Histoire des enseignes de Paris
Part 5
Le mariage aura lieu au _Moutier_ (église), rue de la Cossonnerie; puis, en la _Chapelle_ du carrefour du Temple, rue des Gravilliers, devant l’_Image Notre-Dame_. Le _Cardinal_, de la Pierre-au-Lait, célèbrera le mariage; le _Prêcheur_, du chevet de l’église Saint-Jacques, chantera la messe; l’_Ange_, de devant l’église Saint-Gervais, et celui de la rue aux Fèvres, de devant l’église Saint-Innocent, tiendront les cierges. Avant la cérémonie religieuse, il faudra que les époux aillent faire leurs serments, en présence du _Dieu d’amours_, de devant le Palais, et en face d’un autre _Dieu d’amours_, de la Pierre-au-Lait: jurant que le mariage sera bon et valable, par la _Fête-Dieu_, du bout de la rue de la Grande-Truanderie; par le _Petit-Saint-Antoine_, des Halles, et par le _Vaudeluque_ (fanfaron), de la rue des Lombards. Les _Champions_, de la Croix-Hémon, combattront contre tout homme qui dira le contraire.
Il faudrait maintenant choisir un homme sage, discret et clairvoyant, qui sache ordonner la dépense et tout le fait des noces. Ce sera l’_Homme aux deux têtes_, à la porte aux Peintres. On lui remettra donc l’argent, à savoir le _Gros Tournois_, de la cave de Pontis, et celui du Petit-Pont; et, pour savoir s’ils sont de poids, on les pèsera aux _Balances_, de la Croix-du-Tiroir. Puis, nous les mettrons en la _Huchette_, de la rue Saint-Martin, laquelle sera fermée avec la _Clef_, du cimetière Saint-Jean, et celle de la rue des Ecouffes. Ensuite, quand il s’agira de les prendre, pour faire les achats, on les mettra dans les _Bourses_, du Petit-Pont et dans celles de la porte Baudet, de la porte du Cloître-Notre-Dame et des Halles. Quand il s’agira de faire les _Garnisons_ (provisions), on les prendra à la _Grange_ du Petit-Pont; le blé sera criblé à la _Cave_ et au _Van_, en la rue du Roi-de-Sicile, et, pour le porter au moulin, afin d’en faire le pain de la fête, nous le mettrons sur l’_Ane rayé_, en la Vannerie, ou sur celui de la Verrerie, pour l’aller moudre au _Moulinet_, en la Vannerie, ou aux autres _Moulinets_, devant Saint-Séverin et auprès de l’église Saint-Côme et Saint-Damien.
Quant au vin, il faut le chercher aux _Bouteilles_, devant le Palais, ou au _Barillet_, devant Sainte-Opportune. Au banquet, les rois et les reines boiront à la _Coupe d’Or_, de la Savonnerie, ou à la _Coupe d’Argent_, du marché Palu, et les autres convives boiront au _Grand Godet_, rue de la Lanterne, en la Cité; aux _Gobelets_, en Grève; au _Voirre_ (verre), rue de Jouy. On cuira le pain, les tartes, pâtés et flans, au _four Ganquelin_, rue de l’Arbre-Sec.
Venons-en aux apprêts du banquet. On trouvera le _Queux_ (cuisinier), au bout de la rue aux Anglais; le _Chaudron_, devant l’Hôtel-Dieu et à la Vieille-Monnaie; la _Poële_, au bout de la rue des Parcheminiers; le _Pot de Cuivre_, devant le parvis Notre-Dame; le _Gril_, rue de la Mortellerie, ou bien près de l’église Saint-Benoît, en la rue Saint-Jacques; le _Jaunet_ (lard jaune), rue Saccalie; le _Lard taillé_, au carrefour Guillory; le _Trépied_, au carrefour du Temple; le _Soufflet_, à la bastille Saint-Denis, ou rue des Deux-Portes; le _Mortier_, rue Saint-Josse, ou rue Aubry-le-Boucher, et le _Pestel_ (pilon), devant le Palais; le _Verjus_, à la _Treille_, rue de la Calandre; l’eau, pour faire le potage, à la _Fontaine de Jouvence_, et l’eau, pour laver la vaisselle, au _Puits_, lequel appartient à sœur Colette, qui fait si bien les bonnes saucisses, rue d’Arsis.
