Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Part 6
Aussitôt que le daman est saisi, l'oiseau l'emporte vivant sur une plate-forme voisine, et là il semble jouir du plaisir de déchirer les flancs de cet animal, qui est déja à moitié dévoré qu'on entend encore ses cris douloureux. A voir cet oiseau de proie dépécer et déchirer le daman, on le croiroit plutôt animé par la colère et la vengeance que commandé par la faim.
On peut remarquer sur les roches, teintes de sang, toutes les places où cet oiseau cruel et sanguinaire a immolé une victime; au reste, ce caractère féroce du Bacha est bien analogue au sol ingrat et stérile où la nature semble l'avoir fixé et condamné à vivre. Je ne l'ai jamais vu dans les cantons rians et fertiles que j'ai parcourus dans mon premier voyage. Des habitudes aussi sauvages annoncent un oiseau fait, comme l'aigle et tous les êtres cruels, pour vivre isolé; aussi le Bacha vit toujours seul, jusqu'au moment où la nature semble commander si puissamment à tous les êtres, même les moins faits pour la société, de se réunir pour multiplier leur espèce. C'est donc dans ce seul tems, que le besoin de se reproduire force le mâle à rechercher une femelle, qu'il s'associe seulement pour passer ensemble la saison des amours, qui ne commence, pour ces oiseaux, qu'en décembre, et ne dure que le tems nécessaire au développement de deux ou trois petits, qui naissent dans une caverne profonde parmi les rochers, et n'ont eu pour berceau qu'un amas de branches sèches, surmontées d'un lit de mousse et de feuilles mortes, entassées sans aucun ordre et sans beaucoup d'arrangement.
Le Bacha est de la taille de notre buse d'Europe, oiseau auquel il ressemble assez, quant à sa configuration générale; mais duquel il diffère beaucoup dans le détail, tant par ses caractères que par ses mœurs; il est aussi plus leste, moins massif et plus alongé, taillé mieux, enfin, pour la chasse. Il se caractérise par une touffe de plumes longues qui dépassent par derrière les autres de la tête. L'oiseau étale cette espèce de huppe horisontalement, comme une queue arrondie. Le bout de chacune des plumes de cette huppe est noir, et du reste elles sont entièrement blanches. Le sommet de la tête est couvert de plumes noires à leurs pointes et blanches intérieurement; mais le blanc, qui s'apperçoit dans plusieurs endroits, égaie un peu le plumage monotone de cet oiseau, dont la couleur est généralement par-tout d'un brun terreux, plus foncé sur les aîles et la queue, et plus lavé dans les parties du dessous du corps. Depuis la poitrine jusqu'aux jambes, toutes les plumes sont parsemées de plusieurs taches blanches, à peu près rondes; pareilles taches se voient sur l'épaule de l'aîle. Les recouvremens du dessous de la queue et le bas-ventre sont rayés de blanc et de brun, et les couvertures des aîles sont terminées de blanc: la queue porte une large bande d'un blanc fauve, et toutes ses pennes sont lisérées de blanc à leurs pointes. Le bec est couleur de plomb; sa base est jaune, ainsi que la peau, presque nue, du tour de l'œil. Les pieds, les doigts et les serres, sont noirâtres; l'iris est d'un brun-rouge foncé.
La femelle est plus forte que le mâle; ses taches blanches sont moins apparentes et plus salies de fauve. Je n'ai vu que sept individus de cette espèce; des sept je n'ai pu parvenir à en tuer que quatre, deux mâles et deux femelles. Il ne m'est jamais arrivé de trouver ces oiseaux dans la plaine; et souvent je les ai entendu sans les appercevoir. Au reste, ils sont très-farouches et fort difficiles à approcher.
LE ROUNOIR, Nº. 16.
