Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)

Part 2

Chapter 23,460 wordsPublic domain

His tawny beard was th'equal grace Both of his wisdom and his face; In cut and dye so like a tile, A sudden view it would beguile: The upper part whereof was whey, The nether orange, mix'd with grey. The hairy meteor did denounce The fall of sceptres and of crowns: With grisly type did represent Declining age of government, And tell, with hieroglyphic spade, Its own grave and the state's were made: Like Samson's heart-breakers, it grew In time to make a nation rue; Thought it contributed its own fall, To wait upon the public downfall....-- "Twas bound to suffer persecution, And martyrdom, with resolution; T'oppose itself against the hate And vengeance of th'incensed state, In whose defiance it was worn, Still ready to be pull'd and torn, With red-hot irons to be tortur'd, Revild, and spit upon, and martyr'd. Maugre all which, 'twas to stand fast, As long as monarchy should last; But when the state should hap to reel, 'Twas to submit to fatal steel, And fall, as it was consecrate, A sacrifice to fall of state, Whose thread of life the fatal sisters Did twist together with his whiskers, And twine so close, that Time should never, In life or death, their fortunes sever: But with his rusty sickle mow Both down together at a blow.]

[Note 12:

This sword a dagger had his page, That was but little for his age, And therefore waited on him so As Dwarfs upon Knights errants do... When it had stabb'd or broke a head, It would scrape trenchers or chip bread. ... 'T would make clean shoes, and in the earth Set leeks and onions, and so forth.]

[Note 13:

Quoth Hudibras, I smell a rat. Ralpho, thou dost prevaricate. For though the thesis which thou lay'st Be true adamussim as thou say'st. (For that Bear-baiting should appear Jure divino lawfuller Than Synods are, thou dost deny, Totidem verbis, so do I,) Yet there is a fallacy in this; For, if by thy Homoesis, Tussis pro crepitu, an art Under a Cough to slur a Fart, Thou wouldst sophistically imply, Both are unlawful, I deny.]

IV

Charles II à table faisait orgueilleusement remarquer à Grammont que ses officiers le servaient à genoux. Ils faisaient bien, c'était là leur vraie posture. Le grand chancelier Clarendon, un des hommes les plus honorés et les plus honnêtes de la cour, apprend à l'improviste, en plein conseil, que sa fille Anne est grosse des oeuvres du duc d'York, et que ce duc, frère du roi, lui a promis mariage. Voici les paroles de ce tendre père; il a pris soin lui-même de nous les transmettre. «Le chancelier[14] s'emporta avec une excessive colère contre la perversité de sa fille et dit avec toute la véhémence imaginable qu'aussitôt qu'il serait chez lui, il la mettrait à la porte comme une prostituée, lui déclarant qu'elle eût à se pourvoir comme elle pourrait, et qu'il ne la reverrait jamais.» Remarquez que ce grand homme avait reçu la nouvelle chez le roi par surprise, et qu'il trouvait du premier coup ces accents généreux et paternels. «Il ajouta qu'il aimerait beaucoup mieux que sa fille fût la catin du duc que de la voir sa femme.» N'est-ce pas héroïque? Mais laissons-le parler. Un coeur si noblement monarchique peut seul se surpasser lui-même. «Il était prêt à donner un avis positif, et il espérait que leurs seigneuries se joindraient à lui pour que le roi fît à l'instant envoyer _la femme_ à la Tour, où elle serait jetée dans un cachot, sous une garde si stricte que nulle personne vivante ne pût être admise auprès d'elle, qu'aussitôt après on présenterait un acte au Parlement pour lui faire couper la tête, que non-seulement il y donnerait son consentement, mais qu'il serait le premier à le proposer.» Quelle vertu romaine! Et de peur de n'être pas cru, il insiste: «Quiconque connaîtra le chancelier croira qu'il a dit cela de tout son coeur.» Il n'est pas encore content, il répète son avis, il s'adresse au roi avec toutes sortes de raisons concluantes pour obtenir qu'on tranche la tête à sa fille. «J'aimerais mieux me soumettre à son déshonneur et le supporter en toute humilité que le voir réparé par son mariage, pensée que j'exècre si fort que je serais bien plus content de la voir morte avec toute l'infamie qui est due à sa présomption!» Voilà comment, en cas difficile, un homme garde ses traitements et sa simarre. Sir Charles Berkeley, capitaine des gardes du duc d'York, fit mieux encore; il jura solennellement «qu'il avait couché» avec la jeune fille, et se dit prêt à l'épouser «pour l'amour du duc, quoique sachant le commerce du duc avec elle.» Puis un peu après il avoua qu'il avait menti, mais en tout bien, tout honneur, afin de sauver la famille royale de cette mésalliance. Ce beau dévouement fut payé; il eut bientôt une pension sur la cassette et fut créé comte de Falmouth. Dès l'abord, la bassesse des corps publics avait égalé celle des particuliers. La Chambre des communes, tout à l'heure reine, encore pleine de presbytériens, de rebelles et de vainqueurs, vota «que ni elle ni le peuple d'Angleterre ne pouvaient être exempts du crime horrible de rébellion et de sa juste peine, s'ils ne s'appliquaient formellement la grâce et le pardon accordés par Sa Majesté dans la déclaration de Breda.» Puis tous ces héros allèrent en corps se jeter avec contrition aux pieds sacrés de leur monarque. Dans cet affaissement universel, il semblait que personne n'avait plus de coeur. Le roi se fait le mercenaire de Louis XIV, et vend son pays pour une pension de 200000 livres. Des ministres, des membres du Parlement, des ambassadeurs reçoivent l'argent de la France. La contagion gagna jusqu'aux patriotes, jusqu'aux plus purs, jusqu'aux martyrs. Lord Russell intrigua avec la cour de Versailles; Algernon Sidney accepta 500 guinées. Ils n'ont plus assez de goût pour garder un peu d'esprit, ils n'ont plus assez d'esprit pour garder un peu d'honneur[15].

