Chapter 6
BÉGAS: sot, qui ne sait que dire. De _bègue_, sans doute parce que celui qui bégaie a l'air d'un niais, par l'effet de la difficulté qu'il éprouve pour s'exprimer.--On appelle _begas_, dans la Manche, cette pièce de bois portative, où l'on suspend la lampe pour les repas du soir ou pour les veillées; et _grand begas_, métaphoriquement, un grand garçon, immobile par bêtise ou par maladresse.
BÉGAUD: nigaud. Roman.
BÉGAUDER: dire des niaiseries; balbutier.
BÉGAUT: chandelier de bois avec une bobèche de fer-blanc, à ressort. A.
BEGUË; TRUITE BEGUË: truite saumonnée.
BEGUER: bégayer.
BEIGE, en parlant des laines: de couleur mélangée de noir et de blanc.
BEILLÉE ou BAYÉE: ventrée à pleins boyaux. De _boille_, gros ventre; panse. _Beil_, ventre, dans le patois Vendéen.
BÉJUEL ou BÉJUET: en sens inverse. Être couché béjuet se dit des personnes qui, dans le même lit, sont couchées en sens opposé l'une de l'autre, comme il arrive chez les paysans pauvres, dans certains cantons, où l'on établit dans une même couche les garçons et les filles de la maison. _Béchouet_, en patois du Jura. Voyez BÊCHEVÊCHE et TÊTE-BÊCHE. A.
BÊLE: berle, ou ache d'eau. Du celtique-breton _beler_, cresson d'eau, parce que la berle a un peu l'apparence de cette crucifère (_Sium latifolium_).
BÉLIANE: canard tadorne. B.
BELIN: bélier.
BELLEMENT: grandement. L.
BELOSSE ou BLOCE: fruit du prunellier. A.
BÉLUETTE: bluette; étincelle.
BELZAMINE: balsamine. Id. dans le patois Lorrain.
BEN: bien. De _bene_. C'est une simple crâse qui supprime l'_i_ de l'adverbe bien, comme ren est celle de rien dans plusieurs patois. A.
BÉNAMEN: assurément. C'est approuver, en disant: _bien_! _amen_!
BÈNE: ruche ou panier. De _benne_ ou _banne_, hotte de vendangeur. Avranches.
BÉNÊQUE: oie sauvage. De _bernache_, oie du Nord.
BÊNI: escargot. Avranches.
BÊNIR, en parlant du linge: sécher un peu; cesser d'être complètement mouillé.
BENOM: surnom, sobriquet. De _bis nomen_. B.
BÉQUERELLE: bavarde acariâtre et querelleuse. Du roman _becquerelle_, mauvais propos.
BÉQUET: petit clou que l'on met sous la semelle des souliers.
BER. Voyez BERS.
BÈRAT: bec d'un vase, par où l'on verse le _bère_.
BÉRANGUIER: marchand de fromages et de fruits. A.
BERBIS: brebis. Du latin _vervex_.
BERCA: brebis.
BERDAILLER ou BREDAILLER: bredouiller; faire un bruit importun, en parlant d'un rouet.
BERDALE: femme de mauvaise conduite. V.
BERDANCIER: inconstant.
BERDANSER (SE): se balancer. De _danse_. A.
BÈRE: boire. Je bérai, tu béras, etc. De même pour les autres modes de ce verbe. Je bés, ils bèvent. _Bès_ ou _beu_, à l'impératif. Appartient également au patois du Jura.
BÈRE: cidre ou poiré. Corruption de boire. C'est une sorte d'euphémisme. _Maûre bère_, _gros bère_: cidre pur et fort.
BEREAU: tuyau de bois ou de métal, dont on se sert pour dépoter le cidre et le tirer du tonneau;--broc. On lit ce vers dans Basselin:
Les pipes, les bereaux pleins de liqueurs vermeilles.
