Histoire littéraire d'Italie (5/9)
Part 1
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HISTOIRE LITTÉRAIRE D'ITALIE
Par P. L. GINGUENÉ, DE L'INSTITUT DE FRANCE.
SECONDE ÉDITION, REVUE ET CORRIGÉE SUR LES MANUSCRITS DE L'AUTEUR, ORNÉE DE SON PORTRAIT, ET AUGMENTÉE D'UNE NOTICE HISTORIQUE PAR M. DAUNOU.
TOME CINQUIÈME.
A PARIS, CHEZ L. G. MICHAUD, LIBRAIRE-ÉDITEUR, PLACE DES VICTOIRES, Nº 3.
M. DCCC. XXIV.
HISTOIRE LITTÉRAIRE D'ITALIE.
DEUXIÈME PARTIE.
CHAPITRE XI.
_Suite de l'Épopée romanesque; poëmes sur d'autres sujets que Charlemagne et ses Paladins; poëmes tirés des fables grecques; sujets purement imaginaires; romans de chevalerie de la Table ronde; Giron le Courtois de l'Alamanni; Vie de ce poëte, idée de son poëme._
Dégagés enfin, non sans peine, de cette branche beaucoup trop féconde des poëmes romanesques italiens[1], nous aurions lieu d'être effrayés, si les deux autres que nous avons précédemment indiquées[2], les romans de la Table ronde et ceux des Amadis étaient aussi fertiles, et si ceux qui ont pour fondement d'autres fables connues, et les romans de pure imagination qui sont encore autre chose, avaient de leur côté la même abondance. Fort heureusement il n'en est rien. La fable de Charlemagne et de ses pairs avait eu la priorité; elle conserva la préférence, et peu s'en fallut même que cette préférence ne fût exclusive. Pour procéder avec ordre dans ce qui nous reste à connaître, commençons par les poëmes étrangers aux Amadis comme à la Table ronde, et qui, devant moins nous intéresser, doivent aussi nous arrêter moins.
[Note 1: Le chapitre précédent contient lui seul, ou les extraits, ou les simples notices d'environ quarante poëmes.]
[Note 2: Chap. III de cette seconde partie.]
Il faut ranger parmi les poëmes romanesques la vieille histoire de _la Destruction de Troie_, en vingt chants, imprimée dès le quinzième siècle, et dont l'auteur, d'ailleurs tout-à-fait inconnu, est un certain Jacques, fils de Charles, prêtre florentin[3]. Les choses y sont prises de fort haut avant le siége de Troie, et conduites fort loin après. Le poëme commence par la conquête de la Toison d'or, et redescend non-seulement jusqu'à la fondation de Rome, mais jusqu'au temps de César et à la guerre de Jugurtha. Il plaît au _Quadrio_ de dire que ce sujet n'y est pas mal traité[4]; il l'est à peu près du même style que l'_Ancroja_ et les autres poëmes de cette nature dont nous avons ci-devant parlé[5]. L'auteur, il est vrai, n'oublie pas de marquer le passage d'un chant à l'autre, par la manière dont il finit et dont il commence; mais s'il a cette partie des formes du roman épique, il n'a aucun des agréments que l'imagination trouve quelquefois dans ceux mêmes qui n'ont d'autre mérite que de la frapper ou de la surprendre. Les événements y sont liés et amenés sans art, et tels à peu près qu'ils se succèdent dans Dictys de Crète et Darès de Phrygie, puis dans Virgile et dans les historiens de Rome. C'est la fable, sans ce qui amuse, et l'histoire sans ce qui instruit.
[Note 3: _Ser Jacopo di Carlo, prete fiorentino._ Ce nom et cette qualité sont inscrits à la fin de son poëme; on n'en sait pas davantage. Le titre du poëme est: _Il Trojano dove si tratta tutte le battaglie che fecero li Greci con li Trojani_, Vinegia, 1491, in-4º.; _ibidem_; 1509, in-4º., _con figure_; et après plusieurs autres éditions, _ibidem_, 1569, in-8º., sous le titre de _Trojano, il qual tratta la destruction de Troja, fatta per li Greci, e come per tal destruction fu edificata Roma, Padova e Verona_, etc.]
[Note 4: _In versi italiani non malamente questo soggetto fa trattato nel seguente romanzo; il Trojano_, etc., t. VI, p. 475.]
