Histoire Médicale de l'Armée d'Orient. Volume 2

Chapter 7

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Rosette, située au 31° 54' 2" de latitude boréale, et au 28° 11' 24" de longitude, méridien de Paris, est l'une des plus belles villes de l'Égypte; elle est bâtie sur la rive occidentale du Nil, à une lieue et demie de la mer. En considérant les blocs considérables et les nombreuses colonnes de granit qui se trouvent fréquemment, on pourrait croire cette ville très ancienne; mais l'histoire ne fait pas remonter sa fondation plus haut que le huitième siècle. El-Macin nous apprend qu'elle fut bâtie sous le règne d'èl-Metouakel, khalife de Bagdad, vers l'an 870 de l'ère vulgaire, et sous le pontificat de Canna, patriarche des jacobites à Alexandrie.

Rosette, d'une forme demi-ovalaire, a à-peu-près une lieue de longueur sur un quart de largeur; les maisons y sont d'une forme élégante, construites assez solidement, et terminées par des terrasses: les rues ne sont point régulièrement alignées, et la plupart sont étroites; mais le quai qui borne le Nil est très beau, la vue en est extrêmement agréable. Il y règne de la fraîcheur et un grand mouvement qui produit beaucoup de diversion.

Au nord de la ville on trouve une place assez belle et très spacieuse; c'est là qu'est établi l'hôpital militaire, propre à recevoir commodément trois cents malades.

La ville est entourée de jardins, surtout au nord et au sud. La plupart de ces jardins sont hérissés d'orangers, de citronniers, de bananiers, de dattiers, etc., plantes sans aucun ordre. L'art de cultiver les orangers et les citronniers est absolument inconnu. Au reste l'hiver ne les dépouille point de leur verdure, et ils sont toujours comme au printemps; dans le temps des fleurs ils embaument au loin l'air que l'on respire. On cultive avec quelque soin une prodigieuse quantité d'excellentes plantes potagères, que l'on transporte à Alexandrie, dont le terrain stérile n'a pas les mêmes richesses. On trouve encore à Rosette et on en exporte des melons, des figues, des bananes, des pêches, des abricots, des grenades, des oranges, etc.

Au sud et au sud-ouest il y a des monticules de sable, et au nord une plaine à perte de vue très bien cultivée et très agréable.

Rosette est en face du fertile Delta, où l'on cultive entre autres choses une prodigieuse quantité d'excellent riz. Les rizières ne me paraissent pas entraîner l'insalubrité dont on se plaint tant et avec fondement en Europe.

Il est très difficile d'évaluer au juste la population d'aucune ville de l'Égypte; cependant je crois que celle de Rosette est de douze à quinze mille habitants. La population était beaucoup plus considérable, et peut-être double, il y a quelques années; mais une interruption notable dans le commerce intérieur et extérieur, ainsi que des épidémies fréquentes ont contribué à cette diminution. La célèbre peste appelée en Égypte d'Ismael-bey, qui a eu lieu en 1791, a fait à Rosette des ravages particuliers.

Le plus grand nombre des habitants de Rosette sont musulmans; le reste est Juif, ou catholique du rite grec ou latin. Le gouvernement des Mamelouks attachait peu d'importance à la diversité des cultes, et les tolérait tous.

Les habitants de Rosette sont généralement d'un caractère froid et tranquille, sans désirs, sans ambition, supportant également la bonne et la mauvaise fortune, rapportant tout à la volonté de Dieu. Les hommes passent le jour occupés à fermer, à leurs affaires, ou au milieu de leur famille; rarement ils se promènent même dans leurs suaves jardins. Tout ce qu'a raconté Savary sur les fréquents rendez-vous des jeunes Géorgiennes est une fiction de son imagination; les femmes ne sortent pas plus de leurs maisons que dans le reste de l'Égypte: c'est une habitude prise dès l'enfance, et non pas une contrainte.

Les hommes sont généralement d'une belle taille, robustes, et d'une physionomie mâle; leur marche est grave et mesurée.

