L'Afrique centrale française

Part 12

Chapter 123,719 wordsPublic domain

Un petit sentier vous invite à quitter la place. Après maints lacets inutiles à travers les herbes on arrive à un autre groupe d’habitations, semblable au premier. Un peu plus loin on en trouve un troisième, puis d’autres encore égrenés sur un espace assez considérable.

Partout ce sont les mêmes gris-gris, les mêmes cases, les mêmes cultures. Vous faites sauver quelques femmes, crier quelques bambins pansus, épouvantés par votre approche.

Des roquets jaunâtres, sales, d’une effrayante maigreur, vous filent entre les jambes, en hurlant comme si vous leur aviez donné leur quotidienne ration de coups de trique et, sans vous en apercevoir, vous vous retrouvez en pleine brousse. Retournez-vous, cherchez, cherchez bien : plus de village. Krébedjé a disparu ; vous n’apercevez même plus le pignon d’une case. Si vous n’entendiez par hasard pleurer un marmot ou aboyer des chiens, vous croiriez volontiers que vous êtes égaré dans la brousse déserte.

=Type banda.= — Il serait, en effet, puéril de prétendre actuellement définir un type banda. Hormis quelques signes très superficiels fournis par des parures ou le langage, on ne saurait, la plupart du temps, distinguer à première vue un Banda d’un Banziri ou d’un Sango. On est évidemment en présence d’une race très métissée, où l’on découvre même parfois de véritables physionomies européennes.

Pour résumer les caractères les plus fréquents on peut dépeindre le Banda comme un nègre à peau foncée, à système pileux peu fourni, à cheveux crépus et rudes. La tête est étroite, les traits sont plutôt enveloppés, le nez large, les lèvres fortes et le prognatisme modéré. Il est de taille moyenne, avec une grande envergure plus étendue, des membres étoffés, des reins cambrés dont l’ensellure rend plus évidente la proéminence des fesses.

En rapprochant les caractères physiques des indications fournies par le langage il ne nous semble pas imprudent d’avancer que les Banda d’ici ont bien des points communs avec les populations plus méridionales, habitant au sud de l’Oubanghi.

Comme renseignement positif, on sait qu’il y a environ cinquante ans, peut-être un peu plus, les Banda habitaient, plus à l’est, un pays limitrophe du Ouadaï, s’étendant vers le sud jusqu’aux rives de la M’Bomou. C’est là que les localisait le Cheikh Et Tounsi, sous le nom de Bandéh Djoko et de Bandéh Yam-Yam. Ils se connaissaient dans leur langue sous le nom de Ouaka, qui désigne aussi la rivière que nous appelons Koango. Des perturbations profondes, dues aux incursions des Arabes et des Anglo-Egyptiens dans le bassin du Haut-Nil, les ont chassés vers l’Ouest, jusqu’aux régions où nous les trouvons aujourd’hui.

Ils se sont établis en îlots plus ou moins fixes, dont la localisation est rendue plus difficile par notre ignorance de la topographie.

III. — LES MANDJIAS

Les _Mandjias_ forment aujourd’hui plusieurs groupements disloqués et éparpillés au milieu de la vaste contrée occupée par les _Bandas_. Ces derniers, chassés constamment de l’E. par les chasseurs d’esclaves, se sont heurtés aux _Mandjias_. « Ceux-ci, formant un bloc compact, étant attachés à la terre, ont résisté passivement, se sont fait lentement refouler en certains points mais n’ont point émigré à de grandes distances[51]. » Toutefois nous savons que la fraction de la Nana est originaire des bords de l’Oubangui, d’après M. TOQUÉ et suivant les souvenirs du vieux chef Makourou qui dit avoir vu le grand fleuve dans sa jeunesse[52]. D’autres sont venus du N.-O. où s’est développée leur civilisation. C’est en effet dans les Bayas, population des rives de la Haute-Sangha étudiés par CLOZEL[53], qu’il faut chercher ce qu’elle était avant le déclin de cette race. Les poteries bayas qui atteignent parfois 1m,50 de haut et sont couvertes d’ornements, n’existent pas dans les villages mandjias du territoire civil du Chari : signe du recul de cette civilisation. Ensuite ils ont été refoulés vers les sources de la Kémo par les Foulbés de l’Adamaoua et une population guerrière du bassin de la Ouam, les Ngaos. De plus Senoussi, avant l’arrivée des blancs, est venu leur faire la guerre jusqu’au pays des Mbrous de Diouma. L’on sait ce qu’impliquent d’atroces misères ces invasions africaines : les razzias constantes, le rapt des femmes et des enfants, les maladies qui sévissent sur les vaincus affamés et harassés, le cannibalisme qui attend les prisonniers de guerre. Réduits actuellement à 60,000 habitants soumis à notre autorité, ils ne se sont pas remis de ces souffrances, loin de là. Au poste de la Nana, M. CHAMARANDE eut l’obligeance de nous mettre en rapport avec Makourou, l’un des plus importants chefs Mandjia de la contrée, le seul peut-être ayant sur ses administrés, fait rare chez ces fétichistes, une influence suffisante pour les commander en notre nom. Le personnage est intéressant à présenter.

