Chapter 5
AMIDONER: disposer dans l'amidon, empeser.
AMIGNONER: caresser. C'est à peu près l'_amignarder_, l'_amignoter_ de la langue romane. De _mignon_. L.
AMIGRANER: bouillir à petits bouillons.
AMIN: ami. M'NAMIN: mon ami. M.
AMOMI DE: fou de, épris de. De _Momus_, dieu de la folie. Voyez MOMON. A.
AMONTER: gravir un coteau, un mont; arriver à un endroit élevé. _Admont_, en langue romane: plus haut. ROQUEFORT.
AMOROCS, camomille romaine. Voyez AMOURETTE DES CHAMPS. L.
AMORPHOSÉ: absorbé dans ses pensées, au point d'être immobile, comme ces personnages des contes de Fées qu'elles _métamorphosent_ en statues.
AMOURETTE DES CHAMPS: camomille commune. (_Anthemis arvensis_).
AMOURETTE DES PRÉS (_Briza media_).
AMPRÈS; ENPRÈS: près, auprès. Cette préposition signifie aussi en comparaison de.
AMUSER; muser. L.
ANCHIAS: enfant de mauvaise mine, qui n'acquiert pas de forces. A.
ANCIAN: ancien.
ANCINES (Guignes d'): merises noires, propres à faire des ratafias. Ce nom vient d'_Ancines_, commune du département de la Sarthe, voisine de la ville d'Alençon, où l'on transporte la plus grande partie de ces fruits. A.
ANDAIN: intervalle entre deux pas. Du verbe italien _andare_, aller, marcher. Dans la basse latinité, _andena_ signifie l'espace que contiennent entre elles les deux jambes écartées. Consultez Nicot, Monet, Ménage et Furetière. A.
ANDAIN: foin mis en rayons sur le pré où il passe la nuit. Voyez ONDIN. L'Académie définit l'andain «l'étendue de pré qu'un faucheur peut faucher à chaque pas qu'il avance.» Cette définition semble peu exacte.
ANDOUILLE: fusée de terre et de foin que l'on dépose et assemble pour former un plancher.
ANEMI: ennemi. Alexandre de Bernai a dit, dans le XIIe siècle:
Des anemis grever...
ANEMI QUE: à moins que.
ANERTER: défricher, essarter. D'_iners_: oisif. C'est, en effet, rendre à la culture et à la production un terrain oisif. A.
ANGARIER (v. réfl.): s'égarer. C.
ANGE: papillon de nuit, du genre pyrale. B.
ANGE-CHRIST: Antechrist. R.
ANGELOT: sorte de fromage. Dans le moyen-âge, on appela _angelon_, puis _angelot_, un fromage fabriqué dans le Pays-d'Auge. C'est angelon pour augelon et même augeron. On lit dans le roman de la _Rose_:
Ou de tartres ou de flaons, Ou de fromages angelons Qu'aussi est se moult bel jouel.
ANGLAGE: côtes et rades d'Angleterre. B.
ANGOISSER: faire éprouver des _angoisses_ et en éprouver. Montaigne l'emploie dans le premier sens, et la _Chronique de saint Denis_ dans le second. M.
ANGOLA; CHAT ANGOLA; LAPIN ANGOLA. Corruption d'_angora_: en effet, ces animaux à poils longs et soyeux viennent d'Angora (l'ancienne Ancyre), ville d'Asie, et non pas d'Angola, en Afrique.
ANH: ah! L.
ANHUI; ANI; ANIEUT. En roman _anuit_. Voyez ENHUI.
ANILLE: béquille. Du latin _anus_: vieille femme. Anille se trouve dans le roman.
ANNELER: attacher un fil de fer dans le groin d'un porc pour l'empêcher de fouir.
ANOUILLÈRE (vache): vache que l'on n'a pas fait saillir, ou qui n'a pas conçu et qui continue de donner du lait.
ANSERÉE, s. f.: plantin, _plantago lanceolata_.
ANTENAIS: poulain d'au moins un an, _natus ante annum_.
ANTIVEILLE: surveille. _Anti_ pour _ante_.
AORÉ; BLÉ AORÉ: blé dont l'épi se _dore_ et mûrit.
AORIBLE; AVORIBLE: précoce. L.
APIÉ ou APIER: ruche. D'_apis_: abeille.
APIÉGER (S'): prendre _pied_, s'établir.
