Hier et demain

Part 2

Chapter 23,007 wordsPublic domain

La plupart des sentiments ou des associations de sentiments tels que l’optimisme, le pessimisme et le courage, se propagent par contagion mentale, mais la propagation est beaucoup plus facile quand elle prend la forme collective.

* * * * *

On peut demander à l’âme collective des sacrifices impossibles à obtenir de l’âme individuelle.

* * * * *

Une souffrance collective se supporte plus aisément qu’une souffrance individuelle.

* * * * *

Pendant la guerre les sentiments collectifs ont été les plus actifs. Si, après la paix, leur prédominance se maintient ils atténueront les influences individuelles souvent fort égoïstes.

* * * * *

Ténacité, solidarité, discipline sont des qualités de caractère qui donnèrent toujours aux peuples une grande force. Aucune qualité intellectuelle ne saurait les remplacer.

* * * * *

L’âge moderne représente le triomphe de la médiocrité collective.

CHAPITRE V

Les forces intellectuelles.

Créatrice de toutes les découvertes qui ont transformé l’existence des hommes, la raison possède un pouvoir très grand. Il ne le fut cependant jamais assez pour déterminer la conduite des peuples.

* * * * *

La logique rationnelle bâtit la science, mais ne joue qu’un faible rôle dans la genèse de l’histoire.

* * * * *

Ce n’est pas avec la raison, et c’est le plus souvent contre elle, que s’édifient les croyances capables d’ébranler le monde.

* * * * *

Guidée seulement par la raison, l’Allemagne aurait vu que, sans combats et par la simple extension d’une puissance industrielle due à sa richesse houillère et à son éducation technique, elle imposerait son hégémonie à l’Europe. Dominée par son rêve d’ambition mystique elle ne le vit pas.

* * * * *

Les gouvernants qui prétendent n’avoir que la logique rationnelle pour guide arrivent vite à l’incohérence.

* * * * *

En politique, le rationalisme sert surtout à revêtir d’une forme acceptable des appétits qui ne le sont pas.

* * * * *

Une des sources les plus fréquentes d’erreur est de prétendre expliquer avec la raison des actes dictés par des influences affectives ou mystiques.

* * * * *

La raison sert beaucoup plus à justifier la conduite qu’à la diriger.

* * * * *

Derrière les actes que la raison croit guider se trouve la formidable armée des atavismes qui les déterminent.

* * * * *

L’homme qui prétend n’agir que par raison se condamne à rarement agir.

* * * * *

L’intuition fait penser, la volonté fait agir, la raison sert surtout à expliquer.

* * * * *

Des idées mal élaborées engendrent des résolutions faibles et des actes médiocres.

* * * * *

Le monde est évidemment plus guidé par l’instinctif que par le rationnel. Mais alors que les philosophes allemands considèrent l’instinctif comme le meilleur guide des peuples, les philosophes latins admettent que le progrès de la civilisation consiste à soumettre de plus en plus l’instinctif au rationnel.

* * * * *

L’instinctif est un principe de vie, mais non de civilisation.

* * * * *

L’intelligence tendant souvent à paralyser l’action, il n’est jamais avantageux pour un peuple d’avoir plus d’intelligence que de caractère. Les Byzantins discutaient fort bien, mais agissaient fort peu, tandis que Mahomet était déjà dans leurs murs.

* * * * *

En matière de prévision, le jugement est supérieur à l’intelligence. L’intelligence montre toutes les possibilités pouvant se produire. Le jugement discerne parmi ces possibilités celles qui ont le plus de chance de se réaliser.

* * * * *

L’analogie, origine fréquente de jugements définitifs, alors qu’elle devrait être seulement créatrice d’hypothèses à vérifier, est une source de fréquentes erreurs. C’est en se guidant sur des analogies superficielles que les dirigeants de notre état-major accumulèrent tant de fautes et se refusèrent si longtemps à multiplier les canons et les munitions.

* * * * *

Si l’on s’entend peu dans les discussions, c’est que des esprits différents emploient les mêmes mots pour traduire des idées dissemblables.

* * * * *

Les personnes ayant l’habitude de tout critiquer sont généralement celles qui possèdent le moins d’esprit critique.

* * * * *

L’esprit critique est à la fois créateur de progrès et générateur d’inaction.