Or, comme il importe de faire compte des pots de cuivre et d’étain, on ira chercher les _Tableaux_ en la rue Saint-Merry. Quant à la vaisselle d’étain, on prendra les _Plats_ rue Tirechappe; les _Quatre Ecuelles_, en la rue des Prêcheurs; le _Pot d’étain_, à la porte aux Peintres, et à l’enseigne des _Déchargeurs_, rue Geoffroi-le-Sueur.
A présent, les viandes pour les rois et les reines, comme pour le commun. On prendra le _Lièvre_ devant l’église du Saint-Sépulcre; le _Veau_, devant Saint-Merry; le _Taureau_, devant Saint-Bon; les _Deux Moutons_, rue de l’Hirondelle, derrière le collège d’Autun; le _Chapon_, devant Saint-Antoine; le _Coq_ et la _Géline_ (poule), rue des Lavandières; les _Connins_ (lapins), rue de la Mortellerie, et rue de la Juiverie; les _Coulons_ (pigeons), devant la _Tête-Noire_, Grande-Rue-Saint-Martin. Et, pour faire les entremets, on prendra le _Paon_ à la pointe Sainte-Eustache; les _Deux-Cygnes_, rue de la Harpe; le _Faisan_, rue Tirechappe; les _Perdrix_, rue Hautefeuille, devant les Cordeliers; les _Tourterelles_, en la rue du Four.
Tous ceux qui serviront les rois et les reines seront vêtus de draps, qui se vendent aux _Poulies_, rue des Blancs-Manteaux, et ils trancheront avec des _Couteaux_, qui sont devant Sainte-Croix en la Cité. On mettra le relief du repas de noces aux _Trois Corbillons_, rue de la Tannerie, pour distribuer ce relief aux _Quinze-Vingts_, rue Maudetour.
On se pourvoira des meubles nécessaires pour la salle du banquet: la _Table roulante_, rue de la Saunerie; les _Tréteaux_, en la Grande-Rue-Saint-Jacques; la _Chaire_ (siège), au Petit-Pont; le linge, au _Fardel_ (fardeau), rue Saint-Denis; le _Chandelier_, rue Saint-André-des-Arts, afin d’y mettre les _Chandelles_ de la rue Mauconseil.
Pour les convives qui ne mangent que du poisson, on aura les _Deux Saumons_, de la porte Montmartre; le _Gournau_ (gournal, espèce de rouget), de la rue de la Saunerie; le _Turbot_, de la rue Saint-Julien-le-Pauvre; le _Barbeau_, de devant les Béguines, en la rue Geoffroy-l’Anier; la _Raie_, de la rue Geoffroy-Langevin; la _Lamproie_, sous les piliers des Halles, où l’on fabrique la cervoise (bière) pour ceux qui ne boivent pas de vin.
Pour issue de table, on prendra le _Cerf_, en la rue Baillehoé, ou en la rue de la Calandre; le _Sanglier_, devant l’église Saint-Julien, en la rue Saint-Martin. Quant aux fruits, on les trouvera à la _Pomme_, devant le Saint-Sépulcre; le _Poirier_, au bout de la rue du Temple; le _Noyer_, aux Fossés-Saint-Germain; le _Figuier_, au bout de la rue des Nonaindières, et le _Mûrier_, au Champ-Gaillard.
