Chapter 4
_Notice sur la ville de La Guerche_. Vitré, 1839, in-8º.
_L'enfance et la mort de ma fille_, élégies. Rambouillet, 1842, in-18.
_Recherches historiques et physiologiques sur la guillotine, et détails sur Samson_. Paris, 1843, in-8º, fig.
_Réponse aux articles de M. Buchon intitulés: Détails inconnus sur l'affaire du duc d'Enghien, extraits d'une conversation du roi Joseph-Napoléon, lesquels ont été insérés dans les feuilletons du journal_ La Presse _des_ 9 _et_ 10 _septembre et_ 1er _octobre 1843_. Paris, 1843, in-8º.
_Recherches archéologiques, historiques, biographiques et littéraires sur la Normandie_. Paris, 1843, in-8º.
_De Mlle Le Normand et de ses deux biographies récemment publiées_. Paris, 1843, in-18.
_Histoire de Lisieux et de son territoire_. Lisieux, 1845 et 46, in-8º. 2 vol., fig.
_Économie rurale de Columelle, traduite du latin_ (dans la collection de Panckoucke, 2e série). Paris, 1846, in-8º, 3 vol.
_De la conduite de l'évêque Jean Le Hennuyer, évêque de Lisieux, en 1572_. Lisieux, 1846, in-8º, 7e éd.
_Notice sur la Marseillaise de Rouget de Lisle_. Lisieux, 1848, in-8º.
_Ballades normandes_. 1853, in-12.
_Notice sur le chevalier de Clieu et bibliographie du café_. Caen, 1855, in-8º.
_Guide du voyageur sur le chemin de fer de Paris à Caen, par Mantes, Évreux, Bernay et Lisieux; avec une notice sur chaque station_. Lisieux, 1855, in-8º.
Outre ces ouvrages, Louis Du Bois a donné au public, dans les recueils périodiques et dans diverses collections, une foule d'opuscules soit en prose, soit en vers; il a fourni, comme collaborateur, beaucoup d'articles à diverses grandes publications, telles que:
Le _Cours complet d'agriculture_, en 1809. La _Biographie universelle_ de Michaud, et son _Supplément_. Le _Dictionnaire des anonymes et des pseudonymes_ de Barbier. 2e éd. L'_Encyclopédie moderne_ de Courtin. Le _Dictionnaire de la conversation_.
Membre correspondant de beaucoup d'Académies et de Sociétés savantes de la France et de l'Etranger, il a revu, avec soin, et publié, avec des observations et des notes:
Les _Fables_ de La Fontaine, nouvelle édition plus complète que les précédentes. Paris, 1801, 2 vol. in-12, fig. de Godard.
Les _Noëls bourguignons_ de La Monnoye, seule édition complète et correcte, tirée à très-peu d'exemplaires, pour servir de spécimen d'une 14e. édition de ces poésies, dont il s'occupait. 1817, Châtillon-sur-Seine, in-12.
_Les Vaux-de-Vire_ d'Olivier Basselin, suivis d'_Anciennes chansons normandes_ soit inédites, soit très-rares, avec des dissertations et des notes. Caen, 1821, in-8º.
_Le duc d'Alençon ou les Frères ennemis_, tragédie inédite de Voltaire, avec un discours préliminaire. Paris, 1821, in-8º.
L'_École du jardin potager_, par De Combles, mise en ordre et enrichie d'une notice et d'annotations. Paris, 1822, 6e éd., in-12, 3 vol.
_Culture du pêcher_, par De Combles; avec notice et annotations. Paris, 1822, in-12.
_Lettres sur l'Italie_, par Du Paty; avec notice, notes, corrections et appendice. Paris, 1824, in-18, 2 vol., 32 cartes et fig.
_L'art de la guerre_, poème de Frédéric-le-Grand; avec préface, arguments, notes et variantes; suivi de poèmes sur le même sujet. Paris, 1830, in-24, 1 vol.
_Projet, rédigé par Robespierre, du rapport fait à la Convention nationale par Saint-Just, contre Fabre d'Églantine, Danton, etc.; manuscrit inédit, publié sur les autographes: avec des notes, des rapprochements et un fac-simile; suivi d'une lettre de Mlle de Robespierre._ Paris, 1841, in-8º.
