Hier et demain

Part 3

Chapter 33,051 wordsPublic domain

Les conspirations allemandes en Amérique ont prouvé la difficulté pour un peuple d’absorber des éléments étrangers. Si les vivants peuvent fondre leur langue, leurs mœurs et leurs intérêts, les morts qui les guident restent rebelles à cette fusion. On ne change pas de race en changeant de latitude.

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L’âme des races a des frontières qui ne se franchissent pas.

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La patrie ne se défend bien qu’avec des qualités ancestrales. Il suffisait à l’Angleterre d’une organisation habile pour créer en deux ans une armée bien équipée, mais pour infuser à cette armée les qualités de ténacité et de vaillance capables de transformer des volontaires indécis en vétérans intrépides, il fallait l’influence de la race. Les régiments et les canons se créent en quelques mois. Des siècles sont nécessaires pour forger le cœur des hommes qui les manient.

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La guerre révèle à un peuple ses faiblesses, mais aussi ses vertus.

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La guerre transformerait certains peuples au point de changer le futur déroulement de leur histoire s’ils pouvaient conserver pendant la paix une faible partie des qualités manifestées pendant la guerre.

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Les guerres provoquées par des haines de races peuvent se reculer, mais ne s’évitent pas.

CHAPITRE IV

La vie des morts et la philosophie de la mort.

Les qualités de caractère qui font la grandeur d’un peuple sont l’œuvre de ses aïeux. L’âme des vivants est façonnée par celle des morts.

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Dans les grands conflits, pouvant décider du sort d’un peuple, l’invisible armée des morts guide les gestes des combattants. La bataille de la Marne fut gagnée par des morts. Ils étaient là plus nombreux que les vivants, ceux de Tolbiac, de Bouvines, de Marengo et de toutes les gloires passées, pour empêcher la France de sombrer dans l’abîme où semblait la pousser un sinistre destin.

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Les volontés des vivants ne luttent pas facilement contre celle des morts.

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En Angleterre, l’opinion des morts est plus puissante que celle des vivants. Le gouvernement anglais en fit l’expérience pendant la première année de la guerre. Conquérir l’âme des morts à travers celle des vivants fut sa plus difficile tâche.

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L’inconscient, où s’élaborent les motifs de beaucoup de nos actes, représente une condensation de l’âme des aïeux.

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Les morts doivent avoir leur place dans la direction d’une société, mais il ne faut pas que leur puissance soit trop tyrannique, car, ne pouvant progresser, ils tendent à paralyser le progrès.

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La discipline interne créée par les morts est toujours moins dure que la discipline externe imposée par des vivants. Les individus et les peuples ne possédant pas la première doivent se résigner à subir la seconde.

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Quand l’homme écoute l’âme de sa race, le sens de la mort devient nouveau pour lui. Il comprend alors que sous l’éphémère se cache la durée, et que la perpétuité refusée à l’individu est accordée à la race dont il représente un fragment.

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La mort n’est qu’un déplacement d’individualités. L’hérédité fait circuler les mêmes âmes à travers la suite des générations d’une même race.

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Nos actes ne sont éphémères qu’en apparence. Leurs répercussions se prolongent parfois pendant des siècles. La vie du présent tisse celle de l’avenir.

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Nos formes transitoires recèlent un contenu éternel. Héritier d’un long passé, chaque être, momentanément surgi sur la ligne du temps, renferme un nombre immense de générations attendant l’heure d’échapper à leur provisoire néant.

CHAPITRE V

Changements de personnalité créés par la guerre.

Les éléments psychologiques fondamentaux d’une race restent permanents. Les éléments secondaires possédés par les diverses individualités qui la composent sont mobiles. De leurs combinaisons résultent des équilibres nouveaux, générateurs de personnalités nouvelles.

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Ce que nous connaissons des êtres qui nous entourent et ce qu’ils en connaissent eux-mêmes représente seulement une de leurs personnalités possibles.

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Canalisée par l’habitude et la constance du milieu, notre âme journalière change peu. Il est donc impossible de prévoir les personnalités qui surgiront sous la nécessité impérieuse d’une adaptation à des circonstances imprévues.

