Glossaire du patois normand

Chapter 14

Chapter 143,484 wordsPublic domain

Si vous veniez à la despence, A la despence de chez nous, Vous mangeriez de bons choux; On vous servirait du rost. Hoquinano!

HAGUIGNOTER: couper mal à propos par petits morceaux. De _hacher_.

HAHI-HAHA; MOITIÉ HAHI, MOITIÉ HAHA: d'un sexe équivoque. _Virago_. Homme efféminé et qui a une voix grêle.

HAI. Voyez, HÉ et HEISE.

HAIE; HAIE-CI: va; va par ici (en parlant à un cheval). On dit à un mauvais cheval: haïe-ci, quatre sous! Et va donc! Il semble qu'on devrait écrire: aille! aille-ci! c'est-à-dire qu'il aille!

HAILOCHER: marcher en se balançant. Du verbe locher.

HAIM ou AIN: hameçon. Du latin _hamus_. Le _h_ de haim ne s'aspire point. L.

HAINGEUX: méchant, remuant, _hargneux_. B.

HAINGRE: malingre; souffreteux. D'_æger_, malade.

HAION (s. m.): broussailles disposées pour clore la brèche d'une _haie_. A.

HAIR (s. m.): chevelure. De _hure_. (Vire.)

HAIRE et non pas HÈRE. Voyez HURE.

HAIRE: hargneux, hargneuse. L.

HAIREQUELIER: mauvais sujet avec lequel il est difficile de traiter; fainéant. Des substantifs haire et querelleur. En langue romane, _arquellier_ et _harquelier_. Ces mots désignaient, dit Roquefort, «un homme gagé par un religieux pour le mener faire la quête». Comme ces mendiants voyageaient loin de la surveillance de leurs supérieurs, ils se comportaient parfois assez mal pour exciter de justes plaintes. Aussi, dans le moyen-âge, on donnait le nom de harquelier ou hairequelier aux vagabonds et aux vauriens. Comme, pour la même cause, on parlait mal des pélerins, parmi lesquels se mêlaient des fainéants, des débauchés et des pillards, on fit le proverbe: Je connais le pélerin; c'est-à-dire: ce vaurien, ce faux pélerin ne me trompera pas.

HAIRGANE ou ERGANE: hargneux. B.

HAÏS (Je); tu HAÏS; il HAÏT: je hais, tu hais, il hait.

HAISET (s. m.): partie inférieure d'une porte coupée en deux. Du bas latin _haisellus_. En vieux français ainsi que dans l'Orne, _haise_: Comme Pierre Playart... vouloist mettre en une cour de la maison où il demeuroit, une _haise_ qu'il avoit faite pour obvier que le bestail de la ville n'entrast en sa court. _Lettres de grâce_ de 1371, citées dans Du Cange, t. III, p. 616, col. 1. On dit proverbialement des amoureux:

S'ils n'entrent par le haiset, Ils entrent par le viquet.

Ce mot signifiait sans doute originairement une petite porte comme l'_huiselet_ du vieux français. MM. Duméril.

HAISIER ou plutôt HEISIER: ridelle. Voyez HÉ.

HAITER (v. n.): travailler à une haie.

HAITER: plaire.

HAITIER (s. m.): galetière pour frire les crêpes de sarrasin.

HALABRE: homme déguenillé et de mauvaise mine. Du latin _helluo_, gourmand.

HALAISER: respirer avec peine. D'_haleine_. B.

HALAS: hélas! M.

HALBATTÉ: évaporé; mauvaise tête.

HALBI (s. m.): liqueur composée de pommes et de poires pressurées ensemble. De l'anglais _half_, moitié, et du latin _bibere_, boire.

HALER: tirer à soi; exciter. Haler un chien sur quelqu'un: le lâcher et l'animer contre quelqu'un.

HALER (en parlant des animaux): être essoufflé; avoir l'_haleine_ embarrassée. Voyez HALAISER.