APIPER: attirer subtilement, par ruse. _Piper_, tromper. L.
ARGÉLATRE (s. f.): argile. A.
ARGENTÉ, ARGENTU: pourvu d'argent, riche.
ARGOUÊME: repu, rassasié. B.
ARGUILLE et ERGUILLE: argile.
ARGUILLON: ardillon. L.
ARISMÉTIQUE: arithmétique.
ARJETOURE: reginglette, repenelle. D'_arc_ qui _jette_ l'oiseau dans la boucle de la ficelle où il se trouve pris par les pattes.
ARMELLE: alumelle.
ARMENA: almanach. Ce mot se retrouve dans le patois Troyen.
ARODIVER: ennuyer. En islandais, _at reida_ signifie irriter, fâcher. V.
ARQUELIER. Voyez HAIREQUELIER. A.
ARREGARDER: regarder. Brantome s'exprime ainsi dans ses _Dames galantes_: «Parmi les grands, on n'arregarde pas à ces règles et scrupules.» A la fin du XIVe siècle, on disait _agarder_ pour regarder.
ARRÊT: durée. Les jours d'hiver n'ont pas d'arrêt, ne s'_arrêtent_ pas dans leur marche, n'ont pas de durée sensible.
ARRIAS: embarras, tracas, obstacle. Dans le _Roman de Rou_, Wace dit:
Pur li grant arias kil reciet.
_Arrayé_, dans l'ancien français, signifiait occupé. D'arrie. _Arrias_ se trouve aussi dans le patois Lorrain.
ARRIE: crête de fossé, talus de fossé. D'_orée_, vieux mot qui a la signification de bord, rebord, comme le substantif latin _ora_. _Arrius_, que nous dérivons d'arrie, signifie obstacle, empêchement, qui s'oppose au passage. Suivant Du Cange, l'_aria_ de la basse latinité est un lieu qui n'est ni labouré, ni cultivé. Roquefort dérive arrie du mot latin _restare:_ s'arrêter, résister. On retrouve le radical celtique _arr_ dans le nom de la ville basque de _Biarritz_ (double roche).
ARROCHER. Voyez RUCHER. A.
ARROLE: arroche. A.
ARROQUER: accrocher. Corruption d'accroquer.
ARROSSIR, en parlant d'un cheval ou de toute autre bête de travail: en faire une _rosse_, en l'excédant de fatigue. A.
ARROUSER, ENROUSER: arroser. L.
ARROUSSE (s. f): vesce. Voyez JAROSSE.
ARROUTÉE: quantité de chanvre mise au _routoir_.
ARROUTER: mettre en train de marcher, de faire _route_. Dans le patois Walon, _roter_ signifie marcher. Froissard emploie _arrouter_ dans le sens d'acheminer.
ARROUTER: mettre au routoir.
ARROUTOIR: routoir.
ARROUCHER. Voyez RUCHER. A.
ARRUNER: mettre en ordre; arranger. Ce verbe se trouve encore dans Nicot.
ARSEI pour ARSOIR: hier au soir. _Arser_ en provençal.
ARSELET: vairon, espèce d'able. Voyez DARSELET. V.
ARSOUILLE: femme très-malpropre. Par aphérèse, de garse et de souiller. Ce mot est rouchi. En patois du Berri, _garsouiller_ signifie gâter.
ARUSMÉTIQUE: arithmétique. L.
ASPERGÈS: goupillon; arrosoir. Du verbe latin _aspergere_. Clément Marot dit:
Il y avoit dedans Pour aspergès une rose fennée.
ASSAISONNER; ENSAISONNER: mettre à la saison qui convient, en parlant des terres labourables. En parlant d'une vache, c'est la faire saillir en saison convenable. Dans la première de ces acceptions, ce mot appartient aussi au patois du Berri.
ASSASIN: assassin, et assassinat.
ASSAUTER: attaquer. D'_assalire_. Ancien verbe du substantif _assaut_, qui est resté dans notre langue.
ASSAVER; FAIRE ASSAVER: faire savoir; informer.
ASSÉGRIR: se tranquilliser. Du latin _securus_.
ASSEÏ: ce soir. M.
ASSEMBLEMENT: réunion. Roman.
ASSENS; ASSENT: raison, bon sens. B.
ASSICHER; ASSIÉCHER: asseoir. S.-I.