BÉRÉE (s. f.): frigilla, sorte d'oiseau. Au figuré, _petite bérée_, jolie petite fille, bonne et gracieuse. L.
BERELLE: dispute entre buveurs.
BERGE: estomac des oiseaux. B.
BERGEAS: moutons, brebis. A.
BERLAN: brelan. Id. patois Lorrain.
BERLANDE: cuillère de bois.
BERLICOQUET: jeune coq; cochet.
BERLINGUETTE: petite sonnette. Onomatopée.
BERLOQUES: breloques. Id. patois Lorrain.
BERLOT: coq-d'Inde. Onomatopée tirée de son cri, lorsqu'il fait la roue.
BERLUETTE: bluette, étincelle.
BERNE: berme de chemin.
BERNICLES: besicles.
BERNOUSER ou BRENOUSER: salir par des excréments. Du celtique _brenn_, son, la partie du grain qui enveloppe la farine. A.
BERNOUX: brenneux.
BEROUASSE; BROUASSE: bruine, pluie fine qui brouille le temps.
BEROUÉE: brouée; brouillard pluvieux. Dans le patois du Jura, brouée signifie une ondée. Du latin _pruina_; du celtique-breton _brumen_, brume, brouillard épais.
BÉROUETTE: brouette. En patois Walon, _berwette_.
BERQUE (s. f.): vieille brebis. Voyez GERCE.
BERQUER: berger. S.
BERQUERIE: bergerie. S.
BERQUIGNOT: homme mal bâti.
BERRICHON: femme dont la toilette est en grand désordre.
BERRUCHON; BERRICHON: roitelet.
BERS: berceau. On lit dans Cretin:
Car soubz l'enfant gisant au bers.
Wace avait dit dans le _Roman de Brut_, v. 13, 895:
Enfans em bers esboeler.
BERTELLES; BERDELLES: bretelles.
BERZOLE: femme étourdie, qui ne songe qu'à se divertir. Du celtique-breton _berza_, défendre, chômer une fête. Voir le Dict. de Le Gonidec.
BESCOCER: se troubler. Ce verbe est employé dans le même sens par Froissard (_Poésies_, p. 338).
BESEAU: l'oiseau dernier éclos d'une nichée. Voyez ÉCLOCU.
BESER, en parlant des vaches en rut: courir çà et là.
BESIN: demi-ivre. B.
BESOT (porter): porter malheur. Parce que le besot, le double-as, est le plus faible point que puissent amener les dés.
BESTIAL: bétail. On a conservé en français le pluriel _bestiaux_.
BESTOURNER: déranger, renverser. De la basse latinité _bistornare_.
BÊTAS: même sens que _bêta_: bête; sot; imbécille.
BÊTASSE (s. f.): grosse bête, imbécille. De l'italien _bestiaccia_.
BÉTELER (v. n.): cailler sur le feu, en parlant du lait. Voyez CALEBOTTER, et TRUTER.
BÊTISER (v. n.): dire des niaiseries, des bêtises.
BÊTON: petit sot, petite bête.
BEUCHONNIER: ivrogne qui fréquente les mauvais cabarets, les bouchons. B.
BEUCLÉ. Voyez BÉCLÉ. A.
BEUGUER: roter. M.
BEURGUER; BURGUER: pousser. B.
BEURRÉE (soupe à la beurrée): panade. L.
BEZOT: le dernier né d'une couvée. S.-I.
BIANC: blanc. C'est l'_i_ pour l'_l_, comme en italien après A, B, P, V.
BIANCHET: blanchet, sorte de corset. A.
BIARD ou BLARD: sorte de civière pour transporter les morts. De _Bière_.
BIAU (DE): Mettre ses chaussures de biau. C'est les mettre au pied, auquel elles ne sont pas destinées.
BIAUCOUP: beaucoup.
BIBE: bube, petite tumeur survenue à la peau. Du grec [Grec: boubón], tumeur.