HALÉSER: trembler de peur. De l'interjection _halas_! pour hélas!

HALFESSIER: mauvais sujet, de mauvaise mine; qui tire ou traîne, ou _hale_ le derrière (les _fesses_).

HALIPRE: gerçure des lèvres, produite par le froid ou par le _hâle_. B.

HALITRE. Même sens que HALIPRE. L.

HALITRÉ: gercé par le _halitre_. L.

HALLIER: moissonneur loué à la halle.

HALMÊCHE: dispute. B.

HALOT: petit garçon de campagne. Voyez HANNOT.

HALOTTER: remuer le crible, de manière à amasser la paille sur le devant. C. Voyez HALER. A.

HALUMEAU: groupe. Un _halumeau_ de fruits. L.

HAMBIN: boiteux, paresseux, _lambin_.

HAMBINER: marcher ou travailler comme un écloppé; boiter. On dit aussi _hambouiner_. Voyez GAMBILLER. L.

HAMMÉE: cépée.

HAN: fantôme.

HANAP; HANAR: vase à boire. Une commune, près d'Alençon, s'appelle Vingt-Hanaps. Par extension, un vase quelconque. En patois Walon, _henat_. A.

HANE (s. f.): vieille femme.

HANNEAU ou HANNOT: jatte. De _hanap_.

HANGUERLINE; HANGRELINE (s. f.): mauvais habillement, haillons.

HANELLE: branches menues dont on se sert pour faire les bourrées.

HANILLE (s. f.): branche de bois, propre à faire le charbon des forêts.

HANNE (s. f.): culotte, pantalon. P. R.

HANNEBANE; HANNEBONNE: jusquiame (_Hyosciamus niger_).

HANNEQUIN: petit enfant mal bâti. De _hinnulus_, petit mulet.

HANNEQUINER (v. n.): travailler avec peine. Du vieux mot _ahan_. En patois Walon, _halkiné_ signifie tergiverser.

HANNOT: petit garçon. De _hanne_. Sans doute parce qu'il est depuis peu vêtu d'une _hanne_, d'une culotte.

HANOCHE (s. f.): forte aspérité sur les arbres; bois raboteux. On dit, en patois Walon: _henne di boi_, pour une bûche. Patois Rouchi.

HANOCHE (s. f.): fève de marais (_Vicia faba_).

HANON (_Centaurea nigra_).

HANSARD: couperet.

HANT: fréquentation, accointance.

HANTE (s. f.): verge de fouet; manche de faux; _hampe_. En Roman, _hanste_.

HANTÉ: fréquenté par de la canaille, en parlant d'une maison où se réunit un mauvais _hant_. On dit aussi d'un lieu qu'il est _hanté_, c'est-à-dire qu'il y vient des _hans_ ou fantômes.

HANTIER (s. m.): butte. B.

HAPPE (s. f.): capture, prise. On dit: la bonne ou la belle happe, par dérision, dans le sens du mot fameux de Ninon de Lenclos: «Ah! le bon billet qu'a La Châtre!»

HAPPELOPIN: pauvre diable qui, mourant de faim, se jette sur ce qu'il peut attraper.

HAQUEMASSER (v. a.): tourmenter. Espèce d'onomatopée, comme micmac, trictrac. A.

HAQUENAILLER: marcher lentement et pesamment comme une mauvaise haquenée. Voyez HAMBINER. A.

HAQUETER: caqueter.

HAR: sorte de chien de mer. Voyez HAS. L.

HARANGUET: petit _hareng_. C'est ainsi que parle Pluquet sur le patois bayeusain. Je crois qu'il faut écrire _hareng gué_ ou _hareng gueux_, comme on appelle à Lisieux le hareng qui n'a ni oeufs, ni laitance, qui n'est ni _oeuvé_, ni _laité_.

HARASSE (s. f.): sorte de grand panier à claire-voie.