* * * * *

Ce n’est pas à la raison, mais au bon sens, qu’il eût fallu jadis élever un temple. Beaucoup d’hommes sont doués de raison, très peu de bon sens.

* * * * *

L’abondance de paroles inutiles est un symptôme certain d’infériorité mentale.

* * * * *

Les hommes de génie font la grandeur intellectuelle d’une nation, mais rarement sa puissance.

* * * * *

Les hommes de pensée préparent les hommes d’action. Ils ne les remplacent pas.

* * * * *

La pensée d’un grand homme ne vit pleinement qu’après sa mort.

CHAPITRE VI

Les interprétations de l’histoire.

L’histoire comporte des témoignages, des principes et des méthodes. Il faut se défier des témoignages, douter des principes et n’accepter que les méthodes.

* * * * *

La notion de pourcentage devrait être à la base des observations psychologiques et sociales. Les faits isolés ne prouvent rien, seul leur degré de fréquence relative est important à connaître.

* * * * *

L’histoire de la guerre, telle que les Allemands l’écrivent, montre avec quelle facilité les auteurs déforment les faits quand ils contredisent leurs convictions ou leurs principes.

* * * * *

En attribuant aux intérêts économiques un rôle prépondérant, les théoriciens de la conception matérialiste de l’histoire oublient que ces intérêts se trouvent facilement balayés par des forces psychologiques dont les plus puissantes seront toujours les impulsions mystiques.

* * * * *

Une vision exacte mais fragmentaire d’un événement conduit à des interprétations inexactes dès qu’on l’applique à une autre partie du même événement.

* * * * *

C’est parce qu’elle se compose surtout de visions fragmentaires généralisées que l’histoire reste si incertaine.

* * * * *

Ce que contient souvent de plus sûr un livre d’histoire n’est pas le récit des événements, mais la mentalité de l’écrivain qui les raconte.

* * * * *

Les générations qui forgent l’histoire d’une époque ne surent jamais l’écrire. Les vivants n’ont un peu d’impartialité que pour les morts.

* * * * *

Les historiens voient généralement les événements passés à travers les idées du temps où ils vivent. C’est pourquoi les hommes et les doctrines populaires à une époque semblent exécrables à une autre. Le pape Alexandre VI et César Borgia furent sympathiques à leurs contemporains. Machiavel ne devint antipathique qu’après sa mort. La Saint-Barthélemy provoqua un tel enthousiasme dans divers pays que plusieurs médailles furent frappées pour la commémorer. Le pape fit reproduire sur les murs du Vatican, où on les voit encore, les détails du massacre.

* * * * *

Les textes, les médailles, les monuments permettent de reconstituer le squelette du passé, mais qui ne sait pas déterminer les sentiments et les idées dont ils dérivent ignore tout de l’histoire.

* * * * *

Création du passé, le présent est générateur d’avenir. Étudier les changements révolus permet souvent de pressentir les événements futurs. Demain est la floraison d’aujourd’hui et d’hier.

* * * * *

Un fait historique n’apprend rien, séparé de sa genèse.

CHAPITRE VII

Les explications et les causes.

Il n’y a guère de causes simples en histoire. Chacune est entourée d’un cortège d’éléments invisibles plus actifs que les causes visibles immédiates.

* * * * *

Une des caractéristiques de mentalité primitive est d’attribuer des causes simples aux phénomènes.

* * * * *

L’interprétation simpliste des causes a toujours faussé l’histoire. De grands événements comme la guerre mondiale ont rarement pour origine la volonté d’un seul homme. Les sources en sont profondes, lointaines et variées. La décision d’un souverain ne peut agir qu’après leur lente accumulation.

* * * * *

Aux esprits supérieurs seuls apparaît l’extrême complexité des causes, la difficulté de les relier aux effets observés et l’impossibilité d’expliquer les origines réelles du phénomène le plus simple, la chute d’une pierre par exemple.

* * * * *

Dans la genèse des phénomènes historiques les causes s’additionnent en progression arithmétique et leurs effets en progression géométrique. Des causes infimes peuvent donc, à certains moments, engendrer des effets considérables.

* * * * *

Examinée au point de vue de la raison pure, la guerre mondiale apparaît à sa naissance et durant son évolution comme un chaos d’invraisemblances. Elle contribuera à montrer aux théoriciens qui en doutaient encore le faible rôle joué par la raison sur les actions des peuples.