Précautions à prendre pour garder la fête: on aura _Ysoré_ et _Guillaume au court nez_, en la place Maubert; puis, nous tiendrons l’_Huis de fer_, de la rue de la Saunerie, et celui de la rue Aubry-le-Boucher. Les champions seront armés de l’_Haubergeon_, de devant Saint-Michel, en la Cité; des _Deux Heaumes_, de la porte Baudet, le petit et le grand; des _Gantelets_, du carrefour Saint-Séverin, et du _Gantelet_, de la rue de Georges-la-Mer, à la Barre-du-Bec; de l’_Épée_, de la rue Saint-Denis; de l’_Écu de France_, de la rue Neuve-Notre-Dame, ou de celle de la Vannerie, ou de celle de la porte de Paris; et, pour se mieux défendre, n’ont-ils pas la _Massue_, de la rue Jean-Tison?
Il y aura quelques joyeux ébattements pendant le dîner, savoir: l’_Homme sauvage_, de la rue aux Fèvres, ou celui de la Bûcherie, au Petit-Pont; les _Trois Mores_, de la rue Saint-Martin, qui danseront et feront danser l’_Ours_ et le _Lion_, de la rue Michel-le-Comte, ou ceux de devant l’église Sainte-Marine, et les _Singes_, en la rue de Vieille-Pelleterie; ils montreront la _Grimace_, de la rue Saint-Denis, la _Truie qui file_, des Halles, et la _Truie qui vole_, de la rue des Lombards.
Après le dîner, les convives pourront s’amuser à l’_Échiquier_, qui est auprès de l’église de la Madeleine, et avec les _Dés_, en la rue Thibaut-aux-Dés.
Et qui voudrait aller en chasse au gibier, pourrait avoir le _Grand Cornet_, du chevet de l’église Saint-Jean; le _Cheval blanc_, de la rue Neuve-Notre-Dame; le _Cheval rouge_, de la rue de la Verrerie; le _Cheval noir_, de la rue Regnault-le-Fèvre; le _Cheval vert_, de la rue Pierre-au-Lard. Il faudrait, en outre, la _Selle_, en la rue de la Tabletterie, ou celle de la rue Saint-Denis; la _Heuse_ (botte), de la porte Baudet, et celle de la rue Saint-Martin; les _Éperons_, de la rue Saint-Denis; les _Brides_ et les _Freins_, de la rue Perrin-Gasselin. Et, s’il pleut, ils auront contre la pluie la _Housse-Gilet_, de la porte Saint-Denis, et celle de la rue de la Harpe; le _Chapeau rouge_, de devant Saint-Jean-en-Grève, et les _Moufles_ (gants de chasse), du pont Perrou, pour porter le _Faucon_, qui est devant le petit Saint-Antoine, ou pour aller prendre les _Trois Canettes_, devant les Moulins du Temple.
Que si les reines et les dames veulent s’ébattre à la promenade, elles auront le _Chariot_, de la porte Saint-Honoré. Quand elles voudront se promener par eau, elles auront la _Nef d’argent_, au bout de la rue des Poulies, et celle de devant l’hôtel d’Anjou, pour voir pêcher à la _Nasse_, en la rue de Darnetal, et pour prendre les _Trois Bequets_ (brochets), près l’église Saint-Magloire, et les _Trois Poissons_, de la Savonnerie.
Quant aux gens du commun peuple, ils pourront aller voir le _Jeu de Paume_, de Braque, au Poncelet, et celui de la rue Grenier-Saint-Ladre. Ils viendront jouer aux _Billes_ et au _Billard_, en la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Ils peuvent encore aller veiller aux champs et souper à la _Pierre de Bailly_, devant le _Beau roi Philippe_. Ils peuvent aussi aller se mettre au _Lit_, à l’abreuvoir Popin: c’est à savoir qu’il faut chercher la coulte (couvre-pied) et le coussin (oreiller), les draps et les couvre-chefs (bonnets), au _Fardeau_, déjà nommé, et le lit sera couvert de la _Penne_ (édredon), d’auprès l’église Saint-Séverin, et nos gens iront coucher, quand l’_Horloge_, devant Sainte-Catherine, sonnera.
