Histoire du Bas-Empire. Tome 01
c. 17), qu'elle était dans la partie de la Mésopotamie qu'on appelait
Arménie. Si cette ville ne faisait pas partie intégrante de l'empire, et si elle n'était qu'une place d'Arménie occupée par une garnison romaine, ce serait une nouvelle raison en faveur de l'opinion que j'ai émise dans la note ajoutée, l. v, § 60.--S.-M.]
[Note 128: _A latere quidem australi, geniculato Tigridis meatu subluitur propius emergentis; quà Euri opponitur flatibus Mesopotamiœ plana despectat. Unde Aquiloni obnoxia est, Nymphœo amni vicina, verticibus Taurinis umbratur, gentes Transtigritanas dirimentibus et Armeniam: spiranti Zephyro contraversus Gumathenam contingit, regionem uberem, cultu juxta fecundam._ Amm. Marc. l. 18, c. 9.--S.-M.]
[Note latérale: XXXII. Terribles tremblements de terre.]
[Note latérale: Socr. l. 2, c. 10.]
[Note latérale: Soz. l. 3, c. 6.]
[Note latérale: [Hier. chron.]]
[Note latérale: Idat. chron.]
[Note latérale: S. Ephrem. Orat. de Terræ motu. op. græc. t. 3, p. 48.]
[Note latérale: [Theoph. p. 30.]]
On commença en ce temps-là à sentir en Orient des tremblements de terre, qui durèrent près de dix ans à plusieurs reprises. La terre trembla dans Antioche pendant une année entière: le péril fut grand surtout durant trois jours. Plusieurs autres villes furent ruinées. Saint Éphrem, diacre d'Édesse, qui parle des faits dont il a pu être témoin oculaire, dit que les montagnes d'Arménie, s'étant d'abord écartées l'une de l'autre, se heurtèrent ensuite avec un horrible fracas; qu'il en sortit des tourbillons de flamme et de fumée, et qu'après cette effrayante agitation elles se replacèrent sur leur base.
[Note latérale: XXXIII. Courses des Francs.]
[Note latérale: Liban. Basil. t. 2, p. 137 et 138, ed. Morel.]
[Note latérale: Hier. chron.]
[Note latérale: Socr. l. 2, c. 10.]
[Note latérale: Soz. l. 3, c. 6.]
L'Occident n'était guère plus tranquille. Les Francs s'étaient jetés dans la Gaule; et le nom seul de cette nation ne répandait pas moins d'alarmes, que les fléaux les plus terribles. Voici le portrait qu'en fait un orateur du temps, à l'occasion de l'incursion dont je parle: «Ils sont, dit-il, redoutables par leur nombre, mais plus encore par leur valeur: ils bravent la mer et ses orages avec autant d'intrépidité, qu'ils marchent sur la terre; les frimas du Nord leur sont plus agréables que l'air le mieux tempéré: la paix est pour eux une calamité, une maladie; leur bonheur, leur élément naturel, c'est la guerre: vainqueurs, ils ne cessent de poursuivre; vaincus, ils cessent bientôt de fuir, et reviennent à la charge: incommodes à leurs voisins, ils ne leur laissent pas le temps de quitter le casque; rester dans le repos, c'est pour eux la plus dure captivité.» Constant essaya ses forces contre cette nation guerrière; il leur livra plusieurs combats, dont les succès furent balancés[129].
[Note 129: Deux lois données le même jour nous font voir que Constant était à _Lauriacum_, dans la Pannonie (actuellement Lorch dans la Basse-Autriche), le 25 juin 341.--S.-M.]
[Note latérale: XXXIV. Ils sont réprimés par Constant.]
[Note latérale: Liban. Basil. t. 2, p. 139 et 140, ed. Morel.]
[Note latérale: Hier. Chron.]
[Note latérale: Socr. l. 2, c. 13.]
[Note latérale: Idat. chron.]