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Tout être porte en lui des possibilités latentes de caractère léguées par ses divers aïeux, que les événements font surgir.

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L’homme peut généralement plus qu’il ne croit, mais il ne sait pas toujours ce qu’il peut. Les circonstances seules lui révèlent ses capacités ignorées.

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Les discours ne traduisent pas la véritable personnalité de chaque être. Seuls ses actes le révèlent, quelquefois même a ses propres yeux.

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Quand, sous l’influence d’excitations puissantes, les équilibres de l’organisme mental sont modifiés, l’homme peut se transformer au point de devenir méconnaissable pour lui-même. A sa personnalité ancienne s’est substituée une personnalité imprévue.

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Pour que puissent naître des personnalités nouvelles, il faut que les équilibres habituels de l’organisme mental soient désagrégés par des événements troublant violemment les rapports de l’être avec son milieu.

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La guerre est un puissant excitant de toutes les énergies, celles du bien comme celles du mal. Elle stimule à la fois les vertus, les vices et l’intelligence.

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Les qualités développées par la guerre sont de celles qui élèvent l’homme au-dessus de lui-même: l’héroïsme, la ténacité, l’esprit de sacrifice, la vaillance et surtout la continuité de l’effort.

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L’homme de la vie journalière est généralement guidé par son égoïsme individuel. L’homme des batailles par les intérêts collectifs de sa race.

CHAPITRE VI

Les formes du courage.

La résistance au sentiment naturel de crainte produite par le danger constitue le courage. Si le danger, tout en restant menaçant, cesse d’être immédiat, le courage nécessite de la persévérance.

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Le courage militaire a beaucoup évolué dans le cours de l’histoire. Des héros antiques aux barons féodaux, nul guerrier n’osait affronter d’inoffensifs javelots et d’incertaines flèches sans la protection d’une pesante armure. La tempête de fer à laquelle le soldat moderne s’expose sans protection les eût fait reculer d’horreur.

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Jadis un moment d’héroïsme suffisait pour assurer l’immortalité. Conquérir aujourd’hui une ligne de tranchées exige une continuité du courage inconnue aux guerriers d’Homère. Achille est célèbre depuis trois mille ans pour des exploits qui, de nos jours, ne lui vaudraient pas la croix de guerre.

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Les guerres modernes ont substitué au courage intermittent et irréfléchi le courage continu et prudent. Beaucoup plus utile que le premier, il est plus difficile à créer.

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L’héroïsme silencieux des luttes souterraines d’aujourd’hui et celui de l’aviateur perdu dans l’immensité sont bien supérieurs aux héroïsmes éclatants mais momentanés des anciennes batailles.

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Le courage discontinu n’est transformé par l’habitude en courage continu que si les dangers répétés sont semblables. Tel qui se montre héroïque à l’assaut sera effrayé par un engin ignoré.

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Le courage devant un danger imprévu exige une volonté forte nécessitant une dépense nerveuse qui ne saurait se prolonger et ne peut être réparée que par un long repos.

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Savoir transformer en habitude un danger, une fatigue, un ennui, c’est les rendre facilement acceptables.

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L’attention n’étant pas divisible peut être dérivée. On détourne utilement les préoccupations du soldat par des exercices variés et continus.

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Chaque groupe militaire finit par posséder une bravoure collective. Elle demande toujours un certain temps pour se former.

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Un homme courageux, sorti de son groupe et placé dans un autre où il est inconnu, perd parfois beaucoup de sa bravoure.

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Une même collectivité militaire peut osciller de la peur à l’héroïsme, suivant le chef qui la commande.

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Convaincre une troupe de sa supériorité, c’est lui insuffler un héroïsme continu, générateur de succès.

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Une des infériorités psychologiques de la défensive est de déprimer le courage, alors que l’offensive le stimule.

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La tranchée a prouvé que la valeur se mesure à la ténacité, l’endurance, l’initiative, le courage, la volonté, le jugement, qualités que n’enseignent pas les livres et qui dépendent uniquement du caractère.