Le Rounoir et le rougri sont, en Afrique, les représentans de notre buse; ainsi que le grenouillard et le parasite le sont du busard et du milan. Ces espèces étrangères, réellement distinctes des nôtres, habitent cette partie du monde à leur exclusion et à leur défaut, et les y remplacent dans les fonctions que l'ordre général de la nature a départi à ces sortes d'oiseaux de proie. Les busards et les milans, libres et sauvages, vivant sur des terrains abandonnés aux eaux, et dans des lieux affranchis du domaine de l'homme, n'ont avec nous aucune relation d'utilité. Les buses, au contraire, sont amenées auprès de nos habitations et dans nos cultures, par l'appat des petits animaux qui se multiplient auprès de nous avec les végétaux que nous semons et recueillons pour notre usage; le service que les buses nous rendent, en détruisant les souris, les taupes, les rats et les autres quadrupèdes proscrits par l'agriculture, exige que nous accordions à ces oiseaux sauve-garde et sûreté, seule reconnoissance que la liberté puisse admettre; nous devrions même les défendre contre l'intérêt particulier, et leur accorder la protection des loix. C'est ainsi que de nos jours on protège la cigogne en Espagne et en Hollande, le merle couleur de rose en Barbarie, et le martin dans l'Inde; mais il est important sur-tout d'accorder toute faveur aux animaux utiles, dans les lieux où les hommes commencent à établir des cultures sociales, sur des terres encore à demi-sauvages, et dans des climats où la nature, encore vierge, se refuse à des semences inaccoutumées.
C'est d'après ces principes que le Rounoir trouve toute sûreté auprès des colons du Cap de Bonne-Espérance, par qui il est désigné sous le nom de _jakals-vogel_ (oiseau jacal), par rapport à son cri qui imite celui de ce renard d'Afrique: on lui donne aussi celui de _rotte-vanger_ (preneur de rats). On trouve cette buse autour de presque toutes les habitations; elle y est familière, et, pour ainsi dire, domestique; elle passe le jour dans les terres labourées, où elle se tient perchée sur la motte la plus élevée ou sur quelque buisson, s'il s'en trouve dans le champ; et c'est de là qu'elle guette tous les petits quadrupèdes qui lui servent de pâture. Quand la nuit approche, elle revient se percher auprès de la maison, sur les arbres ou sur les haies qui entourent le parc où on enferme les bestiaux. C'est sur les arbres ou au milieu des buissons les plus épais qu'elle fait son nid, qui est composé de menu bois et de mousse, et qu'elle garnit très-douillettement de laine et de plumes. La ponte n'est que de trois œufs, rarement de quatre, quelquefois même de deux seulement; et, comme on ne fait aucun mal à la nichée, l'espèce de cet oiseau est très-multipliée, malgré sa foible ponte.
Indépendamment des terres de la colonie, le Rounoir habite aussi toute la partie de l'Afrique que j'ai parcourue, et je l'ai vu sur-tout dans le voisinage des hordes de Sauvages.
Cet oiseau, qui se laisse facilement approcher par l'homme, est cependant d'un naturel foible et craintif, et si lâche que la pie-grièche que j'ai nommée le fiscal lui donne la chasse et le met en fuite.
Le Rounoir est de la taille de notre buse, quant à la grosseur; mais elle est plus ramassée; sa queue est aussi moins longue. Ses aîles ployées s'étendent presque jusqu'au bout de la queue, qui est coupée carrément.
Le nom que j'ai donné à cet oiseau peint ses principales couleurs, qui sont le roux et le noir-brun; cette dernière domine sur la tête, le cou et le manteau. La gorge est égayée par un mélange de blanc, qui prend une teinte roussâtre à mesure qu'il s'approche de la poitrine, qui est entièrement d'un roux ferrugineux, flambé de quelques traits noirâtres. Le dessous du corps est varié de noir et d'un blanc sale; les couvertures du dessous de la queue sont noires, mêlées de roux. Les grandes pennes de l'aîle sont noirâtres, avec des bandes d'une couleur plus claire vers leur origine; les barbes intérieures sont blanchâtres; les autres pennes sont noirâtres par le bout, et comme marbrées dans leurs barbes extérieures, et dans toute la partie cachée quand l'aîle est en repos: elles sont de plus rayées transversalement de blanc et de noirâtre. Toute la queue est en dessus d'un roux foncé, avec une tache noire vers le bout de chaque plume; les deux extérieures seules ont des bandes noirâtres: en dessous, elle est d'un gris roussâtre. La base du bec, les pieds et les doigts sont d'un jaune terne; le bec et les serres sont presque noires. L'œil, qui est très-grand, est d'un brun foncé.