Aucune description ne donnerait une idée plus complète et plus pittoresque des enseignes de Paris, si nombreuses et si variées en ce temps-là. On a remarqué que les mêmes enseignes se trouvaient dans des quartiers différents. On a pu constater aussi que la plupart des enseignes de marchand étaient analogues à leur genre de commerce et à leur profession. Mais, dans cet ingénieux _Mariage des quatre fils Hémon_[58], il n’est fait mention que de cent cinquante enseignes[59], entre lesquelles il n’en est que trois ou quatre plaisantes, comme la _Nonnain qui ferre l’oie_, la _Truie qui file_, la _Truie qui vole_, etc. Or, on doit estimer à plus de trois mille le nombre des enseignes, qu’on voyait à Paris en ce temps-là, relatives à l’industrie, au commerce et à la marchandise.
IV
NOMS DES RUES, PROVENANT DE LEURS ENSEIGNES
C’est le peuple, le bas peuple surtout, qui a baptisé les rues de Paris au moyen âge, et leurs parrains sont restés tout à fait inconnus. Le nom, une fois trouvé et donné, n’était pas toujours accepté par les habitants de la rue, que la voix publique avait dénommée sans demander leur avis. Il arrivait aussi que le premier passant venu changeait ce nom de son autorité privée, si le nom n’était pas à son gré et ne lui semblait pas convenir à la rue qui le portait. De là, les différents noms attribués simultanément à la même rue, qu’il n’est pas toujours aisé de reconnaître sous ces noms multiples qu’on rencontre dans des actes authentiques de la même époque. Voilà pourquoi l’histoire des anciennes rues et ruelles de la capitale est si difficile à éclaircir complètement, aux XIVᵉ et XVᵉ siècles, comme aux XVIᵉ et XVIIᵉ. Les rues, en effet, ne reçurent en quelque sorte leur état civil que vers l’année 1728, lorsque René Hérault, lieutenant général de police, s’occupa non seulement de créer le numérotage des maisons, mais encore de fixer d’une manière définitive les noms des rues. C’est lui qui commença, en cette année-là, à faire poser, à l’entrée et à la sortie de chaque rue, des plaques de tôle sur lesquelles étaient inscrits les noms que l’usage paraissait avoir consacrés. Ces noms avaient été peints en gros caractères noirs sur des feuilles de fer-blanc découpées de la même grandeur et clouées à l’angle des rues, sur la première et la dernière maison de chaque rue ou ruelle. Quant aux numéros, ils étaient également peints, au-dessus des portes des maisons, en couleur blanche sur fond de couleur bleue ou rouge. On n’avait pas adopté, dès l’origine, la division des numéros pairs et impairs; les numéros se suivaient d’un bout à l’autre de la rue, revenant ensuite par l’autre côté, de façon que le dernier se retrouvait en face du premier.
On ne tarda pas à s’apercevoir que l’emploi des plaques de tôle portant le nom des rues était sujet à bien des accidents. Ici, les gens du quartier, mécontents de ce qu’on avait donné la préférence à un nom qui leur plaisait moins qu’un autre, arrachaient ces plaques ou les mutilaient, en effaçant le nom qu’elles portaient. Là, le propriétaire de la maison à laquelle on avait attaché, sans son consentement, une plaque nominative, la faisait disparaître, sous prétexte de faire réparer, ou gratter, ou badigeonner cette maison. Le lieutenant général de police crut devoir intervenir, et publia une ordonnance, en date du 30 juillet 1729, défendant d’endommager les plaques qu’on avait apposées aux deux extrémités de chaque rue, et enjoignant aux propriétaires des maisons où ces plaques seraient attachées, de faire mettre, en leur lieu et place, de grandes tables de pierre de liais, où seraient gravés en creux les noms des rues, dans le cas où ces propriétaires auraient à faire enlever lesdites plaques pour des travaux à exécuter aux façades de leurs maisons, ou bien si ces plaques avaient été détériorées par quelque cause que ce fût. Le continuateur de De La Mare constate, en 1738, que les propriétaires se prêtèrent volontiers à l’exécution de cette sage ordonnance et prirent même l’initiative de poser des plaques aux encoignures intermédiaires entre les deux extrémités de la rue[60]. Plusieurs de ces plaques sont aujourd’hui conservées au musée Carnavalet. Il y a quarante ans, on voyait encore, au coin de bien des rues de Paris, l’ancien nom gravé sur une pierre de liais encastrée dans le mur de la première maison de ces rues-là, car, depuis que la rue avait eu son nom inscrit sur la pierre, avec approbation du lieutenant de police, personne n’avait plus songé à changer ce nom officiel, si bizarre, si étrange, si incompréhensible qu’il pût être. Ces noms de rue séculaires se trouvaient ainsi placés sous la sauvegarde de la tradition.