ASSIESSER (S'): s'asseoir. Je m'assiesserais; s'assiessant; assisez-vous; qu'ils s'assisent. Assiessous, pour assiessez-vous.
ASSOIRANT: approche du _soir_. L.
ASSOLEILLER: exposer au soleil. Antoine Baïf a dit:
Orangers soleillés fleurissans y fruitissent. A.
ASSOT; ASSOTEMENT: ennui propre à rendre _sot_. En roman, _asotie_ et _asotement_ signifient folie, sottise et même débauche. L.
ASSOTER: ennuyer profondément. L.
ASSOTIR: même sens; et, dans le sens neutre: devenir _sot_. L.
ASSOUIR: assommer; étourdir. On dit _assabouir_ dans les patois du Berri et du Nivernais. B.
ASTHEURE: maintenant. Par contraction, pour _à cette heure_.
ASTICHER; ASTIQUER: taquiner.
ASTICOTER: tracasser, tourmenter, piquer sans relâche. D'_astic_, os creux rempli de suif, dans lequel les cordonniers enfoncent fréquemment leur alène. A.
ATACHER: donner un travail à la tâche.
ATELLE: bûche. Du celtique breton, _astell_; en roman, _attelle_, _estelle_. Il signifie aussi bâton; d'où le proverbe: _maigre comme une âtelle_.
ATIGNOLE: boulette de viande hachée que vendent les charcutiers.
ATORI: taché, moisi. B.
ATOUCHER: toucher. L'auteur du Testament de Pathelin fait dire à cet avocat:
Jamais à telz gens n'attouche. L.
ATOUT: avec.
ATOUT: coup, blessure.
ATRA: _à travers_. Roman. Roquefort écrit _atras_, qu'il définit derrière, et dérive de _retro_. C'est une simple apocope.
ATTÉDIER: affliger. De _tædere_, et non pas de _tepescere_, comme le dit Roquefort. Employé par Basselin, vaudev. 39e. Nous avons, à ce sujet, dit dans la note 224 de notre édition de 1821: «Ce verbe, dans Nicot, est défini ennuyer ou fâcher..... Bourgueville de Bras l'emploie pour signifier fâcher (part. I, p. 113).»
ATTENDIS (EN): en attendant. On disait en roman: _entandis_ ou _entendis_, pour cependant, pendant ce temps-là. L.
ATTENTIONNÉ: attentif. A.
ATTICHER: agacer, exciter. On trouve en ce sens _atticier_ dans le _Roman de la rose_. Voyez ASTICOTER.
ATTICOCHER: corruption d'asticoter. B.
ATTINCHER: agacer. S.-I.
ATTITONNER: caresser, dorloter. A.
AU: avec. Voyez O.
AUBET: aubier. Voyez AUBEUR.
AUBETTE: le point du jour, le commencement de l'aube. Du latin _albus_: blanc.
AUBEUR: aubier. D'_albus_, parce que l'aubier est plus blanc que le coeur de l'arbre.
AUBOUFEIN: bluet, aubifoin. De la couleur blanchâtre de son feuillage: _album fenum_.
AUCHE. Voyez OCHE.
AUDIVI: autorité. Se trouve aussi dans le patois de la Corrèze.
AUGERON, NE: habitant du pays d'Auge.
AULIÈRE ou OLIÈRE: oreille. L.
AULUE: promesse qu'on ne réalise pas, retard.
AULUER ou OLUER: tromper, faire attendre, différer.
AUMAILLES: animaux, bestiaux. D'_animalia_. En roman _almèle_ et _amaille_.
AUMIA pour AUMEAU: jeune boeuf. M.
AUNE (Sainte-): Sainte-Anne.
AUQUEMENTER: augmenter.
AUTE: autre.
AUVARE: avarie.
AUVEC: avec. On trouve _awech_ dans la langue romane; témoin ce vers du Chevalier du Cisne:
Awech li ert un des enfans remés. L.
AVALASSE: inondation; grande averse. Du substantif français _lavasse_. En patois walon, _walai_ signifie ondée, grosse pluie. Dans le patois des Vosges, _laivasse_ et _laivesse_ ont aussi cette signification.
AVALER; DEVALER: descendre. On lit dans les Essais de Montaigne: «Jusqu'à ce qu'un homme de cheval l'alla saisir au corps et l'_avalla_ par terre», liv. III, chap. 6; et dans la 1re scène de l'_Iphigénie_ de Rotrou:
Quelle prompte frayeur dans le sein me devale!