* * * * *

On ne saisit bien les origines de la guerre imposée par l’Allemagne qu’en lisant les dissertations de ses philosophes, de ses historiens et de ses économistes depuis un demi-siècle. Leurs conclusions sont nettement résumées dans cette déclaration récente d’un professeur germain: «L’Allemand a conscience de ses droits et de ses devoirs et il entend prendre la direction du monde.»

* * * * *

Le rôle du philosophe ne consiste pas à rechercher la valeur rationnelle des mobiles faisant mouvoir les hommes, mais l’influence que ces mobiles exercent.

* * * * *

Dans leurs interprétations le savant et l’ignorant débutent par des hypothèses. Mais alors que l’hypothèse est aux yeux du savant une simple supposition tenue pour provisoire jusqu’à sa vérification, elle constitue une certitude pour l’ignorant.

* * * * *

L’hypothèse admise sans contrôle retarde longtemps la découverte de la vérité.

CHAPITRE VIII

L’imprévisible en histoire.

L’obscure volonté des choses semble parfois supérieure à celle des hommes et déroute leurs prévisions. Quand la guerre cessa entre la France et l’Angleterre en 1815, ces pays avaient été en lutte pendant soixante ans sur une période de 127 années. Au moment de Fachoda, le conflit faillit se renouveler. Comment deviner alors que ces deux grandes nations deviendraient un jour alliées?

* * * * *

Les événements imprévisibles ont été beaucoup plus nombreux pendant la guerre que les faits prévisibles. Personne, par exemple, ne prévoyait sa durée. On pouvait encore moins deviner l’accumulation de fautes psychologiques qui dressa presque tous les peuples de l’univers contre l’Allemagne, malgré son désir de maintenir une neutralité conforme à ses intérêts.

* * * * *

Longue serait la liste des événements réalisés contrairement à toutes les prévisions. Nul n’avait soupçonné la défaite de l’immense Russie par le petit empire japonais; et personne n’aurait pu supposer que la faible Belgique résisterait au puissant empire germanique. On eût moins présagé encore que l’Angleterre et l’Amérique, dépourvues d’armées et profondément hostiles au militarisme, constitueraient des puissances militaires de premier ordre.

* * * * *

Après la retraite de Charleroi, un esprit raisonnant selon les données de la psychologie, de la stratégie et de l’histoire, n’eût jamais prévu qu’une armée en retraite se retournerait brusquement et arrêterait net l’élan d’un envahisseur victorieux.

* * * * *

Un événement est imprévisible quand chacune des possibilités dont il dépend offre des chances de réalisation presque égales. Les Allemands reconnaissent que la prolongation de la guerre leur eût été impossible s’ils n’avaient, à ses débuts, conquis le bassin de Briey dont la défense était facile. Les Alliés n’auraient pu également continuer à lutter si l’Amérique avait, comme les Allemands l’espéraient, interdit l’exportation du fer qui nous manquait. De tels événements échappaient évidemment à toutes les prévisions.

* * * * *

Il restera toujours inexplicable que l’Allemagne n’ait pas compris l’intérêt immense qu’elle avait à ne pas obliger les États-Unis à lui déclarer la guerre. Tout l’or des Alliés serait passé progressivement en Amérique et le moment approchait où, leur crédit étant épuisé, ils n’auraient pu se procurer l’acier et le matériel que seuls les États-Unis étaient en mesure de fournir.

* * * * *

L’Allemagne avait intérêt à attaquer sa rivale redoutée l’Angleterre, à envahir la France pour conquérir ses richesses, mais on cherche vainement quel pouvait être son but en attaquant la Russie dont l’industrie, le commerce et la banque étaient entre ses mains au point que beaucoup de Germains considéraient ce pays comme une colonie allemande. Impossible de comprendre un tel événement quand on ignore ses causes mystiques.

* * * * *

Les Allemands avaient prévu bien des choses avant de déclarer la guerre, sauf cependant les plus essentielles, telles que la résistance des Français, les interventions de l’Angleterre, de l’Italie et de l’Amérique.

LIVRE II

Pendant les Batailles

CHAPITRE PREMIER

La genèse psychologique des grands conflits.

Les causes immédiates d’une guerre n’ont qu’un intérêt secondaire. Il faut plonger dans ses causes lointaines pour découvrir sa genèse.