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L’héroïsme n’a pas de caste.

CHAPITRE VII

L’art de persuader et l’art de commander.

L’âme du chef faisant celle du soldat, une troupe qui perd le chef sachant la commander perd en même temps sa cohésion et prend bientôt l’inconsistance d’une foule.

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Les galons facilitent le commandement, mais ne créent pas l’art de commander.

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Les grades n’établissent qu’une hiérarchie factice souvent illusoire en temps de guerre. La valeur morale seule peut créer l’obéissance, le respect et le dévouement chez les subalternes.

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L’art de commander n’est complet que s’il a pour soutien l’art de persuader.

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Les traités de rhétorique donnent des règles pour composer des discours, ils ne sauraient enseigner l’art de persuader.

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Dans les harangues destinées à persuader une collectivité on peut invoquer des raisons, mais il faut d’abord faire vibrer des sentiments.

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La raison convainc quelquefois pour un instant, elle ne fait pas agir. Les grands meneurs d’hommes y ont rarement recours.

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Le maniement des lois psychologiques conduisant les foules est indispensable pour inculquer à une collectivité l’esprit de corps.

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On accroît énormément la valeur d’une troupe en créant chez elle l’esprit de corps. Grâce à lui certains régiments acquirent pendant la guerre une réputation telle qu’on avait toujours recours à eux dans les circonstances où il fallait des hommes ne fléchissant jamais.

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Dans une troupe possédant l’esprit de corps, la gloire et l’émulation sont collectives. Ces sentiments s’étendent par contagion mentale aux unités nouvelles introduites dans cette troupe, à la condition que les hommes incorporés ne soient pas trop nombreux.

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La confiance du soldat dans ses chefs est un des plus importants éléments de sa valeur.

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Au chef dont l’âme est en communication intime avec celle de ses hommes la parole est inutile: un geste, un regard suffisent.

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Entretenir la bonne humeur et la gaieté chez des soldats que la mort menace à chaque minute est un art qu’aucun chef ne doit ignorer.

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Certains mots accroissent les énergies et rendent le soldat invincible. Il faut être déjà un grand chef pour les penser et les dire.

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On agit facilement sur les hommes isolés en faisant appel à leurs intérêts, c’est-à-dire à leur égoïsme. Les multitudes n’étant pas égoïstes, il faut, pour les séduire, utiliser d’autres mobiles.

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L’affirmation, la répétition, le prestige et la contagion constituent les grands facteurs de la persuasion, mais leurs effets dépendent de celui qui les emploie.

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Pour persuader il faut, suivant les cas, s’adresser aux influences affectives, mystiques ou collectives qui mènent les hommes, et fort peu à leur intelligence.

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La controverse est rarement un moyen de persuasion. Contredire une opinion ne fait souvent que la fortifier. Les idées d’un adversaire se modifient en l’amenant à se convaincre lui-même par une série de suggestions et de réflexions qui germent lentement ensuite dans l’inconscient. Les femmes connaissant d’instinct ce procédé persuadent facilement.

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Un orateur change aisément l’opinion de ses auditeurs, mais son influence étant éphémère, il agit peu sur leur conduite.

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Les votes d’une assemblée immédiatement après un discours ou le lendemain de ce discours sont souvent fort différents.

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En subjuguant les cœurs on domine facilement les volontés.

LIVRE III

La Psychologie des Peuples

CHAPITRE PREMIER

L’âme des peuples et sa formation.

L’âme d’un peuple représente une accumulation d’éléments ancestraux stabilisés par les siècles. Sur ce roc solide flottent les éléments mobiles des âmes individuelles créées par l’éducation et le milieu.

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Un peuple n’atteint la stabilité qu’après avoir acquis une conscience collective. Cette acquisition exige parfois des siècles.

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La vie d’un peuple, ses institutions, ses croyances, ses arts et ses luttes représentent la forme visible des forces invisibles qui le mènent.

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De la mentalité d’un peuple dérivent sa conduite et, par conséquent, son histoire.