Si vous regardez l'homme ainsi découronné, vous y retrouverez d'abord les instincts sanguinaires de la brute primitive. Un membre de la Chambre des communes, sir John Coventry, avait laissé échapper une parole qu'on prit pour un blâme des galanteries royales. Le duc de Monmouth, son ami, le fit assaillir en trahison, sur l'ordre du roi, par d'honnêtes gens dévoués, qui lui fendirent le nez jusqu'à l'os. Un scélérat, Blood, avait tenté d'assassiner le duc d'Osmond et poignardé le gardien de la Tour pour voler les diamants de la couronne. Charles II, jugeant que cet homme était intéressant et distingué dans son genre, lui fit grâce, lui donna un domaine en Irlande, l'admit dans sa familiarité face à face avec le duc d'Osmond, si bien que Blood devint une sorte de héros et fut reçu dans le meilleur monde. Après de si beaux exemples, on pouvait tout oser. Le duc de Buckingham, amant de la comtesse de Shrewsbury, tue le comte en duel; la comtesse, déguisée en page, tenait le cheval de Buckingham, qu'elle embrassa tout sanglant; puis ce couple de meurtriers et d'adultères revint publiquement, et comme en triomphe, à la maison du mort. On ne s'étonne plus d'entendre le comte de Koenigsmark traiter «de peccadille» un assassinat qu'il avait commis avec guet-apens. Je traduis un duel d'après Pepys, pour faire comprendre ces moeurs de soudards et de coupe-jarrets. «Sir Henri Bellasses et Tom Porter, les deux plus grands amis du monde, parlaient ensemble, et sir Henri Bellasses parlait un peu plus haut que d'ordinaire, lui donnant quelque avis. Quelqu'un de la compagnie qui était là dit:--Comment! est-ce qu'ils se querellent qu'ils parlent si haut?--Sir Henri Bellasses, entendant cela, dit:--Non, et je veux que vous sachiez que je ne querelle jamais que je ne frappe. Prenez cela pour une de mes règles.--Comment, dit Tom Porter, frapper? Je voudrais bien voir l'homme d'Angleterre qui oserait me donner un coup.--Là-dessus sir Henri Bellasses lui donna un soufflet sur l'oreille, et ils allèrent pour se battre.... Tom Porter apprit que la voiture de sir Henri Bellasses arrivait; alors il sortit du café où il attendait les nouvelles, arrêta la voiture, et dit à sir Henri Bellasses de sortir.--Bien, dit sir Henri Bellasses, mais _vous ne m'attaquerez pas_ pendant que je descendrai, n'est-ce pas?--Non, dit Tom Porter. Il descendit, et tous deux dégainèrent. Ils furent blessés tous deux, et sir Henri Bellasses si fort, qu'il mourut dix jours après.» Ce n'étaient pas ces bouledogues qui pouvaient avoir pitié de leurs ennemis. La Restauration s'ouvrit par une boucherie. Les lords conduisirent le procès des républicains avec une impudence de cruauté et une franchise de rancune extraordinaires. Un shériff se colleta sur l'échafaud avec sir Henri Vane, fouillant dans ses poches, lui arrachant un papier qu'il essayait de lire. Pendant le procès du major général Harrison, le bourreau fut placé à côté de lui, en habit sinistre, une corde à la main; on voulait lui donner tout au long l'avant-goût de la mort. Il fut détaché vivant de la potence, éventré; il vit ses entrailles jetées dans le feu; puis il fut coupé en quartiers, et son coeur encore palpitant fut arraché et montré au peuple. Les cavaliers par plaisir venaient là. Tel renchérissait; le colonel Turner, voyant qu'on coupait en quartiers le légiste John Coke, dit aux gens du shériff d'amener plus près Hugh Peters, autre condamné; l'exécuteur approcha, et, frottant ses mains rouges, demanda au malheureux si la besogne était de son goût. Les corps pourris de Cromwell, d'Ireton, de Bradshaw furent déterrés le soir, et les têtes plantées sur des perches au haut de Westminster-Hall. Les dames allaient voir ces ignominies; le bon Evelyn y applaudissait; les courtisans en faisaient des chansons. Ils étaient tombés si bas, qu'ils n'avaient plus même le dégoût physique. Les yeux et l'odorat n'aidaient plus l'humanité de leurs répugnances; les sens étaient aussi amortis que le coeur.