Il fut plus heureux l'année suivante, dans laquelle il fut consul pour la seconde fois, et Constance pour la troisième. Les Francs furent domptés, et obligés de repasser le Rhin, et de recevoir pour rois des princes attachés à l'empereur, qui surent, tant qu'il vécut, contenir ces esprits inquiets. Une expression d'Idatius donne cependant lieu de croire qu'on employa les négociations, ou même l'argent plutôt que la force; et un panégyriste flatteur, et par conséquent digne de foi dans ce qui lui échappe de peu favorable, convient que les Francs ne furent pas réduits par les armes.
[Note latérale: AN 343.]
[Note latérale: XXXV. Constant dans la Grande-Bretagne.]
[Note latérale: Liban. Basil. t. 2, p. 140 et 141, ed. Morel.]
[Note latérale: Firmic. de error. prof. rel. c. 29.]
[Note latérale: Amm. l. 20, c. 1.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 11, tit. 16, leg. 5, et ibi God.]
[Note latérale: Ducange, de inf. ævi num. c. 58.]
[Note latérale: Band. Numism. t. 2, p. 353.]
[Note latérale: [Eckhel, doct. num. vet. t. 8, p. 110 et 111.]
[Note latérale: Liban. or. 10, t. 2, p. 309. ed. Morel.]
[Note latérale: Theoph. p. 30.]]
La paix rétablie dans la Gaule laissa à Constant la liberté de passer dans la Grande-Bretagne, sous le consulat de Placidus[130] et de Romulus. Les Calédoniens menaçaient la province. L'empereur n'annonça son dessein que par un impôt extraordinaire, qu'il leva en ce temps-là pour armer une flotte. Voulant surprendre les ennemis, qui se croyaient en sûreté, du moins pendant l'hiver[131], il s'embarqua à Boulogne [_Bononia_] à la fin de janvier[132], et prit les devants accompagné seulement de cent soldats. On ignore le détail de cette expédition[133]. Si l'on s'en rapporte aux éloges donnés à Constant sur ses médailles, il terrassa les Barbares[134]. Mais ces monuments sont sujets à donner de l'éclat aux moindres succès, et le métal même sait flatter. On ne peut non plus rien conclure, en faveur de Constance, de ce que dit une chronique, qu'il triompha des Perses cette année. Un orateur qui ne lui a pas épargné les éloges pendant sa vie, lui a reproché après sa mort d'avoir souvent triomphé sans avoir vu l'ennemi, et même après avoir été vaincu[135].
[Note 130: M. Mæcius Memmius Furius Balburius Cæcilianus Placidus et son collègue Flavius Pisidius Romulus.]
[Note 131: _Ilyeme, quod nec factum est aliquando, nec fiat, tumentes ac sœvientes undas calcastis Oceani_, dit Julius Firmicus Maternus, c. 29.--S.-M.]
[Note 132: On voit par une loi que Constant était à Boulogne, le 25 janvier 343. Il existe des médailles de ce prince qui portent au revers la légende BONONIA. OCEANEN. Elles furent sans doute frappées pendant son séjour à Boulogne, à l'occasion de son passage en Angleterre.--S.-M.]
[Note 133: Elle fut courte à ce qu'il paraît, d'après une loi de Constant, datée de Trèves, le 30 juin 343, sans doute après son retour.--S.-M.]
[Note 134: Beaucoup de médailles de Constant, portent la légende TRIUMFATOR ou TRIVMPHATOR GENTIVM BARBARARVM, en mémoire sans doute des victoires qu'il avait emportées sur les Francs et les Calédoniens.--S.-M.]
[Note 135: Il est certain cependant que Constance passa la plus grande partie de cette année dans l'Orient, probablement à cause de la guerre qu'il y faisait aux Perses, soit en personne, soit par ses généraux. Il était à Antioche le 18 février, et à Hiérapolis le 27 juin et le 4 juillet.--S.-M.]
[Note latérale: AN 344.]
[Note latérale: XXXVI. Tremblements de terre.]
[Note latérale: Cod. Th. lib. 7, tit. 9, leg. 2, et ibi God.]