Makourou était ce chef mandjia, dont GENTIL avait eu l’appui à sa première mission au moment du montage du _Léon Blot_. Dans mon imagination, pour qu’un tel chef eût un prestige si réel ce devait être quelque roitelet d’une tenue majestueuse. C’était aussi l’avis de COURTET. Notre ahurissement fut grand en voyant paraître un petit vieux à la peau ridée, l’air abruti et dans la tenue la plus hilarante que j’aie jamais vue en Afrique. Makourou portait un pantalon d’artilleur en drap noir que quelque soldat facétieux lui avait sans doute abandonné en échange d’un couple de poulets. Le pantalon, beaucoup trop grand, était largement relevé au bas et au haut il avait dû l’attacher avec un lien d’écorce en guise de ceinture. Il avait mis en outre une tunique d’Européen, d’une blancheur immaculée avec des boutons métalliques d’infanterie coloniale, cadeau de quelque marsouin. Sa tête était malheureusement nue et il attendait sans doute un casque de pompier pour compléter sa tenue de gala. Car il n’était pas douteux que ce brave Makourou eût mis ce qu’il avait trouvé de mieux dans sa garde-robe pour nous recevoir. Après les salutations d’usage, il chercha à m’apitoyer sur la misère du temps, ce qui était relativement facile, puis il me proposa à brûle-pourpoint de me présenter ses femmes, chose à laquelle j’aquiesçai. C’est un usage assez répandu en Afrique dans les pays fétichistes. Bientôt elles arrivèrent deux par deux, militairement. Elles s’arrêtèrent à quelques pas. Leur époux les fit aligner les talons réunis. Le vieil anthropophage avait décidément pris plaisir aux manœuvres de nos Sénégalais. Toute cérémonie de ce genre a toujours un but, mais je m’efforçais vainement de trouver le mobile auquel avait obéi Makourou. Il se chargea lui-même de me l’expliquer. Ses femmes étaient vêtues de pagnes confectionnés avec les étoffes offertes par le commissaire GENTIL. Ces pagnes étaient déjà bien usés ainsi que j’avais pu le constater ; en conséquence, il me demandait de les remplacer. Le roi des Mandjias était un vieux mendiant et je le sus encore par la suite lors de mon retour. Je lui donnai satisfaction dans la mesure de nos ressources, nous devînmes ainsi de bons amis, et j’appris avec quelque regret sa mort l’année dernière.

Makourou nous guida à travers son village. C’était plutôt un campement qu’une installation durable. Les habitants cultivaient quelques plantes alimentaires ou fétiches, mais ils n’avaient point planté le _Ficus Rokko_ qui est cultivé ailleurs pour son écorce avec laquelle on fabrique des pagnes. Leur opinion était la suivante : une bouture de _Ficus_ met des années pour devenir un grand arbre en état d’être écorcé. Or pouvaient-ils espérer voir grandir un arbre qu’ils auraient planté tout petit ? Assurément non. Quant à leurs enfants et petits- enfants, il ne fallait pas y songer.