Louis Du Bois avait recueilli beaucoup de pièces inédites des meilleurs auteurs français. Aussi en a-t-il fourni à Verdière pour ses _OEuvres de Thomas_; à Brissot-Thivars pour son _Mirabeau_; à Guillaume pour son _Chénier_; à Renouard, à Mme Perronneau et surtout à Delangle pour leurs éditions de _Voltaire_; à Jules Taschereau pour sa _Revue rétrospective_; au _Mercure de France_, etc.
D'après une note qu'il nous avait communiquée, il avait en portefeuille plusieurs ouvrages, soit terminés, soit fort avancés dans leur composition, soit enfin à l'état de simple ébauche, savoir:
_Origines et histoire des religions chrétiennes_.--_Encyclopédie des amateurs du café_.--_Traité du châtaignier, de son bois et de ses fruits_.--_Traité du sarrasin et de sa culture_.--_Considérations sur la révolution de 1789, ses causes et ses effets_.--_Voyage en Italie_ (en vers et en prose), dont il a paru des fragments dans le _Mercure_ et dans le _Moniteur_.--_Lydie_, poème en six chants (en vers de dix syllabes).--Plusieurs petits _Poèmes historiques_.--Quatre livres d'_Élégies_.--_Les quatre âges de la femme_, poème en quatre chants.--_Le bonheur_, poème.--_Inès et Pédre_, tragédie en trois actes.--_Traduction en vers de petits poèmes attribués à Virgile et à Sévérus_.--_Manuel du bibliothécaire et de l'amateur de livres_.--Un grand nombre de _Fugitives_.
Nous sera-t-il permis, à présent, de porter un jugement général sur tant d'oeuvres qu'il nous est impossible d'apprécier en particulier, sans dépasser les bornes que nous nous sommes imposées? Louis Du Bois a trop écrit et sur trop de matières pour n'être pas sur quelques-unes léger et superficiel. Ses préjugés ont aussi parfois offusqué son intelligence, et ses ouvrages historiques sont parfois gâtés par l'expression de ses principes, qui se ressentent du milieu révolutionnaire dans lequel il a passé ses premières années. Les religions qu'il avait étudiées avec les préventions de Voltaire, son maître, son poète et son philosophe de prédilection, en avaient fait un déiste consciencieux et tolérant dans ses relations privées, mais trop désireux de faire partager ses convictions et prêt à combattre celles d'autrui, la plume à la main. Son style se ressent aussi de la rapidité de ses compositions. En vers, il manque souvent de verve et de coloris, et sa prose n'a pas toujours la correction et l'élégance des écrivains supérieurs. Toujours est-il qu'il se fait lire avec intérêt et profit, car il a souvent du trait; il est instruit, clair et méthodique, et il porte la lumière sur tous les sujets qui l'occupent. Nous ne croyons pas trop dire en avançant qu'il a fait honneur, non-seulement à Lisieux, sa ville natale, mais à la Normandie, sur laquelle il a tant écrit, et à la France qui a demandé aux libraires jusqu'à six éditions de plusieurs de ses traités.
Julien TRAVERS. Langrune, août 1856.
GLOSSAIRE.
A.
A: ce, cette. A matin: ce matin. L.
A: elle. Vient-a? Lit-a? Vient-elle? Lit-elle?
A QUANT ET: Avec.
A SEULE FIN; A CELLE FIN QUE: Afin que. On ne trouve _A celle fin_ que dans nos vieux auteurs.
ABAISSE: table _abaissée_; tablette d'un buffet. Du qualificatif ou adjectif _bas_. Ce mot n'a pas de rapport avec l'abaisse de la pâtisserie qui est la _base_ des substances culinaires qui composent un pâté.
ABAT: désordre qui met les choses _à bas_. B.
ABATER: embaucher; raccrocher. A.
ABATTRE DE L'OUVRAGE: faire beaucoup d'ouvrage. Par allusion au travail des bûcherons qui abattent beaucoup de bois.
ABAUBER (corruption d'_ébaubi_: étonné, surpris). Voyez BAUBE. _Abauber_, c'est, à proprement parler, étonner quelqu'un, au point de lui rendre la parole difficile, comme il arrive aux bègues. (Baubes, en patois.)
ABAUMIR: affadir. De l'effet que produisent certaines substances odorantes, comme le _baume_. C.
