Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Part 11
Le Choucou, par sa forme alongée, approche encore plus des oiseaux de proie de jour que le caparacochx. Il a la gorge, le cou par devant, la poitrine et généralement tout le dessous du corps, depuis le bec jusque sous la queue, y compris le dessous des aîles, les jambes, le tarse et les doigts, couverts de plumes soyeuses d'un blanc éblouissant. Celles qui recouvrent les jambes sont fort longues et descendent si bas qu'elles couvrent entièrement les pieds, dont on n'apperçoit absolument que les ongles; ceux-ci sont noirs, ainsi que le bec qu'on remarque à peine, tant il est environné, jusqu'aux narines, de plumes fines qui ressemblent à des poils. Les yeux ont une couleur orangée très-vive. Le dessus de la tête, le derrière du cou et le manteau sont d'un gris-brun roussâtre; les couvertures des aîles ajoutent à cette même teinte des taches blanches; toutes les pennes des aîles sont lisérées de blanc à leurs pointes. La queue est composée de douze pennes, dont les deux du milieu sont entièrement du même gris-brun que les aîles; les autres, sur ce même fond, portent, dans leurs barbes extérieures, des bandes transversales d'un beau blanc; les barbes intérieures de la queue étant blanches sans aucune rayûre, elle est en dessous absolument de cette couleur.
Le Choucou a le corps mince, fluet et alongé; sa tête est ronde, son bec très-petit et ses tarses fort courts. Il a tous les gestes et les mouvemens de tête de la chevèche et des chouettes en général, sans en avoir la stupidité. L'aîle pliée s'étend jusqu'au milieu de la queue, qui est étagée comme celle du coucou d'Europe, oiseau auquel il ressemble par sa forme alongée et par ses pieds courts: il n'a cependant qu'un doigt derrière et trois par devant; mais j'ai observé que le doigt extérieur se tourne quelquefois en avant, quand l'oiseau est perché; ce qui joint à sa forme, pourroit le faire prendre pour un oiseau du genre des coucous. Nous remarquons la même particularité dans la chevèche et le scops, oiseaux de nuit qui tous deux se perchent souvent de cette même manière. J'ai remarqué également dans quelques autres oiseaux, dont le caractère des pieds est d'avoir les doigts placés deux à deux, qu'ils ramènent, au contraire quelquefois en avant leurs doigts extérieurs de derrière; telle est l'habitude du touraco, dont souvent les doigts d'un des pieds sont posés d'une façon, pendant que ceux de l'autre le sont d'une manière différente.
Ce caractère de la conformation des doigts du Choucou appartient sans doute aussi au _hawk-owl_ d'Edwards; mais ce naturaliste ne l'aura point saisi, parce qu'il n'a vu apparemment que la peau rembourrée de cet oiseau; sans quoi cette observation ne lui seroit certainement point échappée.
Les colons du pays d'Auteniquoi nomment le Choucou _nagt-valk_ (faucon de nuit); au Cap on donne en général, comme je l'ai dit, à tous les petits oiseaux de proie le nom de _valk_ (faucon).
