Histoire de Corse

Part 23

Chapter 231,486 wordsPublic domain

Faut-il voir en eux des gens rebelles au progrès, au travail manuel? Il ne le semble vraiment pas. Les Lucquois n’ont été appelés que pour les grands travaux de terrassement; le petit propriétaire sait cultiver et se livrer à l’industrie, mais il lui manque les capitaux et l’appui de la France lui a manqué. D’autre part, la France n’a pas su imposer le respect de sa justice et de ses lois par où aurait disparu la vendetta--et d’ailleurs, les bandits ne sont pas des brigands,--ni réaliser encore les grands travaux publics nécessaires. Mais la Corse, prenant mieux conscience d’elle-même, entraînée plus que jamais, après un siècle et demi de tutelle, dans l’orbite de la grande nation protectrice, marche avec plus de confiance vers le progrès économique, garantie certaine du progrès intellectuel et du perfectionnement social.

Le progrès économique sera ce que le feront les efforts des insulaires vers le travail et conséquemment vers la richesse. Déjà les anciens genres de vie se dissocient ou se transforment: les terres basses et les pentes inférieures se spécialisent dans les cultures méditerranéennes, la moyenne montagne dans un élevage plus intensif ainsi que dans l’exploitation des bois. Evolution décisive, par où l’homme s’adapte mieux aux ressources du pays. On voit disparaître progressivement le type transhumant, trop archaïque, cependant que la conquête de «la plage» à la vie sédentaire se précise à l’Ouest et se dessine à l’Est.--Le progrès intellectuel doit suivre également. Il suivra. Car la Corse barbare, fécondée jadis par le génie italien, avec lequel elle fut d’abord en contact, s’ouvre chaque jour davantage à la chaleur du génie français. Ce que n’a pu donner la Corse obscure et mutilée des époques lointaines, où la lutte fut tragique pour la liberté et même pour l’existence, la Corse d’aujourd’hui, régénérée, adoucie, fécondée par l’esprit moderne, le donnera. Des artistes sont nés, des poètes ont chanté les malheurs de la nation et les mœurs de la montagne. Quelques-uns se plaignent de la décadence du dialecte. Adieu les _voceri_ farouches que chantaient devant les cercueils les improvisatrices de village, adieu les cantilènes naïves que composaient les pâtres en gardant les troupeaux! Derrière la vieille façade romantique, le pays se transforme avec rapidité. Mais la Corse conservera toujours dans l’unité française, l’originalité profonde qu’elle doit à son sol âpre et rude, à son climat riant, à son passé glorieux et tourmenté.

«Dans une remarquable gravure, le maître Novellini a vigoureusement synthétisé l’âme de cette race qui fut toujours, au milieu de la mer sacrée, sur le chemin des migrations humaines. Ce lion puissant de Roccapina, sur lequel s’appuie fièrement la déesse, n’est-ce pas le Sphinx de l’île, témoin de plus de millénaires que celui d’Égypte? Que de hordes conquérantes il a vues fondre sur ces plages: peuples dont le nom demeurera toujours ignoré, mercenaires carthaginois et légions romaines, Lombards et Arabes, Barbares pilleurs, Pisans, Génois, Aragonais; il a vu les villages et les moissons en feu, le rapt des femmes et des hommes pour les lointains esclavages, les tueries sauvages, et la fuite éperdue des ancêtres vers les cimes inexpugnables...»[O] Mais les «siècles de fer» sont terminés et de la Corse ancienne se dégage laborieusement une Corse nouvelle. Les fiers descendants de Sambocuccio, de Sampiero et de Paoli, les fils de ceux qui tombèrent à Ponte-Novo pour la liberté--durement acquise--et pour la patrie expirante, ont l’âme trop haute pour se résigner à une vie mesquine, à un rôle effacé... Et la Corse, que son isolement insulaire met à l’écart des trépidations d’un monde américanisé, s’ouvre au progrès qui féconde la glèbe et enracine un peuple.

TABLE DES ILLUSTRATIONS

Planche I.--La tour dite de Sénèque.--Tour de Griscione.

Pl. II.--Église de la Canonica, près Luciana.--Bonifacio: la Citadelle.--_Ibid._: Une rue du vieux Quartier.

Pl. III.--Saint-Florent: la Citadelle.--_Ibid._: Cathédrale de Nebbio.--Corbara: le Couvent.

Pl. IV.--La Corse, figure allégorique du Vatican.--Carte de la Corse au XVI ᵉ siècle.

Pl. V.--Sartène: vieilles maisons.--La Porta: le Clocher et l’Église.--Cargèse.

Pl. VI.--Sampiero montrant ses blessures.--Sampiero et Vannina.--Sampiero excitant les Corses à l’insurrection.

Pl. VII.--Théodore Iᵉʳ, roi de Corse, d’après une attribution du XVIII ᵉ siècle.--Monnaies de Théodore Iᵉʳ.--_Le Satyre corse_, caricature allemande.

Pl. VIII.--Corte: maison Gaffori.--_Ibid._: statue de Paoli.--Calvi: la Citadelle.

Pl. IX.--Corte: la Citadelle.--Tour de Casella.--Bastelica: maison de Sampiero.