[Note 14: Mémoires de Clarendon, t. II, p. 65.]

[Note 15: «Mr. Evelyn tells me of several of the menial servants of the Court lacking bread, that have not received a farthing wages since the king's coming in.» (1667. Pepys.)

Mr. Povy says that to this day the king do follow the women as much as he ever did.--That the Duke of York hath come out of his wife's bed and gone to others laid in bed for him; that the family (of the duke) is in horrible debt, by spending above 60000 liv. per annum, when he hath not 40000 liv.

It is certain that, as it now is, the seamen of England, in my conscience, would, if they could, go over and serve the King of France or Holland, rather than us. (24 juin 1667. _Ibid._)]

V

Au sortir de ce sang, ils couraient à la débauche. Il faut lire la vie du comte de Rochester[16], homme de cour et poëte, qui fut le héros du temps. Ce sont les moeurs d'un saltimbanque effréné et triste: hanter les tripots, suborner les femmes, écrire des chansons sales et des pamphlets orduriers, voilà ses plaisirs; des commérages parmi les filles d'honneur, des tracasseries avec les écrivains, des injures reçues, des coups de bâton donnés, voilà ses occupations. Pour faire le galant, avant d'épouser sa femme, il l'enlève. Pour étaler du scepticisme, il finit par refuser un duel et gagner le nom de lâche. Cinq ans durant, dit-on, il resta ivre. La fougue intérieure, manquant d'une issue noble, le roulait dans des aventures d'arlequin. Une fois, avec le duc de Buckingham, il loua sur la route de Newmarket une auberge, se fit aubergiste, régalant les maris et débauchant les femmes. Il s'introduit déguisé en vieille chez un bonhomme avare, lui prend sa femme, qu'il passe à Buckingham. Le mari se pend; ils trouvent l'affaire plaisante. Une autre fois il s'habille en porteur de chaise, puis en mendiant, et court les amourettes de la canaille. Il finit par se faire charlatan, astrologue, et vend dans les faubourgs des drogues pour faire avorter. C'est le dévergondage d'une imagination véhémente, qui se salit comme une autre se pare, qui se pousse en avant dans l'ordure et dans la folie comme une autre dans la raison et dans la beauté. Qu'est-ce que l'amour pouvait devenir dans des mains pareilles? On ne peut pas copier même les titres de ses poëmes: il n'a écrit que pour les mauvais lieux. Stendhal disait que l'amour ressemble à une branche sèche jetée au fond d'une mine; les cristaux la couvrent, se ramifient en dentelures, et finissent par transformer le bois vulgaire en une aigrette étincelante de diamants purs. Rochester commence par lui arracher toute sa parure; pour être plus sûr de le saisir, il le réduit à un bâton. Tous les fins sentiments, tous les rêves, cet enchantement, cette sereine et sublime lumière qui transfigure en un instant notre misérable monde, cette illusion qui, rassemblant toutes les forces de notre être, nous montre la perfection dans une créature bornée, et le bonheur éternel dans une émotion qui va finir, tout disparaît; il ne reste chez lui qu'un appétit rassasié et des sens éteints; le pis, c'est qu'il écrit sans verve et correctement; l'ardeur animale, la sensualité pittoresque lui manquent; on retrouve dans ses satires un élève de Boileau. Rien de plus choquant que l'obscénité froide. On supporte les priapées de Jules Romain et la volupté vénitienne, parce que le génie y relève l'instinct physique, et que, la beauté de ses draperies éclatantes, transforme l'orgie en une oeuvre d'art. On pardonne à Rabelais quand on a senti la séve profonde de joie et de jeunesse virile qui regorge dans ses ripailles: on en est quitte pour se boucher le nez, et l'on suit avec admiration, même avec sympathie, le torrent d'idées et de fantaisies qui roule à travers sa fange. Mais voir un homme qui tâche d'être élégant en restant sale, qui veut peindre en langage d'homme du monde des sentiments de crocheteur, qui s'applique à trouver pour chaque ordure une métaphore convenable, qui polissonne avec étude et de parti pris, qui, n'ayant pour excuse ni le naturel, ni l'élan, ni la science, ni le génie, dégrade le bon style jusqu'à cet office, c'est voir un goujat qui s'occupe à tremper une parure dans un ruisseau. Après tout viennent le dégoût et la maladie. Tandis que la Fontaine reste jusqu'au dernier jour capable de tendresse et de bonheur, celui-ci à trente ans injurie la femme avec une âcreté lugubre. «Quand elle est jeune, elle se prostitue pour son plaisir; quand elle est vieille, elle prostitue les autres pour son entretien. Elle est un piége, une machine à meurtre, une machine à débauche. Ingrate, perfide, envieuse, son naturel est si extravagant, qu'il tourne à la haine ou à la bonté absurde. Si elle veut être grave, elle a l'air d'un démon; on dirait d'une écervelée ou d'une coureuse quand elle tâche d'être polie: disputeuse, perverse, indigne de confiance, et avide pour tout dépenser en luxure[17].» Quelle confession qu'un tel jugement, et quel abrégé de vie! On voit à la fin le viveur hébété, desséché comme un squelette, rongé d'ulcères. Parmi les refrains, les satires crues, les souvenirs de projets avortés et de jouissances salies qui s'entassent comme dans un égout dans sa tête lassée, la crainte de la damnation fermente; il meurt dévot à trente-trois ans.

