine ornementation.
On remarque encore des petites têtes d’antilope sculptées, quelquefois ornées, qui s’adaptent à une sorte de toron en corde tressée. Les indigènes se fixent cette sorte de cimier sur la tête pour danser une danse particulière.
Les morts sont enterrés dans l’enceinte, les pieds vers l’intérieur, la tête indiquée par trois morceaux de bois équarris, plantés côte à côte, et légèrement inclinés en arrière. Chaque morceau porte de larges bandes transversales peintes en rouge. Sur les tombes les plus récentes on remarque des traces de cuisine consistant dans trois supports en terre recevant une petite marmite également en terre ; les traces de feu sous cette marmite étaient très visibles.
Un puits retrouvé abandonné sous les épines fournissait l’eau nécessaire à la population, cette eau est aujourd’hui retirée d’un autre puits situé à l’extérieur des enceintes.
De Ngara pour atteindre le Bamingui il faut trois jours de marche en suivant le cours du Bangoran. Sur tout le parcours, c’est toujours la brousse claire avec des bouquets d’arbres rabougris de 6 à 8 mètres de hauteur. Le feu a consumé les herbes jusqu’au ras du sol, noirci l’écorce épaisse des troncs d’arbres et même calciné quelques-uns, mais à leur place surgissent des repousses de 0m,20 à 0m,50 qui parviennent à fleurir entre deux incendies de savanes.
La végétation souffre encore de l’extrême abondance d’une variété de chenille qui prend successivement la teinte grisâtre du sol, la nuance jaunâtre des feuilles mortes ou la couleur verte des herbes et des feuilles qu’elle transforme en dentelle. On en voit par milliers au pied des arbres où elles cherchent dans le sol un abri pour leur vie de chrysalide.
Un rideau d’arbres accompagne en général le Bangoran. La liane à caoutchouc n’existe pas dans la plaine.
Le cours du Bangoran est constitué en cette saison (mai 1903) par une série de biefs plus ou moins encaissés et dont la berge, du côté attaqué par le courant, varie entre 5 et 10 mètres de hauteur ; la largeur de ces biefs varie entre 10 et 35 mètres et leur profondeur entre 0m,50 et 1m,20. On y trouve cependant des trous qui, au dire des indigènes, ont plusieurs mètres de profondeur, ce qui est d’ailleurs admissible. Ils ne veulent sonder que les endroits où ils sont sûrs d’être à l’abri des atteintes des crocodiles[146]. Les biefs sont séparés par des seuils sablonneux par lesquels l’eau se déverse de l’un à l’autre bief. A ces seuils le lit a toujours une faible largeur, 8 à 10 mètres, et très peu de profondeur : 0m,20 à 0m,30. Dans les biefs le courant n’a pas de force. Aux seuils il est parfois assez accentué. Les traces qui restent visibles le long des berges, et particulièrement sur les arbres bordant le cours, permettent de dire que la rivière est navigable pour des pirogues et des baleinières à la saison des hautes eaux dans le parcours reconnu et peut-être jusqu’au confluent de la Mindja Engoulou.
A son confluent avec le Bamingui, le Bangoran n’a que 10 mètres de largeur et 0m,30 de profondeur avec un courant assez fort.
Les rives du Bangoran sont désertes et ne sont fréquentées que par des gens venant momentanément y faire la pêche.
A 2 km. 500 environ en aval du confluent se trouve le gué du Bamingui, qui a en cet endroit une profondeur de 0m,60 seulement (mai).
[Note 92 : Dans un petit village aux sources du Vou, nous avons observé deux papayers.]
[Note 93 : Nous ne l’avons pas vue en fleurs, mais il semble que ce soit le bambou d’Abyssinie. Dans les galeries du Vou, il était mélangé à la petite espèce de l’Ombella. Le grand bambou s’appelle Ngara en banda, Teïba en kreich, Bar en bambara.]
[Note 94 : Trois semaines plus tard, nous avons vu les bambous complètement dépouillés ; par contre, beaucoup d’arbres venaient de se couvrir de feuilles et de fleurs.]
[Note 95 : Appelés Darasa en banda et Reïni en kreich.]
[Note 96 : Appelé Amforo et Sougbou.]
[Note 97 : Une rixe entre nos bazinguers nous apprit le peu de cas que l’on fait des captifs : l’un d’entre eux ayant eu une artère de la cuisse tranchée d’un coup de couteau, les Arabes se moquèrent de sa douleur. On me dit que s’il ne mourait pas, l’Arabe qui l’avait blessé ne serait même pas inquiété.]
