Histoire littéraire d'Italie (4/9)
Part 35
Ses _Rime_ ou poésies diverses[932] lui donnent un rang parmi les lyriques italiens de ce siècle. Elle n'a écrit en prose qu'un dialogue sur l'amour[933], où elle examine très-sérieusement avec deux philosophes de ses amis[934], si l'amour et l'action d'aimer sont ou ne sont pas la même chose; si l'amour doit ou ne doit pas avoir un terme ou une fin, et autres questions pareilles. Ce fut depuis sa réforme qu'elle écrivit son poëme, dont le héros est un modèle de piété autant que de courage, et n'est pas moins bon chrétien que brave guerrier[935]. Elle souffrait de voir que tous les livres qui servaient à l'amusement des femmes fussent remplis de choses lascives et déshonnêtes[936]. Boccace surtout lui donnait un terrible scandale; elle lui reprochait sévèrement de n'avoir épargné l'honneur ni des femmes mariées, ni des veuves, ni des religieuses, ni des vierges vivant dans le monde, ni enfin quelque honneur que ce soit[937]. Elle reprochait de même à tous les poëmes romanesques, depuis le _Morgante_ jusqu'au _Roland furieux_, de contenir de ces détails si licencieux et si lascifs que non-seulement les religieuses, les demoiselles, les veuves, les femmes mariées, mais les filles publiques mêmes prenaient bien garde que l'on ne vit ces poëmes dans leurs maisons; «car ce n'est pas chose nouvelle, ajoute la bonne Tullie, de voir qu'il arrive à une femme, soit par nécessité, soit par quelque autre mésaventure, de faire folie de son corps[938], et qu'il ne lui convienne peut-être pas plus qu'aux autres femmes d'être malhonnête et dissolue dans son langage et dans le reste de sa conduite.» Elle se mit donc à chercher quelque histoire honnête et récréative qu'elle pût mettre en vers et qui ne procurât aux personnes de son sexe que d'innocents plaisirs. Elle s'arrêta enfin à celle de Guérin _Durazzo_, histoire toute chaste, toute pure, toute chrétienne, que la vierge la plus intacte peut lire sans scrupule et sans danger.
[Note 932: Venise, 1547, in-8º., réimprimées plusieurs fois.]
[Note 933: _Dialogo dell' infinita d'amore_, Venise, 1547, in-8º.]
[Note 934: L'un est le célèbre _Benedetto Varchi_, l'autre Lactance _Benucci_, beaucoup moins connu.]
[Note 935: _Il Meschino altramente detto il Guerrino fatto in ottava rima dalla signora Tullia d'Aragona_, etc., Venetia, 1560, in-4º.]
[Note 936: C'est elle-même qui le dit dans l'Avis aux lecteurs qui précède son poëme.]
[Note 937: _Non perdonando ad onor di donne maritate, non di vedove, non di monache, non di vergini secolari, non di commari, non di compari, non d'amici fra loro, non di preti, non di frati, e finalmente non di prelati, ne di Cristo et di Dio stesso,_ etc. (_Loc. cit._)]
[Note 938: Vieille expression proverbiale qui me paraît rendre le mieux celle dont Tullie se sert ici: _Non essendo però cosa nuova che ad una donna per necessità, o per altra malaventura sua, sia avenuto di cader_ in errore del corpo suo, _e tutta via si disconvenga, non men forse a lei che all'altre, l'esser disonesta e sconcia nel parlare e nell'altre case._ (_Ibid._)]
En effet, cet intrépide chevalier qui ignore sa naissance, qui va partout cherchant son père, se recommandant à Dieu, redressant les torts, replaçant les rois sur leurs trônes, pourfendant les géants et les oppresseurs, arrivant, comme Énée, chez la Sibylle de Cumes, apprenant d'elle, et de quel sang il est né, et ce qu'il doit faire pour pénétrer jusqu'au centre de la terre, par le puits de St.-Patrice; allant en Irlande chercher ce puits, y descendant instruit par de bons ermites à conjurer par le nom de Jésus tous les dangers qui vont le menacer, toutes les diableries dont il va être témoin, se faisant, dans toutes ces longues épreuves, un rempart de ce nom et du signe révéré des chrétiens, n'a rien qui puisse effaroucher la pudeur. Et pourtant une de ces épreuves se sent beaucoup trop encore des anciens penchants de Tullie; c'est celle que l'antique Sibylle lui fait subir dans sa demeure souterraine. Elle s'y est conservée toute jeune et toute fraîche, au moyen d'un changement de peau qu'elle éprouve toutes les semaines, lorsqu'elle est transformée en couleuvre, car l'imagination moderne du vieux romancier n'a pas manqué de faire de cette Sibylle une fée. Elle reçoit donc le chevalier comme l'aurait reçu Alcine. Le soir enfin, après un souper délicat et splendide, voulant prendre sa revanche d'une première tentative qui lui avait mal réussi, elle conduit Guérin dans une chambre éclairée par deux grosses escarboucles; elle le fait mettre au lit, s'y met sans façon près de lui, et nul détail n'est épargné pour nous faire comprendre à quel péril le _Meschino_ était exposé, s'il n'eût employé la recette du saint nom, qui le tire de tous les mauvais pas[939].