BIBERONNER (v. n.): faire biberonner un enfant, lui faire boire du lait avec un biberon.
BIBELLE: petite bube à la figure.
BIBET: moucheron. L'auteur d'une des _Chansons Normandes_, que j'ai recueillies à la fin de mon édition de Basselin, dit, p. 210:
L'araigne, qui tous les ans Fesoit son nid au dedans, Avec mouches et bibets Qu'elle prenoit dans ses rets.
Voyez GUIBET.
BIBETTE: petite bube. Diminutif de _bibe_. B.
BIBI: bobo; mal léger.
BIBRETEUX: rouge. A.
BICACOIN: en zig-zag; de côté et d'autre. A.
BICLE; BICLESSE; BIGLE; BIGLESSE: louche. Le poëte normand, Elis de Bons, dit à Camus, évêque de Séez:
Que son renom sera universel Malgré l'effort de la biglesse envie.
L'Académie a conservé _bigle_ et _bigler_.
BICLER: regarder du coin de l'oeil.
BICOIN: de côté et d'autre; en zig-zag. Voyez BICACOIN.
BICOQUET: sorte de coiffure de femme, favorable à la _coquetterie_.
BIDAILLON: mauvais bidet; petit cheval de peu de valeur. L.
BIDOCHE (s. f.): cheval de bois ou de carton, pour les amusements populaires. Nous en avons parlé dans nos _Archives Normandes_ (année 1826, p. 374), à l'art. _Cérémonies des Mariages dans la partie occidentale du département de l'Orne_.
BIDOQUE (s. f.): vieux cheval, mauvais _bidet_. V.
BIE: cruche; par extension, toute sorte de vase. De _buie_ ou _buire_, espèce de broc pour les liqueurs de table. Ces mots, ainsi que burette (contraction de buverette), busse, botte, que Du Cange dérive du grec, viennent du primitif celtique _bauc_ et _baot_, qui signifie antre et généralement tout ce qui est creux. Bocal, boucaut, et (suivant Bullet) bouteille, ont la même origine, de même que bouche et poche, le dernier mot ayant changé le _b_ en _p_; ce qui est fréquent dans ces sortes de dérivés et de composés. A.
BIEF: biez, canal qui conduit l'eau au moulin.
BIENVENUE. Voyez VENANTISES.
BIÈRE: fantôme échappé de sa bière. Val.
BIEU: biez; ruisseau.
BIEU: bleu. L'_i_ pour l'_l_, comme on a vu ci-dessus dans bianc, etc.
BIGARNOISE (A LA): coiffé à la bigarnoise; d'une manière effrontée.
BIGNE: tumeur; enflure produite par un coup. Dans le patois Lorrain on dit _beugne_, et _geugne_. En roman _bugne_, _buigne_.
BIGNET: beignet. Patois Lorrain.
BIGNOCHE. Voyez BIGORGNE.
BIGORGNE (s. f.): partie d'un arbre, ou morceau de bois _biscornu_, _raboteux_. En français, la bigorne est une sorte d'enclume qui a deux pointes ou cornes (de _bis_ et de _cornu_). Au figuré, on dit des lettres bigorgnes, pour des lettres mal conformées.
BIGRE: bougre, juron grossier. Du latin _apiger_ (qui regit apes) on a fait _biger_, _bigrus_, garde forestier, chargé du soin des ruches. Plusieurs chartes du moyen-âge offrent ces _biger_, _bigrus_ et _bigre_. Un aveu, rendu en 1479 par le seigneur de Bémécourt au comte de Breteuil, s'exprime ainsi: «Ai droict..., quand on met des mouches en la dite forest de Breteuil, d'envoyer mon bigre avec les bigres du roi, lequel doit être juré devant le chastelain de Breteuil de bien et fidellement querre les abeilles et le miel pour en faire mon besoing.» On trouve aussi ce qui suit dans un aveu de la seigneurie de Neaufle, rendu également au comte de Breteuil en 1465: «Et du dict fief d'Auvergni despend un hostel, appellé l'Hostel de la Bigrerie ou Hostel aux Mousches.»
