Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)
Part 22
La force du zèle et le manque de goût: tels sont les traits communs à toute cette éloquence. Quittons ce mathématicien, homme de cabinet, homme antique, qui prouve trop et s'acharne, et voyons parmi les gens du monde celui qu'on appelait «le plus spirituel» des ecclésiastiques, Robert South, homme aussi différent de Barrow par son caractère et sa vie que par ses oeuvres et son esprit; tout armé en guerre, royaliste passionné, partisan du droit divin et de l'obéissance passive, controversiste acrimonieux, diffamateur des dissidents, adversaire de l'Acte de tolérance, et qui ne refusa jamais à ses inimitiés la licence d'une injure ou d'un mot cru. À côté de lui, le P. Bridaine, qui nous sembla si rude, était poli. Ses sermons ont l'air d'une conversation, d'une conversation du temps, et vous savez de quel style on causait à ce moment en Angleterre. Il n'y a point d'image populaire et passionnée dont il ait peur. Il expose les petits faits vulgaires avec leurs détails bas et frappants. Il ose toujours, il ne se gêne jamais; il est peuple. Il a le style de l'anecdote, saillant, brusque, avec les changements de ton, les gestes énergiques et bouffons, avec toutes les originalités, les violences et les témérités. Il ricane en chaire, il invective, il se fait mime et comédien. Il peint les gens comme s'il les avait sous les yeux. Le public les reconnaîtra dans la rue; il n'y a plus qu'à écrire des noms sous ses portraits. Lisez ce morceau sur les tartufes. «Supposez un homme infiniment ambitieux et également rancunier et malicieux, quelqu'un qui empoisonne les oreilles des grands par des chuchotements venimeux et s'élève par la chute de gens qui valent mieux que lui. Pourtant, s'il s'avance avec une mine de vendredi et une face de carême, avec un «doux Jésus!» et une complainte gémissante sur les vices du siècle, oh! alors, c'est un saint sur la terre, un Ambroise, un Augustin, non pour la science des livres, qui est une chose toute terrestre, une drogue (car, hélas! ils sont au-dessus d'elle, ou du moins elle est au-dessus d'eux), mais pour le zèle et les jeûnes, et les yeux dévotement levés au ciel, et la sainte rage contre les péchés d'autrui. Et heureuses ces personnes religieuses, ces dames qui peuvent avoir pour confesseurs de tels hommes, si pleins d'abnégation, si prospères, si capables! Et trois fois heureuses les familles où ils daignent prendre leur collation du vendredi, pour prouver au monde quelle abstinence chrétienne, quelle vigueur antique, quel zèle pour les mortifications il y a dans l'abandon d'un dîner qui leur rend l'estomac plus dispos pour le souper[299]!» Un homme qui a ce franc parler devait louer la franchise; il l'a louée avec l'ironie poignante, avec la brutalité d'un Wycherley. La chaire avait le sans-façon et la rudesse du théâtre, et, dans cette peinture des braves gens énergiques que le monde taxe de mauvais caractères, on retrouvait la familiarité âcre du _Plain-Dealer_. «Certainement il y a des gens qui ont une mauvaise roideur naturelle de langue, en sorte qu'ils ne peuvent point se mettre au pas et applaudir ce vaniteux ou ce hâbleur qui fait la roue, se loue lui-même et conte d'insipides histoires à son propre éloge pendant trois ou quatre heures d'horloge, pendant qu'en même temps il vilipende le reste du genre humain et lui jette de la boue.--Il y a aussi certains hommes singuliers et d'un mauvais caractère qu'on ne peut engager, par crainte ni espérance, par froncement de sourcils ni sourires, à se laisser mettre sur les bras quelque parente de rebut, quelque nièce délaissée, mendiante, d'un lord ou d'un grand spirituel ou temporel.--Enfin il y a des gens d'un si mauvais caractère, qu'ils jugent très-légitime et très-permis d'être sensibles quand on leur fait tort et qu'on les opprime, quand on diffame leur bonne renommée et quand on nuit à leurs justes intérêts, et qui par surcroît osent déclarer ce qu'ils pensent et sentent, et ne sont point des bêtes de somme pour porter humblement ce qu'on leur jette sur le dos, ni des épagneuls pour lécher le pied qui les frappe et pour remercier le bon seigneur qui leur confère toutes ces faveurs d'arrière-train[300].» Dans ce style saugrenu, tous les coups portent: on dirait un assaut de boxe où les ricanements accueillent les meurtrissures. Mais regardez l'effet de ces trivialités de butors. On sort de là l'âme remplie de sentiments énergiques; on a vu les objets eux-mêmes, tels qu'ils sont, sans déguisement; on se trouve froissé, mais empoigné par une main vigoureuse. Cette chaire agit, et en effet, si on la compare à la chaire française, tel est son caractère. Ces sermons n'ont point l'art et l'artifice, la correction et la mesure des sermons français; ils ne sont pas comme eux des monuments de style, de composition, d'agrément, de science dissimulée, d'imagination tempérée, de logique déguisée, de goût continu, de proportion exquise, égaux aux harangues du _forum_ romain ou de l'_agora_ athénienne. Ils ne sont point classiques. C'est qu'ils sont pratiques. Il fallait cette grosse pioche de travail, rudement maniée et tout encrassée de rouille pédantesque, pour creuser dans cette civilisation grossière. L'élégant jardinage français n'y eût rien fait. Si Barrow est redondant, Tillotson pesant, South trivial, le reste illisible, ils sont tous convaincants; leurs discours ne sont point des modèles d'éloquence, mais des instruments d'édification. Leur gloire n'est point dans leurs livres, mais dans leurs oeuvres. Ils ont fait des moeurs et non des écrits.