Le mâle et la femelle du Rounoir se trouvent presque toujours l'un avec l'autre et ne se quittent que très-rarement. Le soir, avant de venir se percher pour passer la nuit, on les voit tournoyer ensemble à peu d'élevation dans l'air: c'est dans ce moment sur-tout qu'ils font entendre ces cris aigus et rauques qui leur ont fait donner, par les habitans, le nom d'oiseau jacal.
Dans cette espèce, le mâle est moins fort dans toutes ses dimensions que la femelle; son noir est moins lavé, et le roux de sa poitrine plus foncé et plus mélangé de flammes noires.
LE ROUGRI, Nº. 17.
Les mêmes raisons qui m'ont engagé à nommer la buse précédente rounoir, m'ont déterminé à donner à celle de cet article le nom de Rougri; parce qu'il nous peint d'un seul mot les deux principales couleurs du plumage de cet oiseau, qu'un roux ferrugineux, plus ou moins foncé, teint par-tout en général, à l'exception pourtant des grandes pennes de l'aîle, dont la couleur est noire, et des plumes du cou par devant, ainsi que celles de la poitrine et les couvertures du dessous de la queue qui sont d'un gris blanchâtre: la queue elle-même qui, en dessus, est entièrement rousse, porte, par dessous, cette même teinte de gris, rayée par quelques bandes transversales peu apparentes. Le roux du ventre est plus clair que celui du manteau; il est aussi flambé de quelques traits noirâtres. Le bec et les pieds sont d'un beau jaune citron; les ongles sont noires; l'œil est d'une couleur rougeâtre.
Cette buse est sédentaire comme la précédente; on pourroit la regarder, en la comparant au rounoir, comme la buse sauvage du Cap, et la première comme la buse domestique. Il est même probable que le Rougri, étant plus petit et moins fort que le rounoir, l'espèce aura été contrainte d'abandonner les terres cultivées de la colonie, dont se seront emparés ces derniers, qui, par le puissant droit du plus fort, les en auront peu à peu chassés entièrement; les Rougris, comme tous les êtres qui tiennent de plus près à la nature, auront été contraints de faire, dans cette lutte, ce que font encore tous les jours les hommes sauvages de ces contrées, qui, pour éviter les cruautés des Blancs, et même de leurs concitoyens civilisés, se reculent de plus en plus dans les déserts, et diminuent leur population à mesure que celle de leurs persécuteurs semble s'augmenter. C'est par la même raison sans doute que le Rougri se trouve si rarement dans la colonie, où il ne fréquente même que les cantons arides et abandonnés.
Quoique la ponte du Rougri soit aussi de trois et quelquefois de quatre œufs, l'espèce en est cependant beaucoup plus rare et moins nombreuse que celle du rounoir. Cet oiseau vit de taupes, de rats, de souris et même d'insectes; et son cri approche beaucoup de celui de notre buse d'Europe.
En comparant le Rougri au rounoir, on le trouve plus alongé et moins trapu; sa queue est aussi plus longue et son bec visiblement plus foible. Moins accoutumé à la société de l'homme, il est plus craintif et se laisse difficilement approcher. Dans cette espèce, la femelle est un peu plus forte que son mâle, et lui ressemble d'ailleurs totalement, à l'exception de la teinte de son plumage, qui est d'un roux plus foible. Le mâle et la femelle ne se séparent que rarement; et c'est dans les buissons qu'ils construisent leur nid, qui est composé des mêmes matières que celui du rounoir.
LA BUSE GANTÉE, Nº. 18.