BIGUENETTE: dévote acariâtre. De bigotte. A.
BIHAN: rouet. A.
BIHORAGE (s. m.): plantation en désordre; terrain mal cultivé. A.
BIHOT. Voyez BUHOT.
BIHUTTE: mauvaise cabane. De hutte. L.
BIJAUDER: faire le plaisant. Orne.
BIJUDE. Voyez BIHUTTE.
BILANDER: être bilent. V. ce mot. A.
BILANGE (s. f.): bande étroite d'étoffe. De _lange_ ou linge.
BILENT: lent, très-lent, fainéant. De _bis_ et de _lentus_. En Roman _bilant_.
BILLOT: «C'est comme la noblesse du _Billot_; va te coucher, tu souperas demain!» parce que les gentilshommes de cette petite contrée de l'arrondissement de Lisieux étaient en général fort pauvres, par comparaison avec la noblesse normande.
BINDER: s'impatienter. S.-I.
BINEL: guignon. Jouer de binel. Orne.
BINET. Voyez BIGNET.
BINGOT: stalle de lavoir. Val.
BINGOT: panier en paille nattée.
BINOT: monceau; tas. B.
BIOCHE (s. f.): petite bie; petite cruche. A.
BIONNER: travailler avec redoublement d'efforts. De _bis_. En vieux argot, _bier_ signifie aller. A.
BIQUETTE: petite chèvre; jeune bique, qu'en patois de Courtisols on appelle _bica_.
BIRETTE (s. f.): verge d'enfant. Du latin _veretrum_. A.
BIRINGUE: rosse; mauvais cheval. A.
BIROQUE: rosse. B.
BIROU; BIRUCHET: roitelet. A.
BIS (s. m.): recoupe de blé.
BISCANTINE ou PISCANTINE: boisson mauvaise et plate. Voyez CLACUSSE. L.
BISET. Voyez BISEUL. A.
BISETÉ (caillou): Voyez BISEUL. A.
BISETTE (s. f.): pain _bis_.
BISETTE: macreuse (_Anas nigra_).
BISEUL: gros caillou; bloc de silex brut. Suivant Bochart, biset, pour bisec, vient du grec [Grec: bizapion] qui signifie une petite pierre. Meursius le prouve au mot [Grec: Bizapion]. Les Chaldéens disaient _biseca_. A.
BISIEUTRE (s. m.): calamité, malheur. Orne.
BISQUE (s. f.): poiré fait avec des poires jetées simplement avec de l'eau dans une futaille; par extension, mauvaise boisson. A.
BISQUE (s. f.): haridelle, mauvais cheval. A.
BISQUE ET DE COIN (DE): de travers. Voyez BICACOIN.
BISQUER: éprouver du dépit. Comme celui qui boit de la bisque ou bien est monté sur une bisque.
BISSAQUET (Bourgeois): paysan décrassé qui fait le fier, et semble oublier qu'il a porté le _bissac_.
BITER A: toucher à. L.
BITOT: bientôt. L.
BLAGUE (s. f.): bavardage de fanfaron. Parce que la blague, proprement dite, paraît une bourse bien garnie, et ne renferme qu'un peu de tabac.
BLAGUER (v. n.): bavarder pour se vanter, hâbler.
BLAGUEUR, SE: celui ou celle qui blague.
BLAIS (St.): St.-Blaise. A Alençon, le peuple dit le faubourg St.-Blais.
BLANC: on ne dit plus que six blancs. Le blan ou blanc valait cinq deniers. Nos six blancs représentent donc 2 sous 6 deniers, ou 12 centimes et demi.
BLANC-MUGUET: aphtes qui surviennent à la bouche des petits enfants, et ressemblent à la fleur du muguet dont ils ont la couleur.