[Note 5: Chap. IV de cette seconde partie.]
Ce fut encore aux formes du poëme romanesque que le laborieux Louis _Dolce_[6] eut le courage, ou si l'on veut la patience de réduire le même sujet, qu'il tira de l'_Iliade_ et de l'_Énéide_ tout entières, sous le titre de l'_Achille e l'Enea_[7]. Il divisa cette immense matière en cinquante-cinq chants, qui ont tous pour exorde quelques maximes philosophiques renfermées le plus souvent dans une octave, et finissant tous par ces renvois au chant suivant, qui ne donne pas toujours le désir de voir le chant suivant commencer. Son style est sans doute beaucoup meilleur; sa manière est sage, sa narration claire et facile, mais cinquante-cinq chants sont bien longs[8].
[Note 6: Voyez ci-dessus, t. IV, p. 534 et suiv.]
[Note 7: _L'Achille e l'Enea di messer Lod. Dolce, dove egli tessendo l'historia della Iliade d'Homero a quella dell'Eneide di_ _Virgelio, ambedue l'ha divinamente ridotte in ottava rima_, Vinegia, 1572, in-4º.]
[Note 8: Il n'y en a pas moins de vingt-quatre pour la seule _Énéide_, dans un roman épique beaucoup plus ancien, tiré du poëme de Virgile, mais dont l'action, à la vérité, se continue jusqu'après la mort de César, et même, si l'on en croit le titre (car je n'ai pu me procurer ce bel ouvrage), embrasse jusqu'au temps de l'auteur. Chacun des chants a pour exorde une invocation à la manière des romans. Ce n'est point, dit le _Quadrio_, t. VI, p. 476, une traduction de l'_Énéide_, mais l'_Énéide_ transformée en roman. L'auteur est inconnu. Voici le titre du poëme: _Incomincia il libro de lo famoso et excellente poeta Virgilio Mantovano, chiamato la Eneida volgare, nel quale si narrano li gran facti per lui descripti, et appresso la morte di Cesare imperadore, con la morte di tutti li gran principi, e signori di gran fama li quali a li dì nostri sono stati in Italia, come leggendo chiaramente patrai intendere._ La date de l'édition placée à la fin est: Bologne, 23 décembre 1491, in-4º.]
L'_Ulisse_[9], dans lequel le même auteur mit en vingt chants tout le sujet de l'_Odyssée_, porte moins de ces signes auxquels on reconnaît le roman épique. Aux débuts de chant, point de maximes, point d'exordes; le récit continue simplement comme dans les poëmes héroïques, et le premier chant même commence sans invocation, sans exposition. «Tous les Grecs étaient retournés dans leur patrie, et avaient revu leur terre natale, tous ceux du moins qui avaient échappé à la mort et que le fer des Troyens n'avait pas moissonnés[10].» Mais à la fin de tous les chants, l'auteur met encore le cachet du genre romanesque, en s'interrompant lui-même, en congédiant son auditoire, et le renvoyant à l'autre chant. «Télémaque s'est mis au lit; qu'il y reste: pour moi, je veux le laisser là pour ne pas ajouter d'autre papier à cette feuille[11]; le soleil vient de se coucher dans l'Océan, Homère faisant ici une pause, je suspendrai aussi mon chant[12].» Tantôt c'est: mais pour que la longueur de ce récit ne vous ennuie pas, je raconterai le reste une autre fois[13]; tantôt: c'est ce que je vous réserve pour l'autre chant, si vous voulez l'entendre[14], et tantôt: ce qui arrive ensuite à ce baron invincible (et notez bien que ce baron est Ulysse), est écrit dans l'autre chant, pour votre plaisir[15]; ainsi du reste. Ces formes peu homériques sont des disparates d'autant plus étranges, que dans tout le cours de sa narration, le ton de l'auteur est le plus sérieux du monde.
[Note 9: _L'Ulisse di M. Lod. Dolce da lui tratto dall'Odissea d'Homero e ridotto in ottava rima_, Vinegia, 1573, in-4º.]
[Note 10: _Erano tutti i Greci ritornati A le lor patrie, a le natie contrade,_ etc. (C. I, st. 1.)]
[Note 11: Fin du c. I.]
[Note 12:--du c. III.]
[Note 13:--du c. IV.]
[Note 14: Fin du c. V.]
[Note 15:--du c. VI.]
