Journal de route de Henri Duveyrier

Part 12

Chapter 123,432 wordsPublic domain

Nous partons de Merhayyer ; je ne puis plus y rester, quoique le ciel ne m’ait pas encore permis de faire hier même une simple observation de latitude.

Nous arrivons à Sidi Khelil de bonne heure. Ce village est, comme Merhayyer, entouré d’un fossé d’eau, dans lequel je vois des poissons, quoique l’eau soit couleur d’urine de vache. Sidi Khelil a 50 maisons et 9 sources d’eau coulante, quoique d’un faible débit. C’est un marabout qui a bâti ce village auquel il a donné son nom. Le nombre de palmiers de Sidi Khelil est à celui de Merhayyer dans le rapport de 2-3. — L’eau de cette oasis est peut-être un peu moins bonne que celle de Merhayyer, mais elle est cependant très buvable. — A l’ouest de Sidi Khelil, contiguë à la ville, on trouve une grande mare dans laquelle je vois des négrillons du pays prendre leurs ébats. Il y a deux tribus à Sidi Khelil[171], les Oulad Zaïr et les Zerāib Selimān.

Je vais coucher à Tinedla. Tinedla n’a que peu d’importance ; il n’y a qu’une quinzaine d’hommes adultes, environ 3.000 palmiers arrosés par 7 sources. Elle ne paie pas de tribut. — El-Bārĕd, près de Tinedla, ne compte que 8 hommes, 2.000 palmiers et une seule source. L’odeur des marais est écœurante. Le soir, je vois planer au-dessus du village un crapaud volant.

6 juin.

Je pars de Tinedla, et j’arrive de très bonne heure à Ourhlāna. Je trouve ici M. Zickel, lieutenant d’artillerie, avec qui j’avais fait connaissance à la table du bon commandant Robbe à Batna. Il commande ici la brigade des forages artésiens. Le puits qu’on a entrepris est déjà très avancé ; il a 53m,89 ; la température de l’eau dans un intervalle du travail est de 24°,1 (th. 303 de Salleron). Je me démunis de mon anéroïde et d’un thermomètre Salleron no 303 pour que M. Zickel puisse faire des observations. M. Zickel a un fonds d’instruction générale qui manquait à mon pauvre ami Lehaut.

Ourhlāna a 2.000 palmiers arrosés par 5 sources principales ; la population du village est de 200 hommes et de 180 femmes. Je passe la _gaïla_ ici et je vais coucher à Sidi Rāched. A Ourhlāna, le puits donnait déjà une source notable, qui n’était venue que la veille. J’eus le curieux spectacle de voir les Rouāgha travailler aux saguias au son de la musique. Ils ont, à ce qu’il paraît, égorgé un chevreau sur l’orifice du puits.

Nous avons passé les deux _Tamernas_. — Tamerna Djedida a 100 hommes adultes. Les palmiers sont arrosés par 2 sources.

7-11 juin.

Je vais à Tougourt. Je vois, en passant, les ruines de la curieuse mosquée de Tāla, ville puissante que détruisirent les Beni-Djellāb.

Le cheikh Bou Chĕmal de Nezla, l’un des hommes les plus nobles de l’Oued-Righ et un ancien ami et conseiller des Beni-Djellāb, me donne les renseignements suivants.

Autrefois les Beni-Mezāb occupaient Tougourt et Ghamra, voire même Temassīn[172].

Les Beni-Djellāb, lorsqu’ils furent chassés par les Français, avaient régné 550 ans. ’Omar ben Qetla (Ben-Djellāb) fut celui qui fit apostasier les Juifs aujourd’hui Medjehariya. Il avait une maîtresse juive nommée Hokāya ; celle-ci lui dit un jour : « Si tu veux convertir les Juifs, il faut attendre que leurs palmiers (car ils en possédaient) aient des dattes[173] et les menacer de les chasser comme les Beni-Mezāb et de les dépouiller de leurs biens, s’ils ne passent pas à l’islamisme. » Ben Qetla suivit ce conseil, et, après 5 jours de réflexion, les Juifs se convertirent[174].

Sidi Mohammed ben Yahiya et Sidi Serr Allah, du temps de la Djemāa avant les Beni-Djellāb, sont les deux marabouts qui chassèrent les Beni-Mezāb.