BLAUDE (s. f.): espèce de blouse. Se trouve aussi dans le patois du Jura. On disait dans notre ancienne langue _bliaud_, de la basse latinité _blialdus_, _bliaudus_, _blisaudus_, et même _blidalis_ dans Du Cange. Les Lyonnais en ont fait blauda, les Picards bleude, les Normands blaude et plaude, les Troyens biaude.
BLEC; BLÈQUE; BLÈCHE: mou, molle, en parlant de fruits. En patois Rennais, _blet_. Ce qualificatif est dérivé du grec [Grec: blax], qui signifie mou. _Blèque_ en roman.
BLÉCHIR (v. n.): mollir, en parlant de fruits, tels que la poire, la nèfle, la corme. Les Lorrains disent blessir et blettir.
BLÉRIE ou BLAIRIE (s. f.): champ couvert du _blé_ qu'on y a semé.
BLESSE (s. f.): blessure produite par l'effet d'une chûte, d'un coup violent ou d'un effort.
BLET (s. m.): image. Avranches.
BLÊTE ou BLÊTRE (s. f.): motte de gazon. _Bleite_ en roman signifie toupet, touffe de cheveux, comme notre blête est une touffe de gazon de graminées. Dans la langue romane, dit Roquefort, on désigne par blotte et bloutre «une petite motte de terre renversée par le soc en labourant.»
BLETTER (v. n.): rester immobile comme une _blête_. Val.
BLEU-BLEU: barbeau, _bluet_. B.
BLEUS (s. m. plur.): linges de couleurs qu'à la lessive on établit sur le cuvier pour les laver les premiers, parce qu'ils n'ont pas besoin d'y séjourner aussi long-temps que le reste du linge. C'est ce qu'à Alençon on appelle _la tournée_. L.
BLOCHE ou BELOSSE. Voyez BLOSSE.
BLOQUE (s. f.): pièce de 2 sous (10 centimes). _Bloquer_ signifie vendre dans l'argot récent. A.
BLOQUET: souche, pièce de bois, billot. Manger au bloquet, manger sur le billot.
BLOQUET: fuseau de dentellière. C.
BLOSSE: prune sauvage, fruit du prunellier des haies. Du roman _baloce_, _belloche_.
BLOSSES: yeux.
BLOUQUE: boucle. C'est une métathèse qui n'est pas particulière à la Normandie.
BOBAN: luxe, _bombance_. De _pompa_.
BOBILLON, NE: minutieux, méticuleux. En patois Rennais, _bobillon_ signifie bavard. A.
BOBINETTE: loquet, cheville qui ferme la porte. Employé par Perrault, dans le conte du _Petit Chaperon Rouge_.
BOBINOUX: dévidoir qui sert pour les bobines.
BOBON: bonbon. L.
BOCAIN: paysan du Bocage.
BOCHE: bouche. Puer la bôche, avoir l'haleine fétide. Valognes.
BOCHER (v. n.): paraître volumineux, comme s'élève une _bosse_. Voyez BOSSER.
BOCHET ou BOCHETTE: élévation ou _bosse_ que fait le fil sur le fuseau. En roman, _bochette_. L.
BOCHU: bossu. Dans le XIIIe _siècle_, on disait bochu pour boçu ou bochu:
On m'appelle bochu, mais je ne le suis mie,
dit Adam de La Halle, poète d'Arras, qui, vers 1250, donna la première comédie française et la première pastorale (_Le jeu de la Feuillée_, et _Le jeu de Marion et Robin_). Voir M. Paulin, Paris, _Cabinet de lecture du 24 janvier 1836._
BOE: boue. Roman. Gautier de Coinsi dit:
Boe et venin tout environ De totes pars en sailloit fors.
BOEL (s. m.): cour près de l'habitation.