* * * * *

Les éléments rationnels jouent en général un rôle peu important dans l’origine des conflits qui remplissent l’histoire.

* * * * *

La raison se borne uniquement à servir les forces affectives, mystiques ou collectives qui sont les vrais moteurs des grands conflits.

* * * * *

Les sentiments les plus actifs dans la genèse des guerres sont l’orgueil, l’ambition, la méfiance et la haine.

* * * * *

La méfiance, plus encore que la haine, a été depuis cinquante ans le sentiment dominant les relations entre peuples européens. Elle les a conduits à des armements dont l’exagération rendait la guerre inévitable.

* * * * *

On peut ramener à un petit nombre de causes les grands conflits de l’histoire: 1º _Causes biologiques_: telles les impulsions de la faim qui déterminèrent jadis les invasions germaniques destructrices de la civilisation romaine. 2º _Causes affectives_: telles la jalousie, la haine, la cupidité et surtout l’ambition. Les guerres de Cent Ans et de Sept Ans sont des guerres d’ambition. 3º _Causes mystiques_: telles les influences supposées de puissances supérieures ordonnant aux fidèles de conquérir le monde. Elles déterminent les invasions musulmanes, les croisades, les guerres de religion, la guerre de Trente Ans, et la guerre actuelle. 4º _Causes économiques_: telle la surproduction industrielle suscitant des rivalités commerciales.

* * * * *

La puissance militaire se met indifféremment au service des influences biologiques, affectives, mystiques et économiques.

* * * * *

Les dirigeants allemands réussirent à rendre la guerre populaire en lui attribuant pour cause la nécessité de se prémunir contre l’invasion russe redoutée depuis longtemps, puis contre le désir supposé de revanche des Français, enfin contre la menaçante rivalité économique de l’Angleterre. La crainte de l’invasion russe fut la principale cause déterminante de l’adhésion unanime des Allemands. Seuls leurs chefs connaissaient assez la désorganisation de la Russie pour savoir qu’elle n’était pas redoutable.

* * * * *

Il est bien rare que les peuples se battent avec acharnement pour des intérêts purement matériels. Les plus grands peuples en conflit aujourd’hui, les États-Unis notamment, combattent pour des principes.

CHAPITRE II

Éléments psychologiques des batailles.

L’histoire des peuples se compose surtout du récit de leurs batailles. Les périodes de paix furent des accidents éphémères.

* * * * *

Les guerres utilisent des armes matérielles, mais leurs vrais moteurs sont des forces psychologiques. Chaque canon, chaque baïonnette, est enveloppé d’une atmosphère de forces invisibles dirigeant les sentiments et les actions des combattants.

* * * * *

Napoléon disait à Sainte-Hélène que la destinée d’un pays dépend parfois d’un seul jour. L’Histoire justifie cette assertion, mais montre aussi qu’il faut généralement beaucoup d’années pour préparer ce seul jour.

* * * * *

Pas d’armée puissante sans un idéal pour guide. Amour de Rome chez ses légionnaires, appât du butin chez les reîtres du Moyen Age et les Germains de toutes les époques, amour de la gloire chez les soldats de Napoléon, religion du devoir chez les volontaires anglais, amour de la patrie chez les Français actuels.

* * * * *

Les mobiles d’action des armées ont varié à travers les âges. L’espoir du butin et la peur du châtiment, seuls facteurs psychologiques utilisés par les anciens chefs, n’ont d’influence aujourd’hui que chez des races dont la civilisation n’a pas effacé encore les primitifs instincts.

* * * * *

Les actions collectives, dont le rôle social était déjà si grand, tendent à prendre une influence prépondérante dans les batailles modernes. Celle de la Marne est une bataille collective.

* * * * *

La force d’une armée tient surtout à ce que l’homme en foule perd son égoïsme individuel pour acquérir un égoïsme collectif.

* * * * *

Toute-puissante dans la vie sociale, la contagion mentale représente également une des bases les plus sûres de la conduite du soldat. Elle est la véritable créatrice de la cohésion et de la solidité d’une armée.

* * * * *

La force de résistance d’un peuple grandit immensément quand il a pour ennemi un dévastateur sans pitié, menaçant les faibles d’une servitude sans espoir.