HARASSÉE: préparation de châtaignes ou de marrons dans une harassoire. Ce que contient cette harassoire.

HARASSER (des châtaignes): les torréfier dans une harassoire. Suivant Lancelot, ce verbe vient du grec et signifie agiter, remuer; ce qui se trouve d'accord avec l'acception commune.

HARASSOIRE (s. f.): sorte de poêle à frire, percée de plusieurs trous, dans laquelle on grille ou torréfie les châtaignes.

HARDÉ; HARDELÉ: qui n'a pas de coquille. Ces mots se disent des oeufs sans coquille, pondus par les coqs. L.

HARDELLE: jeune fille. Ce substantif, employé par Basselin, et resté en usage à Courtomer dans le voisinage d'Alençon, appartient à l'ancien français. Un hardeau était une jeune branche, un scion: il venait de _hart_. Depuis on a dit, au figuré, un hardeau pour un jeune garçon, et une hardelle pour une jeune fille. Cette étymologie, tirée de Nicot, fut suivie par Monet, et plus tard par La Monnoye. On peut consulter à ce sujet les _Contes et nouvelles de Bonaventure des Perriers_ (Nouv. 17e.), et la note 144 de mon édition de Basselin (Vau-de-Vire XLIV).

HARDER (v. a.): troquer. MM. Duméril citent, à l'appui de ce mot, un vers de Le Houx.

Que de bon cueur mes livres harderois.

J'avais imprimé ce vers, d'après les manuscrits, dans mon édition de Basselin:

... Que de bon cueur mes livres arderois.

Je ne sais si les savants auteurs du _Dictionnaire du patois Normand_ ont trouvé cette leçon quelque part, ou si elle n'est qu'une conjecture. Nous l'admettrions volontiers dans une nouvelle édition d'Olivier Basselin. J. Travers.

HARDOUINE: vieille, entremetteuse de mariages. Voyez BADOCHET et DIOLEVERT.

HARÉE: averse de pluie. Du Celtique-Basque _vria_. En Roman, _orez_. L.

HARER, sans doute pour haler: exciter (Vire).

HARGAGNEUX: hargneux.

HARGOTER. Voyez HARIQUOTER.

HARGUIGNER, et non pas arguigner: agacer, rendre hargneux. (Manche.)

HARICOT: haricot pris en vert. On appelle mal à propos le haricot sec, petite fève, pois de mai et pois blanc. L.

HARIGACHER: disputer; taquiner; provoquer. B.

HARIGNEUX: rétif, indocile. De hargneux.

HARILLEUR: homme dont la conduite est suspecte.

HARIN: petit cheval de peu de valeur. De haridelle. A.

HARIPOULOT (A LA): à la boule-vue, au hasard, sans ordre.

HARIQUE (s. f.): haridelle.

HARIQUOTER: tracasser; marchander outre mesure. Disputer.

HARIQUOTIER: homme avec lequel on traite difficilement, comme avec la _harique_ qu'on ne saurait faire marcher. A Bayeux, ce mot signifie, en outre, un marchand de bestiaux dans les foires.

HARIVELIER: marchand de bestiaux. B.

HARLAN; HARLENT; HERLENT: tracassier. Voyez CHIPOTTER, BASSICOTER et HARIQUOTIER. S.-I.

HARMONER: gronder. B.

HAROUSSE (s. f.): haridelle. _Harotte_ en patois Walon.

HARQUELER: marchander à l'excès; chicaner.

HARRACHES (s. f.): tiges du chanvre, brisées en menues chenevottes. A.

HAS: chien de mer. Voyez HAR. B.

HASIÉ: chétif (Valognes).

HAT, E: haut, haute.