[Note 98 : Voir SUPERVILLE, _De l’Oubangui à Ndellé par la Kotto_ (_La Géographie_, VIII, 1903, p. 3-22, 1 pl. itinéraire à 1 : 1.000.000).]
[Note 99 : Nous avons également rencontré ce caféier à la traversée du ruisseau Manifo en allant de Ara à Mbélé.]
[Note 100 : Nommé Yem Téni par les Arabes.]
[Note 101 : Nommé Nakol forône par les Arabes.]
[Note 102 : Altitude au pied : 695 mètres ; au sommet, 720 mètres.]
[Note 103 : Le Bongolo descend par des chutes hautes de 10 mètres jusque dans la plaine. Près des cascades du Maoro, nous avons remarqué des marmites de géant profondes de 2 mètres.]
[Note 104 : M. Superville l’a vu près de sa source disparaître quelque temps sous des rochers.]
[Note 105 : Parmi ces arbres dominent l’_Uapaca_ et le grand _Sarcocephalus_, avec des épiphytes (fougères, _Piper Clusii_).]
[Note 106 : A quelques heures d’Ara vers le S., il y a encore des tributaires de Senoussi, les Sabangas ; j’ai rencontré des bazinguers qui allaient y chercher de l’ivoire.]
[Note 107 : Une anonacée qui s’élève jusqu’au sommet des arbres peut être confondue pour son port avec ces lianes.]
[Note 108 : Appelé Abiod (fleuve blanc) par les Arabes.]
[Note 109 : Au ras du sol on trouve des espèces naines de _Landolphia_ et de _Combretum_.]
[Note 110 : Près du Ngriki on voit encore les ruines du village banda de Gono.]
[Note 111 : Altitude du thalweg : 718 mètres ; altitude du plateau entre la Koumbara et le Yourou : 790 mètres.]
[Note 112 : Fait assez curieux : on ne trouve pas trace de métallurgie dans la ville.]
[Note 113 : Altitude de la Gounda : 745 mètres ; l’altitude du plateau varie entre 790 et 827 mètres.]
[Note 114 : C’est ainsi que naissent la plupart des ruisseaux dans le plateau banda.]
[Note 115 : On m’avait signalé à Ara la présence du Poivre d’Éthiopie sur les bords de la Gounda ; je ne l’ai point rencontré. Par contre le _Piper Clusii_ fructifié abonde. Il y a très peu de lianes à caoutchouc.]
[Note 116 : Il formait un carré de 100 mètres de côté.]
[Note 117 : Les seules plantes naturalisées qui aient subsisté sont le ricin et le piment.]
[Note 118 : Les bazinguers de Senoussi prétendent que la destruction de la ville remonte à quelques années auparavant ; leur maître n’aurait plus trouvé qu’à glaner dans les ruines amoncelées par Rabah.]
[Note 119 : 20 janvier.]
[Note 120 : Le _Coffea excelsa_ y est très commun.]
[Note 121 : Parmi les essences, citons le _Tetrapleura Thonningii_, un _Xanthoxylum_ arborescent à tronc couvert de grosses épines, une Euphorbe cactiforme, dont les rameaux sarmenteux s’élèvent à 7 ou 8 mètres et retombent à 1 mètre du sol, un très grand _Sanseviera_, le _Landolphia owariensis_ ; le _Coffea excelsa_ paraît manquer.]
[Note 122 : Altitude : 744 mètres.]
[Note 123 : Spécialement l’espèce à tiges très flexibles et sans épines sur la gaine des feuilles.]
[Note 124 : Le lit de ces ruisseaux s’encaisse ordinairement dans la roche et les cascadelles sont nombreuses au milieu de galeries assez épaisses.]
[Note 125 : Altitude : 560 mètres. Les altitudes relevées dans les Kagas environnants varient de 591 à 634 mètres.]
[Note 126 : Le village de Kaka, situé dans le voisinage, est occupé par des Couraboulous ; ce sont des Diris, originaires du Dar Kouti, amenés près de Ndellé par Senoussi.]
[Note 127 : Le plus important, le Mansaco, à 500 mètres au S. de Golo, est complètement asséché. Son lit s’encaisse de 5 à 8 mètres dans les rochers (il est ici près de sa source) ; large de 8 à 15 mètres, il est presque entièrement occupé par une belle galerie où je remarque plusieurs touffes de bambou d’Abyssinie. Sur le haut du plateau, on trouve, outre les _Landolphia_ nains, les deux espèces utiles : _L. Owariensis_ et _L. Heudelotii_, le _Clitandra_ ; enfin le _Landolphia amœna_ est commun dans les rochers. On rencontre aussi sur le plateau une plante très curieuse l’_Encephalartos septentrionalis_.]
