Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)
Part 30
[Note 402: The pineal gland, which many of our modern philosophers suppose to be the seat of the soul, smelt very strong of essence and orange-flower, and was encompassed with a kind of horny substance, cut into a thousand little faces or mirrors, which were imperceptible to the naked eye; in so much that the soul, if there had been any here, must have been always taken up in contemplating her own beauties. We observed a large antrum or cavity in the sinciput that was filled with ribbonds, lace and embroidery.... We did not find any thing very remarkable in the eye, saving only that the _musculi amatorii_, or as we may translate it into English, the ogling muscles, were very much worn, and decayed with use; whereas on the contrary the elevator or the muscle which turns the eye towards heaven, did not appear to have been used at all.
(_Spectator_, nº 375.)]
[Note 403: William Simple, smitten at the Opera, by the glance of an eye that was aimed at one that stood by him.
Sir Christopher Crazy Bart., hurt by the brush of a whalebone petticoat.
Ned Courtly, presenting Flavia with her glove (which she had dropped on purpose), she received it and took away his life with a curtesy.
John Gosselin, having received a slight hurt from a pair of blue eyes, as he was making his escape was dispatched by a smile.
(_Spectator_, nº 377.)]
[Note 404: Aridæus a beautiful youth of Epirus, in love with Praxinoe, the wife of Thespis, escaped without damage saving only that two of his foreteeth were struck out, and his nose a little flatted.
Hipparchus, being passionately fond of his own wife, who was enamoured of Bathyllus, leaped and died of his fall; upon which his wife married her gallant.
(_Spectator_, nº 233.)]
VIII
Cette puissante séve germanique crève, même chez Addison, son enveloppe classique et latine. Il a beau goûter l'art, il aime encore la nature. Son éducation, qui l'a encombré de préceptes, n'a point détruit en lui la virginité du sentiment vrai. Dans son voyage de France, il a préféré la sauvagerie de Fontainebleau à la correction de Versailles. Il s'affranchit des raffinements mondains pour louer la simplicité des vieilles ballades nationales. Il fait comprendre au public les images sublimes, les gigantesques passions, la profonde religion du _Paradis perdu_. Il est curieux de le voir, le compas à la main, bridé par Bossu, empêtré de raisonnements infinis et de phrases académiques, atteindre tout à coup, par la force de l'émotion naturelle, les hautes régions inexplorées où Milton est soulevé par l'inspiration de la foi et du génie. Ce n'est pas lui qui dira avec Voltaire que l'allégorie du Péché et de la Mort est bonne pour faire vomir les entrailles. Il y a en lui un fond d'imagination grandiose qui le rend insensible aux petites délicatesses de la civilisation mondaine. Il habite volontiers parmi les grandeurs et les étonnements de l'autre monde. Il est pénétré par la présence de l'invisible; il a besoin de dépasser les intérêts et les espérances de la vie mesquine où nous rampons[405]. Cette source de croyance jaillit en lui de tous côtés; en vain elle est enfermée dans le conduit régulier du dogme officiel; les textes, les arguments dont elle se couvre laissent voir sa véritable origine. Elle part de l'imagination sérieuse et féconde qui ne peut se contenter que par la vue de l'_au delà_.
