Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5)
Part 17
[Note 227: More libels have been written against me than almost any man now living. I have seldom answered any scurrilous lampoon, and, being naturally vindictive, have suffered in silence, and possessed my soul in quiet.]
[Note 228: I shall say the less of Mr Collier, because in many things he has taxed me justly; and I have pleaded guilty to all thoughts or expressions of mine, which can be truly argued of obscenity, profaneness, or immorality; and retract them.--If he be my enemy, let him triumph. If he be my friend, and I have given him no personal occasion to be otherwise, he will be glad of my repentance.»--Il y a de l'esprit dans ce qui suit: «He is too much given to horseplay in his raillery, and comes to battle, like a Dictator from the plough; I will not say: the zeal of God's house has eaten him up; but I am sure it has devoured some part of his good manners and civility. (Préface des _Fables_.)]
[Note 229: Thoughts, such as they are, come crowding in so fast upon me, that my only difficulty is to chuse or to reject; to run them into verses or to give them the other harmony of prose. I have so long studied and practised both, that they are grown into habit and become familiar to me.]
VII
«Un homme, dit La Bruyère, né Français et chrétien, se trouve contraint dans la satire; les grands sujets lui sont défendus; il les entame quelquefois et se détourne ensuite sur de petites choses qu'il relève par la beauté de son génie et de son style.» Il n'en était point ainsi en Angleterre. Les grands sujets étaient livrés aux discussions violentes; la politique et la religion, comme deux arènes, appelaient à l'audace et à la bataille tous les talents et toutes les passions. Le roi, d'abord populaire, avait relevé l'opposition par ses vices et par ses fautes, et pliait sous le mécontentement du public comme sous l'intrigue des partis. On savait qu'il avait vendu les intérêts de l'Angleterre à la France; on croyait qu'il voulait livrer aux papistes les consciences des protestants. Les mensonges d'Oates, l'assassinat du magistrat Godfrey, son cadavre promené solennellement dans les rues de Londres, avaient enflammé l'imagination et les préjugés du peuple; les juges intimidés ou aveugles envoyaient à l'échafaud les catholiques innocents, et la foule accueillait par des insultes et des malédictions leurs protestations d'innocence. On avait exclu le frère du roi de ses emplois, on voulait l'exclure de ses droits au trône. Les chaires, les théâtres, la presse, les _hustings_ retentissaient de discussions et d'injures. Les noms de whigs et de tories venaient de naître, et les plus hauts débats de philosophie politique s'agitaient, nourris par le sentiment d'intérêts présents et pratiques, aigris par la rancune de passions anciennes et blessées. Dryden s'y lança, et son poëme d'_Absalon et Achitophel_ fut un pamphlet. «Je manie mieux le style âpre que le style doux[230],» disait-il dans sa préface; et en effet, dans une telle guerre il fallait des armes. C'est à peine si une allégorie biblique conforme au goût du temps dissimule les noms sans cacher les hommes. Il expose la tranquille vieillesse et le droit incontesté du roi David[231], la grâce, l'humeur pliante, la popularité de son fils naturel Absalon[232], le génie et la perfidie d'Achitophel[233], qui soulève le fils contre le père, rassemble les ambitions froissées et ranime les factions vaincues. D'esprit, il n'y en a guère ici: on n'a pas le loisir d'être spirituel en de pareilles batailles; songez à ce peuple soulevé qui écoute, à ces hommes emprisonnés, exilés, qui attendent: ce sont la fortune, la liberté, la vie ici qui sont en jeu. Il s'agit de frapper juste et fort, il ne s'agit point de frapper avec grâce. Il faut que le public reconnaisse les personnages, qu'il crie leurs noms sous leurs portraits, qu'il applaudisse à l'insulte dont on les charge, qu'il les bafoue, qu'il les précipite du haut rang où ils veulent monter. Dryden les passe tous en revue.