Ce n'est pas tout de former les moeurs, il faut défendre les croyances; avec le vice il faut combattre le doute, et la théologie accompagne le sermon. Elle pullule à ce moment en Angleterre. Anglicans, presbytériens, indépendants, quakers, baptistes, antitrinitariens, se réfutent «avec autant de cordialité qu'un janséniste damne un jésuite,» et ne se lassent pas de fabriquer des armes de combat. Qu'y a-t-il à prendre ou à garder dans tout cet arsenal? En France, du moins, la théologie est belle; les plus fines fleurs de l'esprit et du génie s'y sont épanouies sur les ronces de la scolastique; si le sujet rebute, la parure attire. Pascal et Bossuet, Fénelon et La Bruyère, Voltaire, Diderot et Montesquieu, amis et ennemis, tous y ont prodigué toutes leurs perles et tout leur or. Sur la trame usée des doctrines arides, le dix-septième siècle a brodé une majestueuse étole de pourpre et de soie, et le dix-huitième siècle qui la chiffonne et la déchire, la disperse en milliers de fils d'or qui chatoient comme une robe de bal. Ici tout est lourd, sec et triste; les grands hommes eux-mêmes, Addison et Locke, lorsqu'ils se mêlent de défendre le christianisme, deviennent plats et ennuyeux. Depuis Chillingworth jusqu'à Paley, les apologies, réfutations, expositions, discussions, pullulent et font bâiller; ils raisonnent bien, et c'est tout. Le théologien entre en campagne contre les papistes au dix-septième siècle, contre les déistes au dix-huitième[301], en tacticien, selon les règles, prend position sur un principe, établit tout à l'entour une maçonnerie d'arguments, recouvre le tout de textes, et chemine paisiblement sous terre dans les longs boyaux qu'il a creusés; on approche, et l'on voit sortir une sorte de pionnier pâle, le front contracté, les mains roidies, les habits sales; il se croit à l'abri de toute attaque; ses yeux fichés en terre n'ont pas vu à côté de son bastion le large chemin commode par lequel l'ennemi va le tourner et le surprendre. Une sorte de médiocrité incurable les retient la bêche à la main dans des tranchées où personne ne passera. Ils n'entendent ni leurs textes ni leurs formules. Ils sont impuissants dans la critique et la philosophie. Ils traitent les figures poétiques des Écritures, les audaces de style, les à-peu-près de l'improvisation, les émotions hébraïques et mystiques, les subtilités et les abstractions de la métaphysique alexandrine, avec une précision de juristes et de psychologues. Ils veulent absolument faire de l'Évangile un code exact de prescriptions et de définitions combinées par des législateurs en parlement. Ouvrez le premier venu, un des plus anciens, John Hales. Il commente un passage de saint Matthieu où il est question d'une chose défendue le jour du sabbat. Quelle était cette chose? «Était-ce d'aller dans le blé? ou d'en éplucher les épis? ou d'en manger?» Là-dessus les divisions et les argumentations pleuvent par myriades[302]. Prenez les plus célèbres. Sherlock, appliquant la psychologie nouvelle, invente une explication de la Trinité, et suppose trois âmes divines, chacune d'elles ayant conscience de ce qui se passe dans les deux autres. Stillingfleet réfute Locke, qui pensait que l'âme, à la résurrection, quoique ayant un corps, n'aura peut-être pas précisément le corps dans lequel elle aura vécu. Allez jusqu'au plus illustre, au savant Clarke, mathématicien, philosophe, érudit, théologien: il s'occupe à refaire l'arianisme. Le grand Newton lui-même commente l'Apocalypse et prouve que le pape est l'Antechrist. Ils ont beau avoir du génie; dès qu'ils touchent à la religion, ils redeviennent surannés, bornés; ils n'avancent pas, ils sont aheurtés, et obstinément choquent leur tête à la même place. Génération après génération, ils viennent s'enterrer dans le trou héréditaire avec une patience et une conscience anglaises, pendant qu'une lieue plus loin l'ennemi défile: cependant on consulte dans le trou; on le fait carré, puis rond, on le revêt de pierres, puis de briques, et on s'étonne de voir que malgré tous ces expédients l'ennemi avance toujours. J'ai lu une foule de ces traités, et je n'en ai pas retiré une idée. On s'afflige de voir tant de travail perdu; on s'étonne que, pendant tant de générations, des hommes si vertueux, si zélés, si réfléchis, si loyaux, si bien munis de lectures, si bien exercés par la discussion, ne soient parvenus qu'à remplir des bas-fonds de bibliothèques. On rêve tristement à cette seconde scolastique, et l'on finit par découvrir que si elle s'est trouvée sans effet dans le royaume de la science, c'est qu'elle ne s'employait véritablement qu'à féconder le royaume de l'action.