HATE (s. m.): côtelettes de porc frais, réunies en une seule pièce que l'on sale et que, peu de jours après, on fait rôtir. Du substantif latin _hasta_, broche à rôt. Dans le patois Walon, ainsi que dans ceux du Nivernais et de la Lorraine, on appelle hâte cette broche. Dans le _Roman de la Rose_ et dans nos vieux écrivains, le hâterel était le col que, dans les animaux égorgés, il faut se _hâter_ de faire cuire, parce qu'il se corromprait promptement à cause du sang extravasé dont il est rempli. Dans les cuisines royales, le _hâteur_ est chargé du soin des broches et des rôts. A.

HATELET. Voyez HATE. L.

HATELLE: bûche. Voyez ATELLE. Du Cange dit au mot HASTELLE: «... Tenant une busche de bois, qui se nomme au pays (de Normandie) une hastelle.»

HATI: haine. De l'Islandais, _hata_: haïr.

HATILLE (s. f.): fressure. _Astille_, en Roman, signifie tranches de viande grillées. Voyez CORÉE. Dans ses _Notes sur Rabelais_ (_Pantagruel_, liv. IV, chap. LIX), Le Duchat réfute Ménage, et dit qu'on appelle _hâte_, _hâtereaux_ et _hâtille_ les intestins, le foie et les poumons, et qu'il croit que ce nom leur vient de ce qu'ils se corrompraient promptement, «si l'on ne se _hâtait_ de les manger.» On lit aussi, dans le _Pantagruel_: «Panurge lui-mesme feit les nopces à belles testes de mouton, bonnes _hastilles_ à la moutarde.» L.

HATIVET: orge _hâtif_.

HAUBE (s. f.): buse, oiseau de proie. D'où est venu _hobereau_. L.

HAUCHIER; HAUCHIR: hausser; élever.

HAULE ou HOLE: fosse, vallée étroite. De l'islandais _hol_.

HAUT: avancé. Cette femme est haut-grosse: avancée dans sa grossesse. Notre vache est haut-pleine: est près de vêler.

HAUTAINETÉ: hauteur. Se trouve dans Montaigne.

HAVENET: filet pour prendre les oiseaux.

HAVERDA. Voyez HAVET. L.

HAVERON: folle avoine.

HAVET: sorte de petit instrument de fer, de fourche pour attiser le feu. En patois Walon, ce substantif signifie un croc, soit de fer, soit de bois. En Normandie, le _havet_ offre une fourche par un bout, et un croc par l'autre. L.

HAVET (arrondissement de Vire): femme malpropre; c'est une figure; havet signifiait, en vieux français, ustensile de cuisine qui était sali par la fumée..... HAVET (BÊTE) (s. f.) (arrondissement de Valognes): bête imaginaire dont on fait peur aux enfants pour les empêcher d'approcher de l'eau. MM. Duméril.

HAVINAGE: blâme répété, fait à demi-voix, très-fatigant pour celui qui en est l'objet.

HAVINER: exercer l'action indiquée par le _havinage_.

HAVIR; HAVRIR: dessécher, en parlant d'un rôti, pris de feu ou trop cuit.

HAVRON (s. m.): folle avoine; _hafrar_, en islandais; _habaro_, en vieil allemand; _wild haber_, en allemand moderne. _C'est havron et pois percé_ est une locution populaire, qui signifie: _L'un ne vaut pas mieux que l'autre_. MM. Duméril.

HAZET: marécage, terrain bourbeux. A.

HÉBÉTÉ: étourdi. A.

HÉBÉTÉR: ennuyer.

HÉBEURGIR (v. n.): s'agiter avec bruit, en parlant des bestiaux qui se menacent ou se battent dans l'étable ou l'écurie où ils sont _hébergés_. A.

HÉBRAIT: cri éclatant. De _Hé!_ et de _braire_.

HÉ; HEC: porte ou petite barrière de lattes ou de palissades, ou de jeunes branches. Du vieux mot _huis_, porte. Pièce du pressoir, composée de pièces assemblées comme un _huis_. Voyez HUS.

HÉDRIR. Voyez HOUDRIR.

HECQUET: ridelle de charrette. Voyez HEC.

HECQUETER: bégayer.