.... Zimri[234],--homme si divers qu'il semblait ne point être--un seul homme, mais l'abrégé de tout le genre humain.--Roide dans ses opinions, et toujours du mauvais côté,--étant toute chose par écarts, et jamais rien longtemps;--vous le trouviez, dans le cours d'une lune révolue,--chimiste, ménétrier, homme d'État et bouffon,--puis tout aux femmes, à la peinture, aux vers, à la bouteille,--outre dix mille boutades qui mouraient en lui en naissant.--Heureux fou, qui pouvait employer toutes ses heures--à désirer ou à goûter quelque chose de nouveau!--L'injure et l'enthousiasme étaient son style ordinaire;--l'un et l'autre (signe de bon jugement!) toujours dans l'excès,--si extrêmement violent ou si extrêmement poli,--que chaque homme pour lui était un dieu ou un diable.--Dissiper la richesse était son talent propre.--Nulle chose pour lui ne restait sans récompense, hors le mérite.--Pillé par des parasites qu'il démasquait toujours trop tard,--il avait son bon mot, ils avaient son domaine.--Ses bouffonneries l'avaient chassé de la cour; il se consola--à former des partis sans pouvoir être chef.
Ainsi, pervers de volonté, impuissant d'action,--il suivait les factions, qui ne le suivaient pas[235].
Shimei[236], de qui la jeunesse avait été fertile en promesses et de zèle pour son Dieu et de haine pour son roi,--qui sagement s'abstenait des péchés coûteux--et ne rompait jamais le sabbat, excepté pour un profit,--qu'on ne vit jamais lâcher une malédiction--ou un juron, si ce n'est contre le gouvernement[237]....
Contre ces malédictions, leur chef, Shaftesbury, se roidissait; accusé de haute trahison, il était absous par le grand jury, malgré tous les efforts de la cour, aux applaudissements d'une foule immense, et ses partisans faisaient frapper une médaille à son image, montrant audacieusement sur le revers le soleil royal obscurci par un nuage. Dryden répliqua par son poëme de _la Médaille_, et la diatribe effrénée rabattit la provocation ouverte:
Oh! si le poinçon qui a copié toutes ses grâces,--et labouré de tels sillons pour cette face d'eunuque,--avait pu tracer sa volonté toujours changeante!--Ce travail infini eût lassé l'art du graveur:--beau héros de bataille d'abord, et, comme un pygmée que le vent emporte,--lancé dans la guerre par une inquiétude prématurée;--général sans barbe, rebelle avant d'être homme,--tant sa haine contre son prince commença jeune!--Puis, vermine frétillante dans l'oreille de l'usurpateur,--trafiquant de son esprit vénal contre des tas d'or,--il se jeta dans le moule des saints cafards,--gémit, soupira, pria, tant que la cafardise fut un lucre,--la plus bruyante cornemuse du glapissant cortége[238]!
La même amertume envenimait la controverse religieuse. Les disputes de dogme, un instant rejetées dans l'ombre par les moeurs débauchées et sceptiques, avaient éclaté de nouveau, enflammées par le catholicisme bigot du prince et par les craintes justifiées de la nation. Le poëte, qui, dans la _Religion d'un laïque_, était encore anglican tiède et demi-douteur, entraîné peu à peu par ses inclinations absolutistes, s'était converti à la religion catholique, et, dans son poëme de _la Biche et la Panthère_, il combattit pour sa nouvelle foi. «La nation, dit-il en commençant, est dans une trop grande fermentation pour que je puisse attendre guerre loyale ou même simplement quartier des lecteurs du parti contraire[239].» Et là-dessus, empruntant les allégories du moyen âge, il représente toutes les sectes hérétiques comme des bêtes de proie acharnées contre une biche blanche, d'origine céleste; il n'épargne ni les comparaisons brutales, ni les sarcasmes grossiers, ni les injures ouvertes. La discussion est toute serrée et théologique. Ses auditeurs ne sont pas de beaux esprits occupés à voir comment on peut orner une matière sèche, théologiens par occasion et pour un moment, avec défiance et réserve, comme Boileau dans son _amour de Dieu_. Ce sont des opprimés, à peine soulagés depuis un instant d'une persécution séculaire, attachés à leur foi par leurs souffrances, respirant à demi parmi les menaces visibles et les haines grondantes de leurs ennemis contenus. Il faut que leur poëte soit dialecticien comme un docteur d'école; il a besoin de toute la rigueur de la logique; il s'y accroche en nouveau converti, tout imbu des preuves qui l'ont arraché à la foi nationale et qui le soutiennent contre la défaveur publique, fécond en