ABELLIR. MM. Du Méril assurent que ce verbe est usité dans le département de l'Orne. Je ne l'y ai jamais entendu. Suivant eux, ce mot signifierait: «trouver beau, plaire». C'est le sens que Roquefort lui donne dans son _Glossaire de la langue romane_. En italien _abbellire_ signifie embellir.
ABET: appât, amorce. Suivant MM. Du Méril, _abet_ est tiré de l'islandais _beita_, nourriture. Il est plus vraisemblable que c'est par métaplasme qu'on a dit _abet_ pour _appet_, du verbe français _appéter_, désirer vivement.
ABÊTER: amorcer; par extension, tromper.
ABIBOTER un enfant: lui faire _boire_ du lait, au lieu de l'alaiter.
ABIÉNER: mettre en _bon_ état une culture, une récolte, une préparation. En roman, _abienneur_: «l'homme préposé à un bien; qui mettait _à bien_ un héritage», dit Roquefort dans le Supplément de son Glossaire. L.
ABIMER: gâter. Ce verbe appartient aussi au patois Walon et au patois Rennais. Au surplus, c'est dans ce sens figuré que Boileau a dit:
Abîme tout plutôt: c'est l'esprit de l'Église.
ABITER A: toucher à. On écrivait autrefois _habiter_: témoin ce passage, cité par l'abbé Carlier dans son _Histoire du duché de Valois_: «Le prêtre disait aux lépreux: Je te défends que tu ne _habites à_ aultre femme que à la tienne.»
ABLET: piége. Roquefort dit que l'_ableret_, mot roman, est un «filet pour la pêche des petits poissons», tels que les ables ou ablettes.
ABLETTER (verbe réfléchi): se laisser aller, céder. C'est, à proprement parler, tomber dans le piége. V.
ABLOT: petite pièce de bois, chantier que le charpentier place sous l'arbre abattu qu'il équarrit, pour l'élever au-dessus du sol.
ABOFFRER: déprécier, _mésoffrir_. C'est l'opposé de surfaire. B.
ABOLIR: humilier; anéantir. L.
ABOMINER: détester, on le trouve dans Nicot et dans les Psaumes de Marot. Du verbe latin _abominari_.
ABOT: sorte de cadenas que l'on attache au paturon d'un cheval pour l'empêcher de s'éloigner.
ABOTER: attacher un _abot_. Par métaplasme, du grec [Grec: pous], pied; en changeant le _p_ en _b_.
ABORDER: toucher, heurter. L.
ABOULER: apporter, envoyer. De _boule_, par allusion à la boule du jeu de quilles qu'on renvoie en la faisant rouler rapidement.
ABRIER: abriter, mettre à l'abri. Roman.
ABRE: arbre. Par syncope, le roman a dit _abre_ pour arbre. On lit dans le roman de Blanchandin:
La pucele descent sos l'abre; Si le trova froit come mabre.
Un proverbe du moyen-âge, reproduit par M. Le Roux de Lincy, disait:
Pour l'amour du buisson va la brebis à l'abre.
ABREAU ou ABROT: petit arbre enduit de glu pour prendre des oiseaux.
ABROUTOUT: qui brise tout, qui brouille tout, mauvais ouvrier.
ABSOLUTEMENT: absolument. Ce mot est roman.
ACA; ACARD; D'ACARD: très-abondamment. La pluie tombe d'_aca_. De l'islandais _kat_, averse, inondation. On trouve _aca_ en composition dans _acabasser_, ci-après, et dans les verbes accabler et _accravanter_, mot roman. Voyez CRAC. A.
AÇA: faites attention à cela. En roman, _aga_, que Roquefort tire du grec [Grec: agaô].
ACABASSER: accabler. Le drapier dit dans la Farce de Pathelin, p. 75:
Mesmement les bergers des champs Me cabassent; ores le mien A qui j'ay tousjours faict du bien.
L'auteur de cette Farce emploie plus loin, p. 82, le verbe _cabasser_ dans les vers suivants:
L'aignelet! maint aigneau de laict Tu as cabassé à ton maistre.
ACAGNARDIR (S'): devenir paresseux. L'Académie écrit s'_acagnarder_. En patois Lorrain on dit, comme en Normandie, s'_acagnardir_.