On nous fit cet aveu pénible : parmi les hommes réquisitionnés comme porteurs, les uns mouraient en route de fatigues et de privations, les autres, dès qu’ils rentraient dans leur village, étaient incapables de procréer tant ils étaient épuisés. Plus tard TOQUÉ me raconta exactement la même chose. La famine étreignait tout le village que quatre ans plus tôt GENTIL avait trouvé en pleine prospérité, le portage était la principale cause du mal, et il ne pouvait pas en être autrement.

Pendant une partie de l’année presque tous les hommes étaient occupés à porter des charges sur la route de ravitaillement, ou à travailler à l’aménagement de cette route, ou encore à faire des corvées dans les postes, corvées dont l’utilité n’était pas toujours immédiate. Pendant ce temps non seulement les cultures étaient négligées, mais encore le peu de plantes vivrières qui poussaient dans les champs étaient réquisitionnées par les Européens ou les Sénégalais, garde-pavillons, elles servaient à l’alimentation des miliciens, des boys et des porteurs s’il en restait, et la plupart du temps on donnait aux porteurs l’équivalent de la ration en perles bayacas, la monnaie du pays, ils gardaient les perles, mais mouraient de faim en s’acquittant de leur dure corvée, ou bien « chapardaient » des vivres quand ils trouvaient des cultures à proximité de la route. Ce chapardage est encore une des causes de la fuite dans la brousse des villages établis à proximité de la ligne d’étapes reliant la Tomi au Gribingui.

A cette époque de l’année (novembre) ni le manioc, ni les patates n’étaient encore en état d’être récoltés ; le sorgho n’était pas encore mûr. D’ailleurs en quelques semaines toute la récolte serait consommée, tant les champs étaient d’étendue restreinte. Les habitants étaient donc condamnés à vivre exclusivement de tubercules de plantes sauvages qu’ils allaient déterrer dans la brousse. La plupart de ces tubercules étaient vénéneux, du fait qu’ils renfermaient soit des glucosides non encore étudiés, soit simplement de l’acide cyanhydrique. Pour les rendre comestibles, il fallait les couper en tranches, les laver à grande eau et les faire macérer très longtemps. Ensuite on les faisait cuire pendant plusieurs heures, on les lavait de nouveau, on les réduisait en poudre et l’on soumettait à un dernier lavage ; on laissait déposer l’amidon qui, décanté et séché, donnait une belle farine blanche rappelant la farine de manioc. Apparence trompeuse, malgré les précautions prises, la pâtée qu’on préparait avec cette farine était peu appétissante, souvent très amère, et elle donnait parfois des coliques.

Nombreuses sont les plantes du centre africain qui peuvent fournir ces vivres de famine. Le _Tacca pinnatifida_ est une des espèces les plus répandues. Une aroïdée très ornementale, qui vient d’être baptisée _Hydrosme Chevalierii_ Engler, servait aussi aux mêmes usages. Les fleurs qui paraissent avant les feuilles au commencement de la saison des pluies sont renfermées dans un large spathe d’un pourpre noirâtre. Le tubercule a la forme d’un disque et atteint parfois la dimension d’une soucoupe. Il paraît qu’il faut vraiment mourir de faim pour en consommer.

Mais les Mandjias faisaient surtout usage du tubercule d’un _Dioscorea_ sauvage, à tiges épineuses et à feuilles composées de trois folioles. Les tubercules sont formés de plusieurs renflements digités ; il fallait faire des trous profonds de plus de 40 centimètres pour les déterrer, aussi les hommes valides inoccupés ainsi que les femmes et les enfants, passaient, en cette saison, le plus clair de leur temps à faire cette cueillette à travers la brousse. Le soir ils revenaient avec de pleins paniers de cette igname, et les femmes s’occupaient tous les jours suivants à les préparer suivant le procédé qui a été expliqué plus haut. Il existe encore une autre igname sauvage, celle-là à feuilles entières, vivant dans les endroits frais et très boisés qui est aussi très recherchée.