BOÊME: il a l'air d'un boême, d'un boêmien (bohémien); il a l'air noir et sale d'un sorcier. En roman, _boem_ signifie sorcier; _boêmé_, ensorcelé; _boesmien_, vagabond. Les Bohémiens du XVe siècle sont, suivant le baron de Bock, originaires des Grandes-Indes, et appartenaient à la caste méprisée des Sudders. Le mot bohême est passé récemment dans la langue française, où il désigne une portion notable de la jeunesse parisienne, dont ce mot indique métaphoriquement les moeurs relâchées.
BOGUE (s. f.): hérisson ou enveloppe de la châtaigne. La bogue tire son nom de sa conformation: elle s'ouvre comme les paupières sur un oeil. Roquefort n'a pas connu ce mot ni les deux acceptions qu'il a. A.
BOGUES (s. f.): les paupières, et, par extension, les yeux. Du grec [Grec: boôpis], qui a de grands yeux. Le poisson que l'on nomme bogue ne porte ce nom, suivant l'ichtyologue Rondelet, qu'à cause de la grandeur de ses yeux, du mot grec [Grec: boôps]. A.
BOGUÉYE: chassie. P. R. _Boguille_. A.
BOGUÉYEUX, SE: chassieux, se. P. R. _Boguilleux_. A.
BOILLE (s. f.): gros ventre. Du vieux substantif français _boel_, boyau. En roman, _beuille_ signifie le nombril, et, par extension, ventre; d'où boillu, ventru. A.
BOIRAILLER: boire à tort et à travers. A.
BOIRE (s. m.): petit boire, cidre mêlé d'eau.
BOIRE (s. f.): abreuvoir. A.
BOIS-DOUX: réglisse. A.
BOIS A FUMER: clématite des haies. B.
BOIS-JAN: ajonc, jonc marin (_Ulex Europæus_).
BOIS DE MARAIS: reine des prés (_Spiræa ulmaria_).
BOIS-PIANT ou PUANT: cornouiller, parce que sa sève a une odeur désagréable. L.
BOIS-PUANT: douce-amère (_Solanum nigrum_). Dans le patois Lexovien, le bois-puant est le cornouiller (_Cornus mas_).
BOISE: pièce de bois. En roman, _boise_ signifie bûche; rondin. De la basse latinité _boisia_.
BOISETTE: petite boise.
BOISSON (s. f.): cidre pressuré avec mélange d'eau, dont on fait la boisson habituelle. L.
BOISSON (s. m.): poignée ou _bouchon_ soit de paille, soit de foin, dont on se sert pour fourbir. L.
BOISSONNER (SE): s'enivrer. BOISONNÉ: ivre.
BOISSONNIER: ivrogne d'habitude.
BOÈTE, et non pas BOUÈTE: mangeaille pour les cochons, laquelle est presque toujours plus ou moins liquide. Du verbe _boire_.
BOITE: ivre. Patois Rouchi. En Roman, _être en boite_, être ivre.
BOITON ou BOUETON: gros sabot, peu évidé, arrondi par le bout. Les _bouêtons_ sont convenables pour garantir de la _boue_.
BOL (s. m.): boulette de viande hachée. L.
BOLUMÉ (s. m.): couvre-feu. Sonner le _bolumé_. L.
BON (DE): sérieusement, tout de bon.
BONDAS: bouchon, _bondon_. En roman, _bondail_.
BONDER: bondonner.
BONDERÉE (s. f.): femme trapue et courte comme une _bonde_.
BONE-BONE: Colin-Maillard, jeu où l'on se couvre les yeux, où l'on se _bône_.
BONER: masquer, couvrir le visage; à proprement parler, c'est couvrir les yeux. Du grec [Grec: boôps]. A.
BONIAU: sorte de machine en bois tressé, pour barrer un ruisseau; pour _bôner l'iau_ (l'eau).
BONIER: fermer. Corruption de bôner. Vire.