ACANCHIER: avoir du succès, de la _chance_. Usité dans la Manche, comme le verbe suivant.
ACATER: acheter.
ACAUCHIER: _causer_ avec quelqu'un; l'appeler. A.
ACCESSEUR: assesseur. L.
ACCIPER: escroquer, prendre, dérober. Roman. Du latin _accipere_, d'où on a tiré aussi, par aphérèse, le verbe _chiper_ qui a la même signification.
ACCLAMPER: attacher, fixer. De l'islandais _klampi_: agraffe, cheville. Voyez CLAMPIN. A.
ACCLASSER: s'assoupir, _clore_ les yeux. Dans le patois Provençal, _aclusar_ a le même sens.
ACCOINTER: fréquenter. Roman.
ACCORGER: accoupler, réunir deux objets. A.
ACCOTE-POT: petit meuble en fonte de fer que l'on place derrière un _pot_ pour le soutenir, l'_accoter_. Roquefort s'est évidemment trompé en donnant à acote-pot la signification d'_accoudoir_. L.
ACCOUER: attacher à la queue (en vieux français _coue_ de _cauda_), en parlant des bêtes de somme que l'on attache à la queue les unes des autres. Voyez COUÉE. A.
ACCOUFLER (S'): s'accroupir. A.
ACCOUPLÉE: linge, bas, ou autres effets assujettis par _couple_ ou même en plus grande quantité, pour être blanchis. L.
ACCOUPLER: mettre en accouplée.
ACCOURSER: achalander. _Accoursé_, celui qui est en _cours_ de bonne vente. A. Du roman _accoursier_, _accoursin_: chaland.
ACCOUT: appui sur lequel on s'accoude. Voyez COUTE.
ACCOUTER (S'): s'accouder. L.
ACCOUVER (S'): s'accroupir comme l'oiseau qui _couve_. On dit en patois Troyen s'_écouver_.
ACCRAVANTER: écraser, accabler. Roman.
ACCRUCHE (Madame Sainte-): femme qui a l'habitude de dérober, d'attirer les choses à elle. L.
ACCRUCHER: attraper subtilement quelque chose. D'_accrocher_. Voyez AGRIPPER. L.
ACERTAINER: affirmer, certifier. L.
ACHÉE: ver de terre. A. On dit _ache_, à Blois.
ACHOCRE: difficile à vivre; hargneux; obstiné. Usité dans le patois Rennais. Dans la Manche, il a le sens de _maladroit_.
ACHOPPER: heurter. Voyez CHOPPER.
ACHUQUETÉ: obstiné; entêté. B.
ACCLABOT: acclamation. De _clabauder_. B.
ACCLAS: clas; barrière. Du latin _claudere_: clore. O.
ACCOMICHER: faire en commun. B. Voyez SOUATER.
ACLUFER: accroupir.
ACMODER: accommoder. C'est une syncope, comme _racmoder_ pour raccommoder. L.
ACO: encore. On dit _aico_ dans le patois des Vosges. Voyez CO.
ACONDIRE. Ce verbe qui, suivant Oberlin, veut dire dans le patois Messin «mettre obstacle aux publications», signifie, à Alençon, _éconduire_. C'est un simple métaplasme.
ACOQUETÉ: rouge comme la crête d'un _coq_. Voyez ÉCOQUETÉ. B.
ACQUITTOIRE; ACQUITTOURE: travail dont on s'_acquitte_ à la hâte et sans soin. L.
ACRACO: adverbe. D'occasion; de hasard; de _raccroc_. B.
ACTONNER. Voyez HAQUETONNER.
ACUCER: mettre _à quia_.
ACULER: éculer, en parlant des souliers.
ADELAISI: fainéant, qui prolonge trop son loisir. A. Se trouve aussi dans le patois Rennais.
ADENS: sur les dents, en parlant d'un vase mis sur son ouverture, sur _ses dents_. On dit aussi d'une personne: elle est tombée _adens_. C'est le mot roman _adanz_, _adens_, _adent_.
ADENTER un vase: le placer sur son ouverture. En roman, _endenter_.
ADET: entièrement. A.
ADORÉMUS (faire des): faire des révérences multipliées.
ADOULER: rendre plus _douloureux_; être souffrant.