Quant aux femmes, il est difficile de les voir et de les juger. La coutume de les voiler, qui nous paraît ridicule, n'est pas sans de grands avantages pour le bonheur individuel des familles. C'est dans l'Orient que les hommes peuvent se flatter d'avoir une femme qui leur appartient exclusivement, et des enfants qu'ils ont faits. Les femmes n'ont qu'une occupation, celle de plaire à leurs époux: il est vrai qu'elles sont aussi plus jalouses de la toilette, des belles étoffes et des bijoux, que les Européennes, et que c'est par leurs caresses qu'elles obtiennent tout ce qu'elles veulent. Quoique les femmes de ces contrées se croient assez instruites sur les moyens de concevoir aisément, elles consultent encore avec empressement les médecins sur cet objet. Un grand caractère de beauté pour les femmes est d'avoir de l'embonpoint, quelque loin qu'il soit porté; et ce que l'on peut dire de plus flatteur pour une femme c'est qu'elle est belle comme la lune.

Prosper Alpin a déjà parlé des différents moyens qu'emploient les femmes pour s'engraisser: mais je me propose de traiter amplement cette matière dans un ouvrage étendu, que je compte publier dès que les circonstances me le permettront, et dont l'annonce est déjà connue par une lettre adressée au citoyen Desgenettes, médecin en chef de notre armée, en date du 18 pluviôse an VIII, et imprimée le 30 du même mois dans le n° 59 du courrier d'Égypte.[3]

[Note 3: Tout mon travail est divisé en neuf articles; savoir:

1° Topographie physique du grand Kaire; 2° Son climat, différence des saisons, etc.; 3° État actuel de la médecine, de la chirurgie, et de la pharmacie. 4° Recherches sur la manière la plus vraisemblable d'évaluer la population du Kaire; 5° Qualités physiques et morales des habitants; 6° Leur manière de vivre; 7° Les bains d'étuves, et leur influence sur la santé; 8° Les principales maladies qui s'observent; 9° Exposé de la matière médicale des habitants du Kaire.

Je compte encore publier différents autres mémoires, parmi lesquels il s'en trouve un sur le commerce des nègres au Kaire, et sur les maladies auxquelles ils sont sujets en arrivant. Il contient, à ce que je crois, des détails assez curieux, entièrement négligés par les voyageurs qui ont jusqu'à présent visité l'Égypte.]

La manière de vivre des habitants de Rosette est très simple, et offre un grand exemple de sobriété. L'eau du Nil devient saumâtre quand ce fleuve décroît, parce que l'eau de la mer vient s'y mêler; et on boit alors l'eau des citernes, que l'on remplit tous les ans dans le temps de la crue du fleuve.

Parmi les animaux domestiques celui qui prospère le plus est le buffle; son lait est très substantiel, mais sa chair est inférieure à celle du boeuf et des vaches. Plusieurs épizooties ont réduit considérablement le nombre de ces derniers animaux. Il est remarquable qu'au plus fort de la maladie les buffles vivaient pêle-mêle avec les boeufs et les vaches, prenaient la même nourriture sans en prendre la maladie.

Il y a beaucoup de chameaux à Rosette. L'entretien de cet animal utile est peu coûteux: mais il exige beaucoup de soins; si on charge mal un chameau on court risque de le blesser et de le mettre facilement hors de service. Ceux qui ont mangé du chameau le préfèrent au cheval. Les chameaux et les chameliers sont très sujets à la gale: on la traite chez les uns et les autres avec du soufre. Au reste la gale est très rare dans toute l'Égypte, même parmi les Juifs, qui, comme on le sait, sont partout ailleurs sujets à cette maladie de la peau.

Le climat de Rosette est beaucoup plus tempéré que celui du Kaire. Dans le printemps, l'automne, et l'hiver, l'atmosphère est sensiblement humide du coucher au lever du soleil. Il pleut en hiver quelquefois plusieurs jours de suite; et c'est ce qui a déterminé les habitants à bâtir solidement leurs maisons. Les vents du nord sont fréquents en été; on s'en aperçoit à la direction de quelques sycomores. Quand le vent diminue, on est abattu comme dans le reste de l'Égypte; et c'est le temps des maladies.