HÉGUIR: haïr (Avranches).

HEISE (s. f): la même chose que le _hec_.

HEISET: petite _heise_.

HÉLASER: soupirer. De l'exclamation: hélas! A.

HÉMÉE (s. f.): tapage, grand bruit.

HÊMER (v. a.): faire semblant de vouloir frapper.

HÉMORUITES: hémorrhoïdes. L.

HENÊQUER: bégayer; hésiter.

HÊNU (s. m.): brouillard épais.--Tournis des oiseaux.

HÊNUER: tournoyer, tergiverser; balancer.

HÉRASSER: peiner; chicaner; _harasser_.

HÉRENG: hareng.

HERBAILLES: herbes de rebut; sarclures de jardin.

HERBE A LA COULEUVRE: orchis.

HERBE A PICOT: mille-feuilles (_Achillea millefolium_). De ce que les feuilles de cette plante servent à nourrir les picots ou dindons. B.

HERBE A ROBERT (_Geranium Robertianum_). Voyez ROBERDE.

HERBE AUX FEUILLONS (_Bugula reptans_). Voyez FEUILLON: frelon. B.

HERBE ROYALE: mâche (_Valeriana locusta_). Voyez BOURSETTE. L.

HERBE SAINT-JEAN: armoise (_Artemisia vulgaris_).

HERBE SURE: (_Aïra cespitosa_).

HERBE TERRÉE: (_Glecoma hederacea_). B.

HERBIÈRE (s. f.): planche de jardinage.

HERBIERS: herbes parasites, qu'il faut arracher. L.

HERCAHA: nez-à-nez; vis-à-vis; de très-près. A.

HERCANSER: chicaner; badiner grossièrement avec les filles.

HERDRE (v. a.): garder.

HERDRE: possesseur intéressé; avare.

HÈRE: d'humeur difficile.

HERGNE: hargneux.

HÉRI: lièvre. Mot islandais.

HERLAN: tracassier.

HERLINQUIN: arlequin. Orderic Vital (liv. VIII) appelle _Herlechinus_ un chef des démons de la bande noire, qui effraya, en 1091, le prêtre Gauchelin à St.-Aubin-de-Bonneval, dans l'arrondissement d'Argentan. C'est évidemment de ce Herlequin qu'on a plus tard fait le mot _Arlequin_, donné à un personnage théâtral, à figure noire, comme on représente le Diable. Cette étymologie nous semble bien préférable à celles qu'ont données Ménage et Roquefort.

HERMONER: remuer à tort et à travers (Manche).

HERNUER: remuer; changer, en parlant du temps qui va devenir pluvieux. A.

HERNUEMENT: temps embrouillé que les paysans ont mal à propos cru arriver aux changements des phases de la lune; ce qu'ils appellent aussi le débat de la lune. A.

HERPER (v. a. et n.): saisir de feu; cuire trop vite. B.

HERPIN: fripon. S.-I.

HERQUELER; HERQUELIER: tracasser.

HERQUELOT: chétif (Manche).

HERQUER: heurter; accrocher.

HERQUETTE: rateau. De herse (Vire).

HÉRU (adj.): mal peigné; qui a les cheveux comme du crin (Orne). _Har_, en islandais. On dit aussi _hérupé_. Voyez HURÉ. MM. Duméril.

HET: gaîté, plaisir.

HETER. Voy. HAITER.

HETÉ: coiffé de, au figuré. Je ne suis pas _heté_ de cet homme: je ne suis pas bien prévenu en sa faveur.

HEUDE (s. f.): bricole pour retenir un animal; entrave.

HEUDRI: échauffé; gâté, en parlant du bois. L.

HEULARD: souffreteux, maladif.

HEUMAS: opiniâtre.

HEUNAS: têtu, opiniâtre.

HEUNE: tête.

HEUQUET: hoquet. L.

HEUREUSETÉ: bonheur. De l'ancien mot _heur_.

