Histoire du Bas-Empire. Tome 02
c. 4, rapporte ensuite la plaisanterie faite contre Marc-Aurèle; c'est
une requête en grec adressée par les bœufs blancs à l'empereur. Oἱ λευκοὶ βόες Μάρκῳ τῷ Καίσαρι. Ἀν σὺ νικήσῃς, ἡμεῖς ἀπωλόμεθα.--S.-M.]
[Note latérale: XIX. Il veut imiter le christianisme.
Jul. epist. 49, p. 429 et 56, p. 442, et fragm. p. 288-305.
Greg. Naz. or. 3. t. 1, p. 93 et 94.
Soz. l. 5, c. 16.
Theod. l. 2, c. 4.
La Bleterie, notes sur les lettres de Julien, p. 325.]
Dans le temps même qu'il tâchait d'anéantir le christianisme, il fut forcé de lui rendre le témoignage le plus honorable et le moins suspect: _Les païens avaient une morale_, dit un auteur sensé et ingénieux, _mais le paganisme n'en avait point_. Julien lui voulut prêter celle de la religion chrétienne. Il n'en pouvait copier que l'extérieur; et c'est avec beaucoup de justesse que saint Grégoire de Nazianze l'appelle le singe du christianisme. Il forma le dessein de fonder des écoles dans toutes les villes, d'établir dans les temples des catéchistes, des docteurs, des prédicateurs; de marquer les prières qui devaient être récitées à certaines heures et en certains jours; de les faire chanter à deux chœurs, usage qui avait depuis peu commencé dans l'église d'Antioche. Il chargea, par une de ses lettres Ecdicius, gouverneur de l'Égypte, de choisir dans Alexandrie des jeunes gens bien nés, qui eussent la voix belle: il leur assigna un entretien honnête; il lui ordonna de leur faire apprendre la musique et de veiller à leurs progrès; il les destinait au service des dieux; il prétendait que la musique sert à élever l'ame et à la purifier. Il exigeait dans les lieux consacrés au culte de la religion beaucoup de silence et de modestie; ne permettant pas même les acclamations dont on avait coutume d'honorer l'empereur, quand il y entrait. Il projetait d'imiter la discipline de l'église dans la correction des pécheurs, et de prescrire divers degrés de pénitence; de fonder des monastères d'hommes et de femmes, des maisons de retraite, des hôpitaux pour les voyageurs et pour les pauvres. Il aurait souhaité faire passer dans le paganisme l'usage des lettres ecclésiastiques, avec lesquelles les chrétiens étaient reçus par toute la terre comme des frères et des amis. En un mot, il était jaloux de cet esprit de lumière, de sagesse et de charité, qu'il était forcé d'admirer dans l'église chrétienne.
[Note latérale: XX.
Perfection qu'il exigeait des prêtres païens.
Jul. ep. 49, p. 429, ep. 63, p. 451, et in fragm. p. 288-305.]
Un pontife supérieur fut établi dans chaque province, avec une pleine autorité sur tous les prêtres des villes et des campagnes. Julien exige, comme des vertus essentielles à cette place, la modération, la douceur, la hardiesse à reprendre, et la vigueur à punir. Ses écrits fournissent un modèle d'instruction pour ceux qui sont honorés du sacerdoce, et une copie fidèle de la sainteté qu'il voyait alors éclater dans les ministres de l'église. Il attribue la décadence de l'idolâtrie aux vices de ceux qui la professent; il reconnaît que c'est par la régularité dans les mœurs et par la charité envers les hommes, que le christianisme s'est accrédité. Il recommande au pontife la vigilance sur les inférieurs: _Privez-les_, dit-il, _des fonctions du sacerdoce, s'ils ne sont fidèles à servir les dieux, s'ils n'y obligent leurs domestiques, s'ils mènent une vie indécente_. Il lui conseille de voir rarement les magistrats et les grands seigneurs, si ce n'est pour l'intérêt de la veuve et de l'orphelin, et de se contenter de leur écrire. Il veut qu'on reçoive dans les hôpitaux les pauvres étrangers, de quelque religion qu'ils soient. Il impose une contribution dans chaque province pour fournir à la subsistance des indigents. Il défend aux gouverneurs de se faire suivre de leurs gardes quand ils entrent dans les temples: _Dès qu'ils y mettent le pied_, dit-il, _ils deviennent simples particuliers; les prêtres seuls ont droit d'y commander sous les auspices des dieux; les autres, qui portent leur faste jusqu'au pied des autels, ne sont que des hommes vains et superbes_. Il exige qu'on respecte les prêtres, lors même qu'ils sont indignes de leur ministère, jusqu'à ce qu'ils en aient été dépouillés; mais il veut aussi qu'ils se rendent respectables: _Ils sont_, dit-il, _les interprètes des dieux auprès des hommes, et les cautions des hommes auprès des dieux_. Il leur prescrit de conserver leurs oreilles chastes aussi-bien que leur langue; il leur interdit la lecture des poésies trop libres et des histoires amoureuses, _qui allument peu à peu le feu des passions_; ce sont ses termes. Il ne leur permet pas même de lire les ouvrages d'Épicure et de Pyrrhon, et il rend grâces aux dieux d'avoir fait périr la plupart des écrits de ces philosophes. Il aurait bien voulu épurer le théâtre; mais regardant la chose comme impossible, il en défend l'entrée aux prêtres. Il veut qu'ils prient trois fois le jour; qu'ils se montrent rarement aux promenades; qu'ils ne se trouvent à des festins que chez des personnes vertueuses; qu'ils s'abstiennent des spectacles où assistent les femmes; qu'ils soient magnifiques dans les cérémonies de religion, simples dans leur habillement ordinaire; qu'ils prennent sur leur nécessaire de quoi faire l'aumône. Enfin il demande dans ceux qu'on élève à la prêtrise deux qualités, l'amour des dieux et celui des hommes: _Avec ces deux caractères_, ajoute-t-il, _n'importe qu'ils soient riches ou pauvres, illustres ou inconnus_. Ces maximes s'accordent avec la profession solennelle qu'il fait en cent endroits de ses ouvrages, de croire l'existence des dieux, l'immortalité de l'ame, les récompenses et les punitions d'une autre vie. C'est ainsi qu'il s'efforçait de dérober à la religion chrétienne la sainteté de sa discipline et de sa morale. Il ignorait que c'est une tige qui meurt dès qu'elle est transplantée, et qu'elle ne peut porter de fruits mûrs et durables que dans le terrain où elle est née, et où elle est arrosée de la main de Dieu même. Julien ne vécut pas assez long-temps pour reconnaître que sa réforme n'était qu'un projet chimérique.
[Note latérale: XXI. Feinte douceur de Julien à l'égard des chrétiens.
Jul. ep. 7, p. 376, ep. 43, p. 424, et ep. 52, p. 435.
Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 72, et or. 10, p. 167.
Liban. or. 10, t. 2, p. 290.
Chrysost. de Sto. Babyla et in Jul. et Gent. t. 2, p. 574 et in Juvent. et Max. p. 579.
Socr. l. 3, c. 11 et 12.
Soz. l. 5, c. 4 et 17.
[Theoph. p. 40.]
Cedr. t. 1, p. 306.
Zon. l. 13, t. 2, p. 25.
Vita Athan. apud Phot. cod. 258.
Suid. in Μίλιον.]
Selon le plan qu'il avait formé, il défendit de mettre à mort les Galiléens (c'est ainsi qu'il nommait les chrétiens), ni de leur faire aucun mauvais traitement pour cause de religion: _Ils sont_, disait-il, _plus dignes de compassion que de haine; ils ne se punissent que trop eux-mêmes; ce sont des aveugles qui s'égarent sur le point le plus essentiel de la vie, qui abandonnent le culte des dieux immortels, pour honorer des restes de cadavres et des ossements de morts_. Il désignait ainsi les reliques des martyrs. Il blâmait hautement Constance d'avoir employé la rigueur contre ceux qui ne s'accordaient pas avec lui en fait de croyance. Il n'ôtait point aux chrétiens l'exercice public de leur religion; mais il leur enlevait sous divers prétextes leurs évêques et leurs prêtres, afin de ruiner peu à peu la doctrine et la pratique du christianisme, par le défaut d'instruction et de ministres. Pour relever le prix de l'idolâtrie, il déclara que, loin de traîner les Galiléens devant les autels et de les contraindre à sacrifier, il ne permettait d'admettre ces impies à la participation des mystères, qu'après des prières, des expiations, de longues épreuves capables de purifier leur ame et leur corps. Il était habile à profiter des imprudences où tombaient quelquefois les chrétiens, et il ne manquait pas d'affecter une patience philosophique dans les occasions où la chaleur d'un zèle inconsidéré n'attaquait que sa personne. Constantin avait placé à Constantinople une statue de la Fortune de la ville, qui portait une croix gravée sur le front. Julien l'ayant fait abattre et enfouir, en fit placer une autre dans un temple avec les symboles de l'idolâtrie. Un jour qu'il lui offrait un sacrifice public, Maris, cet évêque de Chalcédoine si connu par son attachement à l'Arianisme, aveugle et cassé de vieillesse, se fit conduire devant l'empereur; et l'insultant en face, il lui reprocha dans les termes les plus amers son impiété et son apostasie: _Tais-toi, malheureux aveugle_, lui répondit Julien, _le Galiléen ton dieu ne te rendra pas la vue_. _Je lui rends grace_, repartit Maris, _de m'avoir épargné la douleur de voir un apostat tel que toi_. Julien ne répliqua pas, et continua le sacrifice. Cette modération semble ne mériter que des louanges: mais selon les chrétiens de ce temps-là, qui pénétraient mieux que nous les intentions de Julien, ce n'était que l'effet d'une maligne politique: il refusait aux chrétiens la gloire du martyre; il savait que les supplices sont un germe de prosélytes.