distinctions, marquant du doigt le défaut des arguments, divisant les réponses, ramenant l'adversaire à la question, épineux et déplaisant pour un lecteur moderne, mais d'autant plus loué et aimé de son temps. Il y a dans tous ces esprits anglais un fonds de sérieux et de véhémence; la haine s'y soulève, toute tragique, avec un éclat sombre comme la houle d'une mer du Nord. Au milieu de ses combats publics, Dryden s'abattit sur un ennemi privé, Shadwell, et l'accabla d'un immortel mépris[240]. Le grand style épique et la rime solennelle vinrent assener le sarcasme, et le malheureux rimeur, par un triomphe dérisoire, fut traîné sur le char poétique où la Muse assied les héros et les dieux. Dryden peignit l'Irlandais Fleknoë, antique roi de la sottise, délibérant pour trouver un successeur digne de lui, et choisissant Shadwell, héritier de son bavardage, propagateur de la niaiserie, glorieux vainqueur du sens commun. De toutes parts, à travers les rues jonchées de paperasses, les nations s'assemblent pour contempler le jeune héros, debout auprès du trône paternel, le front ceint de brouillards mornes, laissant errer sur son visage le fade sourire de l'imbécillité contente[241]. Son père le bénit: «Règne, mon fils, depuis l'Irlande jusqu'aux Barbades lointaines[242]. Avance tous les jours plus loin dans la sottise et l'impudence; d'autres t'enseigneront le succès; apprends de moi le travail infécond, les accouchements avortés[243]. Ta muse tragique fait sourire, ta muse comique fait dormir. De quelque fiel que tu charges ta plume, tes satires inoffensives ne peuvent jamais mordre. Quitte le théâtre, et choisis pour régner quelque paisible province dans le pays des acrostiches[244].» Ainsi se déploie l'insultante mascarade, non point étudiée et polie comme _le Lutrin_ de Boileau, mais pompeuse et crue, poussée en avant par un souffle brutal et poétique, comme on voit un grand navire entrer dans les bourbes de la Tamise, toutes voiles ouvertes et froissant l'eau.
[Note 230: They who can criticise so weakly as to imagine that I have done my worst may be convinced at their own cost, that I can write severely with more ease, than I can gently.]
[Note 231: Charles Ier.]
[Note 232: Le duc de Monmouth.]
[Note 233: Le comte de Shaftesbury.
Of these false Achitophel was first; A name to all succeeding ages curst: For close designs and crooked counsels fit; Sagacious, bold, and turbulent of wit; Restless, unfix'd in principles and place; In power unpleas'd, impatient of disgrace: A fiery soul, which, working out its way, Fretted the pigmy body to decay, And o'er-inform'd the tenement of clay. A daring pilot in extremity; Pleas'd with the danger when the waves went high, He sought the storms; but, for a calm unfit, Would steer too nigh the sands to boast his wit. Great wits are sure to madness near allied, And thin partitions do their bounds divide; Else why should he, with wealth and honour blest, Refuse his age the needful hours of rest? Punish a body which he could not please, Bankrupt of life, yet prodigal of ease? And all to leave what with his toil he won, To that unfeather'd two-legg'd thing, a son; Got, while his soul did huddled notions try, And born a shapeless lump, like anarchy. In friendship false, implacable in hate; Resolv'd to ruin or to rule the state.]
[Note 234: Le duc de Buckingham.]
[Note 235:
In the first rank of these did Zimri stand; A man so various that he seem'd to be Not one, but all mankind's epitome: Stiff in opinions, always in the wrong, Was ev'ry thing by starts, and nothing long But, in the course of one revolving moon, Was chemist, fiddler, statesman, and buffoon; Then all for women, painting, rhyming, drinking, Besides ten thousand freaks that died in thinking. Blest madman! who could ev'ry hour employ With something new to wish, or to enjoy. Railing and praising were his usual themes; And both, to show his judgment, in extremes; So over-violent, or over-civil, That ev'ry man with him was God or devil. In squandering wealth was his peculiar art; Nothing went unrewarded but desert: Beggar'd by fools, whom still he found too late, He had his jest, and they had his estate; He laugh'd himself from court, then sought relief By forming parties, but could ne'er be chief; For, spite of him, the weight of business fell On Absalom and wise Achitophel: Thus, wicked but in will, of means bereft, He left not faction, but of that was left.]