HEURU: qui a les cheveux hérissés. De _hure_.

HEUSE: botte. On avait surnommé le duc de Normandie Robert, Courte-Heuse. Du Celtique-Breton _heuz_.

HIDRE: hère, malheureux. S.-I.

HIE: joie. D'hilarité, par apocope.

HIÈRE; HIERRE: lierre, autrefois _li erre_. De _hedera_.

HIGNER (v. n.): crier par intervalle, comme font les petits enfants. Voyez PIGNER.

HIMER: gémir, pleurer, _gimer_.

HINCHE: haine.

HIVERNAGE; LIVERNAGE (s. m.): plantes cultivées en champ pour nourrir les bestiaux, durant l'_hiver_.

HLA: cela.

HO! interjection pour faire arrêter les bêtes de somme ou d'attelage. En patois Walon, _hoo_ ou _hôra_!

HOBER (des fruits): les gauler. A.

HOCLASSER: travailler avec quelque peine.

HOCTONNER ou HAQUETONNER: bégayer, balbutier en lisant. MM. Duméril citent ACTAIGNER dans le même sens. A.

HOË (s. f.): houe.

HODINER: remuer, _dodiner_. B. S'amuser niaisement M.

HOELLAND: vallée profonde. De _hol_ et de _land_: basse terre.

HOGU: hautain, arrogant. Comme nos mots _hogue_ et _hougue_, _hogu_ vient du _haug_ des langues du Nord, qui signifie pointe, élévation. A.

HOGUIGAGNÈS. Voyez HAGUIGNÈTES. B.

HOIGNE (s. f.): fâcherie, murmure, ainsi que nous l'avons expliqué, dans une note de nos _Chansons normandes_, à la suite de Basselin, p. 177.

HOIMBREUX: ombrageux; qui hennit inquiet.

HOLBLEU! HOLBLAU--HOLBLEU! interjections dont on se sert pour engager les boeufs ou les vaches à boire.

HOLOS! cri jeté à l'occasion d'une douleur physique.

HOLINER: hocher la tête. Voyez HODINER.

HOMICIDE DE: cause de. Je n'en suis pas l'homicide: je n'en suis pas la cause.

HOMME: mari. Mn'homme: mon mari. En patois Walon, on dit: _om_.

HOMMÉE (s. f.). Une hommée de pré est l'étendue que peut en faucher un homme, dans un jour. A.

HONER: chanter en étouffant sa voix.

HONTEUX: timide. L.

HORÉ: venu à temps, à son _heure_. C.

HORGNE: horion, coup sur la tête.

HORGNER: donner une _horgne_.

HORION: gros rhume.

HORION: épidémie; fièvre causée par les marécages. Roman. B. Voir les _Chroniques de Monstrelet_.

HORIQUE (s. f.): maladie régnante. B.

HORSAIN; HORZIN: étranger, homme du _dehors_.

HOSTIER: mendiant, qui assiége les portes. D'_ostium_, porte.

HOTTU: voûté; un peu bossu, comme quelqu'un qui porterait une _hotte_. L.

HOUAILLER: crier haut. Des interjections: ho! oh!

HOUALER: appeler. Du verbe hêler. A.

HOUBILLE (s. f.): mauvais habillement; guenilles. A.

HOUC (s. m.): poussière âcre du chanvre et du chenevis. B.

HOUDRI: transi. M.--HOUDRIR: tacher; moisir. B.

HOUESNEVILLER: se faire inquisiteur de la conduite d'autrui.

HOUHOU: hibou ou chat-huant. De son cri, comme le nom du coucou est une onomatopée en grec, en latin et en français.

HOUHOUTER: appeler, hêler en imitant le cri du hibou.

HOUINER: geindre. En anglais, _to whine_ signifie se plaindre. _Houiner_ se dit aussi du cri des chevaux ardents, qui s'appellent.

HOUIVET: habitant du Bocage. Voyez OUIVETTE. B.