[Note 939:
_Fe por nel letto il cavaliero intanto, Ed ella ignuda gli si pose a canto. Se sarai buon guerrier, se sarai forte, Contr' a i colpi mortali, or fia mestiero Guerrin, se vuoi scampar l'eterna morte._
_Pur sei di carne e d' ossa, cavaliero; Eccoti le belleze accanto scorte, Rimira il viso bello e non altiero. La luce quel bel petto ti dimostra Dove di pari amor con gli occhi giostra, Ecco le svelte e pure braccia, dove Vena non macchia il terso avario puro; Nessuna delle tonde peppe move Ordin dal luogo suo; come si duro Quivi ti tien_? etc. . . . . . . . . _Ella, ch' a gli occhi il debita tributo Ha dato di Guerrin, per fare a pieno Che'l piacer sia d'apresso conosciuto, Accosta il petto del Meschino al seno, E comincia il carnal dolce saluto. Il cavalier si strugge e si vien meno, Com' à uno a chi bevanda avelanata In una sete estrema gli sia data._ . . . . . . . . . . . . . . . . . . _Tornagli a mente il dir di quei romiti E disse al fin, per no restar cattivo: Tu via e veritade e somma vita, Tu Cristo Nazareno, ora m'aita. Tre volte nel suo cor tacito disse Queste di sacro pien sante parole Ch' ebbero forza far ch' ella partisse, Del letto, se ben vuole ò se non vuole,_ etc. (C. XXV.)]
Je dois ajouter, en conscience, que les plus vifs de ces détails ne sont point dans le vieux roman italien en prose[940], et ne sont dus qu'à la muse dévote qui s'était emparée de ce sujet, tant les premières habitudes ont d'empire! Au reste ce chant comme tous les autres, commence par une prière ou invocation adressée au Très-Haut, et ensuite à la Sainte-Trinité, pour qu'ils soient toujours en aide au bon chevalier. Tous ces débuts de chants sont des prières à peu près semblables. Enfin, à ce seul endroit près, que l'on peut passer si l'on veut, comme on est averti dans l'Arioste de passer la Nouvelle de Joconde, tout respire dans ce poëme l'édification la plus parfaite. Si l'on en excepte ce seul chant, ni femme, ni veuve, ni vierge ne se durent croire obligées de cacher un si chaste ouvrage. Mais éprouvèrent-elles le même attrait à le lire; et ce dangereux _Orlando_ ne se glissa-t-il pas souvent sous le pupître, sur lequel l'édifiant _Meschino_ était ouvert?
[Note 940: Voyez le chap. CXLVI de la première édition, 1473, in-fol. _Come la Sibilla molto instava Guerrino di Luxuria_, etc.]
NOTES AJOUTÉES.