[Note 236: Slingsby Bethel.]
[Note 237:
Shimei, whose youth did early promise bring Of zeal to God and hatred to his king; Did wisely from expensive sins refrain, And never broke the Sabbath but for gain; Nor was he ever known an oath to vent, Or curse unless against the Government.]
[Note 238:
Oh, could the stile that copy'd every grace, And plough'd such furrows for an eunuch face, Could it have form'd his ever-changing will, The various piece had tir'd the graver's skill! A martial hero first, with early care, Blown, like a pigmy, by the winds to war. A beardless chief, a rebel, e'er a man: So young his hatred to his prince began. Next this, how widely will ambition steer! A vermin wriggling in the usurper's ear. Bartering his venal wit for sums of gold, He cast himself into the saint-like mould, Groan'd, sigh'd, and pray'd, while godliness was gain, The loudest bag-pipe of the squeaking train. (_The Medal._)]
[Note 239: The nation is in too high a ferment for me to expect either fair war, or even so much as fair quarter, from a reader of the opposite party.]
[Note 240: _Mac-Fleknoë._]
[Note 241:
The hoary prince in majesty appear'd, High on a throne of his own labours rear'd. At his right hand our young Ascanius sat, Rome's other hope, and pillar of the state; His brows thick fogs, instead of glories, grace, And lambent dulness play'd around his face. As Hannibal did to the altars come, Sworn by his sire a mortal foe to Rome, So Shadwell swore, nor should his vow be vain, That he, till death, true dulness would maintain; And, in his father's right, and realm's defence, Ne'er to have peace with Wit, nor truce with sense. The king himself the sacred unction made, As king by office, and as priest by trade. In his sinister hand, instead of ball, He placed a mighty mug of potent ale.]
[Note 242: Îles où l'on transportait les condamnés.]
[Note 243:
«Heav'n bless my son, from Ireland let him reign, To far Barbadoes on the western main; Of his dominion may no end be known, And greater than his father's be his throne; Beyond Love's Kingdom let him stretch his pen!» He paus'd; and all the people cried, Amen. Then thus continued he: «My son, advance Still in new impudence, new ignorance. Success let others teach; learn thou, from me Pangs without birth, and fruitless industry. Let Virtuosos in five years be writ; Yet not one thought accuse thy toil of wit. Let 'em be all by thy own model made Of dulness, and desire no foreign aid; That they to future ages may be known, Not copies drawn, but issue of thy own. Nay, let thy men of wit, too, be the same, All full of thee, and diff'ring but in name.»]
[Note 244:
«Like mine, thy gentle numbers feebly creep; Thy tragic muse gives smiles; thy comic, sleep. With whate'er gall thou sett'st thyself to write, Thy inoffensive satires never bite. In thy felonious heart though venom lies, It does but touch thy Irish pen, and dies. Thy genius calls thee not to purchase fame In keen Iambics, but mild Anagram. Leave writing plays, and choose for thy command Some peaceful province in Acrostic land. There thou may'st wings display, and altars raise, And torture one poor word ten thousand ways. Or, if thou wouldst thy diff'rent talents suit, Set thy own songs, and sing them to thy lute.» He said: but his last words were scarcely heard, For Bruce and Longvil had a trap prepared; And down they sent the yet declaiming bard. Sinking, he let his drugget robe behind, Borne upwards by a subterranean wind. The mantle fell to the young prophet's part With double portion of his father's art.]