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On ne peut pressentir les réactions possibles d’un peuple qu’en étudiant ses actes dans les grandes circonstances de son histoire.

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Les erreurs de prévision commises par les diplomates allemands sur la neutralité supposée de l’Angleterre et de la Belgique ont montré l’impossibilité de pressentir la conduite d’un peuple dans les grands événements, d’après sa psychologie journalière.

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Le caractère réel d’un peuple n’apparaît que dans les crises importantes de son histoire.

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L’âme d’un peuple se lit très bien dans ses actes, très mal dans ses livres et ses discours.

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Les écrits et les paroles représentent l’âme consciente de la vie journalière; les actes, l’âme inconsciente et stable créée par les aïeux.

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Quelques années suffisent pour civiliser l’intelligence d’un peuple. Il faut des siècles pour civiliser son caractère.

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Les transformations mentales entraînent rapidement des transformations matérielles.

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Le progrès matériel de certains peuples est devenu destructeur de leur progrès moral.

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Un peuple ne change pas son âme ancestrale, mais elle peut subir des orientations nouvelles, génératrices de succès ou de catastrophes. C’est ainsi que la mentalité allemande a changé d’orientation sous l’influence de trois facteurs: le militarisme, l’unification politique, l’éducation technique.

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Un peuple peut transformer sa civilisation en adoptant la langue, les institutions et les arts d’un autre peuple. Il ne transforme pas pour cela son âme. Après la conquête normande les Anglais parlèrent longtemps français, mais restèrent Anglais. En latinisant les Gaulois Rome ne changea pas leur caractère.

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Le Japon qui, en quelques années, passa de l’emploi des arcs et des flèches aux armes et à l’industrie modernes, n’eut pour s’assimiler une civilisation nouvelle qu’à utiliser les qualités de patience, de ténacité, de discipline léguées par ses aïeux. Il changea de civilisation, mais ne changea pas d’âme.

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La nationalité peut être constituée par quatre éléments différents rarement réunis chez un même peuple: la race, la langue, la religion et les intérêts.

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Les peuples ne possédant pas une âme ancestrale suffisamment stabilisée vivent dans l’anarchie et progressent peu. Ceux dont l’âme a été trop stabilisée ne progressent plus. Dans les temps modernes, les Russes représentent la phase de stabilisation insuffisante, les Chinois celle de la stabilisation trop complète.

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A une certaine période de l’histoire d’un peuple les fautes de pensée, de caractère, de jugement et par conséquent de conduite restent sans remède. Elles deviennent créatrices de ces fatalités inexorables sous le poids desquelles de grands empires ont fini par succomber.

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Substituer comme mobile d’action la gloire collective à la gloire personnelle est pour un peuple un important progrès moral.

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Les nations ne se transforment que par l’évolution des âmes. C’est en lui-même et non hors de lui-même, qu’un peuple doit rechercher les causes de sa grandeur ou de sa décadence.

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Dans les circonstances graves de l’histoire, les peuples voient souvent plus juste que leurs gouvernants. Ils voient alors par leurs morts.

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L’âme d’un peuple, beaucoup plus que la volonté de ses dirigeants, détermine le régime politique qu’il peut accepter.

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Faire naître, grandir ou disparaître des sentiments et des croyances dans l’âme des peuples est un fondement essentiel de l’art de gouverner.

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Transformer la mentalité d’un peuple est parfois plus utile que d’accroître ses armements.

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Conquérir le territoire d’un peuple ne suffit pas. Pour le dominer il faut encore vaincre son âme.

CHAPITRE II

Psychologie comparée de quelques peuples.

Tous les peuples présentent un certain nombre de caractères communs, mais chacun d’eux en possède également de spéciaux qui les différencient. Telles, par exemple, la ténacité chez les Anglais, l’indécision et l’imprécision chez les Russes.

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La vision des choses par un peuple dépend plus de son tempérament psychologique, c’est-à-dire de son caractère, que de son intelligence. Ce caractère conditionne la façon dont il réagit sous les excitations du monde extérieur.