Tous ces spéculatifs ne sont tels qu'en apparence. Ce sont des apologistes et non pas des chercheurs. Ils se préoccupent non de la vérité, mais de la morale[303]. Ils s'alarmeraient de traiter Dieu comme une hypothèse et la Bible comme un document. Ils verraient une disposition vicieuse dans la large indifférence du critique et du philosophe. Ils auraient des remords de conscience, s'ils se lançaient sans arrière-pensée dans le libre examen. En effet, il y a une sorte de péché dans l'examen vraiment libre, puisqu'il suppose le doute, chasse le respect, pèse le bien et le mal dans la même balance, et accepte également toutes les doctrines, scandaleuses ou édifiantes, sitôt qu'elles sont prouvées. Ils écartent ces spéculations dissolvantes; ils les regardent comme des occupations d'oisifs; ils ne cherchent dans le raisonnement que des motifs et des moyens de se bien conduire. Ils ne l'aiment pas pour lui-même, ils le répriment dès qu'il veut être indépendant; ils exigent que la raison soit chrétienne et protestante, ils la démentiraient sous une autre forme; ils la réduisent à l'humble rôle de servante, et lui donnent pour souverain leur sens intime biblique et utilitaire. En vain, au commencement du siècle, les libres penseurs s'élèvent; quarante ans plus tard[304], ils sont noyés dans l'oubli. Le déisme et l'athéisme ne sont ici qu'une éruption passagère que le mauvais air du grand monde et le trop-plein des forces natives développent à la surface du corps social. Les professeurs d'irréligion, Toland, Tindal, Mandeville, Bolingbroke, rencontrent des adversaires plus forts qu'eux. Les chefs de la philosophie expérimentale[305], les plus doctes et les plus accrédités entre les érudits du siècle[306], les écrivains les plus spirituels, les plus aimés et les plus habiles[307], toute l'autorité de la science et du génie s'emploie à les abattre. Les réfutations surabondent. Chaque année, selon la fondation de Robert Boyle, des hommes célèbres par leur talent ou leur savoir viennent prêcher à Londres huit sermons «pour établir la religion chrétienne contre les athées, les théistes, les païens, les mahométans et les juifs.» Et ces apologies sont solides, capables de convaincre un esprit libéral, infaillibles pour convaincre un esprit moral. Les ecclésiastiques qui les écrivent, Clarke, Bentley, Law, Watt, Warburton, Butler, sont au niveau de la science et de l'intelligence laïques. Par surcroît les laïques les aident. Addison compose la _Défense du Christianisme_, Locke la _Conformité du Christianisme et de la Raison_, Ray la _Sagesse de Dieu manifestée dans les oeuvres de la création_. Par-dessus ce concert de voix graves perce une voix stridente: Swift, de sa terrible ironie, complimente les coquins élégants qui ont eu la salutaire idée d'abolir le christianisme. Quand ils seraient dix fois plus nombreux, ils n'en viendraient pas à bout; car ils n'ont pas de doctrine qu'ils puissent mettre à sa place. La haute spéculation, qui seule peut en tenir lieu, s'est montrée ou déclarée impuissante. De toutes parts les conceptions philosophiques avortent ou languissent. Si Berkeley en rencontre une, la suppression de la matière, c'est isolément, sans portée publique, par un coup d'État théologique, en homme pieux qui veut ruiner par la base l'immoralité et le matérialisme. Newton atteint tout au plus une idée manquée de l'espace, il n'est que mathématicien. Locke, presque aussi pauvre[308], tâtonne, hésite, n'a guère que des