La peste, la dysenterie, la petite vérole, et les maux d'yeux sont les maladies les plus fréquentes et les plus redoutables à Rosette. Les moins dangereuses sont les affections hémorroïdales, l'asthme, la faiblesse, et les flatuosités de l'estomac. Le rachitis, la dentition difficile, et les convulsions enlèvent une quantité considérable d'enfants dans la première et seconde année de leur vie. On voit assez fréquemment une tuméfaction monstrueuse des extrémités inférieures.

L'expérience a prouvé qu'il est avantageux d'envoyer les convalescents du Kaire à Rosette: cette translation guérit souvent des dysenteries rebelles.

Rosette n'a ni médecins, ni chirurgiens, ni pharmaciens instruits ou expérimentés. Il est d'usage de traiter les maladies vénériennes avec la salsepareille et les bains; ce qui réussit. Ce qu'ils savent sur la peste se réduit à son histoire.

J'aurais désiré donner plus d'extension à cette notice; mais je n'ai pu me refuser à la rendre publique pour me conformer aux vues énoncées dans la circulaire du médecin en chef de l'armée, du 25 thermidor an VI.

NOTES

_Pour servir à la topographie physique et médicale d'Alexandrie, rédigées par le citoyen SALZE, médecin ordinaire de l'armée d'Orient._

Oui, ces ruines même ont encore des attraits! Là, si le coeur nourrit quelques profonds regrets, Si quelque souvenir vient rouvrir sa blessure, Il peut mêler son deuil au deuil de la nature.

DELILLE, Poème des Jardins.

Alexandrie, à l'ouest et à 95,016 toises de distance du Kaire, ou 41 lieues et 6 toises, en comptant les lieues à 2,283 toises, est située au 30° 33' 4" longitude, et au 24° 59' 59" de latitude boréale, méridien de Paris; cette ville est bornée au nord et au couchant par la mer, à l'est par le Khalish, et au midi par le lac Maréotis: on la divise en ville vieille et nouvelle; il ne reste de la vieille ville qu'une vaste enceinte de murailles, flanquées de tours très élevées de distance en distance, et dont la majeure partie est déjà minée par le temps. Ce qui est contenu dans cette enceinte n'offre de tous côtés aux yeux du spectateur affligé qu'un amas confus de décombres et de ruines, tristes restes de la magnificence d'une ville réputée jadis une des premières du monde, et qui n'est plus célèbre aujourd'hui que dans les livres des historiens. Au lieu des palais superbes et des brillants édifices qui en faisaient autrefois la splendeur, on n'y trouve plus maintenant que quelques villages ou hameaux, mal bâtis, assez peuplés, et habités par des Turks: ils sont environnés d'une quantité de petits jardins, plantés de palmiers, cultivés par ces mêmes Turks, et un peu fertilisés à force de travail et d'arrosage; les tapis de verdure qu'ils produisent, et qui contrastent d'une manière frappante avec la blancheur des sables, et les monceaux de ruines accumulés de toutes parts, ne laissent pas que de récréer un moment, et vus d'un certain point d'élévation, leur ensemble forme vraiment un coup d'oeil pittoresque.

Les édifices peu anciens, qu'on y trouve à quelque distance les uns des autres, sont, le couvent grec, et son hospice, la mosquée de _S.-Athanase_, aux trois quarts ruinée, le couvent des capucins, converti en hôpital militaire, quelques bains turcs, le fort dit triangulaire, et une autre mosquée très grande, dont on a fait l'arsenal. Les deux montagnes, dont l'une à l'est, et l'autre au midi de la ville, ont servi à y établir deux forts redoutables, portant les noms de _Crétin_ et _Caffarelli_, généraux qui ont commandé l'arme du génie. Ces deux grandes élévations paraissent n'être que le produit d'un amas de terres rapportées... Il n'y a, à proprement parler, que deux monuments très anciens qui soient encore dans leur entier, et vraiment dignes de nos hommages; ce sont les deux obélisques chargés d'hiéroglyphes, qu'on trouve sur le bord de la mer, à peu de distance du couvent grec, dont l'un est encore sur pied, et l'autre renversé, communément appelés _Aiguilles de Cléopâtre_, et la fameuse colonne dite de _Pompée_, à quelques centaines de pas hors la porte du même nom. Il en existait outre cela un troisième dans la mosquée _S.-Athanase_; c'était un grand vase de porphyre, en forme de baignoire, orné d'hiéroglyphes tant en dehors qu'en dedans. À cela près, de quelque côté que l'on porte la vue, elle est continuellement fatiguée par l'image sans cesse renaissante de la destruction: vainement s'efforcerait-on de chercher à reconnaître dans quelques restes d'édifice épars çà et là la place de tel ou tel autre monument ancien; on ne peut former là-dessus que des conjectures, sans établir au fond la moindre certitude... Le lithologiste et l'antiquaire seuls peuvent y trouver à chaque pas sous leurs yeux, ou en faisant quelques légères fouilles, des morceaux dignes de piquer leur curiosité, et propres à perfectionner leur goût pour ces deux sciences. Je ne m'étendrai pas davantage sur ce qui concerne l'emplacement de l'ancienne ville.

