Chapter 13
GEALLEUX, SE: qui a des engelures.
GEARSE (s. f.): brebis pleine. Du verbe latin _gerere_, d'où notre substantif _gestation_. Voyez GERSE. A.
GÈBE: gale du chat. B.
GÉGIGNE (s. f.): ventre. De _gésine_. A.
GENCER (v. a.): arranger, disposer. D'_agencer_, par aphérèse.
GÉNISSON (s. m.): génisse. L.
GENISSON: seneçon (_Senecio vulgaris_). B.
GÊNOTTE (s. f.) (_Bunium denudatum_). B.
GENOTTE (s. f.) (_OEnanthus pimpinelloïdes_). Voyez JANOTTE. A.
GENOUILLET (_Veronica hederæfolia_). B.
GENOUILLONS (A): sur les genoux, comme _à ventrillons_: sur le ventre.
GENS; NOS GENS: mon père et ma mère. Les gens par excellence. L.
GÉOTE: arroche (_Atriplex hortensis_). A.
GERGAUD (s. m.): fille qui folâtre avec les garçons. Voyez SERGAUD.
GERGAUDER: folâtrer en gergaud.
GÉROFLÉE: giroflée (_Hesperis violaria_).
GERQUE: brebis. Du latin _vervex_.
GERSE: brebis dans l'état de gestation. Voyez GEARSE. A Bayeux, _gerse_: vieille brebis. A.
GERZIAU (s. m.): espèce de lentille sauvage, qui croît dans les blés et infeste les sillons. A.
GESTÉ: arrangé. Il se prend en mauvaise part.
GESTÉE (s. f.): quantité, abondance. Du verbe latin _gerere_. Voyez VESTÉE.
GHÉROUÉSELLE (s. f.): groseille à maquereau (_Ribes uva crispa_).
GIBLOU. Le bon Dieu de Giblou: divinité dérisoire. On appelait la Chronique de Sigebert de Gemblours Chronique de Sigebert de _Giblou_. L.
GIÈVRE: harle hupé. Voyez VIAR. B.
GIFE; GIFLE: soufflet. Voyez JAFE.
GIGALER. Voyez GINGLER.
GIGNOSSÉS: curiosités introuvables. L.
GIGORGNE; GIGORNE: pièce de bois très-noueuse. De _gigot_ et du latin _cornu_.
GILER; GILOIRE. Voyez JILER, JILOIRE. A.
GIMER: pleurer, _gémir_. Du latin _gemere_.
GINGEOLE (LA): étourdi qui saute et _gingue_. L.
GINGLER; GINGUER: sauter, folâtrer. De gigue, gigot.
GINGUETTE: jeune fille qui aime à _ginguer_.
GIPOUTRER, ou plutôt JIPOUTRER. Voyez JIFER.
GIRIE: farce, fausseté, supercherie.
GIRONNÉE (s. f.): plein un tablier. Voyez GRONNÉE.
GIROT, pour GILOT: sot, grimacier. De _Gilles_; _Gire_.
GISIER: gésier. Id. patois du Jura. A.
GITRE; GIÈTE; GITE: madrier, solive, poutrelle.
GLAM (_Frutercula arctica_). B.
GLAM: crêpe, carême-prenant. Eure.
GLAM: Guillaume. Contraction du latin _Willelmus_ ou de l'anglais _Williams_. B.
GLAMET; GLAUMET: logette pyramidale de menues branches pour prendre les oiseaux. Du nom de quelque individu nommé Guillaume, qui l'aura inventé.
GLAMOT: Guillaume. B.
GLANE (s. f.): sorte de bouquet d'ognons, de tiges de blé, recueillis et liés ensemble. Du verbe _glaner_.
GLATIR: japer, hurler. Du verbe _glapir_.
GLAUDE: dupe, imbécille. De l'empereur romain Claude. Dans le patois du Jura, _englauder_: duper.
GLEU; GLU: glui, paille de seigle. En Champagne, on dit: _glu_. On lit, dans une chanson anonyme du XIIIe siècle:
Robin a d'autruy de mi Pris chapel de glui.