HOULER: hurler; lancer; exciter; _hêler_. B.

HOULET: ouverture, brèche.

HOULETTE: nid ou gîte de lapins. De _houler_.

HOULEVARI: tumulte. De _houle_: vague, flot. Voyez les mots BOULVARI et VOULEVARI.

HOULOTTER: soigner négligemment, comme des lapins dans une _houlette_. A.

HOUMARD: homard. A.

HOUQUER: dérober. De l'anglais _hook_, croc. B.

HOURDER: enduire ou garnir soit d'argile, soit de ciment.

HOURET: homme malpropre.

HOURI; HOURIN: petit cheval de peu de valeur. Voyez HARIN.

HOURTICOT; HOURTIGUAU: bourriquet. L.

HOUSÉ, E: effronté.--HOUSSER: mordre. S.-I.

HOUSTA (s. f.): virago, femme hommasse. B.

HOUTER: appeler de loin; héler. Onomatopée. (Vire.)

HOUVE: houe. En ancien allemand, _houwa_.

HOUVER: employer la _houve_; piocher. Au figuré, donner à regret.

HU! HUIO! interjections pour faire tourner à droite les bêtes de somme ou de trait. En patois Walon, _huot!_

HU (s. m.): moue, abattement dont les signes sont visibles.

HUAIN: hibou, chat-huant. L.

HUANT: hibou. Aphérèse de chat-huant.

HUARD: lutin, farfadet occupé à _huer_. B.

HUBIR: huer, injurier. Ce verbe a, dans l'ancien français, une signification bien différente. Nicot, Monet, Oudin l'interprètent par: gouverner si bien une chose qu'on en vient souvent à bout.--_Se hubir_, se hérisser en se défendant.

HUCHER: _jucher_, percher; placer en haut; se dérober aux recherches. Dans l'ancien français, hucher signifiait crier comme un chien qu'on blesse.

HUE: fi! interjection de blâme.

HUGUENOT: solitaire, qui fuit la société, comme les protestants lorsqu'ils étaient proscrits et persécutés.

HUGUENOTTE (s. f.): sorte de fourneau ou de réchaud en fonte. Par allusion aux protestants, ou _huguenots_, qui, à cause de leurs opinions religieuses, étaient livrés au feu et brûlés vifs, dans quelques pays.

HUHAN: chat-huant. Voyez HUAIN et HOUHOU. B. Métaphoriquement, ce mot désigne un homme qui fuit la société et qui vit solitairement comme un hibou.

HUHO! HUIO: terme de charretier, pour faire aller les chevaux à droite, tandis qu'on dit DIA! pour leur faire prendre la gauche. Dans le patois Walon, on dit _har_ pour _dia_, et _hote_ pour _huîo_. Au lieu de ce dernier mot, on se sert de l'interjection _hurhaut_ dans quelques pays.

HULER; HEULER: huer. Du latin _ululare_. Onomatopée.

HUNAUD: qui fuit le monde comme un _huhan_; taciturne.

HUPER: appeler quelqu'un en criant haut et de loin. De hu! hu! A.

HUPET (s. m.): distance à laquelle peut parvenir la voix de celui qui _hupe_. A.

HUPÉ: fier, riche.

HURE: peau de loup, de chèvre ou même de mouton, dont les paysans croyaient que le loup-garou se couvrait, dans ses courses nocturnes. Nous en avons parlé dans nos _Recherches sur la Normandie_, p. 296.

HURÉ; HUREPÉ: ébouriffé, hérissé.

HURI, en parlant d'un oiseau malade: hérissé.

HURIF, VE: précoce. Voyez AORIBLE. A.

HURLUFÉ; HURLUPÉ: ébouriffé. S.-I.

HURON: sauvage, étourdi qui ne respecte ni les usages ni les convenances; qui est toujours _huré_. MM. Duméril.

HURT; HUET; HEURT: petite saillie de terre, petit promontoire contre lequel les vagues viennent se _heurter_.