La nouvelle ville, construite par les Turks, est renfermée dans l'espace que la mer en se retirant a laissé entre les anciens murs, et son rivage actuel; elle est resserrée dans ses flancs par deux grands bassins de forme demi-circulaire, qui constituent les deux ports, dont l'un a son embouchure entre le nord et l'est, nommé _Port neuf_, et l'autre entre le midi et l'ouest, nommé _Port vieux_: ce dernier est beaucoup plus vaste, plus commode, et plus sûr que l'autre.

Le grand espace de terre qui sépare les deux ports, et qui ferme la ville du côté de l'ouest, se termine en une pointe dite, des _Figuiers_, parce qu'il y a beaucoup de ces arbres plantés dans les environs. En partant de cette pointe et allant vers le nord, on découvre une petite île nommée _Pharos_, et plus loin, toujours dans la même direction, on aperçoit un chemin couvert, long, étroit, et bâti en avant dans la mer; il conduit à l'endroit où existait jadis l'ancien phare, _une des sept merveilles du monde_. Que les temps sont changés!... ce n'est plus aujourd'hui qu'un vieux château, à moitié délabré, et qui serait bientôt tombé en ruine si les Français ne l'eussent un peu relevé: on en a fait une forteresse.

Une grande place nue, et qui n'a d'autre ornement que les nouveaux remparts qu'on vient d'élever tout autour, forme l'entrée de la ville du côté de l'est; elle sert de promenade journalière; dans le temps des pluies, cette place est presque toute inondée; et comme elle n'a aucune pente du côté de la mer, les eaux y séjournent, s'y putréfient, et chargent l'atmosphère d'une grande quantité de vapeurs méphitiques. Pour détruire cette cause d'insalubrité, il ne s'agirait que d'exhausser un peu le terrain de la place, d'y établir une pente douce du côté de la mer, et d'y pratiquer de petits canaux qui faciliteraient l'écoulement des eaux. S'il était possible encore d'y planter des arbres, et d'y faire croître du gazon, l'air n'en deviendrait que plus salubre.[4]

[Note 4: Le général en chef Menou, sur le rapport du médecin en chef Desgenettes, a ordonné, par son ordre du jour du 12 vendémiaire an IX, que les mesures proposées dans ces notes, et également sollicitées par le citoyen Labat, membre de la commission des arts, seraient exécutées; et on s'en occupe avec activité sous les yeux du général de division Friant, commandant de la ville et de la province.]

_Du climat d'Alexandrie._

Alexandrie, par sa position, et son voisinage de la mer, est soumise plus qu'aucune autre partie de l'Égypte à l'influence des différents vents, et les saisons y sont plus distinctement marquées.

Depuis l'équinoxe d'automne jusqu'à l'équinoxe du printemps les vents soufflent le plus ordinairement de l'est et de l'ouest, mais avec une variété étonnante. C'est alors la saison des pluies. Elles commencent à tomber en novembre, et se prolongent jusqu'en décembre et au-delà: je les ai vues très fréquentes et de très longue durée pendant l'hiver de l'an VII. L'atmosphère, dans ce temps là surtout, est sujette à des variations sans nombre, et il faut être bien en garde contre tous ces changements pour n'en être point offensé.