[Note 128 : Altitude de Golo : 633 mètres ; du sommet de la falaise, 719 mètres : altitudes relevées pendant la traversée du plateau (20 kilomètres) : 706, 752, 767, 745, 752, 727 mètres ; Mansaka, 668 mètres ; Djalmada, 645 mètres.]
[Note 129 : Au cours de nos marches nous eûmes beaucoup à souffrir d’un ennemi qui semble bien insignifiant ; la mellipone. On a beaucoup exagéré le danger des fauves et des reptiles pour l’explorateur ; on s’est plaint des ennuis que font subir les fourmis, les termites, les insectes xylophages. Tout cela n’est rien à côté de l’irritation énervante causée par la mellipone. C’est un hyménoptère gros comme un très petit moucheron (3 millimètres de long), noir de tête et de corselet ; l’abdomen, très aplati, est brun roussâtre en dessus et blanchâtre en dessous ; le cou et les pattes sont velus, les ailes diaphanes avec des reflets roses et bleuâtres. Vivant en société comme l’abeille, elle gîte dans les crevasses des rochers ou dans les troncs d’arbres secs renversés sur le sol. Le miel, d’un jaune brun, est encore plus sucré et plus fin que celui de l’abeille, on en trouve parfois de très acide, couleur jaune-clair, produit peut-être par une autre espèce. On rencontre des nuées de mellipones dans presque toutes les parties boisées des plateaux qui dominent Ndellé, dans une grande partie du Soudan occidental, sur le Haut-Oubangui au N. des rapides de l’Eléphant : la forêt équatoriale semble ici barrer son extension. Aux environs de Mansaka ces insectes sont si nombreux qu’ils constituent un fléau insupportable. Quand vous êtes à cheval, ils tourbillonnent déjà par centaines autour de votre tête et de vos mains, mais si vous vous arrêtez c’est par milliers qu’ils s’assemblent autour de vous, vous frôlant sans cesse, entrant dans les yeux, dans le nez, les oreilles, dans la bouche si vous parlez, se noyant par dizaines dans votre verre. N’essayez pas d’ailleurs de les écraser : ils dégagent une odeur des plus écœurantes.]
[Note 130 : Le Djalmada, affluent du Djangara, est tari ; on creuse des trous dans l’argile blanche et on recueille l’eau qui suinte la nuit.]
[Note 131 : Kouboudoukou est à 596 mètres.]
[Note 132 : Le filtre au permanganate magnéso-calcique la rend plus limpide, mais elle conserve néanmoins son goût terreux.]
[Note 133 : Rat des roseaux (_Aulacode swinderien_).]
[Note 134 : L’eau est d’un gris blanchâtre, si trouble qu’on ne peut distinguer le fond à 0m,30. Les parties vaseuses sont parfois couvertes de châtaigne d’eau, de _Nymphæa_ pourprés, de _Potamogeton_, d’_Alisma humilis_, de _Jussieria_ dont les racines se transforment en flotteurs d’un blanc d’ivoire. Mais l’espèce caractéristique de ces mares, en des lits asséchés, c’est le _Panicum Bourgu_ habité par de nombreux « Rats des roseaux », que nos porteurs manquent rarement de pourchasser.]
[Note 135 : Une végétation composée d’un très petit nombre d’espèces (Nénuphar, _Potamogeton_, etc.), mais très abondante, remplit parfois le lit entier de la rivière.]
[Note 136 : Les Mellipones sont communes, mais dans le bush et non dans les plaines d’inondation. La plupart des arbres qui présentent des creux sont occupés par le nid de ces Hyménoptères, dont nos porteurs recherchent le miel.]
[Note 137 : Ces rideaux d’arbres et d’arbustes s’appellent en banda _Goungou_, en ndouka _Koutou_, en bambara _Kotori_.]
[Note 138 : Le _Balanites ægyptiaca_ nous apparut pour la première fois en cette station.]
[Note 139 : Ces prairies nues sont désignées par les Roungas sous le nom de _Koubou_, de _Rando_ par les Bandas ; enfin des Bambaras emploient le terme de _Kégnaka_ pour un type analogue au Soudan occidental.]
[Note 140 : Ce genre de terrain s’appelle _Pata_ en banda, _Bodo_ en ndouka et _Bogondongou_ en bambara.]