AVANGER (v. n.): fournir avantageusement. Les légumes _avangeront_, produiront beaucoup. En roman, _avenger_ et _avangier_ signifient avancer, arriver.
AVAS: le long de. Avas le chemin. L. A Bayeux, on dit _avau_. En roman, _avault_, _avaux_ signifient parmi, dans. En français, _aval_. Nous avons cité, à la fin de notre édition de Basselin, p. 233, une ancienne chanson normande dans laquelle on dit:
Passementée avaud les gambes D'un biau nerfil.
AVEINDRE: atteindre.
AVENAT: balle d'avoine; paille d'avoine.
AVER: avoir, fortune, bien. _Avé_, en roman. _Avei_, en patois de Grenoble. L.
AVER ou AVET: porc. Du latin _aper_. A.
AVÉRAS: volailles de basse-cour. D'_avis_: oiseau. En roman, _avers_ s'entend des bestiaux et des instruments aratoires. Du substantif de la basse latinité _averium_, _averia_.
AVERLAND: grossier, brutal. En roman, _averland_ signifie maquignon. De l'allemand, _haverling_.
AVERNANT: agréable à voir. D'_avenant_.
AVERNON: surnom, sobriquet.
AVERON ou HAVRON: _avoine_ stérile.
AVERSAT: fou, dont la cervelle est _renversée_. Du roman, _avertie_: épilepsie, folie.
AVETTE: abeille. Ancien français. Du latin _apis_.
AVEUC: avec. Roman. S.-I.
AVEUR: précoce. Voyez AORIBLE. On dit proverbialement: «L'aveur ne doit rien au tardif.--L'aorible n'a rien à demander au tardif». _Aveur_ vient d'avant heure, avance.
AVIAS; AVIAUX: oiseaux. D'_avis_. B.
AVISION: invention, bonne idée.
AVISOURE: invention, etc. Du roman _avisoire_. On lit dans les Heures perdues d'un Cavalier françois: «Pardy, je m'avisis hier au soir d'une bonne avisoire!» L.
AVOLÉ: aventurier. Qui a pris sa volée d'un pays vers un autre. Froissard dit (t. I, ch. 39): «Et ceux qui estoient ainsi bannis se tenoient à Saint-Omer le plus, et les appeloit-on Avolez». B.
AVOLER: faire effort pour lancer loin ce qu'on envoie. S'AVOLER: prendre son élan. M.
AVOMES (NOUS): nous avons. Roman. A.
AVONDER ou AVONDIR: gorger d'aliments en _abondance_, engraisser.
AVORIBLE: précoce. Voyez AORIBLE, et AVEUR.
AVOU: où. D'AVOU: d'où.
AVOUER: épuiser. A force de bouillir, cette eau s'est _avouée_.
AVOUS: Avez-vous? Dans la Farce de Pathelin, p. 88:
Avous mal aux dents, maistre Pierre?
AVRILLER (v. n.), IL AVRILLE: il tombe une pluie fine et tiède comme en avril.
AVRONER: apostropher insolemment.
B.
BABINOUX. Voyez BOBINOUX.
BABOTIER: babillard.
BABOUIN. Ce mot se prend en mauvaise part, comme qui dirait: mine de singe. De _babine_: lèvre.
BABOUIN: sorte de statue en neige, que les enfants pétrissent dans les rues.
BACHEROLLE: vaisseau de bois pour porter de l'eau. Du roman _bachoue_, _bachole_, tine ou vase de bois propre à transporter la vendange.
BACHEAU ou BACHOT: petite bâche pour pêcher les écrevisses. En roman, _bagau_.--Dans les marais du Cotentin, un bachot est une petite barque.
BACON: porc salé. De la basse latinité _baco_, cochon.
BACOUETTE: hoche-queue; lavandière. De _bat_, et de _coue_, dont le diminutif est _couette_. C'est la même signification, en termes équivalents, que hoche-queue.
BACUL: traverse de bois pour attacher par derrière les chevaux attelés. Ce mot, dans l'arrondissement de St.-Lo, employé pour désigner une personne qui a les cuisses et les jambes courtes, doit s'écrire _bas-cul_, et n'est pas l'exact homonyme de _bacul_ (_bat-cul_).
BACULOT; BAGULOT: petit bâton qui sert à jouer. Du latin _baculus_.