Depuis l'équinoxe du printemps jusqu'au solstice d'été mêmes vents à-peu-près, et toujours même variété. On ressent alors de temps en temps l'impression chaude, pesante, et malsaine, du vent du sud, nommé en arabe _camsin_, parce qu'il est censé durer cinquante jours. Cette espèce de vent serait très nuisible à la santé des hommes et des animaux s'il donnait seulement quatre à cinq jours de suite; sa plus longue durée ici a été de trente-six heures; je ne l'ai jamais vu aller au-delà; communément même il ne dépasse pas vingt-quatre heures. Il est ordinairement remplacé par un vent d'est rafraîchissant; quelquefois il est suivi d'un ouragan, qui se termine par une légère pluie, après quoi le temps redevient frais et serein comme auparavant.

Depuis le solstice d'été jusqu'à l'équinoxe d'automne on est journellement soumis à l'action des vents du nord ou alisés: ils sanifient l'air, tempèrent beaucoup les chaleurs de la saison, et rendent l'été infiniment plus supportable qu'au Kaire et dans tout le reste de l'Égypte; cependant, comme ces vents sont extrêmement frais, et même un peu violents dans certains jours, il faut bien se donner de garde de s'exposer trop tôt à leur contact, au sortir d'un lieu chaud, ou après une transpiration abondante.

_De la constitution physique des habitants d'Alexandrie._

Les habitants d'Alexandrie sont généralement bien constitués, et robustes. Il y a parmi eux beaucoup de vieillards, hommes et femmes. La sobriété, qui est une de leurs principales vertus, est aussi pour eux le préservatif le plus sûr contre une foule d'infirmités qui assiègent les Européens: on ne voit presque pas chez eux de rachitiques, de poitrinaires, et enfin autant de valétudinaires que chez nous.

La classe la plus maladive est celle des enfants depuis le moment de leur naissance jusqu'à l'âge de sept à huit ans: ce ne sont que des êtres faibles, mal constitués, et presque toujours souffrants; ils ont le ventre tuméfié, la figure maigre et rapetissée; la couleur de la peau sur toute l'étendue du corps est jaunâtre; les membres prennent peu d'accroissement; on dirait, en un mot, qu'ils sont tous voués à une mort prématurée: un grand nombre succombe dans cet espace de temps. Ce n'est guère que vers l'âge ci-dessus désigné qu'il s'opère chez les enfants une révolution subite et heureuse; alors leurs membres se déploient, l'enflure du ventre disparaît, les traits de la physionomie prennent un caractère plus marqué; tout annonce qu'ils vont devenir des hommes forts et vigoureux.

L'âge de puberté pour les garçons est de douze à quinze ans, et pour les filles de onze à quatorze. Les filles et les femmes éprouvent ici comme ailleurs toutes les maladies particulières à leur sexe; peut-être cependant moins fréquemment par une suite de leur éducation physique et morale. L'époque de la cessation du flux menstruel est pour la plupart de trente-cinq à quarante ans; chez plusieurs il se prolonge jusqu'à quarante-cinq.

La fécondité est très considérable, ainsi qu'il est aisé de le voir par le nombre prodigieux d'enfants qui survivent.

Le terme de la vie est généralement assez prolongé; le plus ordinaire est de soixante-dix à quatre-vingts ans: un grand nombre dépasse cet âge; il y en a qui à plus de cent ans sont encore en état d'agir.

_Des maladies qui attaquent le plus fréquemment les habitants d'Alexandrie._

Les maladies internes les plus familières sont la petite vérole et les fièvres pestilentielles.

La petite vérole fait de très grands ravages parmi les enfants. Si on connaissait la véritable manière de la traiter, ses effets seraient beaucoup moins funestes.

Quant aux fièvres pestilentielles, elles n'ont point depuis notre arrivée en Égypte frappé les habitants dans la même proportion que nos troupes, surtout dans l'an VII; car l'an VIII il y a eu peu de chose, et presque rien dans l'an IX. Précédemment à notre arrivée ces fièvres ont fait de grands ravages: on leur donne peu de soins, et on ne cherche point à se prémunir contre leur communication. Le fatalisme fait regarder par les musulmans ce fléau avec indifférence; ils considèrent même comme privilégiés du ciel ceux qui en sont attaqués mortellement.