[Note latérale: Hier. chron.]
[Note latérale: [Greg. Nys. t. 3, p. 554.]]
[Note latérale: Theoph. p. 30, 31 et 32.]
[Note latérale: Cedr. t. 1, p. 298-299.]
[Note latérale: Baron, an. 343.]
[Note latérale: Till. art. 9.]
Il paraît cependant que l'année suivante, Léontius et Sallustius étant consuls, Constance remporta quelque avantage sur les Perses. On parle d'un combat où ceux-ci firent une grande perte. Mais ce qui rend cette année plus mémorable, c'est le désastre de Néocésarée, ville située dans le Pont sur le fleuve Lycus, et célèbre depuis un siècle par les miracles de son évêque saint Grégoire, surnommé le Thaumaturge. Un tremblement de terre avait, un an auparavant, ruiné une grande partie de la ville de Salamine, dans l'île de Cypre. Ce fléau, qui se communiquait aux diverses contrées de l'Orient, éclata à Néocésarée. La terre s'ouvrit; toute la ville fut abîmée, à la réserve de l'église et de la maison épiscopale. Ce fut le privilége de cette église, où le Thaumaturge était enterré, de rester entière lorsque le reste de la ville tombait en ruines; et l'histoire en fait la remarque en plusieurs occasions. Il n'échappa qu'un petit nombre d'habitants, qui se trouvèrent alors dans l'église avec l'évêque Théodule. Pour achever l'histoire de ces terribles secousses si ordinaires en ce temps-là, l'année suivante 345, l'île de Rhodes fut presque entièrement bouleversée; en 346, Dyrrachium, aujourd'hui Durazzo, sur les côtes de l'Albanie, tomba toute entière. Rome fut ébranlée pendant trois jours et trois nuits, et douze villes de Campanie furent ruinées; enfin, l'an 349, Baryte, une des principales villes de la Phénicie, renommée par son école de jurisprudence, fut en grande partie détruite. Théophane rapporte que la plupart des païens se réfugièrent dans l'église, promettant d'embrasser la religion chrétienne: mais que le péril étant passé, ils se crurent quittes de leur promesse, en s'assemblant en un lieu qu'ils appelèrent Oratoire, où ils contrefaisaient les cérémonies du christianisme, sans renoncer à leurs anciennes superstitions.
[Note latérale: XXXVII. Conversion des Homérites.]
[Note latérale: Strab. l. 16.]
[Note latérale: Plin. l. 6, c. 32.]
[Note latérale: Joseph. antiq. l. 1, c. 15.]
[Note latérale: Ptol. l. 6, c. 7.]
[Note latérale: Philost. l. 3, c. 4, 5, 6, et ibi God.]
[Note latérale: Vales. ad. Amm. l. 22, c. 7.]
[Note latérale: Le Quien, ro. Christ. t. 2, p. 662.]
[Note latérale: [Euseb. hist. eccl. l. 5, c. 10.]]