BADER (SE): mouiller ses vêtements par le bas; se crotter. _Badé, e_, crotté et mouillé. De _bad_ (bois, eau), expression celtique, de laquelle sont venus les noms des villes de _Baden_ en Allemagne, et de _Bath_ en Angleterre, qui, toutes deux, ont des bains célèbres; et même le mot _badaud_ appliqué aux Parisiens, parce que leur ville, naturellement humide, était fréquemment enveloppée dans les brouillards de la Seine et des marais. En islandais, _bada_, se baigner.
BADINOUX: petit rouet dont le travail très-facile n'est qu'une sorte de _badinage_. B.
BADOCHET (s. m.): entremetteur ou entremetteuse de mariages. On l'appelle aussi _rouche-croûte_, parce que ce sont ordinairement de vieilles femmes (pouvant à peine ronger leurs croûtes) qui se chargent de ce ministère officieux et lucratif. A.
BAFFE: tape, soufflet. Roman. Du mot _paf_.
BAFRE et BAFRÉE (s. f.): régal ignoble de gourmands _Bafrée_ se dit également en patois Lorrain.
BAFRER: faire une bafre. Se trouve aussi dans le patois Troyen.
BAFREUR: qui aime la bafre; goinfre.
BAGLE: bague.
BAGNE (SUER A): suer abondamment, comme dans un _bain_ chaud.
BAGOU ou BAGOUL: fécondité de paroles stériles. Ce mot existe aussi dans le patois du Berri. De _gula_, gueule, _goule_.
BAGOULARD: bavard.
BAGOULER: bavarder.
BAGUER (v. n.): se dit d'une couture qui fronce désagréablement.
BAHUYER: bahutier.
BAICHIN, NE: nigaud. De _Baissin_, parce que les Baissins sont regardés comme moins civilisés que les habitants de la Haute-Normandie. Voyez BAISSIN.
BAILLE-LA-GOULE: bavard, sujet à manquer de parole. C'est ce que la _Farce de Pathelin_, p. 110, appelle
Des bailleurs De paroles en payement A rendre au jour du jugement. L.
BAILLOUX: fainéant et maladroit, qui semble _bâiller_ toujours et ne donner aucune attention à son ouvrage. B.
BAINE (s. f.): mauvais cabaret, où l'on ne peut se procurer que de mauvaise _boisson_. A.
BAISEUL: partie de la croûte d'un pain qui, dans le four, a touché un pain voisin (l'a _baisé_). Dans plusieurs cantons de la Manche, on dit _du baisé_ dans le même sens.
BAISSE-MINE: sournois; décontenancé.
BAISSIN: habitant du _pays de Bas_, du _Bas pays_. Ce sont des manoeuvres qui viennent du Bas-Maine et des arrondissements normands contigus, pour travailler dans la Haute-Normandie. Ce mot _baissin_ n'a nul rapport avec le Bessain ou Bessin (le territoire de Bayeux): il a la même origine que _baissière_, liqueur qui reste au bas d'une futaille.
BAITE: ivre. A.
BAITER (SE): s'enivrer. A.
BALÈQUE: bavarde. De _bat_ et de _langue_.
BALIATTE; BALIETTE: petit _balai_.
BALIER: balayer. Se dit aussi dans le patois Lorrain.
BALIURES: balayures.
BALLANNER: rôder, ne rien faire.
BALLANT, TE: pendant, les bras ballants. Au figuré, fainéant. B.
BALLAS (s. f.): commère, fainéante.
BALLER: être pendant. Du roman _baller_, danser. En italien, _ballare_.
BALLIÈRE: sorte de paillasse remplie de _balle_ d'avoine. Se trouve aussi dans le patois Lorrain. Voyez PAILLOT.
BALVAUDER: rester les bras ballants. Ce verbe signifie aussi faire mal un ouvrage; galvauder.
BAMBOCHER: faire des bamboches, de mauvaises farces; se livrer à la débauche.
BAMBOLER ou BANVOLER: gesticuler et se balancer d'une manière désordonnée, comme les cloches que l'on sonne à toute volée.
BANCELLE (s. f.): petit _banc_.
BANLOCHER: balancer, branler.
BANNE (s. f.): grand banneau. Du celtique _benna_. En français, la _banne_ est une sorte de panier.
BANNEAU: tombereau; petite _banne_.
BANNELÉE: ce que contient un _banneau_.