Tout en haut, le roi donne l'exemple. «Ce vieux bouc,» comme l'appellent les courtisans, se croit gai et élégant; quelle gaieté et quelle élégance! L'air français ne va pas aux gens d'outre-Manche. Catholiques, ils tombent dans la superstition étroite; épicuriens, dans la grosse débauche; courtisans, dans la servilité basse; sceptiques, dans l'athéisme débraillé. Cette cour ne sait imiter que nos ameublements et nos costumes. L'extérieur de régularité et de décence que le bon goût public maintient à Versailles est rejeté d'ici comme incommode. Charles et son frère, en robe d'apparat, se mettent à courir comme au carnaval. Le jour où la flotte hollandaise brûla les navires anglais dans la Tamise, il soupait chez la duchesse de Monmouth et s'amusa à poursuivre un phalène. Au conseil, pendant qu'on exposait les affaires, il jouait avec son chien. Rochester et Buckingham l'injuriaient de reparties insolentes ou d'épigrammes dévergondées, il s'emportait et les laissait faire. Il se prenait de gros mots avec sa maîtresse publiquement; elle l'appelait imbécile, et il l'appelait rosse. Il revenait de chez elle le matin, «si bien que les sentinelles elles-mêmes en parlaient[18].» Il se laissait tromper par elle aux yeux de tous; une fois elle prit deux acteurs, dont un saltimbanque. Au besoin, elle lui chantait pouille. «Le roi a déclaré qu'il n'était pas le père de l'enfant dont elle est grosse en ce moment; mais elle lui a dit: «Le diable m'emporte! vous le reconnaîtrez.» Là-dessus, il reconnaissait l'enfant, et prenait pour se consoler deux actrices. Quand arriva sa nouvelle épouse, Catherine de Bragance, il la séquestra, chassa ses domestiques, la brutalisa pour lui imposer la familiarité de sa drôlesse, et finit par la dégrader jusqu'à cette amitié. Le bon Pepys, en dépit de son coeur monarchique, finit par dire: «Ayant entendu le duc et le roi parler, et voyant et observant leurs façons de s'entretenir, Dieu me pardonne, quoique je les admire avec toute l'obéissance possible, pourtant plus on les considère et on les observe, moins on trouve de différence entre eux et les autres hommes, quoique, grâce en soit rendue à Dieu, ils soient tous les deux des princes d'une grande noblesse et d'un beau naturel!» Il avait vu, un jour de fête, Charles II conduire miss Stewart dans une embrasure de croisée[19], «et la dévorer de baisers une demi-heure durant, à la vue de tous.» Un autre jour, «le capitaine Ferrers lui dit qu'un mois auparavant dans un bal de la cour, une dame en dansant laissa tomber un enfant.» On l'emporta dans un mouchoir; «le roi l'eut dans son cabinet environ une semaine, et le disséqua, faisant à son endroit de grandes plaisanteries.» Ces gaietés de carabin par-dessus ces aventures de mauvais lieu donnent la nausée. Les courtisans suivaient l'élan. Miss Jennings, qui devint