Combien d’anciennes rues devaient leurs noms à des enseignes qui, la plupart, n’existaient plus depuis longtemps, mais dont quelques-unes étaient encore à la même place depuis deux ou trois siècles! Il n’est peut-être pas sans intérêt de rechercher aujourd’hui ces noms de rue, qui sont comme des épitaphes sur des tombeaux. Beaucoup de rues n’ont pas même laissé de trace, et c’est à peine si l’on parvient à préciser l’endroit qu’elles occupaient; mais il suffira de rappeler ici leurs noms, en rapprochant ces noms des enseignes qu’ils représentent et qui ont été quelquefois la cause de leur renommée populaire. Dans cette rapide nomenclature on verra que les enseignes et les rues qu’elles ont nommées vivent un peu plus longtemps que les simples mortels; en revanche, les unes et les autres sont oubliées encore plus vite que les hommes qui ont eu des enfants et des amis. On peut dire d’une enseigne fameuse et d’une rue plus ou moins fréquentée, qu’on supprime tout à coup, selon le bon plaisir du service de la voirie: _Sic transit gloria mundi_. Voici donc, par ordre alphabétique, quelles étaient et quelles sont encore les rues qui ont dû leurs noms à des enseignes[61]:
* _Rue des Deux-Anges_, quartier Saint-Germain-des-Prés. Deux images d’anges, placées aux extrémités de cette rue, lui avaient donné ce nom.
* _Rue de l’Arbalète_, quartier Saint-Benoît. Elle a pris son nom d’une enseigne de l’_Arbalestre_, qui était au coin de cette rue, nommée, au XIVᵉ siècle, rue des Sept-Voies, antérieurement à l’enseigne.
* _Rue de l’Arbre-Sec_, quartier du Louvre. Ce nom, que la rue portait déjà au XVᵉ siècle, lui venait d’une enseigne de maison, qu’on y voyait encore du temps de Sauval, près de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois.
_Rue de l’Arche-Dorée_, quartier Saint-Paul, ancien nom de la rue de l’Étoile: selon Jaillot, elle devait son nom à une enseigne de l’_Arche_, qui pendait à une maison appartenant à un sieur Dorée.
_Rue Aumaire_, quartier Saint-Martin-des-Champs. Cette rue se prolongeait jadis au-delà de la rue Frépillon et prenait, à cet endroit, le nom de _rue de Rome_, à cause de l’enseigne d’une maison.
_Rue du Pont-aux-Biches_, quartier Saint-Martin. Ce nom lui venait d’un petit pont ou ponceau, construit sur un égout, et d’une enseigne des _Biches_.
_Rue du Bout-du-Monde_, quartier Saint-Eustache. Ainsi nommée d’une enseigne en rébus, où l’on avait représenté un _bouc_, un _duc_, sorte d’oiseau, et un globe terrestre figurant le _monde_.
_Rue de la Calandre_, quartier de la Cité. «Le plus grand nombre des auteurs, disent Hurtaut et Magny, conviennent qu’elle a pris son nom d’une enseigne, mais ils ne s’accordent point sur la représentation de cette enseigne. Les uns disent que c’était un de ces insectes qui rongent le froment et qu’on nomme aussi _charançon_; les autres, une espèce de grive que les Parisiens appellent _calendre_; d’autres disent que c’est une espèce d’alouette, nommée _calandre_; d’autres enfin, que c’est une machine avec laquelle on tabise et on polit les draps, les étoffes de soie, et Sauval dit que c’est là la véritable origine du nom de cette rue.»