BANNELER: charrier en _banneau_.
BANNIE: enchère publique. De _ban_.
BANNIR: publier solennellement, louer en bannie.
BANON: cuvier pour recevoir le cidre dans le pressoir. On l'appelle aussi _bêleron_.
BANON (DE): en liberté de paître après la récolte. Se dit des bestiaux qui ont cette faculté après le _ban_, ou simplement après l'époque déterminée par l'autorité. Ce terme de l'ancienne Coutume de Normandie s'emploie en parlant des bestiaux qui paissent sans être attachés, à l'abandon.
BANON: enfant pleureur.
BANONNER: pleurer comme un enfant.
BANQUE: élévation de terre en forme de _banc_; crète de fossé.
BANQUÉ, E: celui ou celle dont les _bans_ de mariage sont publiés.
BANVOLE: sorte de girouette, d'étendard, de petit moulin à vent, pour jouet d'enfants.
BAQUER: céder, plier.
BAR ou BARD: forte pièce de bois sur laquelle on assujettit un arbre, pour le scier en madriers ou en planches.
BAR: civière. B.
BARAI; BARAIS: baillerai, baillerais. S.-I.
BARATTÉ: babeurre, liquide qui reste au fond de la _baratte_, quand le beurre en est extrait. A.
BARATTON: sorte de pilon, avec lequel on fait le beurre dans certaines barattes. L.
BARBACROC: moustaches qui font le _crochet;_ homme qui les porte.
BARBAUDIER: bavard.
BARBELÉE (GELÉE): frimas qui couvrent les plantes d'une sorte de _barbe_.
BARBISTRAL: barbier.
BARBOT: bourbier. _Barboter_ en vient.
BARBOTTEAU: caparaçon.
BARBOUILLER: bredouiller. _Babouï_, dans le patois Walon.
BARÈTE: baratte. L.
BARETÉE: mesure de cinq décalitres, demi-hectolitre. Ce mot vient de ce que le demi-hectolitre offre à peu près la contenance de la baratte commune, que le peuple appelle _barète_.
BARETER: baratter; agiter dans une baratte la crème que l'on veut convertir en beurre.
BARGE (s. f.): foin ou paille empilée en forme de cône.
BARGOUILLARD: babillard importun.
BARILLER: barbotter. Valognes.
BARILLIER: fabricant de _barils_; tonnelier. Ce mot se trouve dans la nomenclature des métiers du commencement du XIVe siècle.
BARRACAN: bourracan, étoffe de poil de chèvre. Expression de l'ancien français, prise de la basse latinité _barracanus_.
BARRETEL. Voyez BARATTON. A.
BARRETOUX: querelleur, tapageur. De la basse latinité _barra_, bâton.
BARRIQUE (AVOIR LA): être ivre. L.
BASSE: servante. De _bachelette_, jeune fille. B.
BASSÉE: basque d'habit. C.
BASSETILLE: basque d'habit. Valognes.
BASSICOTER; BACIQUOTER; BACHICOTER: marchander d'une manière mesquine. De _bassicot_, cage en charpente, au moyen de laquelle on élève les ardoises du fond de leur carrière. Au propre, _bassicoter_ signifie tirer à soi; au figuré, c'est attirer un objet en l'agitant, en le tiraillant. C'est ainsi que _tribulation_, peine morale, souffrance de l'âme, vient du latin _tribulum_, machine à battre le blé. Suivant Borel, baciquoter signifie tromper.
BASSICOTIER, ÈRE: celui ou celle qui bassicote.
BASSIN: renoncule des prés (_Ranunculus pratensis_), parce que la couleur de cette fleur ressemble au poëlon de cuivre jaune qu'on appelle bassin.
BATACLAN: attirail, meubles, ustensiles, bruit confus. _Pataclan_ dans le patois Troyen. Sorte d'onomatopée.
BATIAUX: vieux meubles; vieilles pièces de mauvais _bois_.
BATIÈRE: bât. De [Grec: Bastazô], porter.
BATTAISON: pente ou inclinaison donnée à une construction pour la rendre plus solide. Roman. Val.
BATTELESSIVE: hoche-queue; lavandière.
BATTERIE: lieu où l'on bat les céréales.
BATTONER: manger avidement.
BATTU (lait): caillé égoutté, puis écrasé avec du lait frais et de la crême. C'est cette préparation que, dans d'autres parties de la Normandie, on appelle de la piquette. A.