Cette buse porte un caractère facile à saisir, et qui la distingue des autres buses africaines: elle est gantée, c'est-à-dire, que son tarse est entièrement couvert de plumes qui descendent jusque sur les doigts. Ses culottes, très-amples, pendent si bas qu'elles touchent l'ongle postérieur et le dépassent même souvent. Cette espèce a tant de rapport avec un oiseau de proie du même genre, qui n'a point été décrit encore, et qui se rencontre pourtant assez communément dans la Lorraine, que je suis tenté de croire qu'ils ne font, l'un et l'autre, qu'une seule et même espèce; car ils ont effectivement les mêmes caractères, et diffèrent simplement par les couleurs plus ou moins nuancées de blanc; différence qui n'est pas, à beaucoup près, suffisante pour les séparer; d'autant plus que les buses varient généralement beaucoup en Europe, et tellement même qu'il est très-difficile d'y en rencontrer deux dont le plumage soit entièrement semblable pour les couleurs.
La Buse gantée fréquente, en Afrique, les pays couverts d'arbres; plus farouche que les autres espèces, elle a fui les cantons habités, et vit isolée. Ses mœurs sont plus sauvages que celles du rounoir et du rougri. Plus adonnée à la chasse, elle est aussi moins timide qu'eux, et ne se laisse pas chasser lâchement, ni par les pie-grièches, ni même par les corbeaux. Elle vole fort lestement, et attrape souvent des perdrix, qu'elle guette de dessus les arbres, et les saisit lorsqu'elles passent près de son embuscade.
Cet oiseau habite les forêts d'Auteniquoi, seul canton de l'Afrique où je l'ai trouvé. Il se perche ordinairement sur le sommet des arbres, où il est très-difficile de l'appercevoir; mais s'il se trouve dans le canton qu'il fréquente quelques grands arbres morts, il ne manque pas de s'y retirer de préférence, sur-tout quand il est repu: et en s'y tenant aux aguets, il est alors facile de le tuer au moment de son arrivée.
Cette buse est à peu près de la taille et de la forme de notre buse commune d'Europe; elle ressemble même tellement, pour son plumage, à plusieurs variétés de cette même espèce, qu'on la prendroit facilement, au premier coup-d'œil, pour être aussi une de ces variétés, si elle n'en étoit distinguée par le caractère du tarse, garni de plumes dans toute sa longueur, et par son bec plus délié et ses serres plus effilées; sa queue est aussi plus longue; la base du bec et les doigts sont jaunes. Le bec est bleuâtre; les ongles sont noirs et les yeux d'un brun noisette.
Tout le plumage de la Buse gantée est varié plus ou moins de brun, sur un fond blanc roussâtre, plus pur cependant sur la poitrine et la queue. Sur le flanc de chaque côté, le brun est répandu plus largement, et forme deux grandes taches de cette couleur; sur les culottes, les taches sont semi-circulaires et rangées symmétriquement dans la longueur des plumes. La queue est blanche en dessous, et porte vers son extrémité une bande noire; en dessus, elle est blanche, jusqu'à la moitié de sa longueur, où elle prend une légère teinte roussâtre, qui devient plus foncée à mesure qu'elle approche du bout, où elle est d'un brun-noir, et finit enfin par une bande blanche, formée par une tache de cette couleur, qui termine chaque plume de la queue. Le manteau et les aîles sont d'un brun foncé, varié d'une teinte plus foible. L'aîle ployée s'étend jusqu'au bout de la queue, qui est tant soit peu étagée.
LE TACHARD, Nº. 19.
J'ignore absolument tout, jusqu'à la plus petite particularité, de ce qui peut avoir rapport aux mœurs de cet oiseau de proie, que j'ai nommé Tachard, parce qu'il est l'unique de son espèce que j'ai été à portée de voir dans mes voyages, et qu'en outre je ne l'ai pas tué moi-même; car c'est mon fidèle Klaas qui le tira au moment où il passoit au-dessus de sa tête, et qui me l'apporta avec cette satisfaction qu'il avoit toujours à me procurer quelques oiseaux nouveaux et rares. Nous étions alors campés sur les bords de la rivière des Lions, dans le pays des giraffes, et depuis nous n'avons jamais apperçu un autre individu de la même espèce. Plusieurs Kaminouquois qui étoient présens quand Klaas me le remit, ne purent le nommer, et paroissoient ne pas le connoître. Il est donc probable que l'espèce habite un canton plus reculé, et que l'oiseau qui venoit d'être tué étoit un individu égaré et éloigné de son pays natal.