* _Rue des Canettes_, quartier du Luxembourg. Elle tire son nom de l’enseigne des _Trois Canettes_.
* _Rue des Petits-Carreaux_, quartier Saint-Denis. Elle tire son nom d’une enseigne qu’on y voyait encore à la fin du dernier siècle.
* _Rue du Cherche-Midi_, quartier de la Croix-Rouge. Selon Sauval, c’était le nom d’une enseigne, où l’on avait peint un cadran et des gens qui y cherchaient midi à quatorze heures. «Cette enseigne, ajoute-t-il, a semblé si belle, qu’elle a été gravée, et mise à des almanachs tant de fois, qu’on ne voyait autre chose. On en a fait un proverbe: _Il cherche midi à quatorze heures_, _c’est un chercheur de midi à quatorze heures_.» L’enseigne fut remplacée depuis par une enseigne sculptée en pierre, qui subsiste encore.
* _Rue du Gros-Chenet_, quartier Montmartre. L’enseigne d’une maison, située au coin de la petite rue Saint-Roch, lui avait donné son nom.
* _Rue Cloche-Perce_, quartier Saint-Antoine. Nom altéré de _Cloche-percée_, que la rue portait autrefois à cause d’une enseigne qu’on y voyait encore en 1636.
_Rue du Cœur-Volant_, quartier du Luxembourg. Elle devait son nom à une enseigne peinte, qui représentait un cœur avec des ailes, dit le _Cœur volant_.
_Rue du Coq_, quartier du Louvre. Cette rue a tiré son nom de la maison du _Coq_, qui avait pour enseigne un coq en bas-relief, armes parlantes de l’ancienne famille Le Coq.
_Rue des Coquilles_, quartier de la Grève. Elle fut ainsi nommée à cause de l’hôtel des Coquilles, situé en cette rue et décoré, sur la façade, de coquilles sculptées figurant l’enseigne de la maison; il existe encore, à l’alignement de la rue de Rivoli.
_Rue de la Corne_, quartier du Luxembourg. Ainsi nommée de la corne de cerf qui pendait pour enseigne d’une maison, au coin de la rue du Four.
* _Rue du Croissant_, quartier Montmartre. Une enseigne représentant la lune dans son croissant lui avait fait donner ce nom.
_Rue de la Croix-Blanche_, quartier Sainte-Avoie. Nom d’une enseigne.
* _Rue du Cygne_, quartier des Halles. Nom d’une enseigne au XIIIᵉ siècle.
_Rue des Cinq-Diamants_, quartier Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Nom de l’enseigne d’une maison de cette rue.
_Rue de l’Écharpe_, quartier Saint-Antoine. Nom d’une enseigne.
* _Rue des Deux-Écus_, quartier Saint-Eustache. Elle tire son nom de l’enseigne d’une maison.
* _Rue de l’Épée-de-bois_, quartier de la place Maubert. Nom d’une enseigne.
_Rue de l’Étoile_, quartier Saint-Paul. Elle doit son nom à l’enseigne d’une vieille maison qu’on appelait le Château de l’Étoile.
_Rue de la Femme-sans-tête_, quartier de la Cité. Elle avait pris son nom d’une enseigne satirique, qui représentait une femme sans tête, tenant à la main un verre de vin, avec cette légende: _Tout en est bon_.
* _Rue des Quatre-Fils_, quartier du Temple. Ainsi nommée à cause de l’enseigne des _Quatre Fils Aimon_, représentés, en costume de guerre, sur le même cheval.
_Rue de la Fontaine_, quartier de la place Maubert. Ainsi nommée de l’enseigne d’une maison.
_Rue des Fuseaux_, quartier Sainte-Opportune. Elle avait pris son nom de l’enseigne d’une maison, représentant trois fuseaux.
* _Rue de la Harpe_, quartier Saint-André-des-Arts. On l’appelait déjà, au XIIIᵉ siècle: _vicus Citharæ_. Son nom lui vient de cette enseigne, qu’on voyait encore, il y a un siècle, à la seconde maison à droite, au-dessus de la rue Mâcon.