Dans deux autres grands poëmes, qui parurent de son vivant, il traita du moins des sujets absolument romanesques; il choisit deux héros dont les aventures fabuleuses font suite au roman des Amadis, Palmerin d'Olive et Primaléon son fils[16]. Chacun d'eux fut le sujet d'un véritable roman épique, l'un en trente-deux et l'autre en trente-neuf chants. Il les publia l'un après l'autre, à une seule année d'intervalle[17]. Cette facilité paraît merveilleuse; mais le merveilleux disparaît, quand on voit combien le style de ces deux poèmes est faible, traînant et peu travaillé. Ce n'est absolument que de la prose rimée; et n'ayant eu d'autre peine que de versifier les traductions en prose italienne de deux romans espagnols, il n'est pas étonnant que dans une langue aussi abondante en rimes, l'auteur ait pu fournir deux fois, en si peu de temps, une si longue carrière.
[Note 16: Je parlerai des Amadis dans le chapitre suivant.]
[Note 17: _Palmerino di Oliva_, Venezia, 1561, in-4º.; _Primaleone figliuolo del Re Palmerino_, Venezia, 1562, in-4º.]
Quant au fond même de ce double sujet, il n'est pas d'un intérêt assez vif pour racheter la faiblesse de l'exécution. Pigmalion, roi de Macédoine, mais roi de la façon du premier auteur de ces romans, eut un fils nommé _Florendo_, qui devint amoureux d'Agriane, fille d'un empereur de Constantinople. L'intelligence des deux amants eut des suites. Pour les cacher, Agriane fit porter sur la montagne d'Olive l'enfant dont elle accoucha en secret. Enveloppé dans une corbeille, il fut suspendu aux branches d'un palmier. Un villageois qui vint à passer ayant entendu les cris de cet enfant, en eut pitié, le détacha du palmier, l'emporta dans sa maison, et ne sachant de quel nom l'appeler, lui donna celui de Palmerin d'Olive, à cause de l'arbre et de la montagne où il l'avait trouvé. Agriane fut ensuite mariée avec Tarise, roi usurpateur de Hongrie; mais _Florendo_ attaqua ce roi, le tua, et reconquit tous ses droits sur sa chère Agriane.
Palmerin, leur fils, avait montré dès sa première jeunesse un courage à toute épreuve. Instruit de bonne heure que le paysan qui l'avait recueilli n'était point son père, il était allé chercher les aventures. Il mérita d'être armé chevalier en Macédoine par _Florendo_, son père, qui ne le connaissait pas, et se couvrit de gloire dans des expéditions périlleuses et lointaines. Point de chevalier sans une maîtresse; Palmerin prit pour la sienne la fille de l'empereur d'Allemagne, princesse très-belle et très-tendre, mais qui, par malheur, n'avait pas un nom très-poétique: elle s'appelait Polinarde. C'est pour lui plaire que Palmerin fit des exploits et entreprit des guerres à ne point finir. Une de ses expéditions fut de délivrer _Florendo_ et Agriane d'une prison où ils avaient été jetés après que _Florendo_ eût détrôné et tué son rival, le roi usurpateur de Hongrie. C'est après cet exploit qu'ils reconnaissent Palmerin pour leur fils. L'empereur de Constantinople ayant enfin consenti au mariage de sa fille Agriane avec _Florendo_, l'empereur d'Allemagne consent aussi à donner Polinarde sa fille au brave Palmerin d'Olive. Palmerin finit, après bien d'autres exploits, par succéder à son père et à son beau-père, sur le trône de Macédoine et sur celui de Constantinople; et ce fut un des plus grands et des plus glorieux empereurs qu'ait eus la Grèce, quoiqu'il ne soit pas fait la moindre mention de lui dans l'histoire du Bas-Empire.
Son fils Primaléon ne fit pas de moins belles choses. Le nom de sa maîtresse n'était pas beaucoup plus heureux; mais Gridonie avait autant de beauté qu'en avait eu Polinarde, et Primaléon fit pour l'obtenir tout ce que l'amour et la valeur faisaient alors entreprendre. Devenu son époux, il gouverna long-temps la Grèce sous les ordres de Palmerin son père, soutint l'honneur de sa couronne dans des guerres terribles, qu'il parvint à terminer heureusement; et, devenu héritier de son trône, il le fut aussi de sa gloire.