Les Beni-Djellāb avaient des mœurs très légères ; on connaît l’amour des liqueurs fortes des derniers souverains de la dynastie. — Près de Tougourt se trouve une jolie goubba à deux coupoles appelée Dār Nedjma, qui fut le tombeau d’un des fidèles partisans du premier souverain qui se faisait passer pour marabout. Plus tard les Beni-Djellāb avaient là une jolie chambre, et y donnaient des rendez-vous aux plus belles femmes des plus nobles familles de Tougourt, qui y venaient sous prétexte de pèlerinage.

L’impôt annuel de l’Oued-Righ et du Souf s’élève à 80.000 fr.

Les dépenses de l’Oued-Righ et du Souf sont :

Traitement du caïd et des cheiks 26.660 fr.

Cavalerie (Khialas) du caïd 46.800

Tirailleurs indigènes à Tougourt 42.000

Poste 10.800 ------- Total des dépenses 126.260 126.260 fr. ------- Excès des dépenses sur les recettes 46.260 fr.

Le capitaine Cannat a fait compter les palmiers de l’Oued-Righ par les cheikhs de chaque village, ce qui est un très mauvais moyen ; il a obtenu le chiffre de 400.000 palmiers. Plus tard, il compta lui-même à Meggarîn les palmiers et en trouva 2.000 de plus dans cette petite oasis. Le lieutenant Auer a calculé le nombre des palmiers de Tougourt. Il a compté réellement les arbres sur un petit espace et a ensuite fait la proportion sur la superficie de l’oasis basée sur son plan. — Il a obtenu 180.000 palmiers, tandis que Cannat en avait seulement 85.000 par le calcul des cheikhs. En se basant sur la différence des données sur Tougourt d’Auer et de Cannat et en acceptant celle d’Auer comme bonne, on aurait 848.000 palmiers pour l’Oued-Righ. — Auer estime cependant le nombre à seulement 600.000 palmiers. El-Ouad, me dit le kaïd, a avec ’Amîch 60.000 palmiers. En admettant 600.000 palmiers dans l’Oued-Righ et en faisant payer 0 fr. 20 par arbre, on aurait 120.000 francs par an, ce qui suffirait pour payer les dépenses quand on aura modifié le service des postes. — Le Souf donnerait du reste de quoi payer le surplus, 6.260 francs, et le gouvernement aurait encore un bon revenu en plus.

[Note 161 : Ils reçoivent aussi de l’eau de l’oued Guechtan, tributaire qui a son confluent à Zéribet el Ouad. (Féliu, p. 93.)]

[Note 162 : Il y a ici une légère erreur. Commencé le 6 novembre 1857 par M. Jus, ce forage fut suspendu le 1er mars 1858 à une profondeur de 156 mètres, le matériel n’étant pas prévu pour des profondeurs plus grandes. (Ville, _Voyage d’exploration dans les bassins du Hodna et du Sahara_, p. 268-270.)]

[Note 163 : Peut-être l’_akrecht_ du catalogue Foureau (_Lithospermum callosum_).]

[Note 164 : Appelé aussi Koudiat el Dor, le « mamelon du retour ». Sur la légende attachée à ce nom, cf. Féraud, _Rev. Africaine_, 1879, p. 62.]

[Note 165 : Car on doit y compter Oumm et Tiour, depuis que les puits artésiens y ont été forés (H. Duv.).]

[Note 166 : Righi (pluriel Rouagha) : habitant de l’Oued-Righ ou Oued- Rir.]

[Note 167 : Cf. le _Kitab-el-Adouani_, traduct. Ch. Féraud, _Recueil Soc. archéol. de Constantine_, 1868, et le mémoire du même auteur : _Les Ben-Djellab, sultans de Tougourt_, _Revue Africaine_, 1879-1880.]

[Note 168 : A noter que le _Kitab-el-Adouani_ assigne une origine juive aux premiers ksour de l’Oued-Rir.]

[Note 169 : Ville, qui a mesuré lui-même en 1861 quatre de ces puits indigènes, leur a trouvé une profondeur de 27 à 30 mètres, et ne croit pas qu’ils aient dépassé 42 mètres à l’origine. (_Voyage d’exploration_, etc., p. 331).]