Le Choucou ne paroît qu'après le crépuscule; et déja les oiseaux nocturnes se sont fait entendre de toutes parts, que celui-ci est encore dans sa cachette; il ne se montre enfin qu'au moment où l'on commence à ne plus distinguer bien nettement les objets. On l'entrevoit voler avec une si grande rapidité, en rasant la terre ou les arbres à la lisière d'un bois, que l'œil le plus attentif ne peut suivre ses mouvemens. J'ai vainement tenté d'en tuer un; et, quoique la grande habitude de la chasse m'ait rendu assez adroit dans cet exercice, j'avouerai pourtant n'avoir pu parvenir à l'abattre à coups de fusil; parce qu'il est impossible de le suivre assez de tems pour le viser dans l'obscurité: et sans le plus heureux des hasards, j'aurois probablement quitté l'Afrique sans avoir pu me procurer cette charmante espèce. J'étois campé dans le pays d'Auteniquoi; mes tentes étoient placées à l'entrée de la forêt, et régulièrement tous les soirs nous voyons voler près de nous deux oiseaux auxquels j'avois en vain tiré au hasard plus de trois cents coups de fusil pendant l'espace d'un mois. Nous étions parvenus précisément dans cet instant où les pluies continuelles nous ayant inondés et mouillés de toutes parts, nous saisîmes un jour de soleil pour faire sécher tous nos effets moisis par l'humidité; j'avois de même fait étendre à terre un filet de cailles pour le préserver; heureusement que, par la négligence de mes Hottentots, ce filet resta tendu toute la nuit, de sorte que le matin, en passant auprès pour aller chasser, j'apperçus mes deux oiseaux qui s'y étoient empêtrés, soit en rasant la terre, comme je leur avois vu faire pour attraper les insectes dont ils se nourrissent, soit peut-être en voulant saisir ceux qui s'y étoient eux-mêmes engagés. Je les débarrassai du filet, bien content d'avoir en ma possession ces deux jolis oiseaux, que je me doutai bien être ceux qui m'avoient déja tant coûté de poudre et de plomb si inutilement. Je les fis mettre dans une cage, où ils moururent au bout de trois jours, ayant constamment refusé de prendre aucune nourriture. J'étois certain que ces deux oiseaux étoient précisément les mêmes que j'avois en vain guettés si long-tems; car depuis cet instant il n'en reparut pas d'autres.
Quelques tems après, étant campé à Pampoen-kraal, j'apperçus un autre couple de ces mêmes oiseaux, que j'attrappai de la même manière, en laissant mon filet tendu toute la nuit. Mais comme les deux premiers s'étoient beaucoup salis dans la cage, je tuai et préparai aussitôt ces deux derniers. J'ai donné le portrait du mâle, de grandeur naturelle, dans la planche Nº. 38. La femelle, un peu plus petite, ne différoit de son mâle que par le blanc moins pur du dessous du corps. Je n'ai trouvé dans leur estomac que des débris d'insectes et des os d'une espèce de petite grenouille très-commune, qui se tient sur les arbres et les buissons. Dans aucun tems, je n'ai vu ni entendu ces oiseaux que la nuit. Edwards nous apprend que le hawk-owl chasse et vole en plein jour; ce que ne fait absolument point l'espèce que j'ai décrite. J'assure même ne l'avoir jamais rencontrée ni apperçue pendant le jour, malgré toutes les recherches que j'en ai faites. Mais il m'arrivoit très-souvent de faire lever tous les autres oiseaux de nuit: preuve certaine du soin avec lequel se cache celui dont nous parlons. Cela me porte assez à croire que cette espèce se retire dans des trous d'arbres. Il est probable qu'elle y pond aussi, comme me l'ont certifié tous mes Hottentots, qui m'ont même dit que leurs œufs étoient blancs. Je ne l'assurerai pas, ne les y ayant point vus; mais à une odeur très-particulière qu'ont en général tous les oiseaux qui se retirent dans des trous d'arbres, et que j'ai remarquée à ceux-ci, j'ai tout lieu de présumer qu'en effet ils ont la même habitude[23].
[23] Il n'est pas douteux que les oiseaux qui nichent et se retirent dans des trous d'arbres, ont une odeur particulière qu'on ne trouve absolument pas dans les autres oiseaux. En mettant sous son nez un de nos pics et en même tems un autre oiseau, on se convaincra facilement de la vérité de mon observation. Les oiseaux de mer exhalent aussi une mauvaise odeur huileuse très-distinctive; pendant que les sucriers et les guêpiers sont, au contraire, parfumés d'une manière fort agréable, et que les martins-pêcheurs sentent le poisson cru. J'observerai que ceci n'a lieu que pour les oiseaux vivans ou nouvellement tués; car dans nos cabinets on conçoit bien que le camphre et les drogues qui servent à leur préparation doivent avoir détérioré et changé les odeurs naturelles de chaque espèce.