BONNE (adv.): chèrement, beaucoup. Cet objet m'a coûté _bonne_, je l'ai payé _bonne_. L.
BONNE-DA: exclamation, comme bon! dame! A.
BONTIF: bonasse, débonnaire. On lisait dans l'épitaphe de l'évêque Jean Hennuyer, en 1578, ce vers alexandrin qui emploie en bonne part le qualificatif _bontif_ appliqué à ce prélat:
Envers Dieu et chascun _bontif_ et amiable.
BONTIVEMENT: avec simplicité.
BOQUE: coquille de noix, de noisette. De _bois_. Voyez BOGUE.
BOQUET, TE: bocager, non cultivé. Des pommes bôquettes. C'est à tort que MM. Du Méril écrivent bauquet. Ce mot vient de _boscus_, bois.
BORAN ou BAURAN: rebord de fossé, relevé en talus; crête de fossé.
BORD: ruban de fil ou de laine qui sert à border on travail de couture. Voyez LISETTE.
BORDAGE: petit domaine champêtre. Du vieux mot _borde_, habitation à la campagne. On lit dans le _Dictionnaire de Trévoux_ que _bordage_, en terme de coutume, était un «droit seigneurial dû sur une _borde_, loge ou maison baillée pour faire les vils services du seigneur.» Dans la basse latinité, _boaria_, _borda_, _bordellum_, etc. A.
BORDAGER: qui occupe un bordage. A.
BORDER: heurter. Voyez BOURDER.
BOS ou BOSC: bois. On lit le vers suivant dans le _Dict du Cerf_:
Le cerf estoit par _bos_, par prés, par plaine.
_Bos_ appartient aussi au patois des Vosges. Nous retrouvons _bos_ et _bosc_ dans la dénomination de plusieurs communes.
BOS: bah! S.-I.
BOSCO: bossu.
BOSQUIER (v. a.): pousser.
BOSSELER: bossuer un vase de métal.
BOSSER: paraître volumineux, faire saillie comme une bosse,--bossuer. Voyez BOCHER.
BOTTER: en parlant de la neige qui s'attache aux pieds, comme une botte, et embarrasse la marche. C'est évidemment de ce verbe et de cet accident que vient le substantif pied-bot.
BOU: bouleau. B.
BOUJOU: bonjour! C'est par l'effet de cette tendance à changer _on_ en _ou_, que nous disons mouceau pour monceau, la commune de Mouceaux pour Monceaux, couvent pour convent.
BOUAILLE: anneau, bague. De _bouel_, boyau (creux et rond). Bouailles se dit aussi pour entrailles. M.
BOUBANE: perruque. Bernai.
BOUBIQUE (adj.): hermaphrodite, qui est à la fois bouc et bique, mâle et femelle. A.
BOUBIQUE (s. f.): cidre fait d'un mélange de pommes et de poires. Voyez HALBI.
BOUCAN: mauvais lieu, tapage. Le boucan est un lieu dans lequel les Sauvages et les Flibustiers fumaient leurs viandes pour les dessécher et les conserver. C'est, par conséquent, un lieu sale, enfumé et bruyant.
BOUCANER: gronder sans mesure ni raison.
BOUCHAS: bondon. Du verbe boucher. A.
BOUCHILLON: pommier ou poirier sauvage. De _boscus_, bois. Voyez BOQUET.
BOUCLE: baie. La _boucle_ de Port-en-Bessin. B.
BOUCLÉ: se dit en parlant du lait. Voyez BÉCLÉ. A.
BOUDE: bouderie. Faire la boude, bouder. L.
BOUDE: vessie. A.
BOUDIN: boyau, intestin. Du roman _baudan_; en provençal, _baoudan_. Du latin _botulus_.
BOUDOUFLÉ: boursouflé d'orgueil blessé. A.
BOUDRE: bouillir.
BOUDRE: bougre! S.-I.