[Note latérale: XXII. Rappel des chrétiens exilés.
Jul. ep. 26, p. 398, ep. 31, p. 404 et ep. 52, p. 435.
Amm. l. 22, c. 5.
[Socr. l. 2, c. 38.]
Theod. l. 3, c. 4.
Soz. l. 5, c. 5 et 15.
Philost. l. 6, c. 7 et l. 9, c. 4.
[Facund. l. 4, c. 2]
Chron. Alex. p. 296.
Fleury, hist. ecclés. l. 15, c. 4.]
Ce fut encore par la même apparence de douceur, qu'il rappela indistinctement et les orthodoxes et les hérétiques, que Constance avait exilés et qu'il leur fit rendre leurs biens confisqués: sans s'expliquer au sujet des évêques, qu'il voulait se réserver la liberté de chasser dans la suite, il les laissa rentrer dans leurs églises. Les Ariens, qui avaient été les favoris de Constance, lui étaient par cette raison encore plus odieux que les catholiques. Mais son dessein était de détruire, les unes par les autres, les diverses communions qui partageaient le christianisme. Sous prétexte d'apaiser leurs querelles, mais en effet pour les aigrir davantage, il appelait quelquefois devant lui les chefs des partis contraires; il les mettait aux prises; et après les avoir échauffés par la dispute, prenant le ton de conciliateur, il les exhortait à la paix: _Ecoutez-moi_, leur disait-il, _les Allemands et les Francs m'ont bien écouté_[390]. Il les congédiait ensuite en leur déclarant qu'il entendait qu'ils demeurassent unis ensemble, malgré la contrariété des dogmes que chaque parti aurait la liberté de soutenir. C'était renfermer comme dans un champ clos des ennemis armés et irréconciliables. Il avait été témoin des persécutions suscitées par les Ariens contre les catholiques: il savait qu'il y a des chrétiens qui ne se pardonnent pas la diversité de croyance, et que ce motif, qui ne devrait agir que dans l'ordre surnaturel, suffit seul dans leur esprit pour rompre tous les liens de l'humanité et de la nature. Il rassembla de toute la terre dans le sein de l'église comme autant de serpents les hérétiques les plus dangereux. Il écrivit à Photinus pour le féliciter de sa constance à nier la divinité de Jésus-Christ; il caressa surtout Aëtius, qui avait été le confident et le théologien de Gallus: l'ayant rappelé d'exil par une lettre pleine de bienveillance[391], il lui fit présent d'une terre près de Mytilène, dans l'île de Lesbos. Il ordonna, sous peine d'une grosse amende, à Eleusius, évêque de Cyzique, de rebâtir à ses dépens dans l'espace de deux mois l'église des Novatiens qu'il avait abattue du vivant de Constance. Quelque temps après, ce même évêque, étant accusé d'avoir sous le règne précédent détruit des temples et converti quelques païens, il le chassa de la ville, lui et tout son clergé, avec défense d'y rentrer, _de crainte_, disait-il, _qu'ils n'y excitassent quelque sédition_.
[Note 390: _Audite me, quem Alamanni audierunt et Franci._ Amm. Marc. l. 22, c. 5.--S.-M.]
[Note 391: Il lui parle de leur vieille amitié; παλαιᾶς γνώσεώς τε καὶ συνηθείας μεμνημένος, ep. 31.--S.-M.]
[Note latérale: XXIII. Nouveaux excès des Donatistes.
Optat. l. 2, c. 17, 18, 19, 20 et 21, p. 36-42.
S. Aug. contra Petil. l. 2, c. 92, 97, t. 9, p. 275 et 286.
Idem, contra Parm. l. 1, c. 12, t. 9, p. 23.
Cod. Th. l. 16, tit. 5, leg. 37, et ibi God.
Till. hist. des Donat. art. 53, 54 et 55.]
Les Donatistes n'osaient lever la tête, depuis que Constant avait châtié leur insolence. Aussitôt que Julien fut monté sur le trône, ils s'empressèrent de se concilier la faveur du nouveau prince. Ils lui députèrent pour demander la restitution de leurs basiliques. Leurs envoyés n'épargnèrent pas la flatterie: on leur a reproché dans tous les siècles d'avoir dit à Julien _qu'il était le seul prince qui sût écouter la justice_. Cet éloge fut regardé comme une trahison faite au christianisme; et leur requête devint si odieuse, que, quarante ans après, Honorius, pour les couvrir d'ignominie, ordonna qu'elle serait publiquement affichée avec le rescrit de Julien, qui les rétablissait dans toutes leurs anciennes possessions. Julien se persuadait que cette secte forcenée serait plus propre que toute autre à ruiner le christianisme en Afrique. Rien n'égale en effet la fureur, à laquelle ces fanatiques s'abandonnèrent. Ils s'emparaient des églises à main armée, ils en chassaient les évêques, brisaient les autels et les vases sacrés, massacraient les prêtres et les diacres, violaient les vierges consacrées à Dieu, mettaient les hommes en pièces, outrageaient les femmes, tuaient les enfants dans les entrailles de leurs mères, profanaient les saints mystères. Leurs évêques prétendaient se sanctifier par tant d'horreurs, et les peuples juraient par le nom de ces prélats sacriléges, comme par celui de Dieu même.
[Note latérale: XXIV. Julien défend aux chrétiens d'enseigner et d'étudier les lettres humaines.
Jul. ep. 42, p. 422.
Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 51, 96 et 97.
Amm. l. 22, c. 10, et l. 25, c. 4, et ibi Vales.
Chron. Hier.
Socr. l. 3, c. 16.
Theod. l. 3, c. 8.
Soz. l. 5, c. 18.
Joann. Antioch. p.842 et ibi Vales.
Zon. l. 13, t. 2, p. 25.
Cedr. t. 1, p. 305.
Oros. l. 7, c. 30.
[Theoph. p. 40.]
La Bleterie, vie de Julien l. 4, p. 228, et lettres de Julien, p. 26.]
L'esprit de révolte et de schisme que les hérétiques rapportaient de leur exil, menaçait l'église des attaques les plus meurtrières. Pour la désarmer, Julien imagina un moyen qui pouvait suppléer à la rigueur des persécutions: c'était de réduire les chrétiens à l'ignorance, en leur défendant d'enseigner et d'étudier les lettres. Il savait qu'il est aisé de conduire les hommes à la superstition par le défaut de connaissances; que de les priver d'instruction, c'est un moyen sûr pour tyranniser leurs esprits; que l'ignorance fut la mère du paganisme; et que pour le faire renaître, il fallait ramener les chrétiens à l'état où s'étaient trouvés leurs pères à la naissance de l'idolâtrie. Il avait assez de lumières pour sentir que les auteurs païens, réunissant à la fois toutes les forces et toutes les faiblesses de la raison humaine, avec le plus grand art à mettre en œuvre les unes et les autres, fournissaient en même temps et les chimères à combattre et les armes pour les vaincre: il voyait que les défenseurs les plus formidables que le christianisme eût alors à lui opposer étaient les hommes les plus lettrés de l'empire, Athanase, Grégoire de Nazianze, Basile de Césarée, Hilaire de Poitiers, Diodore de Tarse, Apollinaire. Voulant donc enlever aux chrétiens cette puissante ressource, il publia un édit que nous avons encore, par lequel il les déclare incapables d'enseigner la grammaire, l'éloquence, la philosophie. Il en apporte pour raison que les livres où l'on puise les principes et les exemples de ces connaissance, étant l'ouvrage des adorateurs des Dieux, et remplis des maximes de l'Hellénisme, c'est dans les maîtres chrétiens une imposture, et une duplicité honteuse de proposer des modèles qu'ils désavouent, et d'enseigner aux autres ce qu'ils ne croient pas eux-mêmes. Il paraît s'applaudir beaucoup de ce sophisme. Il ajoute néanmoins qu'en défendant aux chrétiens de donner des leçons, il ne leur défend pas d'en recevoir, et qu'il permet aux jeunes gens de fréquenter les écoles sans les contraindre à quitter leur religion. _Ce n'est pas_, dit-il, _qu'il y eût de l'injustice à les guérir malgré eux comme des phrénétiques; mais je permets d'être malades à ceux qui le voudront être: je pense qu'il faut instruire les ignorants et non les punir_. Le témoignage clair et précis des historiens ecclésiastiques nous apprend que la permission de s'instruire, accordée aux chrétiens à la fin de cet édit, fut bientôt révoquée par un édit postérieur qui ne s'est pas conservé jusqu'à nous. Ammien Marcellin, tout païen qu'il est, blâme cette défense comme inhumaine, et digne d'être ensevelie dans un oubli éternel[392].