Les maladies externes les plus ordinaires sont l'ophtalmie, l'enflure oedémateuse des extrémités inférieures, les hernies de toute espèce, les sarcocèles, la gale, et quelques autres maladies de la peau.

Leur médecine est un composé de superstition, et de remèdes sans action bien déterminée, ou trop violents.

ANNONCES.

Mémoires du citoyen Pugnet, médecin ordinaire de l'armée d'Orient.

I. Aperçu physique et médical de la haute Égypte.

II. Examen de ces deux questions: _La peste est-elle endémique en Égypte? Est-il possible de la bannir de cette contrée?_

III. Observations pratiques sur l'épidémie de Syrie dans l'an VII.

IV. Histoire de la contagion pestilentielle qui s'est développée à Damiette pendant le cours du premier été de l'an VIII.

V. Notes sur la peste observée au Kaire dans l'an IX.

VI. Essai médical sur le dem-êl-mouia.

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Topografia di Alessandria di Alessandro Gisleni, medico ordinario dell' armata francese in Oriente. Anno IX.

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Mémoire sur la peste observée en Égypte; par le citoyen Gaetan Sotira, médecin ordinaire de l'armée d'Orient.

On doit avertir que des observations et des calculs ultérieurs ont fait connaître des inexactitudes qui se sont glissées relativement à la position de différents points de l'Égypte; ces erreurs seront incessamment rectifiées par un tableau de corrections qui sera publié dans le quatrième volume des Mémoires sur l'Égypte.

OBSERVATIONS météorologiques, communiquées par le citoyen NOUET au citoyen DESGENETTES, pour servir à l'histoire physique et médicale de l'armée d'orient.

_Température au thermomètre de mercure, division de Réaumur._

==================================================================== ! À Alexandrie, ! À Alexandrie, ! Au Kaire, ! ! thermidor an 6. ! fructidor an 6. ! vendémiaire an 7. ! ! ! ! ! ! Jours ! Midi ! ! Jours ! Midi ! !Jours! Matin ! Midi ! ! ! ° ! ! ! ° ! ! ! ° ! ° ! !----------------------!----------------------!--------------------! ! 1 ! 23,0 ! ! 4 ! 23,5 ! ! 13 ! 16,5 ! 25,5 ! ! 2 ! 23,0 ! ! 5 ! 23,5 ! ! 14 ! 18,3 ! 25,0 ! ! 3 ! 22,0 ! ! 6 ! 23,5 ! ! 15 ! 17,5 ! 22,0 ! ! 4 ! 23,0 ! ! ! ! ! 16 ! 17,0 ! 21,0 ! ! 7 ! 23,0 ! ! ! ! ! 17 ! 17,5 ! 23,0 ! ! 9 ! 24,0 ! ! Au Kaire, ! 18 ! 18,5 ! 23,0 ! ! 10 ! 23,7 ! ! vendémiaire an 7. ! 19 ! 18,0 ! ! ! 12 ! 22,5 ! ! ! 20 ! 19,3 ! ! ! 14 ! 23,5 ! ! Jours !Matin. ! Midi.! 21 ! 18,3 ! ! ! ! ! ! ! ° ! ° ! ! ! ! ! 15 ! 23,0 ! ! 4 ! 17,0 ! 21,5 ! 22 ! 16,0 ! ! ! 16 ! 23,5 ! ! 5 ! 16,5 ! 21,3 ! 23 ! 17,7 ! 23,5 ! ! 19 ! 24,0 ! ! 7 ! 17,0 ! 21,5 ! 24 ! 17,0 ! ! ! 21 ! 24,0 ! ! 8 ! 17,0 ! 21,7 ! 25 ! 16,0 ! 20,0 ! ! 25 ! 23,5 ! ! 9 ! 17,0 ! 21,7 ! 26 ! 15,3 ! 19,3 ! ! 29 ! 23,5 ! ! 10 ! 16,5 ! 22,0 ! 27 ! 13,0 ! 20,0 ! ! 30 ! 23,3 ! ! 11 ! 17,0 ! 23,5 ! 28 ! 16,0 ! 20,0 ! ====================================================================

_Température au thermomètre de mercure, division de_ RÉAUMUR.