Page 157, addition à la note[3].--Ce titre de _Lancelot de la Charrette_, donné par Chrestien de Troyes à l'un de ses romans, n'est fondé, ni, comme quelques auteurs l'avaient avancé, sur ce que la mère de Lancelot était accouchée de lui dans une charrette, ni, comme l'a plus récemment écrit M. Chénier, parce que la méchante fée Morgane enferma plusieurs fois Lancelot dans le château de _la Charrette_. Ce n'est pas non plus, comme il l'a cru, la seconde partie seulement, ajoutée par Godefroy de Ligny, qui porte ce titre, c'est le roman tout entier commencé par Chrestien, et fini par ce continuateur; et l'auteur lui donne ce titre à cause du grand rôle qu'une charrette y joue. Lancelot, qui cherche de tous côtés la reine Genèvre, est engagé par un méchant nain à monter, pour la joindre plus vite, dans une charrette qu'il conduit. Or cette voiture était alors celle où l'on ne plaçait que les criminels condamnés à mort pour des crimes honteux.
De ce servoit charrette lors Dont li piloris servent ors; Et en chascune boene vile Ou ors en a plus de trois mile, N'en avoit à cel tens que une Et cele estoit à ces comune. . . . . . . . . . . . . . . . . . Qui a forfeit estoit repris S'estoit sur la charrette mis Et menez par totes les rues; S'avoit totes honors perdues, Ne puiz n'estoit à Cort oïz Ne énorez, ne conjoïz[941].
[Note 941: Manuscrit de la Bibl. imp., fonds de Cangé, Nº. 78.]
Lancelot, qui a été vu dans cet équipage, fait long-temps les exploits les plus étonnants, sans pouvoir effacer le mauvais effet que la vue de sa voiture a produit; ce qui fait naître, l'un après l'autre, plusieurs incidents singuliers. Dans le grand roman de Lancelot-du-Lac, ce héros est en effet détenu par la fée Morgane au _château de la Charrette_; mais le romancier ne dit pas l'origine de ce nom; rien n'annonce dans ce château ce qui le lui a fait donner, et il n'y a aucune liaison entre cet épisode et le roman commencé par Chrestien de Troyes. Dans son discours sur les anciens romans français, imprimé en 1809 (_Mercure_ du 14 octobre), M. Chénier, dont la perte prématurée a été si douloureuse pour tous ceux qui préfèrent la gloire littéraire de la France à un sot esprit de parti, a fort bien démêlé quelques erreurs des écrivains qui ont traité avant lui cette matière; mais il est lui-même tombé dans quelques autres. Il ne croit point que les romans en prose aient précédé nos vieux romans en vers; il fait deux poëtes de Huistace, auteur du _Brut_, et de Gasse auteur du _Rou_, quoique maître Gasse, Vace, Vistace, Huistace, et comme quelques-uns l'ont appelé, Eustace ou Eustache, ne soient très-probablement que le même poëte. Au contraire, il veut que Chrestien de Troyes soit le même que Manessier ou Menessier, et il affirme que ce dernier nom est le véritable (erreur, au reste, qu'il partage avec la plupart de nos historiographes et biographes littéraires), tandis que Manessier ne fut que le second continuateur du roman de Perceval le Gallois, que Gaultier de Denet continua le premier après Chrestien; il fait vivre sous Léon X le _Bojardo_, qui était mort avant la fin du quinzième siècle, etc. Ces inexactitudes et quelques autres semblables n'empêchent pas qu'il ne soit infiniment à regretter que M. Chénier n'ait pas achevé l'ouvrage dont ce Discours fait partie. En revoyant son travail, il les eût facilement reconnues et corrigées, et nous aurions sur l'histoire de notre littérature un bon ouvrage qui nous manque, et que personne n'est en état de faire aussi bien que lui.
Page 160, ligne 10.--«Il est certain que le succès de cette dernière fiction (Artus et sa Table ronde) avait précédé de plus d'un siècle, même en France, celui de l'autre (Charlemagne et ses pairs.)»--Cependant, si l'on en croit M. de Caylus[942], la fable de Charlemagne avait non-seulement précédé la fable d'Artus, mais lui avait servi de modèle. Les Anglais ne voulurent pas nous céder en fictions héroïques; ils opposèrent un de leurs héros au nôtre, et une chevalerie britannique à notre chevalerie. Les choses allèrent même plus loin. Les Français prétendaient descendre de Francus et d'Hector; les Anglais voulurent descendre de Brutus, fils d'Ascagne et petit-fils d'Énée. L'histoire prétendue de Geoffroy de Monmouth consacra cette filiation. A l'égard de l'antiquité, les choses devenaient donc égales entre eux et nous; et le choix qu'ils firent d'Artus pour leur héros dans le moyen âge, leur donnait sur nous l'avantage d'environ deux siècles d'antériorité; en sorte, comme le dit M. de Caylus[943], que le règne de Charlemagne devenait une copie du sien.