[Note 392: _Illud autem erat inclemens, obruendum perenni silentio, quòd arcebat docere magistros rhetoricos et grammaticos, ritûs christiani cultores._ Amm. Marc. l. 22, c. 10.--S.-M.]
[Note latérale: XXV. Exécution de cet édit.
Jul. ep. 2, p. 373 et ep. 19, p. 386.
Eunap. in Prohæres. t. 1, p. 92 ed. Boiss.
Chron. Hier. Socr. l. 3, c. 13.
Aug. confess. l. 8, c. 5, t. 1, p. 148.
Oros. l. 7, c. 30.
Suid. in Προαιρέσιος.
Till. persec. art. 9, et note 4.]
Les professeurs chrétiens étaient encore en petit nombre. Ecébolus, qui avait été un des maîtres de Julien, et que l'intérêt et la vanité avaient toujours tenu attaché à la cour, homme de petit génie, dépourvu de talents, et jaloux de ceux des autres, sacrifia sans balancer sa religion à sa chaire. Après la mort de Julien, il revint au christianisme; et toujours déclamateur jusque dans sa pénitence, couché par terre devant la porte de l'église, il criait aux fidèles: _Foulez-moi aux pieds; je suis un sel affadi_. Les autres montrèrent plus de fermeté. L'histoire nomme Marius Victorinus qui professait l'éloquence à Rome avec éclat, et le célèbre Prohérésius, que Constant avait comblé d'honneurs. Quoiqu'il n'eût paru à Rome qu'en passant, cette ville lui avait érigé une statue de bronze avec cette inscription: _Rome reine du monde au roi de l'éloquence_. Étant retourné à Athènes, il soutint la réputation du plus habile maître de la Grèce. Julien faisait de lui une haute estime; il voulait même l'engager à écrire son histoire; et par une exemption qu'il croyait honorable, il lui permit de continuer ses leçons, sans être obligé de changer de religion. Prohérésius refusa cette distinction qui aurait pu rendre sa foi suspecte; il renonça généreusement à sa profession et aux bonnes graces du prince, qui dès ce moment, par une bizarrerie très-ordinaire, rabattit beaucoup de l'opinion qu'il avait eue de l'habileté de ce rhéteur.
[Note latérale: XXVI. Douleur de l'église.
Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 51 et 99.
Basil. de libris Gentilium, t. 2, p. 173.
Socr. l. 3, c. 16.
Soz. l. 5, c. 17.]
Cet édit de Julien alarma tous les fidèles. Les livres saints étaient leur nourriture; mais les lettres profanes, dit saint Basile, étaient les feuilles qui servaient aux fruits d'ornement et de défense. Aussi ces hommes éclairés, loin d'embrasser avec joie cette ignorance, qu'une fausse politique ou une singularité bizarre prêchent quelquefois, et qu'une pieuse imbécillité canonise, regardèrent cet artifice de Julien, comme l'attentat le plus noir et le plus dangereux qu'il eût formé contre le christianisme: ce sont les termes de saint Grégoire de Nazianze; et de tous les reproches dont il accable Julien, il n'en est point qui prête à son zèle plus de force et plus de vivacité. On travailla aussitôt à réparer cette perte. Saint Grégoire et Apollinaire, tous deux féconds et éloquents, tous deux hommes de génie, riches de leur propre fonds et enrichis encore par l'étude des lettres, composèrent en prose et en vers un grand nombre d'écrits. Ils avaient dessein d'y transporter les beautés des auteurs profanes, et de les y conserver comme dans un dépôt sacré, en les appliquant aux matières propres de la religion. Mais quelque habiles que fussent ces deux illustres écrivains, leurs ouvrages trop hâtés ne pouvaient remplacer des chefs-d'œuvres de tant de siècles: la mort de Julien rendit bientôt à l'église le libre usage des trésors dont il avait voulu la dépouiller.
[Note latérale: XXVII. Conduite de Julien à l'égard des médecins.
Jul. ep. 45, p. 426, et lex de medicis, p. 154.
Greg. Naz. or. 10, t. 1, p. 167 et 168, et ep. 17, p. 779.
Chrysost. in Juvent. et Max. t. 2, p. 579.
Cod. Th. l. 13, tit. 3, leg. 4, 5.
Till. persec. art. 9.]
Pour s'assurer de l'exécution de cet édit, il défendit par une loi expresse à tout particulier d'entreprendre de tenir école, de quelque science que ce fût, sans avoir été autorisé par le conseil de la ville et par les suffrages des principaux habitants: il ordonna que le décret lui serait envoyé pour l'examiner et le ratifier. Il témoignait de grands égards aux médecins: il fit revivre en faveur de ceux de la cour et des deux capitales de l'empire, Rome et Constantinople, tous les priviléges qui leur avaient été accordés par les anciens empereurs, et les déclara exempts de toute fonction onéreuse. Rien n'est plus honorable que la lettre par laquelle il rétablit le médecin Zénon, que la faction de l'évêque George avait chassé d'Alexandrie. Mais en même temps il défendit aux chrétiens d'enseigner et peut-être même de pratiquer la médecine. Saint Jean Chrysostôme comprend cette profession dans le nombre de celles dont les chrétiens furent exclus. Césaire, frère de saint Grégoire de Nazianze, avait exercé la médecine auprès de Constance avec une grande réputation. Son savoir et son désintéressement, qui en rehaussait le prix, lui avaient mérité l'estime de toute la ville de Constantinople, et les plus honorables distinctions de la part du prince. Il demeura auprès de Julien. Le danger auquel il exposait sa foi, fit trembler son frère: celui-ci s'efforça de le rappeler par une lettre touchante, trempée de ses larmes et de celles de leur père. Césaire ne se rendit point à ces instances; mais il ne dégénéra pas de cet esprit de lumière et de force qui faisait le caractère de sa famille. En vain Julien, qui s'était fait un point d'honneur de le pervertir, mit en œuvre les caresses et les menaces. Ce prince entra même en controverse avec lui devant un grand nombre de témoins, les uns déja séduits, les autres fidèles, qui, partagés de désirs comme de sentiments, s'intéressaient tous vivement à la victoire. Dans un combat en apparence si inégal, Césaire sut si bien démêler les sophismes de Julien, il se tira avec tant d'adresse de ses subtilités, il protesta avec tant de fermeté qu'il vivrait et qu'il mourrait chrétien, que l'empereur confus et déconcerté perdit l'espérance de le séduire, sans perdre cependant l'estime qu'il avait pour lui. Il voulait le retenir; mais Césaire se retira de la cour, et alla mettre sa foi à couvert dans le sein de sa famille.
[Note latérale: XXVIII. Il accable les chrétiens.
Jul. ep. 43, p. 424.
Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 81.
Socr. l. 3, c. 13 et 14.
Soz. l. 5, c. 3, 5 et 17.
Cod. Th. l. 12, tit. 1, leg. 50, l. 3, tit. 1, leg. 4.
God. ad Cod. Theod. t. 2, p. 303.
La Bleterie, lettres de Julien, p. 360 et suiv.]