Le Tachard, par sa forme, approche beaucoup des autres buses africaines; cette espèce a seulement la queue plus longue qu'aucune des trois précédentes dont j'ai parlé, et elle est cependant la plus petite de toutes, quant à l'épaisseur du corps. Son bec est aussi foible que celui du rougri; mais en revanche ses serres sont plus grandes et plus arquées; ce qui prouveroit qu'elle chasse mieux: d'ailleurs, sa longue queue et ses aîles, dont la pointe s'étend jusqu'à son extrémité, doivent lui faciliter les moyens de poursuivre sa proie avec succès. Cette quatrième espèce de buse d'Afrique se distingue facilement du rounoir et du rougri, non-seulement par le caractère de sa queue plus longue, son corps plus svelte et ses couleurs différemment distribuées; mais encore parce que son tarse est couvert de plumes jusque passé le milieu de sa longueur: caractère qui suffira aussi pour la reconnoître d'avec la buse gantée, qui l'est entièrement jusque sur les doigts. Le Tachard est aussi moins culotté. Quant à ses couleurs, la tête est d'un brun-gris, égayé par quelques traits blancs de l'intérieur des plumes qui se montrent, et qui est la couleur générale du dessous de tout le plumage de cet oiseau. La gorge et la poitrine sont blanchâtres et parsemées de quelques taches brunes, répandues le long des plumes. Tout le dessous du corps, sur un fond blanc roussâtre, porte de larges taches brunes; les scapulaires et les couvertures des aîles sont d'un brun foncé; mais chacune des plumes étant bordée d'une couleur plus foible, elles se détachent et se dessinent séparément sur le fond. La queue, en dessus, est d'un brun foncé, et porte de larges bandes noirâtres; en dessous, elle est d'un gris-blanc, ondé d'un léger gris-brun, et les bandes y sont aussi moins apparentes. La base du bec est jaunâtre, la mandibule supérieure noire, et l'inférieure presqu'entièrement jaune jusqu'à sa pointe, qui seulement est noire. La partie nue du tarse est jaunâtre, ainsi que les doigts. Les ongles sont d'un brun-canelle. L'œil étoit d'un brun foncé rougeâtre. La queue est terminée carrément, c'est-à-dire, que toutes ses pennes sont d'une égale longueur.
LE BUSERAI, Nº. 20.
Cette espèce de buse est très-rare, et n'a point encore été figurée, que je sache: je l'ai trouvée dans un envoi d'oiseaux venant de Cayenne; mais sans la plus légère indication, soit sur ses mœurs, soit sur ses habitudes naturelles. Elle est d'une petite espèce, et approche de la taille de notre busard de marais. Les aîles ployées s'étendent jusqu'au bout de la queue, dont toutes les pennes sont d'égale longueur.
Cet oiseau n'est point culotté, et les plumes des jambes descendent un peu sur le tarse par devant. Le bec et les ongles sont noirs, et la base du bec m'a paru bleuâtre. La tête, le cou et la poitrine sont d'un blanc-roux, marqué de brun; mais ce brun prend une teinte plus noire sur le sommet de la tête, et s'étend en larges coups de pinceau sur le derrière du bas du cou. Les grandes pennes de l'aîle sont noirâtres; les moyennes, ainsi que les scapulaires et toutes les petites couvertures des aîles, sont d'un brun-roux, couleur de chataigne, plus ou moins taché ou rayé de noir-brun. La queue elle-même, sur un fond roux plus jaunâtre, porte des rayures noires en zigzag, et elle est d'un brun-noir à son extrémité. Le ventre et les jambes sont d'un roux-clair, rayé transversalement de noir-brun.
Le Buserai me paroît être le même oiseau que celui dont Mauduit a parlé, dans l'Encyclopédie méthodique, sous le nom de busard roux de Cayenne; il est cependant facile de voir que cette espèce n'est point un busard, ses pieds étant beaucoup plus courts que ceux de cette sorte d'oiseaux de proie.
LE BUSON, Nº. 21.