Une telle faculté occupe tout l'homme, et si l'on redescend dans l'examen des agréments littéraires, on l'aperçoit ici-bas comme en haut. Rien de plus varié, de plus riche, chez Addison, que les tours et la mise en scène. La plus sèche morale se transforme sous sa main en peintures et en récits. Ce sont des lettres de toutes sortes de personnages, ecclésiastiques, gens du peuple, hommes du monde, qui chacun gardent leur style et déguisent le conseil sous l'apparence d'un petit roman. C'est un ambassadeur de Bantam qui raille, à la façon de Montesquieu, les mensonges de la politesse européenne. Ce sont des contes grecs ou orientaux, des voyages imaginaires, la vision d'un voyant écossais, les Mémoires d'un rebelle, l'histoire des fourmis, les métamorphoses d'un singe, le journal d'un oisif, une promenade à Westminster, la généalogie de l'_humour_, les statuts des clubs ridicules; bref une abondance intarissable de fictions agréables ou solides. Les plus nombreuses sont des allégories. On sent qu'il se plaît dans ce monde magnifique et fantastique; c'est une sorte d'opéra qu'il se donne; ses yeux ont besoin de contempler des couleurs. En voici une sur les religions, bien protestante, mais aussi éclatante qu'ingénieuse: l'agrément là-bas ne consiste point, comme chez nous, dans la vivacité et la variété des tons, mais dans la splendeur et la justesse de l'invention. «La figure du milieu, qui attira d'abord les yeux de tout le monde, et qui était beaucoup plus grande que les autres, était une matrone habillée comme une dame noble et âgée du temps de la reine Élisabeth. On remarquait surtout dans son habillement le chapeau avec une couronne en clocher[406], l'écharpe plus sombre que la martre, et le tablier de linon, plus blanc que l'hermine. Sa robe était du plus riche velours noir, et, juste à l'endroit du coeur, garnie de larges diamants d'un prix inestimable disposés en forme de croix. Son maintien respirait la dignité et la sérénité riante, et, quoique avancée en âge, son visage montrait tant d'animation et de vivacité, qu'elle paraissait à la fois âgée et immortelle. À sa vue, je sentis mon coeur touché de tant d'amour et de vénération, que les larmes coulèrent sur mes joues, et plus je la regardais, plus mon coeur se fondait en sentiments de tendresse et d'obéissance filiale.--À sa droite était assise une femme si couverte d'ornements que sa personne, son visage et ses mains en étaient presque entièrement cachés. Le peu qu'on pouvait voir de sa figure était fardé, et, ce qui me parut fort singulier, on y démêlait des sortes de rides artificielles.... Sa coiffure s'élevait fort haut par trois étages ou degrés distincts; ses vêtements étaient bigarrés de mille couleurs et brodés de croix en or, en argent, en soie. Elle n'avait rien sur elle, pas même un gant ou une pantoufle qui ne fût marqué de ce signe; bien plus, elle en paraissait si superstitieusement éprise, qu'elle était assise les jambes croisées.... Un peu plus loin était la figure d'un homme qui regardait avec des yeux pleins d'horreur un bassin d'argent rempli d'eau. Comme j'observais dans son maintien quelque chose qui ressemblait à la folie, j'imaginai d'abord qu'il était là pour représenter cette sorte de démence que les médecins appellent hydrophobie; mais m'étant rappelé le but du spectacle, je revins à moi à l'instant, et conclus que c'était l'Anabaptisme[407].» C'est au lecteur de deviner ce que représentaient ces deux premières figures. Elles plairont plus à un anglican qu'à un catholique; mais je crois qu'un catholique lui-même ne pourra s'empêcher de reconnaître l'abondance et la vivacité de la fiction.
La véritable imagination aboutit naturellement à l'invention des caractères. Car si vous vous figurez vivement une situation ou une action, vous verrez du même élan tout le réseau de ses attaches; les passions et les facultés, tous les gestes et tous les sons de voix, tous les détails d'habillement, d'habitation, de société, qui en découlent, se lieront dans votre esprit, attireront leurs précédents et leurs suites; et cette multitude d'idées, organisée lentement, se concentrera à la fin en un sentiment unique d'où jaillira, comme d'une source profonde, la peinture et l'histoire d'un personnage complet. Il y en a plusieurs dans Addison: l'observateur taciturne, William Honeycomb, le campagnard tory, sir Roger de Coverley, qui ne sont pas des thèses satiriques, comme celles de La Bruyère, mais de véritables individus semblables et parfois égaux aux personnages des grands romans contemporains. En effet, sans s'en douter, il invente le roman en même temps et de la même façon que ses voisins les plus illustres. Ses personnages sont pris sur le vif, dans les moeurs et les conditions du temps, longuement et minutieusement décrits dans toutes les parties de leur éducation et de leur entourage, avec la précision de l'observation