La liberté de religion que Julien laissait en apparence aux chrétiens, n'était en effet qu'un dur esclavage. Toute la clémence de ce prince se bornait à ne les pas condamner à mort par un édit général. Il prenait d'ailleurs les voies les plus sûres pour les accabler. Toutes les faveurs étaient prodiguées aux païens: les chrétiens n'éprouvaient que vexations, que mépris, que disgraces. Il dépouilla les ecclésiastiques de leurs priviléges: il les priva ainsi que les veuves et les vierges des distributions fondées par Constantin: il entreprit même de les forcer à rendre au trésor ce qu'ils avaient reçu depuis cette fondation, et ces poursuites ne furent arrêtées que par sa mort. Il exigeait des chrétiens des sommes considérables pour la réparation des temples: il y faisait transporter les vases sacrés et les ornements des églises; ce n'était à son avis que restituer aux dieux des biens qui leur appartenaient. Ces recherches donnaient lieu à une infinité de violences: on emprisonnait les clercs; on les appliquait à la torture. Pour multiplier les apostasies, il facilita les divorces dont Constantin avait restreint la licence, et il déclara que la diversité de culte serait une cause légitime de séparation. Il n'admettait les chrétiens dans aucune magistrature, sous prétexte que leur loi leur défend de faire usage du glaive. Il les privait de tous les droits qu'on osait leur disputer; il ne leur permettait pas même de se défendre devant les tribunaux: _Votre religion_, leur disait-il, _vous interdit les procès et les querelles_. A l'occasion des préparatifs qu'il fallait faire pour la guerre contre les Perses, il imposa une taxe sur tous ceux qui refusaient de sacrifier. Les gouverneurs des provinces trouvant une conjoncture si favorable pour s'enrichir, exigeaient beaucoup au-delà des sommes imposées; ils employaient les contraintes les plus rigoureuses; et lorsque les chrétiens portaient leurs plaintes à l'empereur: _Retirez-vous, Galiléens infidèles_, leur répondait-il: _votre Dieu ne vous a-t-il pas appris à mépriser les biens de ce monde, et à souffrir avec patience les afflictions et les injustices?_ La plupart des habitants d'Édesse étaient attachés à la foi catholique[393]; mais cette ville renfermait encore deux sectes d'hérétiques, les Valentiniens et les Ariens. Ceux-ci, fiers de la puissance qu'ils avaient acquise sous le règne de Constance, attaquèrent les Valentiniens et commirent de grands désordres. Julien saisit cette occasion pour dépouiller l'église d'Édesse, qui était fort riche; et sans faire distinction des catholiques qui n'avaient aucune part à la querelle, il ordonna que les biens de cette église seraient confisqués. La lettre qu'il écrit à ce sujet au premier magistrat de la ville joint aux plus terribles menaces une froide et maligne plaisanterie: _L'admirable loi des Galiléens_, dit-il, _leur prescrivant de se débarrasser des biens de la terre, pour arriver plus aisément au royaume des cieux, nous voulons, autant qu'il est en nous, leur faciliter le voyage_. Les villes qui se signalaient en faveur de l'idolâtrie, étaient assurées de sa bienveillance: il les prévenait lui-même et les exhortait par ses lettres à lui demander des graces. Les villes chrétiennes au contraire n'obtenaient pas justice; il évitait d'y entrer; il refusait audience à leurs députés; il rejetait leurs requêtes. La ville de Nisibe demanda du secours contre les Perses, dont elle craignait les insultes: il répondit aux envoyés _qu'ils obtiendraient tout de lui, quand ils auraient commencé par invoquer les Dieux_.
[Note 393: La religion chrétienne était professée dans cette ville long-temps avant d'avoir été adoptée dans l'empire romain, lorsque Édesse formait un état particulier sous la domination des rois nommés Abgares. L'histoire de cette dynastie et les relations qui ont pu exister entre Abgare et J.-C. ont été pour moi l'objet d'un travail particulier.--S.-M.]
[Note latérale: XXIX. Il tâche de surprendre les soldats.
Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 84-86.
Socr. l. 3, c. 13.
Theod. l. 3, c. 7, 15 et 16.
Soz. l. 3, c. 16.
L. unius. ff. de quæstionibus.]
Il s'attachait surtout à pervertir les soldats. L'ignorance, le désir d'avancer dans le service, l'habitude de ne connaître d'autre loi que la volonté du prince, lui faisaient espérer de leur part une soumission aveugle. Le changement du _Labarum_ et le mélange des images des Dieux avec celles de Julien, aidaient à la séduction. Instruits de tout temps à révérer leurs enseignes et les portraits de leurs empereurs, la plupart ne s'aperçurent pas du piége; ils s'accoutumèrent à honorer les divinités de leur prince, et devinrent païens, presque sans le savoir. Il y en eut cependant, qui, plus éclairés et plus fidèles, évitèrent de rendre cet hommage idolâtre. Pour surprendre leur foi, Julien s'avisa d'un stratagème. Un jour qu'il devait distribuer aux troupes une gratification, il feignit de vouloir rappeler une coutume pratiquée, disait-il, par les anciens empereurs. A côté de son tribunal, il fit dresser un autel et une table chargée d'encens. Sur l'autel s'élevait une enseigne qui portait l'image de Julien et de ses Dieux. Il prit ensuite séance avec tout l'appareil de la majesté impériale. Les soldats approchant à la file passaient d'abord devant l'autel; on les avertissait de jeter un grain d'encens dans le feu qu'on y avait allumé. La crainte, la surprise, la persuasion que ce n'était qu'un ancien usage, et surtout l'or qu'ils voyaient briller dans la main du prince, étouffaient les scrupules. Il ne s'en trouva que fort peu, qui, refusant de payer ce tribut à l'idolâtrie, se retirèrent sans se présenter à l'empereur. Après cette cérémonie, quelques soldats chrétiens buvant ensemble, l'un d'eux fit, selon la coutume, le signe de la croix. Un de ses camarades s'étant mis à rire, comme il lui en demandait la raison: _Eh quoi!_ répondit l'autre, _avez-vous déja oublié ce que vous venez de faire? Depuis que vous avez jeté l'encens sur l'autel, vous n'êtes plus chrétien._ A cette parole tous se réveillant comme d'une léthargie, poussent de grands cris, fondent en larmes, s'arrachent les cheveux, courent à la place publique, en criant: _Nous sommes chrétiens; l'empereur nous a trompés; il s'est trompé lui-même; nous n'avons pas renoncé à notre foi_. Ils se rendent au palais: ils se plaignent de la supercherie; et jetant aux pieds de l'empereur l'or qu'ils avaient reçu, ils demandent la mort en expiation de leur crime. Julien irrité commande qu'on leur tranche la tête. On les conduit au supplice hors de la ville, suivis d'une foule de peuple qui admire leur courage. Selon un usage établi par les lois romaines, lorsqu'il s'agissait de punir ensemble plusieurs criminels, dans l'interrogatoire on commençait par appliquer à la question le plus jeune, et dans l'exécution le plus âgé était le premier mis à mort. Mais le plus vieux de ces soldats obtint du bourreau qu'il commençât par le moins avancé en âge, de peur que sa constance ne s'ébranlât à la vue du supplice de ses camarades. L'épée était déja levée, lorsqu'on entendit un cri qui annonçait leur grace. Alors le jeune homme, qui attendait à genoux le coup mortel, se releva en soupirant: _Hélas_, dit-il, _Romain_ (c'était son nom) _ne méritait pas l'honneur de mourir pour Jésus-Christ!_ Julien se contenta de les casser et de les reléguer dans des provinces éloignées.
[Note latérale: XXX. Constance de Jovien, de Valentinien et de Valens.
Socr. l. 3, c. 13, et l. 4, c. 1.
Theod. l. 3, c. 16.
Soz. l. 6, c. 6.
Philost. l. 7, c. 7.
Zos. l. 4, c. 2.
Theoph. p. 43.
Chron. Alex. vel Paschal. p. 297.
Oros. l. 7, c. 32.
Hist. misc. l. 12, apud Muratori, t. 1, p. 81.
Suid. in Ἰοβ. ανός.
Till. note 2, sur Valentinien.]
Jovien, Valentinien et Valens, qui tous trois parvinrent à l'empire, méritèrent dès lors la récompense que Dieu destinait à leur fermeté. Les deux premiers étaient tribuns de la garde du prince[394]: le troisième tenait dans le même corps un rang inférieur. Julien ayant déclaré qu'il entendait que les soldats, et surtout ceux de sa garde, renonçassent au christianisme ou au service, Jovien offrit de remettre son épée; ce que Julien n'accepta pas, pour ne pas perdre un officier de ce mérite. Il ne voulut pas non plus pousser à bout la constance de Valens. Mais celle de Valentinien parut avec trop d'éclat, pour laisser à l'empereur la liberté de dissimuler. Julien entrait avec pompe dans le temple de la Fortune, pour y célébrer un sacrifice. Les ministres du temple, rangés à droite et à gauche dans le vestibule, aspergeaient d'eau lustrale le prince et son cortége. Valentinien en qualité de commandant de la garde marchait devant l'empereur. S'étant aperçu qu'une goutte de cette eau profane était tombée sur son habit, il s'échappa jusqu'à frapper rudement le ministre, et coupant la pièce il la jeta par terre avec horreur. Le philosophe Maxime qui marchait à côté de Julien, lui fit remarquer cette brusquerie qu'il traitait de sacrilége. Au retour, l'empereur bannit Valentinien et le relégua à Mélitène[395]. Mais afin de ne paraître jamais punir personne précisément pour raison de religion, il prétexta des négligences dans le service. M. de Tillemont place la scène de cet événement dans Antioche; il se fonde sur un mot de Théodoret, qui ne me paraît pas conclure nécessairement en faveur de cette opinion; et nous savons que Julien avait consacré dans Constantinople un temple à la Fortune.