Je n'ai trouvé le Choucou que dans le pays d'Auteniquoi. J'ai aussi apperçu mainte fois, vers le Sondag et le Swarte-kop, ainsi que dans l'intérieur des terres, pendant le retour de mon premier voyage, plusieurs oiseaux voler le soir précisément de la même manière et avec la même vîtesse que le Choucou; mais ceux-ci m'ont paru être au moins le double plus grands. N'ayant pu parvenir à tuer, ni à prendre un individu de cette espèce, quoique j'aie tendu mon filet exprès, comme par le passé, je ne puis en dire rien de plus. Il est à présumer cependant que ces oiseaux de nuit appartiennent aussi à la même famille, et qu'ils formeront une quatrième espèce à ajouter au caparacochx de la baie de Hudson, au Choucou d'Auteniquoi et à la chouette à longue queue de Sibérie.
Ce que j'ai dit de la rapidité du vol de ces oiseaux, apperçus vers le Sondag et le Swarte-kop, prouve qu'on ne peut raisonnablement les soupçonner d'être une espèce d'engoulevent. Ces derniers ayant le vol bien moins rapide et plus analogue enfin à celui des chouettes.
Pendant l'action du vol, le Choucou est très-criard. On l'entend sans cesse répéter, d'une voix pincharde, les syllabes _cri-cri-cri--cri-cri-cri--cri-cri-cri_, qu'il précipite d'une manière remarquable lorsqu'il passe près de l'homme ou d'un animal quelconque. Ces oiseaux sont peu farouches; ils m'approchoient de si près en volant, que je sentois, sur mon visage, le vent de leurs aîles. Les deux premiers Choucous, que j'ai gardés vivans l'espace de trois jours, restoient très-tranquilles pendant la journée; mais en revanche ils étoient en mouvement toute la nuit. La grande lumière paroissoit les gêner beaucoup, et lorsqu'il m'arrivoit de les placer au soleil, je les voyois tout aussitôt fermer leurs yeux et cacher leur tête.
LE CHOUCOUHOU, Nº. 39.
Cette chouette africaine est bien propre encore à remplir le très-petit intervalle qui paroissoit séparer le choucou des chouettes; sa queue, plus longue qu'elle ne l'est ordinairement dans les oiseaux de ce genre, est à peu près aussi étagée que dans le choucou. Sa tête est également moins grosse; son bec est de même d'une petite structure et se trouve presque entièrement caché dans les plumes poileuses qui environnent sa base et couvrent absolument les narines. Son corps, moins ramassé et plus svelte que celui des chouettes, est encore un caractère qui, joint à ceux dont nous venons de faire mention, font tenir à cet oiseau le milieu entre l'espèce précédente et les autres chouettes dont nous avons encore à parler.
Le Choucouhou est à peu près de la grosseur de notre moyen-duc; mais il est cependant plus alongé, et ses pieds sont aussi plus longs. Ses aîles pliées s'étendent aux trois quarts de la longueur de la queue; les tarses et les doigts sont couverts de plumes soyeuses très-déliées; le bec et les ongles sont d'un brun-noir et les yeux d'un jaune de topase foncé. La gorge est ornée d'une espèce de collier ou plaque blanche. Le reste du plumage est agréablement varié en dessus de brun de différentes teintes, lequel, en se dégradant insensiblement du ton le plus foncé au ton le plus clair, se trouve plus ou moins varié de blanc. La poitrine et le dessous du corps portent les mêmes couleurs; mais elles sont plus régulièrement distribuées en une rayûre festonnée, dont le fond blanchit à mesure qu'il s'approche du ventre et des jambes. Les plumes soyeuses qui couvrent les tarses et les doigts jusque sur les ongles, sont d'un gris blanchâtre. La queue est en dessous rayée de brun-noir et de blanc roussi; en dessus le blanc est plus pur et le brun moins foncé. Je renvoie mon lecteur à la figure que j'ai publiée de cet oiseau. Elle lui donnera une idée plus parfaite de ses couleurs et de leurs distributions, qu'une énumération exacte des différentes nuances de son plumage, dont un long détail seroit d'autant plus ennuyeux à lire que l'oiseau seroit plus exactement décrit.