positive, extraordinairement réels et anglais. Un chef-d'oeuvre en même temps qu'un document d'histoire est sir Roger de Coverley, le gentilhomme de campagne, loyal serviteur de la Constitution et de l'Église, _justice of the peace_, patron de l'ecclésiastique, et dont le domaine montre en abrégé la structure du pays anglais. Ce domaine est un petit État, paternellement gouverné, mais gouverné. Sir Roger gourmande ses tenanciers, les passe en revue à l'église, sait leurs affaires, leur donne des avis, des secours, des ordres; il est respecté, obéi, aimé, parce qu'il vit avec eux, parce que la simplicité de ses goûts et de son éducation le met presque à leur niveau, parce qu'à titre de magistrat, d'ancien propriétaire, d'homme riche, de bienfaiteur et de voisin, il exerce une autorité morale et légale, utile et consacrée. Addison en même temps montre en lui le solide et singulier caractère anglais, bâti de coeur de chêne avec toutes les rugosités de l'écorce primitive, qui ne sait ni s'adoucir ni s'aplanir; un grand fond de bonté qui s'étend jusqu'aux bêtes, l'amour de la campagne et des occupations corporelles, le goût du commandement et de la discipline, le sentiment de la subordination et du respect, beaucoup de bon sens et peu de finesse, l'habitude d'étaler et d'installer en public ses particularités et ses bizarreries, sans souci du ridicule, sans pensée de bravade, uniquement parce qu'on ne reconnaît d'arbitre sur soi que soi-même. Puis cent traits qui peignent le temps: le manque de lecture, un reste de croyance aux sorcières, des façons de paysan et de chasseur, des ignorances d'esprit naïf ou arriéré. Sir Roger donne aux enfants qui répondent bien au catéchisme une Bible pour eux et un quartier de lard pour leur mère. Quand un verset lui plaît, il le chante une demi-minute encore après que la congrégation l'a fini. Il tue huit cochons gras à Noël, et envoie du boudin avec un paquet de cartes à chaque famille pauvre de la paroisse. Quand il va au théâtre, il munit ses gens de gourdins pour se garder des bandits qui, à son avis, doivent infecter Londres. Addison revient vingt fois sur son vieux chevalier, découvrant toujours quelque nouvel aspect de son caractère, observateur désintéressé de la nature humaine, curieusement assidu et perspicace, véritablement créateur, n'ayant plus qu'un pas à faire pour se lancer, comme Richardson et Fielding, dans la grande oeuvre des lettres modernes, qui est le roman de moeurs.
[Note 405: Voy. les trente derniers numéros du _Spectator_.]
[Note 406: Voir les coiffures sous Élisabeth pour comprendre ces termes spéciaux.]
[Note 407: The middle figure which immediately attracted the eyes of the whole company and was much bigger than the rest, was formed like a matron, dressed in the habit of an elderly woman of quality in Queen Elizabeth's days. The most remarkable parts of her dress were the beaver with the steeple crown, the scarf that was darker than sable, and the lawn apron that was whiter than hermine. Her gown was of the richest black velvet, and, just upon her heart, studded with large diamonds of an inestimable value disposed in the form of a cross. She bore an inexpressible cheerfulness and dignity in her aspect; and though she seemed in years, appeared with so much spirit and vivacity, as gave her at the same time an air of old age and immortality. I found my heart touched with so much love and reverence at the sight of her, that the tears ran down my face as I looked upon her; and still the more I looked upon her, the more my heart was melted with the sentiments of filial tenderness and duty. I discovered every moment something so charming in her figure that I could scarce take my eyes off it.--On its right hand there sat the figure of a woman so covered with ornaments, that her face, her body, and her hands were almost entirely hid under them. The little you could see of her face was painted; and what I thought very odd, had something in it like artificial wrinkles. But I was the less surprised at it, when I saw upon her forehead an old fashioned tower of gray hairs. Her hair-dress rose very high by three several stories or degrees. Her garments had a thousand colours in them and were embroidered with crosses in gold, silver, and silk; she had nothing on, so much as a glove or a slipper, which was not marked with this figure. Nay, so superstitiously fond did she appear of it, that she sat cross-legged.... The next to her was a figure which somewhat puzzled me. It was that of a man looking with horror in his eyes upon a silver bason filled with water. Observing something in his countenance that looked like lunacy, I fancied at first that he was to express that kind of distraction which the physicians call the hydrophobia. But considering what the intention of the show was, I immediately recollected myself and concluded it to be Anabaptism.
(_Tatler_, nº 257.)]