Constance ne manquait pas de zèle pour répandre chez les nations étrangères les semences de la foi; mais elles étaient mêlées d'ivraie; on y portait en même temps l'arianisme. Les Homérites habitaient l'Arabie Heureuse, vers la jonction du golfe Arabique et de l'Océan, près du royaume de Saba[136]. Leur capitale se nommait Taphar[137]. Outre plusieurs autres villes, il y avait deux ports: l'un sur la côte qu'on appelait dès-lors la côte d'Aden[138], fréquenté par les négociants romains; l'autre plus à l'Orient, ouvert aux vaisseaux des Perses. Cette nation était très-nombreuse; elle prétendait descendre d'Abraham par un fils de Cétura[139]. L'Évangile y avait été porté d'abord, à ce qu'on croit, par l'apôtre saint Barthélemi, et dans le siècle suivant par Panténus, prêtre d'Alexandrie. Mais la foi s'y étant éteinte, on y adorait alors le soleil, la lune et les dieux du pays. Il y avait beaucoup de Juifs: tout le peuple était circoncis, comme les Éthiopiens et les Troglodytes au-delà du golfe[140]. Constance ménageait cette nation, à cause de la guerre des Perses[141]. Dans le dessein de la convertir au christianisme, il y envoya une ambassade, dont le chef fut un Indien célèbre nommé Théophile[142]. Il était né dans l'île de Diu, qu'on croit être celle qui porte encore le même nom vers l'embouchure de l'Indus[143]. Envoyé à Constantin en ôtage par ceux de son pays dès sa première jeunesse, il tomba entre les mains d'Eusèbe de Nicomédie, qui lui inspira les principes de l'arianisme avec ceux de la religion chrétienne, et lui conféra le diaconat. Afin de lui donner plus d'autorité dans sa mission, les Ariens le firent évêque. L'empereur le chargea de riches présents pour les princes du pays, et de grandes sommes d'argent, qu'il devait employer à bâtir des églises. Il le fit accompagner de deux cents chevaux de Cappadoce, qu'il envoyait au roi de la contrée. Les chevaux de ce pays étaient les plus estimés de l'empire: on les réservait pour le service de l'empereur. Théophile réussit malgré l'opposition des Juifs[144]. Le roi des Homérites reçut le baptême; il fit bâtir trois églises, non pas des deniers envoyés par l'empereur, mais à ses propres dépens: l'une à Taphar, les deux autres dans les deux villes de commerce. L'évêque, après avoir jeté dans cette contrée les fondements de la foi, fit un voyage dans sa patrie et parcourut une partie de l'Inde, réformant les abus qui s'étaient glissés parmi les chrétiens, mais y répandant le poison d'Arius. Revenu en Arabie, il passa de l'autre côté du golfe à Axoum, métropole de l'Éthiopie. La nouvelle doctrine ne trouva pas sans doute beaucoup de crédit chez un peuple gouverné par le pieux évêque Frumentius, établi dans ce pays sous le règne de Constantin.
[Note 136: Les peuples nommés Homérites et Sabéens, par les anciens, habitaient toute la partie méridionale de l'Arabie, qui porte actuellement le nom d'Yemen. Les premiers, appelés par les Arabes _Himyar_ et _Houmeïr_, descendaient selon eux d'un personnage appelé _Himyar_, fils de Saba, père de toutes les tribus répandues dans cette partie de l'Arabie. On voit dans les auteurs orientaux, dont le témoignage est confirmé par les Grecs, que les Homérites formaient la plus puissante de ces tribus, puisqu'ils donnèrent leur nom à tout le pays.--S.-M.]
[Note 137: Cette ville est encore une des principales de l'Yemen. Les Arabes la nomment _Dhafar_.--S.-M.]
[Note 138: C'est Philostorge qui parle de cette ville, il la nomme _Adane_.--S.-M.]
[Note 139: C'est ce que dit Philostorge (l. 3, c. 4). Pour les Arabes eux-mêmes, ils se regardaient comme les descendants de Saba, fils de Kahthan, le même que le Yectan de l'Écriture, fils de Sem.--S.-M.]
[Note 140: Tous les Éthiopiens sont encore circoncis, malgré le christianisme qu'ils professent.--S.-M.]
[Note 141: On verra que sa conduite fut imitée par ses successeurs.--S.-M.]
[Note 142: Philostorge rapporte que ce Théophile était Indien, et qu'il avait été envoyé comme ôtage à Constance par les Dives, peuple de l'Inde. Cependant saint Grégoire de Nysse (_Cont. Eunom._ l. 1, t. 2, p. 294) l'appelle Blemmyen, Βλεμμυς. Les Blemmyes était un peuple barbare au midi de l'Égypte. Le nom de Théophile ferait croire qu'il était Grec et qu'il descendait de quelques-uns des Grecs attirés dans l'Inde par le commerce, et qui s'y étaient établis.--S.-M.]
[Note 143: C'est là une conjecture de Henri Valois (_ad Amm._ l. 22,