Les tubercules étaient enterrés à plus d’un mètre de profondeur mais ils étaient d’une taille extraordinaire. Quelques-uns atteignaient la grosseur du bras et pouvaient être confondus avec ceux du _Dioscorea alata_ cultivé. Un jour notre cuisinier fit cette confusion. Il avait acheté aux indigènes un de ces gros tubercules et nous en avait fait cuire un plat en guise de pommes de terre. Malgré une cuisson prolongée, les morceaux avaient conservé une grande amertume. Les boys en mangèrent beaucoup contrairement à nos conseils mais n’en furent pas incommodés.

Les Mandjias font encore usage des jeunes feuilles de quantité de plantes de la brousse : feuilles de jute et de _corchorus_, écorces d’un _Grewia_, feuilles d’un _Pterocarpus_, gommes de différents arbres. Nous les avons vu préparer de l’huile avec les graines d’une cæsalpiniée nouvelle voisine du genre _Tetrapleura_.

Ils mangent les limaces, les grenouilles, tous les petits mammifères qu’ils peuvent capturer, enfin une grande quantité d’insectes et notamment les termites ou fourmis blanches dont ils ramassent des paniers entiers, à l’hivernage lorsque les mâles prennent leur vol.

Malgré ces quelques ressources supplémentaires ils sont tous prodigieusement maigres, et les épouses de Makourou furent les seuls personnages non affamés que nous rencontrâmes. J’ai vu des mères introduire de force des calebasses d’eau dans la gorge des enfants pour les faire taire lorsqu’ils suçaient en vain leurs seins taris.

Le cannibalisme est ici une conséquence de la misère. Aussitôt pris, les ennemis sont tués[54], leurs corps et ceux des guerriers ennemis qui tombent sur le champ de bataille sont coupés en morceaux, grillés, dépouillés de la peau, puis bouillis et assaisonnés de tabac en feuilles vertes. Tous les hommes prennent part au festin ; les femmes et les enfants en sont exclus. Le chef reçoit en plus de sa part le cœur et le foie[55].

Les Mandjias n’ont pour tout vêtement qu’un lambeau d’étoffe ou d’écorce battue couvrant les organes sexuels. Quelques-uns se jetaient sur mon papier à herbier convoitant les caleçons qu’ils espéraient s’y tailler. Tatoués sur la poitrine et le ventre mais non sur le visage, ils portent des anneaux dans le nez, parfois des pailles dans les ailes et même dans la cloison ; un cylindre de bois à la lèvre supérieure et parfois à la lèvre inférieure. Les hommes et les femmes s’enduisent le corps de graisse et se peignent avec le bois rouge qu’ils vont acheter aux Ndis de Krébedjé.

Hommes et femmes sont ordinairement peu tatoués. Chez les femmes les oreilles et les lèvres sont percées et on introduit dans le trou des ornements très divers. Les enfants, et aussi parfois les adultes, portent suspendus au cou les amulettes les plus diverses, ongles ou dents d’animaux, graines de certains arbres, etc.

Mais la parure nationale des hommes est constituée par des files de bracelets formés par des spirales de fer plat qui couvrent tout l’avant- bras ou la jambe de la cheville au mollet.

Les cases sont rondes, couvertes d’un toit pointu en paille, médiocrement élevées. Le mur circulaire en terre mesure à peine 40 centimètres de haut, le sol de la maison est en contrebas de 30 centimètres environ. La porte est petite et il faut marcher sur les mains pour entrer. Dans l’intérieur on trouve les ustensiles habituels de cuisine dont se servent les nègres, quelques amulettes, des peaux de bêtes. Près de la porte on cultive au dehors des végétaux d’ornement comme fétiches. Le dessin de la page 113 représente une de ces cases avec un plant de _Colocasia antiquorum_ de chaque côté. Mais ce qui frappe le plus dans un village mandjia, c’est l’abondance des fétiches qu’on y voit. Il y en a partout, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur des demeures. Certains arbres, certains piquets sont littéralement couverts d’offrandes, d’ex-voto sous la forme de petites bottes de paille, de plumes d’oiseaux, de morceaux d’étoffes, etc. On verra une de ces places fétiches sur le dessin précédent fait d’après une photographie. Je n’ai pu pénétrer la signification de ce débordement de grigris (c’est ainsi que nos Sénégalais nomment tous les objets hétéroclites fixés à certains arbres ou à certains objets). Il est toutefois peu probable que ce soit la manifestation extérieure d’un culte quelconque.