IX
Au-dessus est la poésie. Elle a coulé, dans sa prose, mille fois plus sincère et plus belle que dans ses vers. De riches fantaisies orientales viennent s'y dérouler sans petillement d'étincelles comme dans Voltaire, mais sous une sereine et abondante lumière qui fait ondoyer les plis réguliers de leur pourpre et de leur or. La musique des larges phrases cadencées et tranquilles promène doucement l'esprit parmi les magnificences et les enchantements romanesques, et le profond sentiment de la nature toujours jeune rappelle la quiétude fortunée de Spenser[408]. À travers les discrètes moqueries ou les intentions morales, on sent que son imagination est heureuse, qu'elle se plaît à contempler les balancements des forêts qui peuplent les montagnes, l'éternelle verdure des vallées que vivifient les sources fraîches, et les larges horizons qui ondulent au bord du ciel lointain. Les sentiments grands et simples viennent d'eux-mêmes se lier à ces nobles images, et leur harmonie mesurée compose un spectacle unique, digne de ravir le coeur d'un honnête homme par sa gravité et par sa douceur. Telle est cette vision de Mirza qu'il faut traduire presque en entier[409]: «Le cinquième jour de la lune, étant monté sur les hautes collines de Bagdad, pour passer le reste du jour dans la méditation et dans la prière, je tombai en une profonde méditation sur la vanité de la vie humaine, et passant d'une pensée à l'autre: Sûrement, me dis-je, l'homme n'est qu'une ombre et la vie un songe.--Pendant que je rêvais ainsi, je jetai les yeux sur le sommet d'un roc qui n'était pas loin de moi, et j'y aperçus une figure en habit de berger, avec un instrument de musique à la main. Comme je le regardais, il porta l'instrument à ses lèvres et se mit à en jouer. Le son était infiniment doux et modulé en une variété de tons d'une mélodie inexprimable, tout à fait différente de ce que j'avais jamais entendu. Ils me firent penser à ces airs célestes qui accueillent les âmes envolées des justes à leur entrée dans le paradis pour effacer le souvenir de leur récente agonie et les préparer aux plaisirs de ce lieu bienheureux. Mon coeur se fondait dans un secret ravissement.... Le Génie me conduisit alors vers la plus haute cime du roc et me posa sur le faîte. Jette tes yeux vers l'orient, me dit-il; et raconte-moi ce que tu vois.--Je vois, répondis-je, une large vallée et un prodigieux courant de mer qui roule à travers elle.--Considère maintenant, me dit-il, cette mer, qui à ses deux extrémités est bornée par des ténèbres, et dis-moi ce que tu y découvres.--Je vois, repris-je, un pont qui s'élève au milieu du courant.--Le pont que tu vois, me dit-il, est la vie humaine: considère-le attentivement.--L'ayant regardé plus à loisir, je vis qu'il consistait en soixante-dix arches entières et en plusieurs arches rompues qui, avec les autres, faisaient environ cent. Comme je les comptais, le Génie me dit que ce pont était d'abord de mille arches, mais qu'une grande inondation avait balayé le reste, et l'avait laissé ruiné comme je le voyais maintenant.--Dis-moi encore, reprit-il, ce que tu y découvres.--Je vois, répondis-je, une multitude de gens qui le traversent, et un nuage noir suspendu sur chacune de ses deux issues.--Puis, regardant plus attentivement, je vis plusieurs des voyageurs tomber au travers dans la grande marée qui conduit au-dessous, et je découvris bientôt qu'il y avait dans ce pont d'innombrables trappes cachées, où l'on ne mettait le pied que pour s'enfoncer et disparaître à l'instant. Ces piéges étaient très-serrés à l'entrée du pont, en sorte que des multitudes d'arrivants, à peine sortis du nuage, s'y engloutissaient dès l'abord. Ils devenaient moins nombreux vers le milieu, mais se multipliaient et se pressaient en approchant des dernières arches complètes. Quelques voyageurs, à la vérité, mais leur nombre était bien petit, avançaient en clopinant jusque sur les arches rompues, mais tombaient tour à tour, au travers, épuisés comme ils étaient et accablés d'une si longue marche.... Mon coeur se remplit d'une profonde tristesse en voyant plusieurs des passants qui tombaient à l'improviste, au milieu de leur joie et de leurs éclats de rire, et s'accrochaient à tout ce qui était près d'eux pour se sauver. D'autres avaient les yeux vers le ciel, dans une attitude pensive, et au milieu de leur contemplation trébuchaient, et on ne les revoyait plus. Il y avait des multitudes affairées à la poursuite de babioles qui brillaient et dansaient