* * * * *

Ne reconnaître dans une guerre ni lois, ni traités, est assurément un avantage momentané pour l’envahisseur, mais il crée chez les vaincus une accumulation de haines à laquelle ne peut résister aucun vainqueur.

* * * * *

L’expérience semble prouver que dans les guerres modernes de tranchées les armées s’usent lentement par le fait seul de la défensive. L’usure complète constituerait la défaite.

* * * * *

Une défaite n’est rien si le vaincu ne désespère pas. On a justement fait remarquer qu’aucun peuple ne subit plus de défaites que les Romains. Appuyés cependant sur la constance de leur volonté, ils finissaient toujours par triompher.

* * * * *

La guerre est surtout une lutte de volontés.

* * * * *

Dans les batailles prolongées et indécises, où l’équivalence des forces crée l’équivalence des lassitudes, le succès appartient forcément à celui qui sait prolonger la lutte quelques instants de plus que son adversaire.

* * * * *

La guerre a révélé que prévoir et oser étaient les qualités qui manquaient le plus aux généraux médiocres.

CHAPITRE III

L’âme nationale et l’idée de Patrie.

L’âme d’une race régit sa destinée. Il faut des générations pour la créer, et parfois peu d’années pour la perdre.

* * * * *

L’âme collective d’une foule diffère beaucoup de l’âme collective d’une race. La première est transitoire, la seconde permanente.

* * * * *

Les grandes nations modernes sont des agrégats de races diverses, dont l’âme a été unifiée par un long passé de vie commune, d’intérêts, de croyances et de sentiments identiques.

* * * * *

En raison de leur structure psychologique dissemblable, les races sont diversement impressionnées par les mêmes sujets. Sentant et agissant de façons différentes, elles ne sont pas accessibles aux mêmes évidences et ne sauraient dès lors se comprendre.

* * * * *

C’est la supériorité de son âme ancestrale qui distingue le civilisé du barbare. L’éducation ne saurait donc les égaliser.

* * * * *

La race est la pierre angulaire sur laquelle repose l’équilibre des nations. Elle représente ce qu’il y a de plus stable dans la vie d’un peuple. Des croisements répétés pouvant la dissocier, l’influence des étrangers est fort dangereuse. De tels croisements détruisirent jadis la grandeur de Rome. Elle perdit sa puissance en perdant son âme.

* * * * *

Les traditions nationales représentent un des principaux éléments fixateurs de l’âme des peuples. Sans elles, chaque génération devrait recommencer à chercher péniblement des guides pour orienter sa conduite.

* * * * *

L’évanouissement de l’âme individuelle transitoire dans l’âme permanente de la race, sous l’influence d’un grand péril national, fortifie considérablement l’unité mentale d’un peuple.

* * * * *

Quand l’intérêt de la race se substitue entièrement chez un peuple à l’instinct de la conservation individuelle, la résistance de ce peuple à ses agresseurs devient infinie. On peut le détruire, on ne le soumet pas.

* * * * *

Le patriotisme est la plus puissante manifestation de l’âme d’une race. Il représente un instinct de conservation collectif qui, en cas de péril national, se substitue immédiatement à l’instinct de conservation individuelle.

* * * * *

La patrie reste une abstraction un peu vague pendant la paix. Sa puissance apparaît seulement quand elle est menacée. Dégagée alors du voile mystique qui l’enveloppait, elle devient une réalité assez forte pour transformer la conduite d’un peuple.

* * * * *

La patrie n’est pas constituée seulement par le sol où nous vivons, mais aussi par les ombres des aïeux qui continuent à vivre en nous et contribuent à élaborer notre destinée.

* * * * *

Défendre la patrie, c’est pour un peuple défendre à la fois son passé, son présent et son avenir.

* * * * *

Le patriotisme acquiert toute sa valeur en devenant mystique. Qui ne serait patriote que par raison le serait fort peu.

* * * * *

Un peuple chez lequel s’affaiblit l’idée mystique de patrie disparaît de l’histoire sans même avoir le temps de parcourir toutes les étapes de la décadence.

* * * * *

Les guerres sont les plus sûrs agents de consolidation d’une âme nationale.

* * * * *

Les États-Unis avaient atteint le faîte de la puissance industrielle et commerciale, mais leur âme nationale n’était pas encore très stable. La guerre l’aura définitivement fixée.

* * * * *