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Chaque peuple a un idéal de droit, de morale et de justice trop personnel pour être accepté par d’autres nations. L’ignorance de cette loi psychologique a créé la décadence de plusieurs colonies.

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Certains caractères des peuples se maintiennent dans tout le cours de leur histoire. Jean de Saulx, vicomte de Tavanne, disait déjà sous Charles IX que la France, invincible quand elle reste unie, est le pays où l’on sait toujours pourvoir aux affaires alors qu’elles semblent désespérées.

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Un peuple est libre de qualifier d’immortels les principes qui le guident, mais il n’a point le droit de les imposer à d’autres nations de mentalités différentes. Les métaphysiques politiques sont aussi respectables que les métaphysiques religieuses, à la condition qu’elles ne prétendent pas s’imposer par la force.

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Bien que fort simple et régie par un petit nombre d’éléments, l’âme des Balkaniques resta au début de la guerre un mystère pour la plupart des diplomates européens, parce qu’ils s’obstinèrent à la juger d’après les règles de leur propre logique.

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La guerre actuelle aura fourni des justifications nouvelles de cette loi historique qu’un peuple ne peut adopter les institutions, les arts, la langue, la religion d’une race différente, sans leur faire subir des transformations profondes. Les dieux eux-mêmes sont condamnés à de tels changements. Transporté en Chine, le Bouddha hindou prit rapidement les caractères d’une divinité chinoise. Parvenu en Angleterre, le Jéhovah biblique est devenu un Dieu anglais, gouvernant le monde au profit de l’Angleterre. Adopté par les Germains, le Dieu charitable et doux des chrétiens s’est transformé en divinité sanguinaire et farouche, sans pitié pour les faibles, pleine d’égards pour les forts.

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Avant la guerre l’Allemagne envahissait le monde avec son industrie, mais elle ne l’envahissait plus avec ses pensées. L’ère des grands philosophes, des grands écrivains y était close depuis longtemps.

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L’Allemand même isolé reste toujours un être collectif. Il n’acquiert de valeur que fondu dans un groupe. Chaque citoyen est une cellule du grand organisme: l’État.

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La conscience de l’Allemand est une conscience collective dirigée par l’État, celle de l’Anglais et de l’Américain une conscience individuelle n’abandonnant à l’État qu’une faible partie d’elle-même.

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Ce qu’on appelle germanisme est simplement la synthèse des appétits toujours engendrés chez un peuple par la conviction d’être assez fort pour s’emparer des territoires et des richesses de peuples supposés moins forts.

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Il faut bien admettre que la culture germanique ne crée pas beaucoup de clairvoyance, puisque les partisans d’annexions territoriales ruineuses pour l’Allemagne se recrutent parmi les professeurs, les fonctionnaires et les industriels.

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La Prusse a mis plus d’un demi-siècle pour façonner la mentalité de l’Allemagne au moyen de l’école et de la caserne, mais cette mentalité étant contraire à la nature de l’homme reste artificielle. Les Allemands finiront sûrement par constater que la gloire d’être à peu près les seuls défenseurs de l’absolutisme et de la violence coûte cher et rapporte peu.

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La mentalité belliqueuse des Allemands semble pour le moment irréductible. Après trois ans de lutte mondiale, le ministre de la Guerre prussien a demandé au Reichstag des crédits pour une nouvelle école d’officiers, afin de préparer les futures batailles qui, suivant lui, succéderont à la guerre actuelle, le pacifisme n’étant qu’une utopie dangereuse.

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Le célèbre mémoire de Bissing, gouverneur de la Belgique, mériterait d’être gravé sur le mur de nos écoles. Après avoir exposé que la Belgique doit rester sous le joug allemand, et considérant que le souverain dépossédé pourrait devenir gênant, Bissing recommande énergiquement de suivre le conseil de Machiavel: «Quiconque se propose de s’emparer d’un pays est contraint de se débarrasser du roi et du gouvernement, fût-ce par la mort.» On ne trouverait dans aucun autre pays un homme d’État moderne osant signer de pareilles lignes.

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