ADOUS: parures; ornements. Roman. On lit ce vers dans la Chevalerie Ogier de Dannemarche:
Tos lor adous furent à or battus.
Du verbe islandais _at dubba_: décorer, disposer, apprêter.
ADRECHIR: adresser. B.
ADRET, adverbe: vis-à-vis. Du substantif endroit. Voyez LENDRET.
ADREUGER: arranger mal.
ADROGER: ce verbe a la même signification que le précédent. Du roman _aréger_, _arroier_: arranger, disposer. A.
AFFAIRE: quantité. J'ai eu une bonne affaire de grain, de fruits, etc., etc. On retrouve ce mot avec le même sens dans le patois Lorrain.
AFFAUTURER: priver. De faillir, faire faute. V.
AFFECTER: s'appliquer; se forcer. B.
AFFETTEMENT: assaisonnement d'un mets. L.
AFFETTER: assaisonner. Dans quelques cantons ce verbe signifie embellir, nourrir, etc. On trouve ce verbe employé par Wace, dans le _Roman de Rou_:
Haubers et helmes afaitier.
AFFICHE; AFFIQUE: branches de clôture sèche que l'on fiche en terre et que l'on assujettit au moyen de certaines gaules appelées liures, serrées par des harts.
AFFICOT: petit instrument de buis tourné et troué, dans lequel on appuie ou _fixe_ une des aiguilles à tricoter. L.
AFFISTOLER. Voyez RAFFISTOLER.
AFFLATRER: renverser, terrasser. Du roman _flatir_, dérivé du latin _flectere_. M.
AFFLUBER: affubler, envelopper. Du latin _infulare_, dans la basse latinité, _affibulare_. On lit dans _le Roman de Rou_:
La fist d'un mantel afluber.
AFFOLER: devenir fou. Roman. On lit dans le _Roman de la Rose_:
Il m'a faict, pour mieux m'affoler, La tierce flesche au corps voler.
Rabelais emploie souvent ce verbe dans le sens de rendre fou. A.
AFFONGRER: briser, défoncer. Altération du verbe _effondrer_: enfoncer. O.
AFFOUER: enflammer, exciter. Du roman _affoer_: faire du feu. M.
AFFOURCHER: enfourcher. Ce verbe, en roman, signifiait: «se mettre à cheval sur un bâton pour aller au sabbat», dit Roquefort.
AFFOURRÉE: fourrage. De feurre, _fodrum_, dans la basse latinité.
AFFOURRER: donner l'affourrée aux bestiaux.
AFFRAI: effroi. Du français affres.
AFFRANCHIR: châtrer. Affranchir, affranchissement, affranchisseur sont des mots romans.
AFFRANCHISSEUR: celui qui exerce la profession de châtreur.
AFFRIBOURDIR: engourdir de froid. A.
AFFROC (s. m.): fréquentation. Voyez HANT. Ces substantifs masculins se prennent en mauvaise part.
AFFRONTER _une fille_: lui faire l'_affront_ de la séduire.
AFFROQUER (S'): se mettre en _affroc_ avec quelqu'un.
AFFURER: voler, dérober. Du verbe latin _furari_; en roman, _furt_ signifie vol, comme _furtum_ en latin.
AFFUTER; RAFFUTER: ajuster, disposer. L.
AFRION: parcelle de pâte qui reste aux doigts en pétrissant. O.
AGA, interjection, comme: bon! da!
AGALI, sorte d'interjection ou d'exclamation pour se moquer de quelqu'un. Ordinairement on prononce ce mot, en se frottant avec l'index droit le creux de la main gauche. En roman, _agali_ signifie dur. Dans certains cantons de la Manche, _agali_ signifie _regarde-le_.
AGENOILLONS (A): à genoux. Roman.
AGER; AGIER: suppléer l'_âge_; émanciper.
AGET: petite coulisse dans une porte que l'on ouvre pour faire le _guet_. Ce mot s'emploie, à Vire, dans le sens d'habitude, de manière d'_agir_.
AGETER: acheter. L. Se trouve dans le patois Lorrain.
AGIOS (s. m. pluriel): répétitions ennuyeuses, comme dans les litanies grecques où le mot [Grec: hagios], saint, est toujours répété, ainsi que le mot latin _sancte_ l'est dans les litanies de l'Église romaine. Les _agios_ signifient aussi dans le patois normand, des façons d'_agir_ cérémonieuses et affectées.