[Note 170 : _Bahar_ (pluriel _behour_) : petits bassins plus ou moins circulaires, remplis par une nappe d’eau ascendante.]

[Note 171 : J’ai quelques doutes si ces tribus appartiennent à S. Khelil ou à Tinedla, ce serait peut-être à la dernière ville (????) (H. Duv.).]

[Note 172 : Confirmé entre autres par Ibn-Khaldoun, qui écrivait au XIVe siècle que les Azzaba (ancêtres des Mzabites) étaient en majorité parmi les hérétiques de Tougourt (_Hist. des Berbères_, traduct. de Slane, III, p. 278). — La principale mosquée de la ville s’appelle aujourd’hui encore Djama-el-Azzabiya.]

[Note 173 : Ces palmiers étaient à un endroit appelé aujourd’hui Khalouā (H. Duv.).]

[Note 174 : Cf. une deuxième tradition dans Féraud (_Rev. Africaine_ 1879, p. 354 et suiv.).]

CHAPITRE II

AU SOUF

12 juin.

Je n’ai quitté Tougourt qu’après midi, et je suis parti à cheval avec un spahi bleu qui ne savait pas le chemin. Après avoir traversé la Chemorra, nous sommes entrés immédiatement dans les sables, alternant de dunes à de simples ondulations. D’abord ces sables, comme tous ceux qui avoisinent les lieux habités, n’ont aucune végétation. Plus loin nous vîmes des oueds bien garnis de végétation et nous arrivâmes au puits Mouïa Rebah qui ne contenait alors que très peu d’eau et qui avait déjà une mauvaise odeur. De là nous allâmes à Hassi Embārek au commencement de hautes dunes, que nous traversâmes sans cesse pour arriver à Taibāt et Guebliā. Nous trouvâmes à ce dernier puits de petits camps d’Oulad Seih.

J’arrivai à la nuit tombante à Taibāt qui est une petite bourgade au milieu des dunes. Elle est bâtie à la mode du Souf. Les maisons ont de petits murs en chaux et pierre à plâtre et les chambres sont surmontées de petits dômes. On voit ici le tombeau d’un cheikh et une mosquée. Les habitants sont des Oulad Seih ; les palmiers sont plantés comme au Souf.

13 juin.

Nous sommes partis avec le bagage et avons traversé pendant longtemps une zone de dunes très difficiles, surtout pour des chameaux du Tell comme sont les miens. D’abord nous avions rencontré des jardins qui portent le nom de Khobna. Notre marche est très lente, et nous nous arrêtons pour passer la _gaïla_ au puits de Dhemerini dont l’eau est assez bonne. De là nous ne partons que tard, à cause du sirocco qui m’a indisposé et nous allons coucher au Kétif, la plus haute dune de sable de cette région.

14 juin.

Nous sommes partis de bon matin, tous ensemble ; mais Ahmed et moi nous prenons le devant sur nos chevaux, ayant un guide à pied. Après une bonne marche, nous arrivons au puits des Haouād Tounsi ; puis nous ne quittons plus les dunes jusqu’à El-Ouad. J’ai déjà passé à Haouād Tounsi en allant à Ouarglā. Je trouvai le kaïd qui me reçut très bien.

J’apprends qu’un « rhezi » de Toroud avec quelques Touaregs de Cheikh Othman sont partis pour aller razzier des tribus arabes de la Tripolitaine ou de la Tunisie. (Ceci est intéressant. Voir au Djébel le résultat.) Le Cheikh Othman était ici il y a peu de temps ; il se disposait à aller à Ghadāmès pour s’entretenir avec Ikhenoukhen qui est campé près de là, au sujet d’un différend qui s’est élevé entre leurs tribus. J’espère donc, une fois de plus, pouvoir aller avec lui.

Je cause longtemps avec un Ghadamsi qui s’en retourne chez lui. Il est parti de Ghadamès au milieu du ramadan ; on lui a dit qu’il devait venir un Français et un Anglais. Le Français, c’est moi sans doute.

15 juin.

Ahmed est tombé malade de fièvres la nuit dernière. Je passe une partie de la journée à le médicamenter ; il est d’une faiblesse extraordinaire contre la maladie, lui qui ne craint rien d’ordinaire. Il dit à qui veut l’entendre qu’il est perdu. Cependant, le soir, il peut déjà se promener. Sa femme lui en a tant dit, qu’il vient me déclarer qu’il ne peut pas voyager cet été ; mais le soir le kaïd lui parle devant les _mechaikh_, et le décide à revenir sur cette idée.