Pl. X.--Acte de baptême de Bonaparte.--Ajaccio: maison de Bonaparte.--Bastia: statue de Napoléon.

Pl. XI.--Château de la Punta.--Ajaccio: vue générale.

Pl. XII.--Bastia: la Citadelle.--_Ibid._: dans le vieux port.

Pl. XIII.--La patrie de _Colomba_: Fozzano.--Ghisoni.

Pl. XIV.--Vallée du Vecchio.--Aqueduc de la Gravona.

Pl. XV.--Meria.--Campile: l’Église.--Ajaccio: vieilles maisons.

Pl. XVI.--Gorges de Ponte-Novo.--Propriano.

TABLE DES MATIÈRES

Chapitres. Pages.

PRÉFACE V

I.--Les origines 1

II.--La «découverte» de la Corse 10

III.--La Corse romaine 18

IV.--La Corse byzantine et le pouvoir temporel 32

V.--Les origines de la féodalité et des rivalités italiennes 39

VI.--Le siècle de Giudice 50

VII.--La Corse Génoise 63

VIII.--La fin du Moyen âge 75

IX.--La Banque de San Giorgio 91

X.--La première occupation française 108

XI.--La Corse sous la domination génoise. 1. Les rouages administratifs 118

XII.--La Corse sous la domination génoise. 2. La vie économique et sociale 127

XIII.--Bastia au XVII ᵉ siècle 139

XIV.--Une tentative de dénationalisation 146

XV.--La question corse et la politique française 152

XVI.--Théodore de Neuhoff, roi de Corse 165

XVII.--La Corse pendant la guerre de la succession d’Autriche 176

XVIII.--Essais d’organisation nationale 186

XIX.--Le généralat de Pascal Paoli 198

XX.--Le règlement de la question corse 210

XXI.--La Corse en 1769 220

XXII.--La Corse dans la monarchie française 231

XXIII.--La Révolution et l’Empire 246

XXIV.--La période contemporaine 259

XXV.--Corse ancienne, Corse nouvelle 268

TABLE DES ILLUSTRATIONS 279

Typographie Fermin-Didot et Cⁱᵉ.--Mesnil (Eure).

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TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT ET Cⁱᵉ.--MESNIL (EURE).

FOOTNOTES:

[A] Le cadre des _Vieilles Provinces de France_ limite nos références aux ouvrages modernes. Pour la documentation relative à chaque époque Cf. COLONNA DE CESARI ROCCA, _Recherches historiques sur la Corse_ (Gênes, 1901) et _Histoire de la Corse écrite pour la première fois d’après les sources originales_ (Paris, 1908).

[B] Abbé LETTERON. _Notice historique sur l’île de Corse depuis l’origine jusqu’à l’établissement de l’Empire romain_, dans le _Bulletin_ (1911), pp. 30, 34, 36, 39, 45, 48, etc.--LORENZI DE BRADI. _L’art antique en Corse_ (Paris, 1900).

[C] P. MARINI. _Gênes et la Corse après le traité de Cateau-Cambrésis_, dans le _Bulletin_, 1912, pp. 7, 8, 12, 15.

[D] Jean FONTANA. _Essai sur l’Histoire du Droit privé en Corse_ (Paris, 1905), pp. 119 et suiv. 125, 129, 132, 134, 148.

[E] Lᵗ Colonel CAMPI. _Notes sur Ajaccio_, pp. 24, 28, 29, 42 et suiv. LORENZI DE BRADI, _L’art antique en Corse_, pp. 49, 50.

[F] QUANTIN, _Le Corse_ (Paris, 1914) pp. 154, 155, 156.

[G] DRIAULT, dans les _Introductions aux ambassadeurs_, t. XIX (Paris, 1912). pp. LXXX à CIII, passim 273, 287, 298, etc.

[H] AMBROSI, _la Conquête de la Corse par les Français_, dans le _Bulletin_ (1913), pp. 125, 127, 128.

[I] P. MARINI, _La Consulte de Cacia et l’élection de Pascal Paoli dans le Bulletin_ (1913), pp. 65 à 76.--Abbé LETTERON, _Pascal Paoli avant son généralat_, dans le _Bulletin_ (1913), pp. 14 et suiv., 36, 37, etc.

[J] MATHIEU FONTANA, _La Constitution du généralat de Pascal Paoli en Corse_ (Paris, 1907), pp. 25 à 28, 31 à 34.--127 à 130. Lieut.-col. CAMPI, _Notes sur Ajaccio_, Ajaccio, 1901, pp. 81 à 84.

[K] CHUQUET, _La jeunesse de Napoléon_ (Paris, 1897), t. I , pp. 18, 19, 21, 23, 24, 29, 30, 31.

[L] Lieut. Col. CAMPI, _Notes sur Ajaccio_, (Ajaccio, 1901), pp. 99, 105, 107, 108, etc.

[M] FRANCESCHINI, _Un préfet de la Restauration, Saint-Genest_, dans le _Bulletin_ (1913).

[N] PIOBB, _La Corse d’aujourd’hui_ (Paris, 1909), pp. 25, passim, 39.

[O] FERRANDI, _La Renaissance de la Corse_ (mai 1914).