AGOBILLES: menus meubles et ustensiles de peu de valeur et d'utilité. Le rouchi emploie ce mot dans le même sens.
AGOGONNER: amadouer. Voyez GOGON. A.
AGOHÉE; GOHÉE: accueil joyeux et bruyant. Du latin _gaudium_, joie. Du verbe grec [Grec: Agô], conduire.
AGONIR DE; AGONISER DE: accabler, en parlant d'injures, de mauvais propos. De la basse latinité _acanizare_, injurier; _acaner_, roman.
AGOSER: se repaître outre mesure. De _gosier_. On dit dans le Calvados _s'en mettre jusqu'au noeud Gabriel_.
AGOUCER: exciter contre quelqu'un. Du verbe latin _acuere_. Corruption d'agacer. _Agoucé_ signifie aussi refrogné.
AGOUT: assaisonnement propre à aiguiser l'appétit, à relever le _goût_. Du latin _gustus_.
AGOUTER: donner de l'agoût, l'opposé de dégoût.
AGRACOT (d'). Voyez ACRACO (d').
AGRAT; AGRAP. Voyez ÉGRAT.
AGRATIER: se rendre agréable. Du latin _gratus_.
AGRIOCHES: mines pour se rendre agréable.
AGRIOTTE: griotte, sorte de cerise.
AGRIOTTES: caresses. B.
AGRIPPER; AGUCER; ACUCHER: _aiguiser_ l'appétit. On dit plus souvent _ragucer_. Voyez ce mot. D'_acuere_.
AGUIANNEU; AGUILANNEU: étrennes. Des mots; _au gui l'an neuf, au gui de l'an nouveau_. D'origine gauloise. L'expression _aguianneu_, avec plusieurs variantes, appartient à la langue romane. Dans une lettre de 1473, citée par D. Carpentier, on lit: «Trouva des varlets qui alloient querant aguillenneu le dernier jour de décembre.» Suivant une lettre de Grentemesnil, rapportée par Moisant de Brieux dans ses _Origines de quelques coutumes anciennes_, on disait à Rouen _hoguignettes_ pour _haguignettes_, termes qui sont une altération d'au gui l'an neuf. Voyez HAGUIGNETTES. On a donné une étymologie bretonne, très-vraisemblable, d'AGUIANNEU.
AGUILAN. C'est, par apocope, _au gui l'an neuf_. M.
AHAN: effort qui essouffle.
AH-ÇA! interjection. «Ah-ça! voulez-vous venir.» Assa en roman. L.
AHEURT: heurt.
AHONNIR: honnir. Ces A sont là par épenthèse.
AHOQUER: accrocher, heurter. La Fontaine emploie le mot _hoquet_ pour heurt, pierre d'achoppement, dans la fable intitulée: _Le Pot de fer et le Pot de terre:_
L'un contre l'autre jetés, Au moindre hoquet qu'ils treuvent.
AHOURDI DE FROID: _engourdi_ de froid. M.
AHUBIR; HUBIR: honnir, huer. Crier sur quelqu'un hu! hu!
AIGRAS: verjus. D'_aigre_, employé pour vinaigre.
AIGREDON; AIGLADON: édredon.
AIGRE: vinaigre.
AIGUILLE A EMPAINTER: aiguille d'emballeur.
AILETTE: partie du rouet à filer, appelée ailleurs volier. Les deux ailettes de la tête du rouet sont comme deux petites ailes tournantes qui portent le fil sur le fuseau. Roquefort a considéré le mot _ailette_ comme roman.
AIMER (S'): se plaire. On trouve cette façon de parler dans Molière (Mélicerte; acte Ier, scène Ire). Éroxène dit à Tirène:
Je m'aime où tu n'es pas.
AINCHI; AINCHIN: ainsi.
AINDE: aide; AINDER: aider.
AINGUE: s. m. hameçon. Voyez HAIM.
AIRAGE: air, ressemblance.
AIRAI, AIREZ, AIRIEZ: aurai, aurez, auriez.
AIRE: planche de jardinage. C'est aussi la place vide, soit des appartements de la maison, soit de la grange. D'_area_.