Je n'ai rencontré le Choucouhou que dans le voisinage de la rivière d'Orange et chez les Grands Namaquois, pays où je l'ai vu très-fréquemment. Quoique cette espèce de chouette ne se montre que durant la nuit, je l'ai apperçue plusieurs fois étant à la chasse dans le bois, et j'ai remarqué même qu'elle voloit très-bien en plein jour et pendant la clarté du soleil; mais pour l'appercevoir il falloit, ou qu'un coup de fusil l'eut fait lever, ou qu'on s'approchât de l'arbre sur lequel elle étoit perchée. Je doute cependant que cette chouette chasse dans d'autres momens que le soir ou au point du jour. Car lorsqu'il m'arrivoit d'en rencontrer une en plein midi, tous les petits oiseaux l'entouroient et se jetoient sur elle, en la poursuivant jusqu'à ce qu'elle se fut cachée de nouveau; et elle ne leur faisoit aucun mal. Elle paroissoit, au contraire, fuir à leur approche, et s'éloigner d'eux sans chercher même à leur faire la moindre résistance; seulement, de tems à autre, elle laissoit échapper un cri plaintif, à peu près le même que celui que fait entendre notre effraie lorsqu'elle vole le soir. Elle faisoit aussi un craquement de bec fort particulier et qu'on entendoit d'assez loin.
Je n'ai pu rien apprendre de positif ni sur la ponte, ni sur la manière dont cet oiseau construit son nid. La femelle est un peu plus forte que le mâle; mais elle en diffère d'ailleurs très-peu par son plumage, qui est seulement moins flambé de blanc. Ses yeux m'ont aussi paru d'un jaune un peu moins foncé. Lorsque nous étions campés, et que nos feux du soir étoient allumés, ces oiseaux venoient voler au-dessus de notre camp, et quelquefois leurs cris lugubres nous empêchoient de dormir; mais nous les tuions facilement à la clarté du feu ou de la lune.
LE GRAND-DUC, Nº. 40.
Le Grand-duc du Cap de Bonne-Espérance me paroît absolument n'être qu'une variété de l'espèce que nous trouvons en Europe; il a précisément les mêmes caractères et à peu près les mêmes couleurs; il m'a semblé seulement un peu plus petit et plus ramassé. Il porte aussi deux espèces d'oreilles, formées par deux longues touffes de plumes qui s'élèvent de chaque côté du front, précisément au-dessus des yeux, et que l'oiseau a la faculté de relever quand il lui plaît, mais qui la plupart du tems restent appliquées contre la tête. Ces espèces d'oreilles, sont le seul caractère distinctif par lequel on reconnoît des autres oiseaux nocturnes, ceux auxquels les nomenclateurs ont donné le nom de duc. Nous connoissons en France trois espèces différentes de ces oiseaux à plumes relevées sur la tête: savoir, le grand-duc, le moyen-duc et le petit-duc ou scops. Non-seulement ces trois espèces se trouvent aussi en Afrique, mais elles paroissent généralement répandues dans tout l'ancien continent, où l'influence du climat a peu changé leurs couleurs; car la différence la plus remarquable de leur plumage est d'être simplement plus ou moins foncé de brun ou taché de noir; variations que nous observons également dans les différens individus tués dans le même pays.