duchesse de Tyrconnel, se déguisa un jour en vendeuse d'oranges, et cria sa marchandise dans les rues. Pepys raconte des fêtes où les seigneurs et les dames se barbouillaient l'un à l'autre le visage avec de la graisse de chandelle et de la suie, «tellement que la plupart d'entre eux ressemblaient à des diables.» La mode était de jurer, de raconter des scandales, de s'enivrer, de déblatérer contre les prêtres et l'Écriture, de jouer. Lady Castlemaine en une nuit perdit 25000 livres sterling. Le duc de Saint-Albans, aveugle, à quatre-vingts ans, allait au tripot, avec un domestique à côté de lui qui lui nommait chaque carte. Sedley et Buckhurst se déshabillaient pour courir les rues après minuit. Un autre, en plein jour, se mettait nu à la fenêtre pour haranguer la multitude. Je laisse dans Grammont les accouchements des filles d'honneur et les goûts contre la nature: il faut les montrer ou les cacher, et je n'ai pas le courage de les insinuer joliment à sa manière. Je finis par un récit de Pepys qui donnera la mesure. «Harry Killigrew m'a fait comprendre ce que c'est que cette société dont on a tant parlé récemment, et qui est désignée sous le nom de _balleurs_ (_ballers_). Elle s'est formée de quelques jeunes fous, au nombre desquels il figurait, et de lady Bennett (comtesse d'Arlington), avec ses dames de compagnie et ses femmes. On s'y livrait à tous les débordements imaginables; on y dansait à l'état de pure nature.» L'inconcevable, c'est que cette kermesse n'est point gaie: ils sont misanthropes et deviennent moroses; ils citent le lugubre Hobbes et l'ont pour maître. En effet, c'est la philosophie de Hobbes qui va donner de ce monde le dernier mot et le dernier trait.

[Note 16: Voir une _Étude_ détaillée sur Rochester, par M. Forgues. (_Revue des Deux-Mondes_, août et septembre 1857.)]

[Note 17: When she is young, she whores herself for sport:

And when she's old, she bawds for her support.... She is a snare, a shamble, a stews. Her meat and sawce she does for lechery chuse, And does in laziness delight the more, Because by that she is provoked to whore. Ungrateful, treacherous, enviously enclined, Wild beasts are tamed, floods easier far confined, Than is her stubborn and rebellious mind.... Her temper so extravagant we find, She hates or is impertinently kind. Would she be grave, she then looks like a devil, And like a fool or whore, when she be civil.... Contentious, wicked, and not fit to trust, And covetous to spend it on her lust.]

[Note 18: Pepys.]

[Note 19: «Je ne sais où ce fou de Crofts avait pris que les Moscovites avaient tous de belles femmes, et que leurs femmes avaient toutes la jambe belle. Le roi soutint qu'il n'y en avait point de si belle que celle de Mlle Stewart. Elle, pour soutenir la gageure, se mit à la montrer jusqu'au-dessus du genou.» (Grammont.)]

VI