AIRER: aérer.
AIRETTE: petite planche de terre dans un jardin, diminutif d'_aire_.
AIRGALÊTE ou ERGALÊTE: raboteux. A Vimoutier, on dit _un chemin airgalête_. Du radical celtique _arg_. Voyez ERGALÊTU.
AIRIE. Voyez AIRE. C.
AIRIÉE: quantité. _Airiée de toux_, accès de toux.
AIRIÈRE ou ERRIÈRE: arrière. _Airier_, en patois messin a la même signification. Consultez l'_Histoire de l'Académie des Inscriptions_, t. I et V.
AIRSES. Voyez ERRUSÉE et ERSE. MM. Duméril se sont évidemment trompés sur l'orthographe et l'étymologie de ce mot, qui ne vient ni de l'_azers_ des troubadours, ni du latin _erigere_.
AIRURE: façon donnée au labour. Du latin _arare_. C.
AJAMBÉE: enjambée. L.
AJAMBER: enjamber. L.
AJEU: enjeu. A.
ALEINIER: mauvais sujet.
ALÉMONE: anémone.
ALERME: alarme. Ces six expressions sont de simples métaplasmes.
ALIPAN: soufflet. D'_alapa_. Voyez JAFE.
ALISE; ALISÉE: bourbier, ornière fangeuse. V.
ALLÉLUIA: oxalide (_oxalis acetosella_). Ainsi appelée parce qu'elle fleurit à l'époque où l'Église chante _alleluia_. D'autres plantes tirent aussi leur nom de l'époque de leur floraison, comme la Pâquerette, la Pentecôte. Voyez ces mots.
ALEU: Voyez ALOU.
ALLUCHER: nourrir, élever. D'_alere_. En roman, ce verbe signifiait planter, semer. On lit dans le Testament de J. de Meung:
Nul ne doit aluchier mal arbre ne male herbe.
ALLURE: nom donné à une marche particulière du cheval, dans laquelle il fait entendre quatre battues, et qui diffère du trot et de l'amble. Ce genre de locomotion, fort usité au moyen-âge pour les chevaux de route, s'est conservé plus long-temps en Normandie qu'ailleurs, et paraît même être spécial à cette contrée. (Note communiquée par M. Éphrem Houël, inspecteur des haras.)
ALUMELLE: lame de couteau. Du latin _lamella_. En roman _alemelle_ et _alemiele_:
Et l'alemele d'un poitevin acier,
dans la Chevalerie Ogier de Danemarche.
AOEUVRÉ: actif. D'oeuvre, ouvrage. A.
ALOGNE; ALOIGNE: retard. Du verbe éloigner.
ALOGNER: alonger. Dans le roman, _alogner_, différer, prolonger.
ALOSEMENT: louange. Du latin _laus_; en vieux français _los_. L.
ALOSER: louer. On lit dans le roman de toute Chevalerie (Biblioth. imp., ms. 7,190):
Jerosme le dict et Solin l'alosée.
On dit aussi _éloser_, _loser_.
ALOU: travail du journalier, donné à l'entreprise.
ALOUER: donner ce travail à l'entreprise, à forfait.
ALOURDIR: ennuyer, étourdir. A.
ALOUVI: affamé comme un loup. En patois vendéen _aloubri_. L.
ALOVIR (S'): s'endormir. De l'allemand. A.
AMADOUE; s. f.: amadou.
AMAIN. Être placé à son amain, être commodément placé pour l'exercice de la _main_.
AMALADIR; EMMALADIR: devenir malade. Du roman. En patois du Berry, _amalader_, _emmalader_.
AMBRON: essor. Des verbes latins _ambire_, _ambulare_. D'AMBRON: sans réflexion, tout à coup, de dépit.
AMBRONCHER: prendre son ambron.
AMÊCHES; AMÈGUES: cerises acides. On comprend sous le nom générique cerises ce fruit et les griottes, les guignes ainsi que les bigarreaux.
AMELETTE: omelette. L.
AMENIVÉ A: empressé à.
AMEUILLANTE; AMOUILLANTE (vache): vache avancée vers son terme de gestation et dont la mamelle se développe.
AMEUILLER; AMOUILLER (v. n.): faire de la mamelle, développer sa mamelle.
AMICE: ami.