conjectures, des doutes, des commencements d'opinion que tour à tour il avance et retire, sans en voir les suites lointaines, et surtout sans rien pousser à bout. En somme, il s'interdit les hautes questions et se trouve fort porté à nous les interdire. Il a fait son livre pour savoir «quels objets sont à notre portée ou au-dessus de notre compréhension.» Ce sont nos limites qu'il cherche; il les rencontre vite et ne s'en afflige guère. Enfermons-nous dans notre petit domaine et travaillons-y diligemment. «Notre affaire en ce monde n'est pas de connaître toutes choses, mais celles qui regardent la conduite de notre vie.» Si Hume, plus hardi, va plus loin, c'est sur la même route; il ne conserve rien de la haute science; c'est la spéculation entière qu'il abolit; à son avis, nous ne connaissons ni substances, ni causes, ni lois; quand nous affirmons qu'un fait est attaché à un fait, c'est gratuitement, sans preuve valable, par la force de la coutume; «les événements semblent être par nature isolés et séparés[309];» si nous leur attribuons un lien, c'est notre imagination qui le fabrique; il n'y a de vrai que le doute; encore faut-il en douter; la conclusion est que nous ferons bien de purger notre esprit de toute théorie et de ne croire que pour agir. Examinons nos ailes, mais pour les couper, et bornons-nous à marcher avec nos jambes. Un pyrrhonisme aussi achevé n'est bon qu'à rejeter le public vers les croyances établies. En effet, l'honnête Reid s'alarme; il voit la société qui se dissout, Dieu qui disparaît en fumée, la famille qui s'évapore en hypothèses: il réclame en père de famille, en bon citoyen, en homme religieux, et institue le sens commun comme souverain juge de la vérité. Rarement, je crois, dans ce monde la spéculation est tombée plus bas. Reid n'entend même pas les systèmes qu'il discute; il lève les bras au ciel quand il essaye d'exposer Aristote et Leibnitz. Si quelque corps municipal commandait un système, ce serait cette philosophie de marguilliers. Au fond, les gens de ce pays ne se soucient pas de la métaphysique; pour les intéresser, il faut qu'elle se réduise à la psychologie. À ce titre, elle est une science d'observation, positive et utile comme la botanique; encore les meilleurs fruits qu'ils en retirent, c'est la théorie des sentiments moraux. C'est dans ce domaine que Shaftesbury, Hutcheson, Price, Smith, Ferguson et Hume lui-même travaillent de préférence; c'est là qu'ils ont trouvé leurs idées les plus originales et les plus durables. Sur ce point l'instinct public est si fort qu'il enrôle les plus indépendants à son service, et ne leur permet de découvertes que celles qui tournent à son profit. Sauf deux ou trois, littérateurs par excellence, et qui d'esprit sont français ou francisés, ils ne se préoccupent que de morale. C'est cette pensée qui rallie autour du christianisme toutes les forces que Voltaire tourne contre lui en France. Ils le défendent tous au même titre, comme lien de la société civile et comme appui de la vertu privée. Jadis l'instinct le soutenait; à présent l'opinion le consacre, et c'est la même force secrète qui, par un travail insensible, ajoute maintenant l'autorité de l'opinion à la pression de l'instinct. C'est le sens moral qui, après lui avoir gardé la fidélité des basses classes, lui a conquis l'assentiment des hautes intelligences. C'est le sens moral qui de la conscience publique le fait passer dans le monde littéraire, et de populaire le rend officiel.
[Note 289: The Wisdom of being religious.]
[Note 290: Those words consist of two propositions, which are not distinct in sense... so that they differ only as cause and effect, which by a metonymy used in all sorts of authors are frequently put one for other.]
[Note 291: Having thus explained the words, I come now to consider the proposition contained in them, which is this:
That religion in the best knowledge and wisdom. This I shall endeavour to make good these three ways.
1º By a direct proof of it.
2º By shewing on the contrary the folly and ignorance of irreligion and wickedness.