[Note 942: _Academ. des Inscr._, t. XXIII, Histoire, p. 239.]
[Note 943: _Ibidem._]
Les rapports entre Charlemagne et Artus sont sensibles, et en accordant, avec M. de Caylus, la priorité aux fables qui portent le nom de Turpin, l'imitation dans les autres est mal voilée. «Artus et Charlemagne, dit-il, ont chacun un neveu très-brave, qu'ils ont aimé uniquement; Roland et Gauvain ont joué le même rôle. Personne n'ignore la quantité de guerres que Charlemagne eut à soutenir; Artus, aussi grand guerroyeur, en a soutenu douze. Ils ont tous deux combattu les païens; tous deux ont eu affaire aux Saxons; tous deux ont fait grand nombre de voyages; la générosité à donner le butin à leurs capitaines est la même dans l'un et dans l'autre. Charlemagne était sobre, sa table était frugale; il n'y admettait ses amis et les grands de son royaume qu'aux jours de fêtes solennelles. Artus a tenu exactement la même conduite. Les douze pairs de l'un répondent aux douze chevaliers de la Table ronde de l'autre....» S'il n'est parlé des douze pairs dans notre histoire que long-temps après Charlemagne, l'établissement de la Table ronde ne se trouve nulle part; l'auteur du _Brut_ convient lui-même que toute cette histoire est pleine de fables[944]; il dit aussi que ce qu'on rapporte du roi Artus n'est ni tout-à-fait vrai, ni tout-à-fait faux[945], mais qu'on a fait beaucoup de contes auxquels son courage et ses grandes qualités ont donné lieu, etc. «Il est donc très-vraisemblable, conclut M. de Caylus, que toute l'histoire d'Artus s'est formée sur celle de Charlemagne; que le règne de ce dernier prince a été la source de toutes les idées romanesques qui ont germé dans les siècles suivants; et qu'avant les romans qui nous restent, il y en avait de plus abrégés qui ont servi de canevas à tant d'imaginations bizarres[946].»
[Note 944:
Fist Artus la réonde table Dont Bretons dient mainte fable.]
[Note 945:
Ne tot mensonge ne tot voir, Ne tot folie ne tot savoir.]
[Note 946: _Ub. supr._, p. 243.]
Cela est très-bien s'il ne s'agit de décider qu'entre la Chronique de Turpin et celle de Geoffroy de Montmouth; mais si Thélésin et Melkin ont existé dès le sixième siècle; si l'un, contemporain d'Artus, a fait un livre des exploits de ce roi[947]; si l'autre a écrit peu de temps après sur Artus et sa Table ronde[948], l'imitation restant sensible, c'est nous, et non plus les Anglais qui sommes les imitateurs. Il resterait à examiner si ces deux auteurs, dont deux bibliographes ont parlé, mais dont M. Warton, dernier historien de la poésie anglaise, ne parle pas[949], ont en effet existé, et s'ils ont écrit les histoires qu'on leur attribue, mais dont il n'existe aucune édition, et dont on ne cite aucun manuscrit: c'est une question que je crois n'avoir point été encore examinée, et que je renvoie, comme digne de l'être, aux archéologues britanniques.
[Note 947: _Acta regis Arthuri_, l. I. Voyez ci-dessus, p. 123, note 1.]
[Note 948: _De regis Arthuri mensâ rotundâ_, l. I. _Ibid._, note 2.]
[Note 949: Il ne parle du moins de Thélésin que comme d'un barde, et ne dit mot de Melkin. Voyez ci-dessus, p. 132, note 1.]