Je fais causer un homme des Ghorībi, tribu arabe du Nefzāoua, qui ont quelques palmiers à El-Ouad, et qui ne vont pas l’été avec les Oulad Yagoub dont ils sont plutôt les ennemis.

Les Arabes du Nefzāoua sont les Oulad Yagoub, les Ghorīb, les Merāzīg et les Solaā. — Les Ghorīb qui possèdent la ville de Sabrīa se divisent en

{ { Bidhan. { { { { Chebib. { { { Sabria. { Fodhély. { { { { Rehamla. { { { { Keraima. { Ghorīb { El-Ghenaim. { { Djerarda. { { Touamer. { { O. ’Ali. { { O. Nouiser. { { El-Gherisiyin.

Sabria est à un long jour de Kebilli et à cinq jours d’El-Ouad ; ses puits sont comme ceux du Souf, de même que ses غدران établis dans les sables. Voici la liste des puits du Sahara des Ghorīb : le pays où ils sont creusés est par 120° de Nefzāoua.

Bir Djedid à 3 jours de Kebilli ; à 5 jours d’El-Ouad.

El-’Ogla 4 — — 5 — — } } près El-Oudey (el Merhotta) à 2 jours de Kebilli ; à 5 jours } les uns d’El-Ouad. } des } autres. El-Hiadh — 2½ — — 4 — — }

Moui Sefar — 4 — — 3 — —

El-Gounna — 2 — — 5 — —

Moui Dhô — 2½ — — 4½ — — } } près El-Beskri — 2 — — 5 — — } les uns } des El-Mahrouga — 2 — — 5 — — } autres.

Le puits le plus à la _guibla_[175] est celui de El-Oudey el-Merhotta.

Je donne la permission à Ahmed de vendre son cheval et sa selle.

16 juin.

J’avais résolu d’aller voir ’Amich qui commence près d’El-Ouad et se prolonge vers la _guibla_ d’une longueur dépassant un peu la distance de Kouïnin ; mais j’ai abandonné mon projet ; je crains que la promenade ne vaille pas la fatigue qu’elle doit coûter par la chaleur que nous avons. J’ai employé mon dernier jour ici à prendre des renseignements commerciaux.

_Notes sur le commerce d’El-Ouad._

Le commerce d’El-Ouad suit quatre directions principales et il est curieux de noter qu’aucune d’elles ne se dirige vers nos possessions. Biskra, et peut-être Tebessa, Tougourt aussi ont, il est vrai, des relations avec le Souf (El-Ouad), mais le commerce qui en est la base est bien languissant, et est en grande partie réservé aux villes de Souf, Gomar, Kouïnin et Ezgoum.

Les quatre canaux principaux du commerce d’El-Ouad sont : 1o Tunis ; 2o le Djérid ; 3o Gabès ; 4o Ghadāmès. — C’est par cette dernière ville qu’ont lieu des transactions avec Rhat et le Soudan. — A ces quatre emporiums on pourrait ajouter Ouarglā.

Voici les prix courants à El-Ouad des marchandises venant de Tunis, et qui, pour peu qu’ils entrent dans le rayon des produits de fabrique, sont tous anglais ou maltais :

_Prix courant :_

Cotonnades de Malte, pièces de 22m,5 à 23m,5 de longueur ; marque, une ancre et un dauphin enchevêtrés et au-dessous « Patent » 9 fr.

Amberguiz ou madapolam, pièces de 37m,5 17

Cotonnades bleues de Malte, pièces de 35m de long sur 1m de large 16 50

Calottes rouges[176] tunisiennes, 1 paquet de 6, 1re qualité 30 »

Soie non travaillée, blanche ou teinte, 1re qualité, 1/2 kil. 20 »

— — qualité inférieure, 1/2 kil. 10 »

Fusils de Tunis à pierre, l’un 30 »

Foulards de coton teints (anglais ?), la douzaine 6 »

Foulards de soie noirs ou rouges, la douzaine 25 »

Mousseline grossière,[177] la pièce de 22m,5 7 50

Essence de roses, 1re qualité, 1 mithcal[178] ou 6 fioles 5 »