3º By vindicating religion from those common imputations which seem to charge it with ignorance or imprudence. I begin with the direct proof of it....]
[Note 292: _Firstly_: I shall consider the nature of this vice and wherein it consists.
_Secondly_: I shall consider the due extent of this prohibition.
_Thirdly_: I shall show the evil of this practice both in the causes and effects of it.
_Fourthly_: I shall add some farther considerations to dissuade men of it.
_Fifthly_: I shall give some rules and directions for the prevention and cure of it.
I proceed to:
_Third Place_: To consider the evil of this practice, both in the causes and consequences of it.
_Firstly_ We will consider the causes of it; and it commonly springs from one or more of these evil roots.
_First_: One of the deepest and most common causes of evil speaking is ill nature and cruelty of disposition.]
[Note 293: Truth and reality have all the advantages of appearance, and many more. If the show of anything be good for anything, I am sure sincerity is better: for why does any man dissemble, or seem to be that which he is not, but because he thinks it good to have such a quality as he pretends to? for to counterfeit and dissemble, is to put on the appearance of some real excellency. Now, the best way in the world for a man to seem to be anything, is really to be what he would seem to be. Besides that it is many times as troublesome to make good the pretence of a good quality, as to have it; and if a man have it not, it is ten to one but he is discovered to want it, and then all his pains and labour to seem to have it are lost. There is something unnatural in painting, which a skilful eye will easily discern from native beauty and complexion.
It is hard to personate and act a part long; for where truth is not at the bottom, nature will always be endeavouring to return, and will peep out and betray herself one time or other. Therefore, if any man think it convenient to seem good, let him be so indeed, and then his goodness will appear to every body's satisfaction; so that, upon all accounts, sincerity is true wisdom.]
[Note 294: 8e Sermon: _Giving thanks always for all things unto God_.
These words although (as the very syntax doth immediately discover) they bear a relation to, and have a fit coherence with those that precede, may yet (especially considering St. Paul's style and manner of expression in the preceptive and exhortative parts of his Epistles) without any violence or prejudice on either hand, be severed from the context, and considered distinctly by themselves.... First then concerning the duty itself, _to give thanks_, or rather _to be thankful_ for [Grec: Eucharistein] doth not only signifie _gratias agere_, _reddere_, _dicere_, _to give_, _render_, _or declare thanks_, but also _gratias habere_, _grate affectum esse_, _to be thankfully disposed_, to entertain a grateful affection, sense, or memory.... I say, concerning this duty itself (abstractedly considered) as it involves a respect to benefits or good things received, so, in its employment about them, it imports, requires, or supposes these following particulars.]
[Note 295: Il était mathématicien du premier ordre, et avait cédé sa chaire à Newton.]
[Note 296: Although no such benefit or advantage can accrue to God, which may increase his essential and indefectible happiness; no harm or damage can arrive, that may impair it (for he can be neither really more or less rich or glorious or joyfull than he is; neither have our desire or fear, our delight or our grief, our designs or our endeavours any object, any ground in those respects), yet hath he declared that there be certain interests and concernments, which, out of his abundant goodness and condescension, he doth tender and prosecute as his own; as if he did really receive advantage by the good, and prejudice by the bad success respectively belonging to them; that he earnestly desires, and is greatly delighted with some things, very much dislikes, and is grievously displeased with other things; for instance, that he bears a fatherly affection toward his creatures, and earnestly desires their welfare; and delights to see them enjoy the good he designed them; and also dislikes the contrary events; doth commiserate and condole their misery; that he is consequently well pleased, when piety and justice, peace and order (the chief means conducing to our welfare) do flourish; and displeased when impiety and injustice, dissensions and disorder (those certain sources of mischief to us) do prevail; that he is well satisfied with our rendering to him that obedience, honour and respect which are due to him; and highly offended with our injurious and disrespectful behaviour toward him, as commission of sin and violation of his most just and holy commandments: so that there wants not sufficient matter of our exercising good-will both in affection and action toward God: we are capable both of wishing and (in a manner, as he will interpret and accept it) of doing good to him by our concurrence with him in promoting those things which he approves and delights in, and in removing the contrary.]
[Note 297: The middle, we may observe, and the safest and the fairest and the most conspicuous places in cities are usually deputed for the erection of statues and monuments, dedicated to the memory of worthy men, who have nobly deserved of their countries. In like manner should we in the heart and centre of our soul, in the best and highest appartments thereof, in the places most exposed to ordinary observation, and most secure from the invasions of worldly care, erect lively representations and lasting memorials unto the Divine bounty.]