Page 342, ligne 1.--«Il (le _Bojardo_) était certainement poëte par l'imagination; mais on risque peu de se tromper en disant qu'il l'était beaucoup moins par le style.»--La preuve en est dans la réforme que le poëme entier a subie, et qui rend très-difficile, en Italie même, à plus forte raison en France, de se le procurer dans l'état où le _Bojardo_ l'avait laissé. Après quatre ou cinq éditions du texte seul, après les deux ou trois qui avaient paru avec la continuation d'_Agostini_, le _Domenichi_ en voulut donner une qui fût purgée de tous les défauts que l'auteur y eût corrigés lui-même, si la mort ne l'eût prévenu, et de ceux que l'état de corruption où la langue était retombée de son temps, ne lui avait pas permis d'apercevoir. Son édition a pour titre: _Orlando innamorato del sig. Matteo Maria Bojardo, conte di Scandiano, insieme co i tre libri di Niccolo degli Agostini, nuovamente riformato per M. Lodovico Domenichi_, etc., _Vinegia, appresso Girolamo Scotto_, 1745, in-4º. Il dit dans sa dédicace, adressée à _Giberto Pio di Sassuolo: «V. S. illma. havrà da me l'Orlando innamorato del Bojardo..... e l'havrà riformato in meglio in quei luoghi, dove l'autore prevenuto dalla morte e impedito dalla rozzezza del suo tempo, nel quale questa lingua italiana desiderava la pulitezza de i nostri giorni, non gli puote dar quello ornamento, ch' era dell' animo suo._» Cette édition est celle dont j'ai tiré les citations répandues dans les notes de ce chapitre VI. J'ai pensé qu'étant plus rapprochées du style moderne, elles conviendraient à plus de lecteurs. J'avais cependant sous les yeux la dernière édition antérieure à la réformation du _Domenichi_, _Vinegia_, 1539, in-4º.; et, pour satisfaire ceux qui peuvent être curieux de ces détails, je finirai ce qui regarde l'_Orlando innamorato_, en rapprochant ici les trois premières stances originales du _Bojardo_ de celles de son réformateur.
STANCES ORIGINALES.
Signori e cavallier che v'adunati Per odir cose dilettose e nove Stati attenti, quieti, et ascoltati La bell' historia che'l mio canto move. Et odereti i gesti smisurati, L'alta fatica e le mirabil prove Che fece il franco Orlando per amore, Nel tempo del re Carlo imperatore.
Non vi par già, signor, maraviglioso Odir contar d'Orlando innamorato Che qualunque nel mondo è più orgoglios E d'amor vinto al tutto e soggiogato, Nè forte braccio, nè ardire animoso, Nè scudo ò maglia, ne brando affilato, Nè altra possanza può mai far diffesa Ch' al fin non sia d'amor battuta e presa.
Questa novella è nota a poca gente, Perchè Turpino istesso la nascose Credendo forsi a quel conte valente, Esser le sue scritture dispettose, Poichè contra ad amor pur fu perdente Colui che vinse tutte le altre cose, Dico d'Orlando, il cavalier adatto; Non più parole, hormai veniamo al fatto.
STANCES RÉFORMÉES.
Se come mostra il taciturno aspetto, Signori e cavallier, sete adunati Per haver dal mio canto alcun diletto, Piaciavi di silentio esser mi grati; Che dirve cose nuove io vi prometto Prove d'arme ed affetti innamorati D'Orlando, in seguitar Marte e Cupido; Onde n'è giunto al secol nostro il grido.
Forse parrà di maraviglia degno, Che ne l'alma d'Orlando entrasse amore, Sendo egli stato a più d'un chiaro segno Di maturo saper, di saggio core; Ma non è al mondo così scaltro ingegno, Che non s'accenda d'amoroso ardore, Testimonio ne fan l'antiche curie Dove ne son mille memorie sparte.
Questa historia fin hor poco palese E stata per industria di Turpino;_ _Che di lasciarla uscir sempre contese Per non ingiuriar il paladino; Il qual poiche ad Amor prigion si rese Quasi a perder se stesso andò vicino. Però fu lo scrittor saggio ed accorto, Che far non volse al caro amico torto.
On peut juger par cet exemple de ce que c'est, presque d'un bout à l'autre du poëme, que ce qu'on appelle la réformation du _Domenichi_.
FIN DU QUATRIÈME VOLUME.
IMPRIMERIE DE MOREAU, RUE COQUILLIÈRE, Nº 27.