Quant au Grand-duc de Virginie, décrit par Edwards, Buffon s'est mépris en le regardant aussi comme une simple variété de notre Grand-duc; j'ai examiné cinq de ces oiseaux du nouveau continent, et je leur ai trouvé des caractères très-distinctifs de ceux de l'ancien. Premièrement les oreilles ou aigrettes, comme l'a très-bien remarqué Edwards, partent de la base du bec dans le Grand-duc de Virginie ou de la baie de Hudson; tandis qu'elles sortent directement au-dessus des yeux dans les autres. De plus il y a aussi une différence marquée dans la construction des aîles de ces oiseaux et dans la longueur de leur queue: caractère que le climat ne change jamais. Nous remarquerons encore que le plumage du Grand-duc d'Amérique est rayé transversalement d'une manière très-régulière, tandis que dans notre Grand-duc il est taché suivant la longueur des plumes. J'ai examiné trente-deux Grands-ducs d'Europe, et je n'en ai vu aucun dans ce nombre dont les aigrettes partissent de la base du bec. Il se peut que dans la figure qu'Aldrovande a donnée du Grand-duc, le peintre ait placé les aigrettes sur le nez; mais ce n'est point d'après une mauvaise figure que l'on doit établir les caractères d'un animal; et Buffon a eu tort, d'après l'inspection de cette seule figure, de conclure que cette variété se trouvoit également en Europe. Au reste, ce n'est pas la première fois que nos ornithologistes ont donné aux oiseaux des caractères pris au hasard, soit d'après des dessins peu corrects, soit d'après les imperfections d'un individu mutilé, qu'ils n'avoient jamais vu que dans un cabinet.
C'est sur les bords de la rivière des Éléphans que j'ai trouvé, en Afrique, le Grand-duc. Il est un peu plus petit que ceux que j'ai vus en Europe; il a généralement aussi plus de noir dans le plumage du dos et des aîles. Les yeux, le bec et les ongles sont absolument de la même couleur. La ponte est de trois œufs; et c'est dans les rochers que la femelle les dépose, sur un tas de petites branches, mêlées de mousse et de feuilles sèches.
LE MOYEN-DUC.
Notre Moyen-duc se trouve dans presque toute la Colonie du Cap de Bonne-Espérance; il se retire et pond également dans les rochers, et on le rencontre souvent en plaine pendant le jour. Cette espèce a encore moins varié, dans le climat de l'Afrique, que celle du grand-duc.
LE SCOPS.
C'est dans le Camdeboo que j'ai trouvé le Scops ou Petit-duc. Ce charmant petit oiseau de nuit n'a absolument point varié en Afrique, ni pour la taille, ni pour les couleurs: il est parfaitement semblable à ceux que j'ai tués dans les environs de Paris.
J'ai également reçu de Cayenne un très-petit-duc qui m'a paru être de la même espèce que celui d'Europe et d'Afrique; ses couleurs étoient simplement plus roussâtres sur les aîles et le dos. Mais cet oiseau étant en Europe plus roux dans son jeune âge que lorsqu'il est adulte, il est probable que celui d'Amérique, que j'ai vu, n'avoit pas encore quitté la livrée de l'enfance qui, comme je l'ai déja fait observer, est généralement chez tous les oiseaux carnivores, mêlée de beaucoup de roux dans les premières plumes: cette couleur dominant même pendant toute la première année.
LA CHOUETTE[A].
Notre Chouette ou grande chevèche, comme l'a nommé Buffon[24] d'après Belon, se retrouve au Cap de Bonne-Espérance, où elle est tout aussi commune qu'en France. Cette espèce est encore une de celles que l'on voit également répandue, non-seulement dans toutes les différentes contrées de l'Europe, mais qui se rencontre aussi dans les autres parties du monde, où elle n'a pas varié d'une manière fort sensible. Les colons du Cap donnent généralement le nom hollandois de _uyl_ à toutes les espèces de Chouettes indistinctement. Celle-ci est fort commune sur les montagnes, et particulièrement sur celles qui sont garnies de rochers; elle couve et élève ses petits dans leurs cavernes et s'y retire pendant le jour.
[A] Je ne donne point la figure de cette Chouette, parce qu'elle ressemble absolument à celle que nous trouvons en France.
[24] Voyez les planches enluminées de Buffon, Nº. 438.