BOUERQUIN: sorte de muselière que l'on met à la _bouche_ des moutons pour les empêcher de brouter.
BOUESSON: bouchon ou poignée, soit de paille, soit de foin, dont on se sert pour frotter.
BOUESSONNER: brouiller, mettre en désordre. B.
BOUESSONNIER: brouillon. B.
BOUFFAILLER: abondance de grosse viande.
BOUFFARD: gourmand.
BOUFFE-LA-BALLE: gourmand qui, à force d'emplir sa bouche, rend ses joues bouffies comme une _balle_.
BOUFFER: manger avec avidité. En roman, bouffard signifie gourmand. Du grec [Grec: bouphagos]. Dans notre ancien français, bouffer signifie enfler ses joues en soufflant. Ainsi notre verbe patois bouffer voudrait dire: manger à pleine bouche, de manière à ce que les joues en paraissent enflées. Au reste, bouffer pourrait bien être l'altération du verbe brifer: manger avidement.
BOUFFON: gros morceau de pain qui fournit de quoi _bouffer_.
BOUFFON: sorte de Lychoris dont la fleur rose, très-double, forme des touffes _bouffantes_.
BOUFRE: bougre.
BOUGES: culottes.
BOUGIE: vessie. Mortain.
BOUGON: morceau de bois gros et court. L.
BOUGUENETTE (s. f.): maraude, pillage. R.
BOUGUES: terrain sablonneux et mouvant sur le bord de la mer. De l'anglo-saxon _bog_, marais. Manche.
BOUIAS: boyaux.
BOUILLE (s. f.): boucle faite sur un noeud, soit de fil, soit de ficelle.
BOUILLON: boue liquide, l'eau qui tombe en abondance et qui fait, pour ainsi dire, bouillonner le sol.
BOUILLONNIÈRE (s. f.): ornière, passage rempli de _bouillon_ ou boue liquide.
BOUL: poignée de verges de _bouleau_ pour fouetter les enfants.
BOUL-BOUL: taureau. De l'anglais _bull_.
BOULE: tête. Perdre la boule: perdre la tête.
BOULEMENT: vertige, qui fait tourner la _boule_, la tête. L.
BOULER: pousser comme une _boule_, déprécier, maltraiter. Envoyer bouler: envoyer promener. L.
BOULET: bouleau. L.
BOULEUX: gros sabot, dont le bout est rond comme une boule. Voyez BOITON.
BOULEVARI: tumulte, désordre où tout est _bouleversé_. On dit en français hourvari. Voyez HOULEVARI. Boulevari se trouve dans le patois Lorrain.
BOULIEUX: mangeur de bouillie, comme les villageois de cantons pauvres. Se prend en mauvaise part.
BOULICOT: petite pelotte de fil ébouriffée. Du substantif _boule_ et du qualificatif _gâté_: petite boule gâtée, difforme. Ce substantif signifie aussi morceau de bois gros et court.
BOULOIR: terrain disposé pour jouer aux quilles, sur lequel doit rouler la _boule_.
BOULOT: gros et rond comme une _boule_.
BOULOTTER: équilibrer à peu près sa dépense avec sa recette. Vulgairement on dit en ce sens: parvenir à joindre les deux _bouts_. L.
BOUQUET (s. m.): grosse salicoque.
BOUQUETÉ (adj.): paré d'un beau bouquet.
BOUQUETS: plantes de parterre, qui produisent des fleurs propres à faire un bouquet. L.
BOUQUETTE: houpette. L.
BOURBIQUET: voyez BROUBIQUET.
BOURBITON (s. m.): plante crucifère à fleurs jaunes, qui se multiplie dans les blés. Voyez SENVRE.
BOURDE: sorte de tourte aux poires ou aux pommes. Voyez BOURDELOT; BOURDIN; DOUILLON.
BOURDELOT: tourte aux fruits. Ce mot, comme bourdin, est roman.