HUS (prononcé U): porte. Du vieux substantif _huis_, d'où nous avons conservé le mot _huissier_, placé à la porte des audiences pour faire faire silence. Du latin _ostium_.

HUT: chapeau. De l'anglais _hat_.

I.

I: il, ils. I court, i marchent, etc.: il court, ils marchent. Il s'emploie explétivement: _ch'est-i-me?_ est-ce moi?

IAN: gland. Par aphérèse. Voyez ENS.

IANS; IAS: eaux. C'est comme _taurias_ pour taureaux. On trouve cette sorte de pluriel dans nos vieux écrivains; par exemple, dans le fabliau du _Tonneau_ que La Fontaine a imité dans son conte du _Cuvier_, on lit ces vers:

Au valet vint, et li proya Qu'une partie li prestast De sa maison, et li gardast Ses dix _toniax_ en son celier.

Dans ses _Dictons du XIIIe siècle_, Crapelet rapporte ces questions (page 76), faites en Normandie: _Qui estiaus?_ _où aliaus?_ _dont veneaus?_ orthographiées ainsi dans les meilleurs manuscrits: _où aliax?_ _que quériax?_ _dont veniax?_

IARD: liard.

IAU: eau.

IAU DE MOURET: jus de fumier; parce qu'il a la couleur des morets ou baies d'airelle. (Manche.)

IAULOUX: plein d'_eau_, très-humide, marécageux. (Vire.)

IAUSSIR: pisser.

ICHIN: ici. B.

ICHITE: ici. S.-I.

ICI: ci. Ce temps ici pour ce temps-ci.

IDLO (D'): d'ici, de là. (Avranches.) Voyez ILO.

IDOUX, SE: maladif, qui éprouve de fréquentes douleurs.

IÈBE: gale du chat.

IETTE. Aphérèse de liette. Voyez LIETTE.

IEU! IEU! cri dont on se sert pour appeler les cochons. Voyez TIOT.

IEUCOLIER: écolier. S.-I.

IEUTUDIANT: étudiant. S.-I.

IEUN: un. S.-I.

IEUX: leur, à eux. S.-I.

IGNAU; IGNOT (adv.): sans cérémonie. A.

IGNORE (s. f.): ignorance d'une chose. Être en _ignore_: ignorer. A.

IGRE (s. f.): griffe, ongle. Voyez INGRE. A.

ILA: là. Martial d'Auvergne dit:

Quand les conducteurs _ilà_ virent.

ILEC (adv.): ici, là.

ILET: îlot, petite île. Métaphoriquement, pâté de maisons, groupe formant une sorte d'île.

ILEU: là. B.

ILO: là. B.

IMMENSE (s. f.): très-grande quantité. J'en ai une immense pour j'en ai beaucoup. L.

IMPORTUNATION: importunité.

IMPOTHÈQUE: hypothèque.

INBERLIAN: Irlandais. Du latin _Hibernia_: Irlande. B.

INDE: terne, noirâtre, de couleur bise ou sale.

Ne fleur inde, jaune ne blanche.

(_Rom. de la R._)

INDITER: indiquer, instruire. Voyez ENDITER.

INDOINE: privé d'aptitude. _In_ négatif. C'est l'opposé d'_idoine_.

INDUQUER: éduquer.

INEL: alerte. Du Roman _isnel_. Brunetto-Latini a dit, dans le XIIIe siècle: «D'un home pereceus je dirai: ce est une tortue; de un _isnel_, je dirai: ce est un vent.» A.

INGRE: griffe. Voyez IGRE.

INNOCENT: idiot, fou. Walter-Scott, dans son _Waverley_ (t. I, ch. 9), dit qu'en Écosse on donne aux fous le nom d'_innocents_.

INN'TOUT: non plus; pas davantage.

INSOUFFRABLE: insupportable, qu'on ne saurait _souffrir_.