[Note 394: Selon Philostorge, l. 7, c. 7, Valentinien était alors comte et chef du corps de cavalerie dont les soldats étaient appelés _Cornuti_. La même indication se trouve dans la chronique Paschale, p. 297, et dans celle de Théophanes.--S.-M.]
[Note 395: Selon Philostorge, ce fut à Thèbes en Égypte, et, selon Théodoret, dans un château situé près du désert, εἰς φρούριον παρὰ τὸν ἔρημον κείμενον. Jean Malala place (part. 2, p. 29) l'exil de Valentinien dans une ville de _Salabria_ dont la position est inconnue.--S.-M.]
[Note latérale: XXXI. Persécution dans les provinces.
Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 86 et 92. et ep. 194, p. 891.
Chron. Hier.
Socr. l. 3, c. 13.
Theod. l. 3, c. 6 et 7.
Chron. Alex. vel Paschal. p. 297.
Martyrolog. Rom. et Menol. 22 oct.
Baron. ad an. 362.]
Julien, en défendant de mettre à mort les chrétiens, ne voulait sauver que l'honneur de sa philosophie. Sa fausse clémence se renfermait dans les bornes de sa résidence. Leur sang coulait dans le reste de l'empire. On savait que c'était lui offrir les plus agréables victimes; et la volonté du prince une fois connue, ou même soupçonnée, est, sans être écrite, la plus forte des lois: la défense même devient une amorce, quand on sent qu'on lui fait la cour en contrevenant à ses ordres. Les païens, qui depuis le règne du christianisme frémissaient de rage, enivrés alors de la fumée de leurs sacrifices, entraient en fureur: ils accablaient les chrétiens d'outrages; et ceux-ci, ayant perdu l'habitude de souffrir, donnaient souvent par leur impatience occasion aux traitements les plus rigoureux. Julien fermait les yeux sur ces désordres. Émilien fut brûlé vif à Dorostole dans la Mésie inférieure[396], et l'évêque Philippe[397] avec plusieurs autres chrétiens souffrirent le même supplice à Andrinople [_Hadrianopolis_]. Dans cette contradiction entre les ordres et la passion de Julien, les gouverneurs se crurent libres de suivre leur propre penchant. Quelques-uns, par un effet de leur bonté naturelle, mirent les chrétiens à couvert, et coururent le risque de déplaire en obéissant. Candidianus, quoique païen, mérita par cette humanité les éloges de saint Grégoire, et mérite encore les nôtres. On ne sait de quelle province il était gouverneur. Salluste Second [_Sallustius Secundus_], préfet d'Orient, tempéra autant qu'il put les rigueurs auxquelles il fut quelquefois forcé par des ordres précis. L'autre Salluste préfet de la Gaule, estimable d'ailleurs par sa probité, mais idolâtre jusqu'au fanatisme, et inhumain par religion, fut un violent persécuteur. Comme il était le plus intime confident de Julien, sa cruauté fait grand tort à la prétendue douceur de ce prince.
[Note 396: Il fut condamné à mort par Capitolinus, vicaire de Thrace. Il paraît qu'il fut exécuté le 18 juillet 362. Voyez Tillem., t. VII, _Mémoires pour l'histoire ecclés._ pers. de Julien, art. 12.--S.-M.]
[Note 397: Il était évêque d'Héraclée ou Périnthe. Le savant Tillemont pense que ce saint ne fut pas martyrisé sous Julien, mais sous Dioclétien. Ses raisons me paraissent tout-à-fait concluantes.--S.-M.]
[Note latérale: XXXII. Julien part de Constantinople.
Amm. l. 22, c. 9.
Liban. or. 8, t. 2, p. 247, et or. 10, p. 300.
Zos. l. 3, c. 11.
Till. Pers. art. 24.]
Julien ne perdait pas de vue la résolution qu'il avait prise de venger l'honneur de l'empire, en attaquant Sapor dans ses états. S'étant donc assuré des fonds nécessaires par la réforme de sa cour, par l'économie de sa dépense, et par le bon ordre qu'il sut mettre dans ses finances, il assembla ses soldats, anima leur courage, les harangua plusieurs fois, et, ce qui sans doute n'était pas moins efficace, il augmenta leur paie. Au commencement de juin[398] il partit de Constantinople, suivi des vœux de tout le peuple, après un séjour de six mois[399]; et prit la route d'Antioche. Son dessein était de passer dans cette ville le reste de l'année pour y achever ses préparatifs, et se mettre en état d'entrer en campagne dès le printemps de l'année suivante. Hormisdas et Victor furent chargés de la conduite des troupes. Ils firent observer une exacte discipline; et l'Asie, qui sous le règne de Constance ne distinguait plus ses défenseurs d'avec ses ennemis, n'eut rien à souffrir de leur passage. Julien lui-même, au lieu des présents que les gouverneurs avaient coutume de faire aux empereurs, n'accepta que des compliments. Il tenait de son éducation le goût des harangues; et comme dans la distribution des emplois, il avait préféré les gens de lettres, il trouva de quoi se satisfaire dans ce voyage. La superstition le suivait partout; et il laissa en plusieurs lieux des traces sanglantes de sa haine contre les chrétiens. On observe qu'il avait mis un si bon ordre dans les provinces occidentales, que son éloignement n'y produisit aucun trouble: sa réputation suppléait à sa présence; et ces nations turbulentes qui bordaient le Rhin et le Danube respectèrent, tant qu'il vécut, les limites de l'empire, comme si le bras de Julien eût toujours été suspendu sur leurs têtes.
[Note 398: Une loi nous apprend qu'il était encore à Constantinople le 12 mai de cette année. Sa lettre adressée aux habitants de Bostra en Arabie fait voir qu'il était à Antioche le 1er août.--S.-M.]
[Note 399: Selon Zosime (l. 3, c. 11), Julien serait resté dix mois à Constantinople, δέκα διατρίψας ἐν τῷ Βυζαντίῳ μῆνας. Il est évident qu'il se trompe. Julien entra dans cette ville le 11 décembre 361; et le 29 juin, selon les actes de S. Basile d'Ancyre, il sortit de la capitale de la Galatie, pour se rendre à Antioche. On a des lois datées de cette ville depuis le 28 juillet 362. Il est donc presque impossible que le séjour de Julien à Constantinople se soit prolongé beaucoup au-delà de six mois.--S.-M.]
[Note latérale: XXXIII. Il arrive à Pessinunte.
Amm. l. 22, c. 9.
Liban. or. 8, t. 2, p. 247 et 254, et or. 10, p. 300.
Jul. or. 5, p. 158 et or. 6, p. 181, et ep. 21, p. 388.
Greg. Naz. or. 4, t. 1, p. 133.
Till. persec. art. 10 et 24.]
Ayant traversé le détroit, il passa sans s'arrêter, à Chalcédoine et à Libyssa, petite bourgade, célèbre par la sépulture d'Annibal, et il vint à Nicomédie. La vue de cette grande cité, alors presque détruite, et le triste état d'un peuple autrefois florissant lui firent verser des larmes[400]. Il avait passé ses premières années à Nicomédie auprès de l'évêque Eusèbe; il y reconnut encore plusieurs de ceux qu'il y avait vus dans son enfance. Pour donner à cette malheureuse ville quelque marque de bienveillance, il y fit placer sa statue et celle de sa femme Hélène sous les symboles d'Apollon et de Diane; ce qui fut pour les habitants une occasion d'idolâtrie. Après avoir donné ses ordres pour relever les ruines de Nicomédie, il continua sa route par Nicée. Arrivé sur les frontières de la Galatie, il se détourna sur la droite pour aller voir à Pessinunte l'ancien temple de la mère des Dieux[401], si fameux par la statue de cette Déesse qu'on disait être tombée du ciel, et qui par l'ordre d'un oracle avait été transportée à Rome pendant la seconde guerre punique. Julien séjourna dans cette ville: il y ranima le culte de Cybèle[402], qui avait été fort négligé sous le règne de ses deux prédécesseurs. Il perdit une nuit à composer un discours en l'honneur de cette déesse: c'est un chef-d'œuvre de rêverie. On y voit sensiblement que les Hellènes de ce temps-là, confondus par les chrétiens, donnaient la torture à leur imagination, pour sauver par des allégories bizarres et forcées le ridicule et l'obscénité de leurs fables[403]. La déesse à son tour régala Julien d'un oracle qu'elle rendit en sa faveur. Ce fut vers le même temps qu'il passa deux jours à mettre par écrit une apologie de Diogène et de la philosophie cynique. Il s'y rencontre des choses bien pensées; mais la singularité de l'auteur s'y développe toute entière: il fait son héros de ce cynique effronté; il prétend que lorsqu'on a pris l'essor philosophique, on peut se mettre au-dessus des bienséances et des usages les plus sensés.