devant leurs yeux; mais souvent, au moment où ils croyaient les saisir, le pied leur manquait, et ils étaient précipités.... Je poussai un profond soupir, et le Génie, touché de compassion, me dit de regarder vers cet épais brouillard dans lequel le courant portait les diverses générations de mortels engloutis. Je regardai, et mes yeux qu'il avait fortifiés virent que la vallée s'ouvrait à son extrémité et s'étendait en un océan immense où s'allongeait un roc énorme de diamant qui la divisait en deux parts. Les nuages reposaient encore sur une des deux moitiés, en sorte que de ce côté je ne pus rien découvrir; mais l'autre était un vaste océan semé d'îles innombrables: ces îles étaient couvertes de fruits et de fleurs, et entrecoupées de mille petites mers brillantes qui serpentaient tout au travers. J'y pus distinguer des personnages revêtus d'habits glorieux avec des couronnes sur leurs têtes, les uns passant parmi les arbres, d'autres couchés au bord des fontaines, d'autres reposant sur des lits de fleurs, et j'entendis une harmonie confuse de chants d'oiseaux, d'eaux murmurantes, de voix humaines et d'instruments mélodieux.--La joie entra dans mon coeur à la vue d'une apparition si délicieuse. Je souhaitai les ailes d'un aigle pour m'envoler jusqu'à ces demeures fortunées; mais le Génie me dit qu'on n'y pénétrait que par les portes de la mort que je voyais s'ouvrir à chaque instant sur le pont.--Ces îles, me dit-il, que tu vois si fraîches et si vertes et dont la face de l'Océan semble bigarrée aussi loin que tes regards portent, sont plus nombreuses que les grains de sable sur le rivage de la mer; il y en a des myriades derrière celles que tu découvres, au delà de ce que ton oeil, et même de ce que ton imagination peut atteindre. Elles sont les demeures des hommes de bien après leur mort.... Ne sont-ce point là, ô Mirza, des asiles dont la possession mérite des efforts? La vie semble-t-elle misérable, lorsqu'elle fournit l'occasion de gagner une telle récompense? Dois-tu craindre la mort qui te conduit vers une vie si heureuse? Ne juge pas que l'homme ait été fait en vain, puisqu'une telle éternité lui a été réservée.--Je contemplai avec un plaisir inexprimable ces îles bienheureuses.--Maintenant, dis-je au Génie, montre-moi, je t'en supplie, les secrets cachés derrière ces noirs nuages qui couvrent l'Océan de l'autre côté du roc de diamant.--Comme le Génie ne me répondait pas, je me tournai pour lui faire une seconde fois ma demande, mais je trouvai qu'il m'avait quitté. Je voulus revoir alors la vision que j'avais si longtemps contemplée. Mais au lieu de la marée roulante, du pont avec ses arches, et des îles heureuses, je ne vis rien que la longue vallée creuse de Bagdad avec les troupeaux de boeufs, de brebis et de chameaux qui paissaient sur ses deux flancs.»
Dans cette morale ornée, dans cette belle raison si correcte et si éloquente, dans cette imagination ingénieuse et noble, je trouve en abrégé tous les traits d'Addison. Ce sont les nuances anglaises qui distinguent leur âge classique du nôtre, une raison plus étroite et plus pratique, une urbanité plus poétique et moins éloquente, un fonds d'esprit plus inventif et plus riche, moins sociable et moins délicat.
[Note 408: _Histoire d'Abdallah_, _Histoire d'Hilpa_.]
[Note 409: On the fifth day of the moon, which according to the custom of my forefathers I always keep holy, after having washed myself, and offered up my morning devotions, I ascended the high hills of Bagdad, in order to pass the rest of the day in meditation and prayer. As I was here airing myself on the tops of the mountains, I fell into a profound contemplation on the vanity of human life; and passing from one thought to another: Surely, said I, man is but a shadow and life a dream. Whilst I was thus musing, I cast my eyes towards the summit of a rock that was not far from me, where I discovered one in the habit of a shepherd, with a little musical instrument in his hand. As I looked upon him, he applied it to his lips, and began to play upon it. The sound of it was exceeding sweet, and wrought into a variety of tunes that were inexpressibly melodious, and altogether different from any thing I had ever heard. They put me in mind of those heavenly airs that are played to the departed souls of good men upon their first arrival in paradise, to wear out the impressions of the last agonies, and qualify them for the pleasures of that happy place. My heart melted away in secret raptures....