[Note 141 : On sait que ce trait se retrouve chez les Danakil des marécages du Haut-Nil.]
[Note 142 : Les Arabes du Dar-Sila perdraient, au passage de cette zone marécageuse infestée par la Boguené, le tiers du bétail et des chevaux qu’ils conduisent à Ndellé. (D’après le capitaine JULIEN).]
[Note 143 : Les gens d’Adem se sont avancés jusqu’au village koulfé de Molo, situé à 75 kilomètres environ à vol d’oiseau au N.-E. de Fort- Archambault, et sur le plateau Sara à moins de 60 kilomètres à vol d’oiseau.]
[Note 144 : La plaine au pied des collines est à une altitude de 470 à Télé.]
[Note 145 : Télé est un village Ndouka.]
[Note 146 : Un des bazinguers de Senoussi qui nous accompagnaient a découvert dans le sable une ponte de crocodile de 48 œufs. Nous avons cassé un de ces œufs et le petit crocodile se mit à marcher. Les bazinguers ont fait cuire les autres œufs sans les casser et les ont mangés.]
CHAPITRE VIII
GÉNÉRALITÉS SUR LE PAYS DE SENOUSSI
I. Aperçu général. — II. Aperçu sur la météorologie de Ndellé. — III. Végétation et agriculture.
* * * * *
I. — APERÇU GÉNÉRAL
La partie orientale du bassin du Chari, où le sultan Senoussi s’est constitué un petit empire placé sous le protectorat français, comprend deux contrées fort distinctes.
L’une située au S. et au S.-E. de Ndellé forme un plateau élevé de 650 à 850 mètres au-dessus du niveau de la mer, où naissent les affluents orientaux du Chari, ceux de la Kotto, ainsi que les rivières du S.-O. du Dar Four. Ces rivières, tant qu’elles sont sur le plateau, coulent dans des lits profondément entaillés dans la roche qui est, tantôt le grès horizontal rapporté sans preuves paléontologiques aux formations du Karroo, tantôt le grès ferrugineux improprement désigné sous le nom de latérite par JUNKER et les voyageurs récents.
Les galeries qui bordent ces rivières ont encore la splendeur des galeries du bassin de l’Oubangui. Certains arbres s’y élèvent à 40 mètres de hauteur. Les lianes s’y enchevêtrent, les palmiers, les fougères, les grandes aroïdées vivent sous ce couvert imposant. Quelques orchidées épiphytes, associées aux tiges sarmenteuses du _Piper Clusii_, ou des _Culcasia_ enlacent les vieux troncs d’arbres couverts de mousses, de lichens et de champignons. Ces galeries dépassent rarement 100 mètres de largeur et sont souvent beaucoup plus étroites, mais elles existent partout où il y a un cours d’eau coulant sur la roche.
L’eau y circule d’une manière permanente, au contraire, les moins importantes de ces rivières s’assèchent au printemps dans la partie de leur cours situé dans la plaine : à 150 kilomètres de sa source, le Bangoran, en février, n’est plus formé que d’une chaîne de mares occupant les dépressions du lit asséché alors qu’à quelques kilomètres de sa source, c’est, à la même époque, une belle rivière au courant assez rapide.
Au delà des galeries s’étend, sur tout le plateau, une végétation assez dense quoique subissant annuellement l’action des incendies de brousse. Le bambou d’Abyssinie forme de grandes taches, et ses chaumes, la plupart desséchés, couvrent des centaines d’hectares, à l’exclusion de toute autre végétation.
Les _Vouapa_, les _Afzelia_, les _Daniella_ et d’autres légumineuses arborescentes forment parfois des futaies assez étendues, mais leurs troncs sont complètement nus et dépourvus de toute végétation cryptogamique. La brousse claire (le bush de SCHWEINFURTH) avec des arbres nains aux troncs tordus, est l’exception.
Cette contrée est de beaucoup la plus riche en productions naturelles. La liane à caoutchouc du Soudan (_Landolphia owariensis_ et _L. Heudelotii_) et surtout les lianes naines (lianes des herbes) donnant du caoutchouc dans leurs racines, y sont fréquentes ; un intéressant caféier sauvage se rencontre dans les galeries, ainsi qu’un poivrier ; le palmier à huile croît sur le haut Tété.