[Note 400: _Cujus mœnia cum vidisset in favillas miserabiles consedisse, angorem animi tacitis fletibus indicans, pigriore gradu pergebat ad regiam_, dit Ammien Marcellin, l. 22, c. 9.--S.-M.]
[Note 401: _Vetusta Matris Magnæ delubra._ Amm. Marc. l. 22, c. 9.--S.-M.]
[Note 402: Il y nomma prêtresse de cette déesse une femme appelée Callixène, à laquelle est adressée sa vingt-et-unième lettre.--S.-M.]
[Note 403: Elle est presque toute consacrée à l'explication de la fable de Cybèle et d'Attis.--S.-M.]
[Note latérale: XXXIV.
Julien à Ancyre.
Amm. l. 22, c. 9.
Soz. l. 5, c. 10.
Acta Basil. apud Ruinart. p. 650.]
Avant que de quitter Pessinunte, il voulut venger la Déesse des insultes de deux chrétiens, qui avaient renversé son autel. Il les fit amener devant lui, et tenta d'abord de les pervertir par ses discours. Emportés par la vivacité de leur zèle et de leur jeunesse, ils se moquèrent et de l'empereur et de ses sophismes. Julien les condamna à mort, non pas comme chrétiens, c'eût été démentir son système, mais comme perturbateurs de l'ordre public. Il reprit ensuite la route d'Ancyre. Comme il en approchait, les sacrificateurs vinrent au-devant de lui, portant l'idole de Proserpine. Il leur distribua une somme d'argent, et fit célébrer des jeux le lendemain de son arrivée. Il y avait dans cette ville un prêtre chrétien nommé Basile, qui du temps de Constance avait fortement combattu l'arianisme. Sous le nouveau règne il avait tourné ses armes contre l'idolâtrie. C'était un missionnaire zélé et véhément, qui allait de ville en ville, exhortant publiquement les chrétiens, et leur inspirant de l'horreur pour les idoles et les sacrifices. Le proconsul Saturninus éprouva son courage par les plus cruelles tortures, mais sans l'ébranler. Il le fit mettre en prison, et en informa l'empereur qui était encore à Constantinople. Julien pensa qu'un homme de ce caractère pourrait servir efficacement l'idolâtrie, s'il réussissait à le gagner. Il envoya pour le séduire deux apostats, Helpidius, intendant du domaine, et un certain Pégasius. Leur mission ne fut pas heureuse. Julien arrivé à Ancyre se fit amener Basile; mais il n'eut pas plus de succès; il n'en put tirer que des reproches de son apostasie, et des menaces d'une mort funeste et prochaine. Il le mit entre les mains du comte Frumentinus, capitaine d'une compagnie de la garde, avec ordre de lui faire souffrir des tourments douloureux, qui pussent lasser sa patience, sans lui ôter promptement la vie. Pendant le séjour de Julien, Basile, dont on déchirait le corps tous les jours, se fit une fois conduire devant lui: Julien s'en félicitait, il le croyait vaincu; mais il n'en reçut que de nouveaux reproches, et il en sut fort mauvais gré à Frumentinus qu'il ne voulut pas voir à son départ[404]. Le comte se vengea de cette disgrace sur la personne de Basile, qu'il fit mourir dans les plus horribles tourments.
[Note 404: On prétend que Julien fit périr beaucoup d'autres chrétiens dans cette ville. On compte parmi eux S. Malasippus et sa femme Ste Casina. On livra aussi aux tortures un chrétien de la secte des Encratites, nommé Busiris. Macédonius, Théodule, Tatianus, et plusieurs autres encore, furent mis à mort sous divers prétextes dans la Phrygie. Il est bon de remarquer cependant que tous ces martyres ne sont attestés que par des actes assez modernes.--S-M.]
[Note latérale: XXXV. A Césarée de Cappadoce.
Amm. l. 22, c. 9.
Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 91, et or. 19, p. 308.
Soz. l. 5, c. 4 et 11.]
Sur la route d'Ancyre à Césarée, Julien fut souvent arrêté par des plaintes et des requêtes. Les uns redemandaient leurs biens injustement usurpés; les autres se plaignaient qu'on voulût contre toute raison les assujettir à des charges onéreuses; d'autres lui dénonçaient des crimes de lèse-majesté. L'empereur rendait prompte justice aux premiers: mais toujours trop favorable à l'ordre municipal, il avait rarement égard aux priviléges et aux dispenses les plus légitimes; en sorte que ceux qu'on inquiétait à ce sujet prenaient le parti de se rédimer par argent de ces injustes poursuites. Pour les délateurs, dont il avait lui-même tant de fois ressenti la malice, il les rejetait avec indignation et avec mépris: on en rapporte un exemple mémorable. Un de ces calomniateurs, pour se venger d'un ennemi, le dénonça à l'empereur comme aspirant à la souveraineté. Julien le rebuta plusieurs fois. Enfin importuné de son opiniâtreté, il lui demanda quel était cet homme qu'il accusait, et quelles preuves il avait de son crime: _C'est_, répondit l'accusateur, _un riche habitant d'une telle ville; et je suis en état de prouver qu'il se fait faire un manteau de soie, teint en pourpre_. Le prince, sans en vouloir entendre davantage, lui imposa silence, en disant: _Vous êtes bien heureux que je ne punisse pas un misérable tel que vous, qui ose accuser son pareil d'une si haute entreprise_. Et comme le délateur continuait d'insister, Julien appela un de ses officiers: _Faites donner_, lui dit-il, _à ce dangereux babillard une de mes chaussures de couleur de pourpre, et qu'il la porte de ma part à ce bourgeois qui s'est déja fait faire le manteau_. En traversant la Cappadoce, il détachait des soldats pour livrer les églises aux idolâtres, ou pour les abattre. Ceux qui furent chargés de cette expédition pour Nazianze, rencontrèrent une si vigoureuse résistance de la part de l'évêque, qu'ils furent contraints de se retirer avec confusion. Ce prélat, cassé de vieillesse, mais plein de feu et de vivacité, était Grégoire, père de l'illustre docteur de l'église, si connu par sa sainteté et par ses admirables écrits. Césarée, capitale de la province, éprouva toute la colère de l'empereur. Comme elle était peuplée de chrétiens, et qu'on y avait ruiné les temples de Jupiter et d'Apollon, anciennes divinités tutélaires de la ville, elle lui était depuis long-temps odieuse; et cette haine venait de s'accroître par la destruction du temple de la Fortune, le seul qui eût subsisté à Césarée jusqu'à la mort de Constance. Julien punit tout à la fois les chrétiens d'avoir ruiné cet édifice, et les païens de l'avoir souffert, et de n'avoir pas, quoiqu'ils fussent en petit nombre, défendu jusqu'à la mort le culte de leur déesse. Il ôta à la ville le nom de Césarée, qui lui avait été donné par Tibère, et lui fit reprendre son ancien nom de Mazaca[405]: il imposa aux habitants une amende de trois cents livres d'or. Tous ceux qui avaient prêté leurs mains à ce prétendu sacrilége furent condamnés à la mort ou à l'exil. Eupsychius, un des plus nobles citoyens[406], expira dans de cruels supplices. Les biens meubles et immeubles des églises de la ville et du territoire furent confisqués. On enrôla les ecclésiastiques dans la milice destinée au service des gouverneurs[407]: c'était en même temps la plus méprisée et la plus onéreuse. Les chrétiens furent assujettis à la taille[408], comme dans les moindres bourgades. Julien protesta avec serment que, si on ne relevait au plus tôt les temples abattus, _il ne laisserait à aucun Galiléen la tête sur les épaules_[409]. Ce fut ainsi qu'il s'exprima; et cette menace aurait été suivie de l'exécution, s'il eût vécu plus long-temps. L'église de Césarée était alors partagée au sujet de l'élection de son évêque. Julien voulut connaître de ce différend, qu'il traitait de désordre et de sédition: il fit écrire aux prélats divisés une lettre menaçante; mais l'évêque de Nazianze répondit avec tant de force et de hardiesse, que Julien ne jugea pas à propos de se commettre avec ce vieillard intrépide.