— 2e qualité, une oukiya[179] 2 50

Civette,[180] l’oukiya 12 »

Musc, l’oukiya 65 »

Papier blanc écolier, les 500 feuilles 5 »

Cassonade (belle qualité), le 1/2 kil. »

Corail, gros grains (beau corail), l’oukiya 10 »

Alun blanc, les 50 kil. 33 »

El-Mabroūka, racine, remède contre la syphilis, le 1/2 kil.[181] 3 »

Boîtes à parfums en bois. 5 boîtes les unes dans les autres 1 »

Quant au commerce avec le Djérid, il repose presque exclusivement sur les tissus fins de laine et de soie de ce pays. A El-Ouad, voilà les prix moyens des différents vêtements djéridis :

Burnous non cousus, de 20 fr. à 22 fr. 50 et 25 francs.

Haïks de laine, de 22 fr. 50 à 25 et 30 francs.

Haïks de laine et soie, de 65 fr. à 70 et 75 francs.

C’est-à-dire que, pour les haïks djéridis, on peut en avoir depuis 22 fr. 50 jusqu’à 75 fr. Ces mêmes burnous qui sont vendu 20 fr. à El-Ouad ont été achetés pour 17 fr. 50 au Djérid. Ceux de 25 fr. ont coûté 22 fr. 50. Les haïks sont vendus à El-Ouad pour 10 francs de plus qu’ils ont coûté au Djérid. Le prix du louage d’un chameau d’El-Ouad à Tozer est de 12 francs en moyenne. En hiver de 10 francs ; en été il va jusqu’à 15 francs.

De Gabès on n’apporte guère que deux produits, mais ils sont de nature à fixer l’attention, car tous les deux sont employés dans l’industrie européenne.

Le henné, que l’on me dit meilleur que celui du Zāb, se vend ici » 50

La garance, les 50 kil. » 40

Ghadāmès envoie à El-Ouad des produits d’une nature toute spéciale.

Pièces de cotonnade bleue fabriquée au Soudan[182], longueur 4 mètres ; se vend au détail dans des boutiques à 4 fr. le mètre ; en gros on les vend à leur arrivée de Ghadāmès à 10 »

Troūnia,[183] les 50 kil. 50 »

Peaux de chèvres ou de moutons tannées et rouges, chaque 3 »

Civette, meilleure que celle de Tunis, 1 oukiya 30 »

Alun, les 50 kil. 33 30

Or : 1o en poudre,[184] en moyenne le mithcal 11 »

— 2o en objets travaillés[185], le mithcal 9 fr. 50 à 10 »

Ce sont les prix de Ghadāmès ; exceptionnellement il se trouve, comme à présent, que les marchands de Ghadāmès, par suite de l’encombrement du marché, n’ont aucun profit, perdent même à El-Ouad.

Prix du transport d’une charge de chameau :

FRANCS

{ 80 en été. D’El-Ouad à Tunis { { 40 en hiver.

{ 15 à 17.50 en été. — au Djérid { { 10 à 12 en hiver.

— à Gabès 10 en hiver.

— au Nefzāoua 15 —

— à Biskra 15 —

{ 40 en été. — à Ghadāmès { { 25 ou 30 fr. seulement en hiver.

— à Ouārgla 20 en hiver.

— au Mezâb 25 —

— à Tebessa 22 50 —

De Ghadāmès à Tripoli 24 —

— à Rhat 64 en été.

1 kantar ⅓ (mesure d’El-Ouad) de henné coûte à Gabès 53 fr.

1 kantar ⅓ (mesure d’El-Ouad) de garance vaut à Gabès 33 50

D’El-Oued à Tunis 13 jours de caravane.

— à Nafta 4 — —

— à Gabès 9 — —

— au Nefzāoua 6 — —

— à Biskra 5 — —

— à Ghadāmès 14 — —

— à Ouārgla 9 — —

— à Tebessa 7 — — par Négrīn.

{ d’El-Ouad à Temassin 3 j. { { Temassīn à Belidet Amar 1 j. — à Guerara 9 — — { { Belidet à Hadjira 2 jours. { { Hadjira à Guerara 3 jours.

17 juin.