Tel est, en peu de mots, le sujet de ces deux poëmes, dont les embellissements sont, comme à l'ordinaire, de grands combats, des tournois, des dragons, des géants, des enchantements et des fées. Ils méritent peu qu'on s'y arrête; et, soit par les vices du sujet même, soit par la faute du poëte, on parle peu de Palmerin et de Primaléon, et on les lit peut-être encore moins.
Quoique les sujets de tous ces poëmes puissent être appelés imaginaires, il en est cependant à qui l'on peut plus strictement donner ce nom, parce qu'ils ne roulent sur aucune tradition, même romanesque, mais sur des aventures particulières et des histoires d'amour prises dans la vie commune, et qui sont le plus souvent de pure invention. Tel est celui de Gaspard Visconti, poëte lyrique de quelque réputation au quinzième siècle[18], que l'on joint ordinairement à l'_Unico_, au _Notturno_, à l'_Altissimo_, pour marquer dans l'histoire de la poésie une époque de décadence. Il raconta en huit livres, et en _ottava rima_, les amours de Paul Visconti, son parent, avec une belle _Daria_[19], qui n'est connue que par ce poëme, et par conséquent ne l'est guère, attendu qu'on le lit peu.
[Note 18: 1: Il était de Milan, et en faveur auprès du duc Louis Sforce et de la duchesse Béatrix. Ses poésies sont intitulées; _Rime del magnifico messer Gasparo Visconti_, Mediolani, 1493, in-4º.]
[Note 19: _De dui Amanti, poema di Gasparo Visconti_, Milano, 1492, in-4º.; 1495, _idem._]
On lit un peu davantage, et du moins par curiosité, un autre roman du même genre, dont le titre est _Philogine_; le sujet, les amours d'Adrien et de Narcise[20]; l'auteur, _Andrea Bajardo_ ou _Bajardi_. C'était un gentilhomme parmesan, qui se distingua dans sa jeunesse par son adresse et par sa force dans les tournois et dans tous les exercices chevaleresques, et qui fut capitaine d'une compagnie d'hommes d'armes sous notre roi Louis XII. Il le suivit en France, vécut à sa cour, et fut honoré à Paris, par ordre du roi, d'une couronne de laurier.
[Note 20: Voici le titre entier: _Libro d'arme e d'amore nomato_ PHILOGINE, _nel qual si tratta d' Hadriano e di Narcisa, delle giostre e guerre fatte per lui e de molte altre cose amorose e degne: composto per il magnifico cavaliero messer_ ANDREA BAJARDO _da Parma_, etc., Parma, 1508, in-4º.--Vinegia, 1530,--_Ibid._, 1547.]
Ce brave chevalier cultivait les lettres et surtout la poésie. Il avait aussi composé en prose un traité de l'oeil, un autre de l'esprit, et un roman dont la trompe ou le cor de Roland était le sujet. Un recueil de ses sonnets qui courait manuscrit[21], ayant été lu par une dame à qui sans doute il ne pouvait rien refuser, elle voulut absolument qu'il composât un traite ou un roman d'amour, où il pût mettre en action les sentiments répandus dans ce recueil de poésies. Ce fut pour lui obéir, qu'il écrivit ce poème. Il l'intitula _Philogine_, c'est-à-dire ami des femmes. Sous le nom d'Adrien et de Narcise, il y raconta ses premières amours. Adrien, jeune guerrier d'une haute naissance, étant à l'église, par un beau jour de la Pentecôte, y voit Narcise, belle et très-aimable veuve du vingt ans. Elle le voit aussi. L'amour naît entre eux de ce premier regard. Les tourments qu'ils ont à souffrir, les obstacles à vaincre, les ruses des serviteurs qu'ils emploient, les doux entretiens qu'ils se procurent, les faits d'armes qu'Adrien entreprend pour sa maîtresse, enfin tous les petits ou grands accidents qui peuvent naître dans une intrigue amoureuse, et qui se terminent par l'union désirée des deux amants, forment toute la matière du poëme.
[Note 21: Ils ont été imprimés à Milan en 1756, par Fr. _Fogliazzi_, avec des Mémoires sur la vie de l'auteur.]