[Note 405: Ce nom lui venait, selon l'historien arménien Moïse de Khoren (l. 1, c. 12), de son fondateur _Méschag_, parent du roi d'Arménie Aram, qui lui avait donné la souveraineté de ce territoire. Les Arméniens appelaient cette ville _Majak_.--S.-M.]
[Note 406: Καππαδόκης τῶν εὐπατριδῶν, dit Sozomène. C'est le 3 ou le 5 septembre qu'il mourut.--S.-M.]
[Note 407: Κληρικοὺς δὲ πάντας ἐγγραφῆναι τῷ καταλόγῳ τῶν ὑπὸ τὸν ἄρχοντα τοῦ ἔθνους ϛρατιωτῶν (Soz. l. 5, c. 4); c'est-à-dire qu'on fit inscrire tous les clercs sur les registres des soldats du commandant de la province. C'étaient des soldats ou plutôt des bourgeois armés qui faisaient un service de police.--S.-M.]
[Note 408: Φόρους τελεῖν, dit Sozomène (l. 5, c. 4), à acquitter les charges ou à payer le tribut.--S.-M.]
[Note 409: Οὐ δὲ τὰς κεφαλὰς συγχωρήσει τοὺς Γαλιλαίους ἔχειν.--S.-M.]
[Note latérale: XXXVI. Il arrive à Antioche.
Amm. l. 22, c. 9.
Liban. or. 10, t. 2, p. 300.
Till. note 6.]
Celsus[410], gouverneur de Cilicie, vint le recevoir au passage du mont Taurus[411]. Julien l'aimait depuis qu'ils s'étaient trouvés ensemble dans les écoles d'Athènes. Il l'embrassa tendrement, et l'ayant fait asseoir à côté de lui dans son char, il entra dans la ville de Tarse. A l'issue d'un sacrifice, Celsus, qui avait été disciple de Libanius, prononça en présence de Julien un long panégyrique qui fatigua beaucoup et le héros et l'orateur. Le prince était debout devant l'autel, et l'on était alors dans les grandes chaleurs du mois de juillet. De Tarse Julien alla droit à Antioche, où il arriva près de deux mois après son départ de Constantinople. Tout le peuple de cette capitale de l'Orient sortit au-devant de lui: les païens le reçurent avec toute la pompe dont on honorait l'entrée des divinités[412]. Quoique le christianisme, qui avait autrefois commencé à prendre son nom dans cette ville, y fût très-florissant, il s'y trouvait cependant un grand nombre d'idolâtres. Ceux-ci célébraient dans ce temps-là les fêtes d'Adonis[413]; et les acclamations de joie étaient interrompues par les cris lugubres des femmes, qui, selon l'ancien usage, pleuraient la mort de ce héros de la volupté. Ce mélange de deuil fut regardé comme un sinistre présage, et la superstition ne manqua pas de s'en alarmer dans le moment, et de le rappeler après la mort du prince.
[Note 410: Ce Celsus était Cilicien, fils d'un certain Hésychius.--S.-M.]
[Note 411: Dans un lieu nommé Pylæ, c'est-à-dire _les Portes_, qui sépare la Cappadoce de la Cilicie, _qui Cappadocas discernit et Cilicas_, Amm. Marc. l. 22, c. 9. Ce lieu est mentionné dans l'itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, qui le place à douze milles de Podandus.--S.-M.]
[Note 412: _Urbique propinquans in speciem alicujus numinis votis excipitur publicis._ Amm. Marc. l. 22, c. 9.--S.-M.]
[Note 413: _Evenerat iisdem diebus annuo cursu completo Adonia ritu veteri celebrari._ Amm. Marc. l. 22, c. 9.--S.-M.]
FIN DU LIVRE DOUZIÈME ET DU TOME SECOND.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES
DANS LE TOME SECOND
DE L'HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
LIVRE SEPTIÈME.
1. État de l'empire. 2. Caractère de Constant. 3. Ministres de Constant. 4. Quel jugement on peut porter de ce prince. 5. Caractère de Magnence. 6. Il est proclamé Auguste. 7. Mort de Constant. 8. Suites de la révolte de Magnence. 9. Vétranion prend le titre d'Auguste. 10. Entreprise de Népotianus. 11. Tyrannie de Magnence. 12. Guerre de Perse. 13. Siége de Nisibe. 14. Commencement du siége. 15. Sapor inonde la ville. 16. Nouvelle attaque. 17. Opiniâtreté de Sapor. 18. Levée du siége. 19. Miracle qu'on raconte à l'occasion de ce siége. 20. Préparatifs de Constance. 21. Députation de Magnence. 22. Vétranion dépouillé. 23. Conduite de Constance à l'égard de Vétranion. 24. Constance jette les yeux sur Gallus pour le faire César. 25. Éducation de Gallus et de Julien. 26. Gallus et Julien à Macellum. 27. Différent succès des instructions chrétiennes données aux deux princes. 28. Gallus déclaré César. 29. Il purifie le bourg de Daphné. 30. Décentius César. 31. Magnence se met en marche. 32. Propositions de paix rejetées par Magnence. 33. Il reçoit un échec au passage de la Save. 34. Insolence de Titianus. 35. Divers succès de Magnence. 36. Bataille de Mursa. 37. Perte de part et d'autre. 38. Ruse de Valens. 39. Suites de la bataille. 40. Magnence se retire en Italie. 41. Il fuit dans les Gaules. 42. Embarras de Magnence. 43. Il attente à la vie de Gallus. 44. Mort de Magnence. 45. Lois touchant la religion. 46. Lois concernant l'ordre civil. 47. Lois militaires. Page 1.
LIVRE HUITIÈME.
1. Constance épouse Eusébia. 2. Il poursuit les partisans de Magnence. 3. Paul le délateur. 4. Séditions à Rome. 5. Révolte des Juifs. 6. Incursions des Isauriens. 7. Entreprise des Perses sur l'Osrhoëne. 8. Courses des Sarrasins. 9. Mauvaise conduite de Gallus. 10. Méchanceté de Constantine. 11. Espions de Gallus. 12. Thalassius tâche en vain de le contenir. 13. Portrait avantageux que quelques auteurs font de Gallus. 14. Histoire d'Aëtius. 15. Guerre contre les Allemans. 16. Les Allemans demandent la paix. 17. Harangue de Constance à ses soldats. 18. Cruautés de Gallus. 19. Mort de Théophile. 20. Massacre de Domitien et de Montius. 21. Poursuite des prétendus conjurés. 22. Ursicin obligé de présider à leur jugement. 23. Ils sont condamnés à mort. 24. Perte de Gallus résolue. 25. Mort de Constantine. 26. Gallus se détermine à partir. 27. Il est arrêté à Pettau. 28. Mort de Gallus. 29. Joie de la cour. 30. Délateurs. 31. Péril d'Ursicin. 32. Et de Julien. 33. Poursuite des partisans de Gallus. 34. Punition des habitants d'Antioche. 35. Festin malheureux d'Africanus. 36. Guerre contre les Allemans. 37. Complot contre Silvanus. 38. Découverte de l'imposture. 39. Jugement des coupables. 40. Révolte de Silvanus. 41. Ursicin est envoyé contre Silvanus. 42. Déguisement d'Ursicin. 43. Mort de Silvanus. 44. Joie de Constance. 45. Punition des amis de Silvanus. 46. Intrépidité de Léontius, préfet de Rome. 47. Constance jette les yeux sur Julien pour le faire César. 48. Études de Julien. 49. Il se livre à la magie et à l'idolâtrie. 50. État de Julien après la mort de Gallus. 51. Julien à Athènes. 52. Il est rappelé à Milan. 53. Il paraît à la cour. 54. Il est nommé César. 55. Captivité de Julien dans le palais. 56. Il part pour la Gaule. 57. Nouvelles cabales des Ariens. 58. Exil et mort de Paul de Constantinople. 59. Concile d'Arles. 60. Fourberie des Ariens. 61. Concile de Milan. 62. Exil des évêques catholiques. 63. Liberté des évêques de Constance. 64. Exil de Libérius. Page 60.
LIVRE NEUVIÈME.