* _Rue de l’Hirondelle_, quartier Saint-André-des-Arts. Ce nom lui vient de l’enseigne d’une vieille maison qu’on appelait l’hôtel de l’Arondale.
* _Rue de la Huchette_, quartier Saint-André-des-Arts. Ce nom lui vient de l’enseigne d’une maison au XIIIᵉ siècle.
_Rue de la Lanterne_, quartier de la Cité. Nom d’une enseigne, en 1397. Cette enseigne, qui était celle d’une maison située au coin de la rue des Marmousets, paraît avoir été mentionnée, en ces termes, dans la _Taille_ de 1292: «Agnès, de la Lanterne, regrattière.»
* _Rue du Petit-Lion_, quartier du Luxembourg. Nom de l’enseigne du _Petit Lion_.
_Rue des Trois-Maures_, quartier Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Elle doit son nom à l’enseigne d’une auberge, fameuse au XVIᵉ siècle.
_Rue du Petit-Moine_, quartier de la place Maubert. Elle tirait son nom d’une enseigne.
_Rue du Noir_, quartier de la place Maubert. Cette rue devait son nom populaire à l’enseigne du _More_ ou _Maure_.
* _Rue des Oiseaux_, quartier du Temple. Elle doit son nom à une enseigne.
* _Rue du Paon_, quartier Saint-André-des-Arts. Nom d’une enseigne. Il y avait dans le quartier de la place Maubert une autre rue du Paon, nommée aussi par une enseigne.
* _Rue de la Perle_, quartier du Temple. Elle devait son nom à l’enseigne d’un jeu de paume.
* _Rue du Plat-d’étain_, quartier Sainte-Opportune. Elle a pris son nom de l’enseigne d’un hôtel qu’on y voyait encore au XVIᵉ siècle.
_Rue du Poirier_, quartier Saint-Martin-des-Champs. Nom d’une enseigne.
* _Rue des Prêcheurs_, quartier des Halles. Ce nom lui a été donné, au XIVᵉ siècle, à cause de l’enseigne d’une maison qu’on appelait l’hôtel du Prêcheur.
_Rue de Rats_, quartier de la place Maubert. Nommée ainsi, dès le XIIIᵉ siècle, à cause d’une enseigne.
_Rue du Roi-Doré_, quartier du Temple. Ce nom lui vient d’un buste du roi Louis XIII, qu’on avait placé à l’entrée de cette rue et que le peuple appelait le _roi doré_, parce que ce buste était doré.
* _Rue du Sabot_, quartier Saint-Germain. Nom d’une enseigne. Cette rue s’était d’abord appelée rue de l’Hermitage, qui fut également le nom d’une enseigne.
_Rue de Venise_, quartier de la Cité. Nommée ainsi à cause d’une enseigne _à la Ville de Venise_.
* _Rue des Quatre-Vents_, quartier du Luxembourg. Nom d’une enseigne.
Ce n’étaient pas là les seules rues qui tirassent leurs noms des enseignes de maison ou de boutique, et l’on pourrait en citer un certain nombre d’autres qui sont évidemment nommées par les enseignes, quoique la tradition se taise à leur égard. Il était aussi tout naturel que le nom de la rue, emprunté à une enseigne, ne survécût pas à cette enseigne quand celle-ci avait disparu. Voici encore quelques rues signalées par J. de La Tynna comme ayant des noms qui provenaient également des enseignes[62].
Le pont aux Meuniers, qui traversait le grand bras de la Seine à côté du pont au Change, fut reconstruit à la fin du XVIᵉ siècle par un entrepreneur nommé Marchand, qui lui donna son nom; mais le peuple, qui baptisait volontiers les rues de Paris, changea le nom de ce nouveau pont et le nomma le _pont aux Oiseaux_, parce qu’on avait peint, sur la façade de chacune des maisons élevées de chaque côté dudit pont, un oiseau différent pour servir d’enseigne.