J'ai reçu de Cayenne une Chouette absolument pareille à celle du Cap et d'Europe.
J'ai ouï parler souvent aux colons du Cap d'une très-petite espèce de Chouette, sans oreilles ou aigrettes, que je n'ai jamais tuée, ni même apperçue. C'est probablement la chevèche[25] qu'ils vouloient m'indiquer. Il est même plus que probable que cet oiseau se trouve aussi en Afrique, puisque toutes nos autres espèces de Chouettes s'y trouvent également. Cependant je n'assurerai pas que la hulotte ou le chat-huant[26] habite cette partie du monde, ne l'y ayant jamais vue, et n'ayant pas même entendu dire qu'elle se trouvât dans aucun canton de la Colonie.
[25] _Idem_, Nº. 439.
[26] Voyez les planches enluminées de Buffon, Nos. 437 et 441. Il a fait très-gratuitement deux espèces de la hulotte et du chat-huant; tandis que très-certainement son chat-huant n'est que la hulotte, dans son jeune âge, observation dont je suis très-certain, ayant élevé plus de dix nichées de ces oiseaux. On voit que Frisch a eu grande raison de regarder l'un de ces oiseaux comme une simple variété de l'autre, malgré ces prétendus caractères par lesquels Buffon prétend les distinguer.
DE L'EFFRAIE.
L'Effraie ou Fressaie[27] est très-commune au Cap de Bonne-Espérance, où elle a moins varié encore que les espèces dont j'ai fait mention dans les articles précédens; car non-seulement elle y est absolument la même, mais on trouve qu'elle subit en Afrique les mêmes variations que dans nos climats glacés: je l'y ai vue avec tout le dessous du corps, ainsi que toute la face, d'une couleur roussâtre uniforme, qui est la livrée du mâle dans son jeune âge. Quelquefois le roux des parties inférieures se trouve parsemé de traits noirs; telle est la femelle dans son enfance. Adulte, le mâle a le dessous du corps d'un beau blanc, et la femelle porte des taches longuettes noires. Enfin, l'Effraie ou Fressaie est au Cap de Bonne-Espérance absolument le même oiseau qu'en Europe; mais comme dans ce pays peu habité il n'y a ni vieux châteaux, ni vieilles tours, elle se tient dans les cavernes des rochers, où elle pond, sur un amas de branches et de feuilles sèches, sept à huit œufs blancs. On l'apperçoit rarement pendant le jour; mais le soir elle se répand par-tout, et même dans la ville et sur les habitations à portée des rochers où elle se retire. Les colons, qui ont rapporté dans cette partie du monde les préjugés populaires de l'Europe, voient dans l'Effraie le messager de la mort, et lui donne le nom de _dood-vogel_ (oiseau de la mort). Ils nomment les autres chouettes _uylen_, nom hollandois de tous les oiseaux nocturnes en général.
[27] _Idem_, Nº. 440.
Tout ce que nous venons de voir sur le peu de variations qu'ont subi les mêmes espèces de chouettes en Europe et en Afrique, prouve assez que les différens climats ne changent pas autant les couleurs que Buffon paroît l'avoir cru. D'ailleurs, nous verrons, dans tous les genres, beaucoup d'autres oiseaux d'Europe lesquels se trouvent aussi en Afrique, et qui sont restés les mêmes sans avoir subi aucune altération, ni dans leurs couleurs, ni dans leurs caractères.
Jusqu'ici nous avons vu le grand-duc, le moyen-duc, le scops, la chouette et l'Effraie; tous oiseaux qui n'étant certainement point voyageurs, habitent probablement l'Afrique depuis la création du monde. Voilà donc déja cinq espèces bien constatées qui sont restées sans altération, depuis les glaces du nord de l'Europe, jusque dans les climats de la zone torride. Ces espèces ne sont pas seulement confinées au Cap même, mais se trouvent répandues dans l'intérieur de l'Afrique, et sans doute jusque sous la ligne.