Quand on veut se marier on achète sa femme avec des bijoux de cuivre[56], des flèches, des javelots, des couteaux. L’arrangement conclu on envoie sa mère ou sa première femme passer trois jours près de la fiancée en lui portant de la farine ; le troisième jour celle-ci revient avec la fiancée auprès du mari. On se livre alors aux réjouissances ordinaires : libations de pipi, grand festin, tamtam. Si la femme se comporte mal le mari la frappe et la renvoie chez ses parents qui la châtient. Enfin si elle est coupable d’adultère on se contente encore de la frapper, mais on tue le séducteur d’un coup de sagaie.

L’organisation politique est très lâche. Chaque chef commande tout au plus dans un territoire grand comme un de nos cantons et son autorité y est faible. Elle n’est pas héréditaire ; elle passe, après la mort du titulaire, à l’un des vieillards les plus renommés pour ses exploits ou pour sa connaissance des innombrables grigris que vénèrent les Mandjias.

[Note 43 : Je n’ai jamais pu voir l’arbre qui produit le bois à teinture rouge dans l’Oubangui. Il est probable que c’est comme sur la côte de Guinée une légumineuse appartenant soit au genre _Baphia_, soit au genre _Pterocarpus_. Il n’existe plus dès qu’on monte au Nord de l’Oubangui, aussi les Bandas et les Mandjias qui en font aussi usage sont obligés de l’acheter soit aux _Sabangas_ soit aux _Banziris_.]

[Note 44 : L’amende est de 10 sagaies, 20 flèches, 3 ou 4 bracelets.]

[Note 45 : Payé par le meurtrier, d’un homme ou d’une femme de tribu étrangère au chef de village auquel appartenait la victime ; il se rachète en donnant une jeune fille.]

[Note 46 : Deux petites poutres pesantes sont attachées aux pieds du patient. S’il y a circonstances atténuantes, le patient est autorisé à se servir de liens tenus à la main avec lesquels il soulève les poutres en marchant.]

[Note 47 : On fait bouillir l’écorce ou la racine de certains arbres et on jette le liquide dans du pipi. Les poisons les plus foudroyants n’agissent pas avant trois ou quatre jours. Le poison est souvent employé par les Bandas pour se débarrasser d’un ennemi ou d’un gêneur.]

[Note 48 : Avant l’arrivée des blancs, le prix d’une femme était : 6 bingui (bracelet cuivre rouge), 60 kokoras (flèches), 8 doudou (sagaies). La dot actuelle est de 300 flèches neuves (kokora oroni), 30 doudou, 4 mvolas (boucliers), 10 ndoudo (couteaux de jet), 300 petits colliers de perles bayacas multicolores, 5 colliers de perles baptoros sphériques turquoises. M. Toqué en conclut que les marchandises des blancs font prime. J’y vois au contraire que les perles n’ont plus de valeur, le pays en regorgeant et d’autre part que les femmes se font rares par suite de l’émigration.]

[Note 49 : Quand un village va en expédition, il emmène tout, même les femmes et les enfants d’un certain âge. On laisse seulement les femmes âgées pour garder les cases.]

[Note 50 : Dr J. DECORSE, _Du Congo au lac Tchad_, Paris, 1906, p. 40-43, 57-58.]

[Note 51 : BRUEL, _L’Occupation du bassin du Tchad_, p. 41.]

[Note 52 : M. TOQUÉ n’est pas éloigné de croire que les _Pahouins_ seraient des _Mandjias_ qui auraient pris la route du S.-O. au lieu de celle du N.]

[Note 53 : CLOZEL, _Les Bayas_ (notes ethnographiques et linguistiques). Paris, 1896.]

[Note 54 : Toutefois les enfants et les adolescents sont conservés comme captifs ; jadis ils étaient vendus à Senoussi.]

[Note 55 : Les vieilles femmes sont tuées, mais non mangées.]

[Note 56 : Le cuivre venait autrefois du Haut-Bahr Sara.]