Cette espèce nouvelle, que j'ai reçue de Cayenne, me paroît approcher de très-près du genre des buses; oiseaux avec lesquels je lui trouve plus de ressemblance qu'avec tout autre oiseau de proie. Je lui ai donné le nom de Buson, en attendant que nous connoissions celui qu'il porte dans son pays natal, ou que nous soyons instruits de ses habitudes et de sa manière de vivre, sur lesquelles je n'ai pu avoir aucun renseignement quelconque: instructions sans lesquelles, je le répète, il sera toujours très-difficile de rapporter les espèces à leur vraie place, à celle enfin qu'elles tiennent dans l'ordre de la nature.
Le Buson est de la taille à peu près de notre petite buse; celle que Buffon a désignée par le nom de soubuse: il a les pieds et les griffes d'un noir de corne, ainsi que le bec, dont la base est jaune. La tête et le cou sont couverts de plumes noires à leurs extrémités et blanches dans la partie qui est cachée lorsqu'elles sont couchées naturellement les unes sur les autres. Les grandes pennes de l'aîle sont noires dans leur plus grande étendue, et comme marbrées de blanc et de roux dans leurs barbes intérieures; les suivantes sont d'un roux-canelle, flambé de noir, et toutes ont leurs extrémités d'un noir-brun. Le manteau, les scapulaires et les petits recouvremens des aîles, tant en dessus qu'en dessous, sont d'un noir-brun, plus ou moins mélangé et bordé de roux. Les pennes de la queue, qui toutes ont la même grandeur, sont noires, et portent chacune une bande transversale blanche vers le milieu de leur longueur; elles sont aussi terminées par un liséré blanc, et légèrement nuancées de roux dans la partie cachée par les recouvremens du dessous de la queue. Toutes les parties inférieures du corps, ainsi que les plumes des jambes, portent une rayure noire sur un fond roussâtre. Cet oiseau n'est pas culotté, et sa tête est petite: deux caractères qui le distinguent de nos buses européennes. Les aîles ployées ne s'étendent pas plus loin que la moitié de la longueur de la queue.
Les ressemblances dans les couleurs sont très-grandes entre cet oiseau et celui de l'article précédent; ce qui pourroit induire en erreur, et les faire prendre pour être de la même espèce, si on ne faisoit attention aux caractères que je vais indiquer, et qui les séparent certainement. Les aîles du buserai atteignent l'extrémité de la queue; tandis que dans le Buson elles n'arrivent que vers le milieu de sa longueur; il a encore une partie du tarse couverte de plumes; ce que n'a pas le dernier. Enfin, le Buson a le tour des narines jaune, et son bec est plus large et moins long que celui du buserai.
DES MILANS.
LE PARASITE, Nº. 22.
Le milan se caractérise, parmi les races nombreuses et difficiles à reconnoître des oiseaux de proie, par sa queue fourchue et par ses longues aîles, lesquelles atteignent l'extrémité de cette queue, qui elle-même est fort alongée. C'est d'après ces caractères réunis que je rapporte au genre du milan d'Europe, l'oiseau que j'ai fait représenter planche 22. L'ensemble des différens traits de la conformation des animaux, éclaire le travail qu'on fait pour les classer, et prévient l'erreur dans laquelle induiroit souvent la considération d'un seul caractère: non-seulement ceux énoncés ci-dessus conviennent parfaitement au Parasite; mais la forme totale du corps de cet oiseau, son port et ses habitudes, tout se rapporte pour le placer naturellement à côté de notre milan[9]. Il en diffère par sa queue, beaucoup moins fourchue, et par sa taille, car le Parasite n'est pas plus fort que notre soubuse; par son bec, qui est jaune au lieu d'être noirâtre comme dans notre milan; par la base du bec, bleuâtre au lieu de jaune. Ils ont de commun les pieds jaunâtres et les serres noires. Une courte description des couleurs du Parasite, jointe à un simple coup-d'œil de comparaison sur les figures qui représentent ces deux oiseaux, suffiront maintenant pour les faire distinguer l'un de l'autre.
[9] Voyez les planches enluminées de Buffon, Nº. 422.