Il est divisé en deux livres, mais à l'imitation du _Roland amoureux_, chacun de ces livres est subdivisé en chants; le premier en contient sept, et le second cinq. Chacun des chants commence, ainsi que le premier, par une invocation à Vénus. Il n'y en a qu'une dans Lucrèce, mais Vénus dut en être plus contente que des sept invocations de _Bajardi_. Tous ses chants se terminent, non par deux ou trois vers, comme dans la plupart des autres poèmes romanesques, mais par une octave entière, où il annonce que sa narration est interrompue et qu'il la reprendra le lendemain. Le style de ce poëte est simple et clair, mais dépourvu de grâce, de force et de coloris.
C'est encore un roman tout imaginaire que _les Amours de Pâris et de Vienna_, mis en dix chans et en octaves par _Mario Teluccini_, surnommé _il Bernia_, à qui l'on doit un plus long poëme sur _les Folies du neveu de Rodomont_[22]; mais ce n'est que la traduction en vers d'un vieux roman français, dont il avait paru vingt ans auparavant une traduction en prose[23]. On ne peut appeler des poëmes, mais simplement des Nouvelles en vers l_'Histoire de Gentil et Fidèle_[24], quoiqu'elle soit d'un littérateur célèbre, _Lilio Giraldi Cintio_; et celle d_'Octinel et de Julie_[25] dont l'auteur est inconnu; et l_'Histoire lamentable, amoureuse, antique et exemplaire de Pirame et Thisbé_[26]; et à plus forte raison _la Brune et la Blanche_ [27]; et _la Nouvelle de madame Isotte de Pise_[28]; et celle de _la prudente Flaminie_[29]; et l'_Histoire du jaloux, où l'on raconte les grands tourments et les excessives douleurs que souffrent nuit et jour ceux qui tombent dans cette infortune_[30].
[Note 22: Voyez ci-dessus, t. IV, p. 557, et note 1. Le titre de ce roman-ci est: _Innamoramento di doi fidelissimi amanti Paris e Vienna_, avec figures, et sans nom d'auteur; Genova, 1571, in-4º.; Venezia, 1577, in-8º.]
[Note 23: Sous le simple titre de _Paris e Vienna_, Venezia, 1549, in-8º. Ce même roman a été remis en vers et en _ottava rima_, dans le siècle suivant, sous le même titre, par un certain _Angelo Albani_ d'Orviéte, Roma, 1626, in-12.]
[Note 24: _La leggiadra istoria di Zentile e Fedele_, sans nom de lieu et sans date, mais imprimé, selon toute apparence à Venise, vers la fin du quinzième siècle.]
[Note 25: _Incomincia la historia di Octinello et Julia, in ottava rima_, in-4º., sans nom de lieu et sans date, mais du commencement du seizième siècle.]
[Note 26: _Piramo e Tisbe, historia compassionevole, amorosa y antichissima, et esemplare_, Milano, sans date, in-4º.]
[Note 27: _La Bruna e la Bianca_, in-8º., sans date et sans nom de ville, mais imprimé à Sienne.]
[Note 28: _Novella di madonna Isotta de Pisa, dove si comprende la sapienza d'un giovane nel corregger la superba moglie, composta per Andrea Volpino, cosa ridicolosa e piacevole_, Treviso, in-4º., sans date.]
[Note 29: _Flaminia prudente, composta per capriccio da Paolo Caggio, Palermitano_, Venezia, 1551, in-8º.]
[Note 30: _Istoria del Geloso, nella quale si narra i grandi affanni, ed eccessivi dolori che di e notte patiscono quegli infelici che in tal caso si abbattono, con i grandissimi lamenti_, etc., _Firenze Pistoja_, in-4º., sans date.]
Mais il est temps de quitter ces petits objets et de jeter les yeux sur deux véritables romans épiques, recommandables par le nom et la réputation de leurs auteurs, et d'autant plus remarquables qu'ils sont à peu près les seuls qu'aient fournis à l'Italie deux branches de romans qui ont eu tant de vogue, et produit tant et de si gros volumes en France et en Espagne, la Table ronde et les Amadis.