C’est aussi sur le plateau que sont établis la plupart des villages, et lorsque les Arabes ou plutôt les Baguirmiens islamisés et les Rabistes sont venus conquérir cette contrée, ils ont eux aussi construit leurs zéribas sur les escarpements du plateau ou dans les déchirures qui sont fréquentes à l’entrée de la plaine.
Celle-ci constitue l’autre contrée du Chari oriental. C’est une seconde terrasse de 100 à 150 mètres en contre-bas de la première. Nous avons décrit son aspect à l’O. de Ndellé dans un précédent chapitre. Nous avions traversé cette plaine en venant de Fort-Crampel après le massif des Mbras, en coupant les dépressions du moyen Koukourou, du moyen Bamingui et du Bangoran.
Les kagas[147], dispersés entre ces rivières, sont tantôt d’énormes blocs de quartzites que l’érosion a respectés, tantôt des dômes de granit semblables à de gigantesques termitières. Ce sont les seuls accidents de terrain qu’on observe de ce côté.
Au N.-N.-E. de Ndellé, la plaine a un autre aspect et la monotonie de la végétation s’accentue davantage encore.
Jusqu’à la Tété et à l’Aouk le pays est très faiblement irrigué et le lit des rivières qui le traversent ne contient plus d’eau à la saison sèche.
De Ndellé jusqu’aux derniers ruisseaux allant à la Mindja Engoulou (rivière de Ndellé, affluent du Bangoran), le grès horizontal vient mourir au bord de la plaine, formant une falaise presque abrupte diversement déchiquetée, mais ayant une direction générale N.-S. Cette falaise domine la plaine de 50 à 80 mètres.
En poursuivant la route vers le N., en même temps qu’on descend, on passe du grès horizontal sur des quartzites inférieurs à stratification très inclinée.
On coupe près de leurs sources le Mansaka et le Djalmada complètement asséchés en mars, mais environnés encore de petites galeries. Ces deux ruisseaux sont les hauts affluents du Djangara, rivière du Kouti, tributaire de l’Aouk, actuellement inconnue, mais qui aurait, au dire des Arabes, l’importance du Bangoron. Ensuite on coupe ou on longe de faibles ondulations constituées par les quartzites, très redressés, dont il a été question. En se décomposant ces quartzites ont donné un sol très pierreux, peu boisé, impropre à la culture.
Par une pente insensible, on arrive dans cette vaste région d’inondation qui, commençant à la Tété, se poursuit jusqu’à la frontière du Dar Four sur près de 8° en longueur et qui atteint environ 80 kilomètres de largeur ; c’est la basse plaine du Mamoun, dont l’altitude est comprise, à la limite des hautes eaux, entre 470 et 490 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Cinq grandes rivières originaires des plateaux du S. : la Tété, le Moussoubourta, le Boungoul, la Mindja ou Diahap, enfin, le Bahap, ont tracé leur lit dans ce pays marécageux, sans pente, et sont réunies entre elles par plusieurs bras communiquant eux-mêmes par des cheneaux au lit incertain, avec des étangs et des canaux à une seule issue.
A l’E. du Dar Sara et du Dar Salamat, tous ces bras se réunissent en un seul auquel on peut conserver le nom d’Aouk que lui a donné NACHTIGAL. En réalité Aou, synonyme de Bahr ou de Ba, signifie fleuve en langue rounga. Il y a l’Aou Tété, l’Aou Boungoul, etc. C’est incontestablement le Boungoul qui doit être regardé comme la branche principale de l’Aouk. Où nous l’avons traversé, le cours mesure de 30 à 35 mètres. La berge de la rive droite a 4 mètres et la bande d’inondation a 300 à 500 mètres de large.
Si, comme cela est probable, aucun barrage de roches n’interrompt le cours inferieur du Ba Aouk, cette artère, la plus longue du bassin du Chari, pourrait être remontée à l’hivernage par des embarcations assez sérieuses.
On pourrait de même remonter la Tété, large de 25 mètres, avec des berges de 1m,50 à 3 mètres de hauteur, où nous l’avons passée, et le Bahap qui mesure à côté du Mamoun 30 à 60 mètres de large avec des berges de 2 à 4 mètres, mais où l’eau ne coule plus au moment des plus basses eaux que sur 6 à 10 mètres de largeur et 0m,20 à 0m,30 de profondeur.
La Tété prend sa source à une cinquantaine de kilomètres au S.-E. de Ndellé. Le Moussoubourta reçoit la Gounda qui naît près des ruines de l’ancienne ville kreich de Mbélé.
Le Boungoul vient du même plateau, mais plus à l’E. dans la contrée habitée autrefois par des Bongos.