CHAPITRE V

GÉNÉRALITÉS SUR LE HAUT-CHARI

* * * * *

Nous donnons le nom de Haut-Chari au pays accidenté et très rocheux où la plupart des tributaires du lac Tchad prennent leurs sources et serpentent dans des lits plus ou moins torrentiels avant d’aller former, à partir de la neuvième parallèle, les grandes rivières au cours très lent dont la réunion forme le Chari proprement dit. Il serait oiseux d’en définir ici les limites d’une manière détaillée. Au S., une ligne de plateaux ferrugineux, des crêtes de quartzites souvent mal accusées, des _kagas_ de gneiss et de granit formant des sortes de dômes isolés les uns des autres, séparent cette région du bassin du Haut-Oubangui. A l’O. elle confine à l’éventail des rivières du Haut-Logone, région presque totalement inconnue ; à l’E. une ligne artificielle la sépare des territoires du sultan Senoussi, région du Chari-oriental, dont nous nous occuperons dans un autre chapitre. Au N., la neuvième parallèle la sépare du Chari-moyen, région totalement différente, presque sans relief, avec de grandes plaines argileuses et de fertiles coteaux sablonneux où les émergences de rochers ne sont plus que de rares exceptions.

Au XIXe siècle le pays qui nous occupe a été très peu pénétré par les chasseurs d’esclaves. Il était trop éloigné des centres foulbés de l’Adamaoua et des routes de caravanes suivies par les marchands nubiens et ouadaïens. Quant aux Baguirmiens ils trouvaient un champ d’action suffisamment avantageux chez les laborieuses et prolifiques tribus _Saras_ vivant entre la neuvième et la onzième parallèle.

C’est à partir de 1880 seulement que les grands pourvoyeurs d’esclaves, Rabah et Senoussi, ont envoyé leurs hordes de _bazinguers_ dans le Haut- Chari. Dans beaucoup de villages bandas et mandjias la venue de ces razzieurs, que les autochtones nomment les _rabi_, les _tourgou_ ou _smoussou_, a laissé un pénible souvenir, cependant il ne semble pas que les chasses à l’homme en cette contrée aient été jamais bien fructueuses.

Dès la fin d’octobre les pluies dans le Haut-Oubangui deviennent rares et aux premiers jours de novembre les incendies de brousse sont fréquents. Du haut de chaque kaga ou du bord de chaque plateau on contemple toutes les nuits des foyers illuminés vers les différents points de l’horizon et pendant le jour on voit s’élever dans le ciel de hautes colonnes de fumée autour desquelles tourbillonnent un grand nombre d’oiseaux de proie. Les indigènes moins absorbés dans leurs villages par les soins de la culture commencent à reprendre la vie de brousse et retracent les anciennes pistes cachées par les herbes à demi desséchées. Les uns vont recueillir certaines plantes, les brûlent et en lessivent les cendres pour obtenir le sel dont ils font usage pour la préparation de leurs aliments, les autres vont s’établir à proximité des ruisseaux, ils en barrent le cours, épuisent l’eau de certaines cuvettes ou bien fouillent la vase avec des nasses verticales spéciales pour capturer les poissons qui ont remonté le courant au moment des hautes eaux. D’autres enfin, les chasseurs, se répandent sur les plateaux ferrugineux arides pour y faire l’ouverture de la chasse. Les herbes y sont plus courtes et plus fines en beaucoup de places, elles ont brûlé dès le commencement d’octobre et sur la cendre a poussé un gazon verdoyant formé de petites herbes dont les antilopes sont très friandes. Ces animaux ne sont pas encore réunis en grands troupeaux, ils vivent par couples accompagnés des petits. Ils sont peut-être plus défiants qu’en toute autre saison, mais l’indigène a de plus grandes facilités pour les surprendre en rampant dans les hautes herbes.

Les chasseurs qui n’ont pas de fusil tendent des pièges sous les galeries forestières ou bien creusent des fosses pour la capture du gros gibier. En cette saison, il n’est pas jusqu’aux plus jeunes enfants qui ne cherchent à pourvoir à leur vie en capturant un tas de rongeurs bien meilleurs que les chenilles et les sauterelles dont ils ont fait une partie de leur nourriture pendant l’hivernage.