Les deux principaux sujets tirés de la Table ronde, Lancelot du Lac et Tristan le Léonois, furent connus de très-bonne heure en Italie par des traductions en prose de nos vieux romans français. Mais ces deux fables intéressantes n'y inspirèrent long-temps aucune Muse, et ne furent mises qu'assez tard et très-imparfaitement en vers. Les amours de Lancelot et de la belle Genèvre, déjà célèbres au temps du Dante, comme on le voit dans son admirable épisode de _Francesca da Rimini_, ne reçurent les honneurs du roman épique _in ottava rima_[31], que d'un _Niccolò Agostini_, qui n'est pas le même que le mauvais continuateur du _Bojardo_, mais qui n'est pas meilleur que lui. Il n'y eut qu'un mauvais petit poëme anonyme sur le beau sujet des amours de Tristan et de la belle Iseult[32]; mais ce fut enfin un véritable poëte qui traita cette chevalerie de la Table ronde, quand l'_Alamanni_, réfugié en France, composa son _Girone il Cortese_ d'après un vieux roman, célèbre dans notre ancienne littérature.
[Note 31: _Lo Innamoramento di Lancilotto e di Ginevra nel quale si trattano le orribili prodezze, e le strane venture di tutti i cavalieri erranti della Tavola ritonda, libri due_, Venezia, 1531, in-4º., _libro terzo ed ultimo_, etc., Venezia, 1526, in-4º., _configure_. _Agostini_ ne put pas terminer ce troisième livre, et ce fut _Marco Guazzo_ qui l'acheva. Un meilleur poëte, _Erasmo di Valvasone_, dont nous verrons un fort bon poëme sur la chasse, entreprit de remettre en vers tout ce roman; mais, quelle que fût la cause de cette interruption, il s'arrêta au quatrième chant, et cet ouvrage est resté imparfait. Il est intitulé: _I quattro primi canti del Lancilotto_, Venezia, 1580, in-4º.]
[Note 32: _Innamoramento di M. Tristano e di madonna Isotta_, in-4º., sans nom de lieu et sans date.]
_Luigi Alamanni_ était né à Florence, le 8 octobre 1495, d'une ancienne famille noble[33]. Il fit ses études dans l'université de sa patrie, et eut pour maître le savant _Cattani da Diacetto_. Ses progrès furent au-dessus de son âge. A peine sorti du collège, il fut admis à de savantes réunions qui se formaient dans les jardins de _Bernardo Ruccellaj_, reste de cette ancienne académie platonicienne qui avait fleuri sous les auspices de Laurent de Médicis. Il y acquit l'amitié de la plupart des savants qui la composaient, et surtout celle du Trissin qu'il regarda toujours comme son maître. Marié dès l'âge de vingt-un ans[34], le bonheur dont il jouissait fut bientôt troublé. Le cardinal Jules de Médicis gouvernait alors la république de Florence. Le père de _Luigi_ était très-attaché au parti des Médicis, et le jeune poëte était lui-même en faveur auprès du cardinal; un désagrément qu'il éprouva changea ses sentiments et sa position. Dans la fermentation où Florence était alors, le cardinal avait défendu le port d'armes, sous peine d'une assez forte amende. L'_Alamanni_ fut pris en contravention pendant la nuit, et obligé de payer l'amende, quelques réclamations qu'il pût faire. Son ressentiment fut profond: il se lia avec d'autres mécontents, et lorsqu'à la mort de Léon X, il se forma une conjuration pour secouer le joug des Médicis[35], il y entra des premiers.
[Note 33: Son père, _Pietro di Francesco Alamanni_, et sa mère, _Ginevra Paganelli_, eurent cinq autres fils.]
[Note 34: En 1516.]
[Note 35: Voyez _Varchi_, _Segni_, _Nerli_, et tous les historiens de Florence.]
Le mauvais succès de cette entreprise le força de s'enfuir précipitamment de Florence[36]. Il se retira d'abord chez le duc d'Urbin, et ensuite à Venise, où il reçut le meilleur accueil dans la maison de _Carlo Capello_, sénateur, ami des lettres et qui les cultivait lui-même. Condamné comme rebelle à une amende de 500 florins d'or, ses craintes se portèrent plus loin lorsqu'il vit le cardinal Jules devenu pape sous le nom de Clément VII[37]; et ne se trouvant pas en sûreté à Venise, il voulut se retirer en France, avec _Zanobi Buondelmonte_ son ami, son complice et compagnon de son exil. Ils furent arrêtés à Brescia, et mis en prison à la demande du pape; mais _Capello_ l'ayant appris, employa si bien son crédit et les moyens que lui donnait sa fortune, qu'il parvint à les faire échapper.
[Note 36: Mai 1522.]
[Note 37: En 1523.]