VIII
C'est dans ces trois poëmes que le grand art d'écrire, signe et source de la littérature classique, apparut pour la première fois. Un nouvel esprit naissait et renouvelait l'art avec le reste; désormais et pour un siècle, les idées s'engendrent et s'ordonnent par une loi différente de celle qui jusqu'alors les a formées. Sous Spencer et Shakspeare, les mots vivants comme des cris ou comme une musique faisaient voir l'inspiration intérieure qui les lançait. Une sorte de vision possédait l'artiste; les paysages et les événements se déroulaient dans son esprit comme dans la nature; il concentrait dans un éclair tous les détails et toutes les forces qui composent un être, et cette image agissait et se développait en lui comme l'objet hors de lui; il imitait ses personnages, il entendait leurs paroles; il trouvait plus aisé de les répéter toutes palpitantes que de raconter ou d'expliquer leurs sentiments; il ne jugeait pas, il voyait; il était involontairement acteur et mime; le drame était son oeuvre naturelle, parce que les personnages y parlent et que l'auteur n'y parle pas. Voici que cette conception complexe et imitative se décolore et se décompose; l'homme n'aperçoit plus les choses d'un jet, mais par détails; il tourne autour d'elles pas à pas, portant sa lampe tour à tour sur toutes leurs parties. La flamme qui d'une seule illumination les révélait s'est éteinte; il remarque des qualités, il note des points de vue, il classe des groupes d'actions, il juge et il raisonne. Les mots, tout à l'heure animés et comme gonflés de séve, se flétrissent et se sèchent; ils deviennent abstraits; ils cessent de susciter en lui des figures et des paysages; ils ne remuent que des restes de passions affaiblies; ils jettent à peine quelques lueurs défaillantes sur la toile uniforme de sa conception ternie; ils deviennent exacts, presque scientifiques, voisins des chiffres, et, comme les chiffres, ils se disposent en séries, alliés par leurs analogies, les premiers plus simples conduisant aux seconds plus composés, tous du même ordre, en telle sorte que l'esprit qui entre dans une voie la trouve unie et ne soit jamais contraint de la quitter. Dès lors une nouvelle carrière s'ouvre: l'homme a le monde entier à repenser; le changement de sa pensée a changé tous les points de vue, et tous les objets vont prendre une nouvelle forme dans son esprit transformé. Il s'agit d'expliquer et de prouver; c'est là tout le style classique, c'est tout le style de Dryden.
Il développe, il précise, il conclut; il annonce sa pensée, puis la résume, pour que le lecteur la reçoive préparée, et, l'ayant reçue, la retienne. Il la fixe en termes exacts justifiés par le dictionnaire, en constructions simples justifiées par la grammaire, pour que le lecteur ait à chaque pas une méthode de vérification et une source de clarté. Il oppose les idées aux idées, et les phrases aux phrases, pour que le lecteur, guidé par le contraste, ne puisse dévier de la route tracée. Vous devinez quelle peut être la beauté dans une pareille oeuvre. Cette poésie n'est qu'une prose plus forte. Les idées plus serrées, les oppositions plus marquées, les images plus hardies, ne font qu'ajouter de l'autorité au raisonnement. La mesure et la rime transforment les jugements en sentences. L'esprit, tendu par le rhythme, s'étudie davantage, et arrive à la noblesse par la réflexion. Les jugements s'enchâssent en des images abréviatives ou en des lignes symétriques qui leur donnent la solidité et la popularité d'un dogme. Les vérités générales atteignent la forme définitive qui les transmet à l'avenir et les propage dans le genre humain. Tel est le mérite de ces poëmes: ils plaisent par leurs bonnes expressions[245]. Sur un tissu plein et solide se détachent des fils habilement noués ou éclatants. Ici Dryden a rassemblé en un vers un long raisonnement; là une métaphore heureuse a ouvert sous l'idée principale une perspective nouvelle[246]; plus loin deux mots semblables collés l'un contre l'autre ont frappé l'esprit d'une preuve imprévue et victorieuse; ailleurs une comparaison cachée a jeté une teinte de gloire ou de honte sur le personnage qui ne s'y attendait pas[247]. Ce sont toutes les adresses et les réussites du style calculé, qui rend l'esprit attentif et le laisse persuadé ou convaincu.
[Note 245:
Strong were our sires, and as they fought they writ, Conqu'ring with force of arms and dint of wit. Theirs was the giant race, before the flood. And thus, when Charles return'd, our empire stood. Like James, he the stubborn soil manur'd, With rules of husbandry the rankness cur'd, Tam'd us to manners, when the stage was rude And boisterous English wit with art indu'd.... But what we gain'd in skill we lost in strength, Our builders were with want of genius curs'd, The second temple was not like the first.]
[Note 246:
Held up the buckler of the people's cause, Against the crown and skulk'd against the laws.... Desire of power, on Earth a vicious weed Yet sprung from high is of celestial seed! (_Absalon et Achitophel._)]
[Note 247:
Why then should I, encouraging the bad, Turn rebel, and run popularly mad?]
IX