BAUBE: bègue. Du latin _balbus_; du verbe grec [Grec: Bambainô], balbutier.
BAUBER: bégayer.
BAUCHIER: ouvrier en _bauge_ ou pisé. On lit, dans les _Chansons Normandes_ que nous avons recueillies à la suite de notre édition des _Vaux-de-Vire de Basselin_, p. 182:
A la compaignye d'un bouchier Venus sommes du Vau de Vire.
BAUDE: engourdi par le froid. Il a les mains _baudes_, comme on dit à Lisieux: il a les mains _pottes_. C'est le B pour le P, et le P pour le B.
BAUDOUR: joie; réjouissance. Roman.
BAUME: menthe coq (_Tanacetum balsamita_). Par extension, toute plante aromatique.
BAVE (s. f.): bavardage. Villon dit, dans ses _Repues franches_:
Qui sçavez si bien les manières, En disant mainte bone _bave_, D'avoir du meilleur de la cave.
BAVE DE COUCOU: cercops écumeuse, insecte. B.
BAVER: bavarder. Le juge dit au drapier, dans la _Farce de Pathelin_:
Paix, par le Dyable! vous _bavez_.
BAVERESSE: bavarde.
BAVERETTE: bavette au-dessus du tablier.
BAVETTE: petite bavarde.
BAVOL (adv.): filer bavol, filer négligemment, inégalement. Voyez BAVOQUER.
BAVOLETTE: bavolet; femme qui porte cette élégante et riche coiffure du village.
BAVOQUER: filer un fil inégal. C'est à peu près le verbe bavocher, qui signifie imprimer grossièrement.
BAVOT: partie du fil où il est grossier et inégal.
BAVREULE; BAVROLE: bluet.
BAYON; BÉION: cuvier du pressoir, dans lequel on recueille le cidre que la pression du marc fait couler. Cette cuve s'appelle aussi béron et bélon. Du celtique-breton _béol_, cuve.
BÉ: bien. De _bene_. Les Basques disent bey.
BEAUBELLE (s. f.): hypocrisie. Faire la beaubelle, agir en tartufe. De _beau_, _belle_, qui affecte d'être beau de caractère.
BEAU-PERDU (OEIL): oeil qui n'y voit pas, mais qui a une belle apparence.
BÉBÉE; BÉBÊTE (s. f.): bête malfaisante. Mot enfantin.
BEC DE CORBIN: renoncule des champs (_Ranunculus arvensis_). B.
BÉCAILLER: bavarder. De bec. Voyez BEQUERELLE.
BÉCANCIÈRE: bavarde revêche qui, comme on dit, a bec et ongles.
BÉCANETTE: sorte de chantepleure de bois, ordinairement en sureau; petite cruche, vase à _boire_. De _bec_.
BÉCARD: jeune mouton d'un an, dans le patois Bayeusain; de deux ans, dans le patois de l'Orne.
BÉCASSON: oiseau le dernier éclos de la couvée. Voyez ÉCLOCU.
BÊCHEVÊCHE: en sens contraire. Voyez BÉJUEL et TÊTE-BÊCHE.
BÊCHEVÉCHER; BÊCHEVÉLER: mettre en sens inverse, en sens opposé. A.
BÉCLÉ, en parlant du lait: caillé. _Clé_ pour _clair_. Voyez TRUTER. A.
BÉCO (DE): de plus ou de moins d'un nombre déterminé ou proposé. Un gant de béco: un gant dépareillé. Voyez ÉTIPE. Dans le celtique-breton, _besk_ signifie la privation d'un membre.
BÉCOT: baiser sur la bouche, de _bec_. L.
BÉCOTER: donner des _bécots_. L.
BÊCU: maladroit, malavisé. De _besk_, écourté.
BÉDANGOUX: bègue. M.
BÉDANGUER: bégayer.
BEDÉE (DE): tout à coup; étourdiment.
BEDEIN: jeune veau. Peut-être du latin _bis_ et _dens_, qui a deux dents. A.
BÉDIÈRE (s. f.): lit, couche. De l'islandais _beder_, de l'anglais _bed_. Pont-l'Évêque.
BEDONDON (s. m.); BÉDONDAINE (s. f.): bedaine. L.
BÉDOT ou BÉDROT: le dernier né. B.
BÉDOU: rouge-gorge.