1. Persécution générale. 2. On tâche de faire sortir Athanase d'Alexandrie. 3. Il est chassé à main armée. 4. Mauvais traitements contre les Alexandrins. 5. George prend la place d'Athanase. 6. Violences de George. 7. Exil des évêques. 8. George chassé et rétabli. 9. Fuite d'Athanase. 10. Diverses violences des Ariens. 11. Nouvelle hérésie de Macédonius. 12. Julien dans la Gaule. 13. Sa façon de vivre. 14. Sa conduite dans le gouvernement. 15. Autres qualités de Julien. 16. Sa réputation efface celle de Constance. 17. Autun délivré. 18. Marches de Julien. 19. Combat de Brumat [_Brucomagus_]. 20. Fin de cette campagne. 21. Expédition de Constance en Rhétie. 22. Julien assiégé à Sens. 23. Disgrace de Marcellus. 24. État de la cour de Constance. 25. Constance vient à Rome. 26. Il en admire les édifices. 27. Obélisque. 28. Conduite de Constance à Rome. 29. Méchanceté d'Eusébia. 30. Mouvements des Barbares. 31. Les dames romaines demandent le retour de Libérius. 32. Affaires de l'église. 33. Dispositions pour la seconde campagne de Julien. 34. Succès de Julien. 35. Les Allemans chassés des îles du Rhin. 36. Mauvais succès de Barbation. 37. Les Allemans viennent camper près de Strasbourg. 38. Julien marche à leur rencontre. 39. Discours de Julien à ses troupes. 40. Ardeur des troupes. 41. Ordre des Barbares. 42. Approche des deux armées. 43. Bataille de Strasbourg. 44. Fuite des Barbares. 45. Prise de Chnodomaire. 46. Suites de la bataille. 47. Constance s'attribue les succès de Julien. 48. Guerre de Julien au-delà du Rhin. 49. Trêve accordée aux Barbares. 50. Avantages remportés sur les Francs. 51. Julien soulage les peuples. 52. Salluste rappelé. Page 141.
LIVRE DIXIÈME.
1.Consuls. [2. État de l'Arménie. 3. Arsace rétablit l'administration intérieure du royaume. 4. Origine de la famille des Mamigoniens. 5. Son histoire. 6. Nersès est déclaré patriarche d'Arménie. 7. Il est sacré à Césarée. 8. Alliance d'Arsace et de Sapor. 9. Nersès envoyé à C. P. est exilé par Constance. 10. Guerre d'Arsace contre les Romains. 11. Tyrannie d'Arsace. 12. Intrigues à la cour d'Arsace. 13. Mort de Gnel. 14. Arsace épouse sa veuve Pharandsem. 15. Arsace marche au secours du roi de Perse. 16. Brouilleries entre les deux rois. 17. Arsace fait assassiner Vartan, envoyé de Sapor. 18. Les princes Arméniens se révoltent contre Arsace. 19. Apostasie de Méroujan, prince des Ardzrouniens. 20. Arsace rétabli sur son trône. 21. Alliance d'Arsace avec Constance. 22. Massacre de la famille de Camsar. 23. Arsace épouse Olympias.] 24. Ambassade de Sapor à Constance. 25. Réponse de Constance à Sapor. 26. Expédition contre les Sarmates et les Quades. 27. On leur accorde la paix. 28. D'autres Barbares viennent la demander. 29. Constance marche contre les Limigantes. 30. Ils sont taillés en pièces. 31. Le reste des Limigantes transportés hors de leur pays. 32. Affaires de l'église. 33. Libérius renvoyé à Rome. 34. Nicomédie renversée. 35. Projets de conciles. 36. Troisième campagne de Julien. 37. Les Saliens se soumettent. 38. Hardiesse de Charietton. 39. Les Chamaves sont réduits. 40. Famine dans l'armée de Julien. 41. Suomaire dompté. 42. Hortaire réduit à demander la paix. 43. Retour des captifs. 44. Malice des courtisans. 45. Mort de Barbation. 46. Séditions à Rome. 47. Anatolius préfet d'Illyrie. 48. Limigantes détruits. 49. Premier préfet de C.P. 50. Prétendue conjuration. 51. Courses des Isauriens. 52. Sapor se prépare à la guerre. 53. Ursicin rappelé. 54. Il est renvoyé en Mésopotamie. 55. Arrivée des Perses. 56. Précautions des Romains. 57. Les Perses en Mésopotamie. 58. Les Romains surpris se réfugient dans Amid. 59. État de la ville d'Amid. 60. Clémence de Sapor. 61. Sapor arrive devant Amid. 62. Premières attaques. 63. Lâcheté de Sabinianus. 64. Nouvelle attaque. 65. Bravoure des soldats Gaulois. 66. Vigoureuse résistance. 67. Prise d'Amid. 68. Suites de la prise d'Amid. 69. Affaires de l'église. 70. Gouvernement équitable de Julien. 71. Quatrième campagne de Julien. 72. Julien passe le Rhin. 73. Allemans subjugués. Page 206.
LIVRE ONZIÈME.
1. Conduite impénétrable de Julien dans la révolution qui l'élève à l'empire. 2. Ursicin disgracié. 3. Constance rappelle de la Gaule une partie des troupes. 4. Expédition de Lupicinus contre les Scots. 5. Julien se dispose à obéir. 6. Murmures des soldats et des habitants. 7. Julien reçoit les troupes à Paris. 8. Julien proclamé Auguste. 9. Il résiste, et se rend enfin aux désirs des soldats. 10. Péril de Julien. 11. Il harangue les soldats. 12. Clémence de Julien envers les officiers de Constance. 13. Lettres de Julien à Constance. 14. Constance refuse tout accommodement. 15. Les soldats s'opposent à l'exécution des ordres de Constance. 16. Lettres et députations inutiles de part et d'autre. 17. Expédition de Julien contre les Attuariens. 18. Mort d'Hélène, femme de Julien. 19. Singara prise par Sapor. 20. Prise de Bézabde. 21. Retraite de Sapor. 22. Dédicace de Sainte-Sophie. 23. Constance en Mésopotamie. 24. Siége de Bézabde. 25. Vigoureuse résistance. 26. Constance lève le siége. 27. Fin malheureuse d'Amphilochius. 28. Mort d'Eusébia, et mariage de Faustine. 29. Constance se dispose à retourner contre les Perses. 30. Il s'assure de l'Afrique. 31. Il passe en Mésopotamie. 32. Julien se détermine à faire la guerre à Constance. 33. Les Allemans reprennent les armes. 34. Prise de Vadomaire. 35. Julien fait prêter le serment à ses troupes. 36. Dispositions de Julien. 37. Marche de Julien jusqu'à Sirmium. 38. Il s'empare de cette ville. 39. Il se rend maître du pas de Sucques. 40. L'Italie et la Grèce se déclarent pour lui. 41. Il fait profession ouverte d'idolâtrie. 42. Bienfaits qu'il répand sur les provinces. 43. Il prend soin de la ville de Rome. 44. Révolte de deux légions. 45. Siége d'Aquilée. 46. Inquiétudes de Julien. 47. Constance revient à Antioche. 48. Mort de Constance. 49. Ses bonnes et ses mauvaises qualités. 50. Dernières lois de Constance. Page 316.
LIVRE DOUZIÈME.
1. Julien arrive à Constantinople. 2. Caractère de Julien. 3. Funérailles de Constance. 4. Punition des courtisans de Constance. 5. Réforme du palais. 6. Rétablissement de la discipline militaire. 7. Modération de Julien. 8. Il soulage les provinces. 9. Sa manière de rendre la justice. 10. Il donne audience aux ambassadeurs. 11. Nouveaux consuls. 12. Occupations de Julien à Constantinople. 13. Il ajoute à Constantinople de nouveaux embellissements. 14. Requête de plusieurs Égyptiens rejetée. 15. Ambassades des nations étrangères. 16. Julien environné de sophistes. 17. Plan de Julien pour détruire la religion chrétienne. 18. Il travaille à rétablir le paganisme. 19. Il veut imiter le christianisme. 20. Perfection qu'il exigeait des prêtres païens. 21. Feinte douceur de Julien. 22. Rappel des chrétiens exilés. 23. Nouveaux excès des Donatistes. 24. Julien défend aux chrétiens d'enseigner ni d'étudier les lettres humaines. 25. Exécution de cet édit. 26. Douleur de l'église. 27. Conduite de Julien à l'égard des médecins. 28. Il accable les chrétiens. 29. Il tâche de surprendre les soldats. 30. Constance de Jovien, de Valentinien et de Valens. 31. Persécution dans les provinces. 32. Julien part de Constantinople. 33. Il va à Pessinunte. 34. Julien à Ancyre. 35. A Césarée de Cappadoce. 30. Il arrive à Antioche. Page 387.
FIN DE LA TABLE DU TOME SECOND.