J’ai le plaisir de voir Ahmed se remettre tout à fait aujourd’hui. Je lui laisse beaucoup de commissions ; il me rejoindra à Tougourt. Dans l’après-midi je pars. J’ai trois domestiques à part Ahmed. Nous voyageons d’El-Ouad à Ezgoum à travers des dunes où l’on ne trouverait pas un seul brin de végétation. Il fait beaucoup de vent ; le paysage est très uniforme, mais n’en est pas moins remarquable.

J’arrive à Ezgoum où je retrouve quelques-uns de mes anciens compagnons de voyage du Djérid, qui ont maintenant honte de leur manque de courage pendant la route. Ezgoum est très bien bâti, c’est sous ce rapport la première ville du Souf. Les maisons sont assez élevées quoique sans étage supérieur ; les rues sont bien alignées. Les maisons sont surmontées de nombreuses petites coupoles[186] au sommet desquelles, comme aussi sur les murs qui les relient, on a distribué des pommeaux en maçonnerie d’un très joli effet. La ville m’a paru très propre. Les habitants sont plus civilisés que le reste des Souafa ; ils ont pompé la civilisation à Tunis et aussi ont tâché d’en introduire chez eux ce qu’ils pouvaient. Leur cuisine d’apparat par exemple est tunisienne. Ils ont aussi pris de Tunis une grande sévérité extérieure de mœurs, du moins à ce qu’on me dit.

La ville d’Ezgoum[187] compte maintenant 14 générations. La ville la plus ancienne de Souf est Taghzoūt ; la plus moderne, El-Ouad excepté, est Gomār. Lorsqu’on a fondé Ezgoūm, il n’y avait aux environs que fort peu de sables, et pas de dunes comme à présent ; ainsi, encore en 1813, lorsque l’on bâtit le minaret de la mosquée (il a 9 mètres de hauteur), on pouvait voir de son sommet les feux d’El-Ouad qui à cette époque ne comptait guère que des huttes de palmes (_zeraīb_), et l’on apercevait aussi du bois enflammé quand on en transportait pour allumer un feu de Gomār à Taghzoūt. Inutile de dire qu’aujourd’hui ce serait impossible.

Autrefois, dans l’Ouad Jardaniya qui est un peu au nord de Sidi’Aoūn, il y avait des labours arrosés par des sources. On voit encore aujourd’hui, me dit-on, les traces des _saguias_. On trouve aux environs des terrains de _sebkha_ comme dans l’Oued-Righ.

L’historien du Souf Cheikh el’Adouâni était d’Ezgoum ; c’était, m’assure-t-on, un saint homme. Il faisait sa prière du matin avec la _djema’a_ et celle du _dhahor_ à Bagdad en Syrie.

La population des villes soufīa (excepté El-Ouad) se compose aujourd’hui exclusivement de Toroūd et d’Adouān. Ezgoum est dans ce cas. Dans les villes du Souf les Adouāns dominent. A El-Ouad et ʿAmich il n’y a que des Toroūd. Les premiers habitants du Souf à ’Amīch et Hassikhalifa furent des Zenāta[188] païens (ou chrétiens ?), ensuite vinrent les ’Adouān et puis les Toroud. Ezgoum possède une jolie _goubba_ élancée, dédiée à Sidi Abd-el-Kader.

Les vents du nord-est dominent en été dans le Souf ; ces vents, unis aux siroccos du sud-est, sont la cause du progrès des dunes vers l’ouest. Leur force et peut-être leur fréquence doivent surpasser celles des vents du nord-ouest de l’hiver.

Je suis piqué, le soir, deux fois au bras par un gros scorpion qui s’était introduit entre mon bras et ma chemise. Il sort par le cou de la gandoura. Je fais de petites fissures sur les piqûres et j’y applique de l’alcool camphré. Mon bras cependant reste engourdi un instant.

18 juin.

J’arrive de bonne heure à Gomār, après avoir traversé une zone de sables dénudée, absolument semblable à celle qui sépare El-Ouad d’Ezgoum. Je trouve que le qadhi a tenu sa promesse et m’apporte une copie de Cheikh el’Adouāni ; cependant je dois noter ici que le qadhi et même Si Mohammed el’Aïd déclarent que ce livre contient avec du vrai beaucoup de fantaisie. Il faudra débrouiller cela.