GLEUMER: engloutir. S.-I.
GLISE: glaise.
GLONDAT: ajonc (_Ulex europæus_). Manche.
GLORER: sommeiller, dormir en ronflant. Onomatopée. A.
GLOT: ver blanc, qui attaque la viande et le fromage. Voyez GUILLOT.
GLOT, TE; TERRE GLOTTE: terre mal brisée par le labourage. De _glu_.
GLOUTE (qual.): gâté. De l'islandais _glata_, perdre.
GNIAF: mauvais cordonnier.
GNIAGNIAN: lambin, tâton. De _fainéant_ prononcé _faigniant_. Dans le patois Berruyer, _gniogniot_.
GNIAQUÉE (s. f.): morsure de chien. Voyez GAFFÉE. Du Roman, _gnac_: coup de dent. B.
GNIAS: enfant à la mamelle.
GNIEU: oeuf laissé dans le nid pour y rappeler la pondeuse. Voyez NICHET.
GNIOLLE. Voyez NIOLLE.
GNIOLLER: niaiser; faire ou dire des riens. De _nihil_, rien.
GNIOT: nigaud. Voyez GNIAGNIAN.
GO: essor, élan. Tout de go: d'emblée. En anglais, _go_ signifie aller.
GOBANT: gourmand. De _gober_, manger avec avidité. MM. Duméril.
GOBELIN; GOBLIN; GOUBELIN: sorte de revenant ou d'esprit follet, plus espiègle que malveillant. Du celtique-breton _gobilin_: feu-follet, lutin, etc. Orderic Vital parle du _Gobelin_ dans le livre V de son Histoire, et le cite comme un démon qui apparaissait à Evreux. MM. Duméril dérivent le mot _gobelin_ du grec [Grec: kobalos], ou de l'allemand _kobold_. Je croirais plutôt que, comme notre vieux verbe _gaber_, il pourrait venir de la basse latinité _gabbatina_, plaisanterie. _Gobelin_ serait tout simplement l'altération de ce mot ou du _gobilin_ celto-breton. Nous avons parlé du _gobelin_ avec quelque détail dans le t. I de nos _Archives normandes_.
GOBELOTER: faire les froncements ou plis que les blanchisseuses impriment au linge fin. Froncer. L.
GOBET: petit morceau de pain, de bois, etc.
GOBINE (s. f.): repas de gourmands. Du verbe _gober_. Voyez GUEULETON. A.
GOBINER: manger avec friandise. Diminutif de gober. Il signifie aussi se rengorger.
GOBINETTE (s. f.): petit régal entre enfants.
GOBINONNER (v. a.): se moquer de. S.-I.
GOCE: aise, aisance. De l'islandais _gots_, richesse. B.
GODAILLER: s'enivrer dans un mauvais cabaret, et en mauvaise compagnie. L'Académie définit ce verbe: boire avec excès. De _godet_, vase pour boire. Peut-être (comme le pense M. Bastide, de l'Académie de Prusse) godailler vient du mot _goodale_ (_good ale_), bonne bière. Il arrive souvent qu'en passant d'une langue dans une autre, les mots changent d'acception et prennent un sens de mépris: c'est ainsi que nous employons en mauvaise part le substantif hère, qui vient du latin _herus_, et de l'allemand _herr_, maître; et le mot rosse, quoiqu'en allemand, d'où nous l'avons tiré, il signifie un cheval. L.
GODAN: discours ennuyeux et rebattu; bavardage inintelligible. De _God dem_, juron anglais qui choquait tant nos aïeux, pendant l'occupation du XVe siècle. _Godan_ signifie raillerie, en patois Lorrain, et vient probablement du mot latin _gaudium_. Il paraît que, dans l'arrondissement de Valognes, on dit: donner dans le _godan_, pour donner dans le _guêpier_.
GODANDARD: très-grande scie dont se servent les charpentiers.
GODE: gade, genre de poissons jugulaires de la famille des Auchénoptères.
GODICHE: nigaud, emprunté. De _gauche_.
GODIONNER: arranger avec beaucoup de soin. Du patois Vitréen _godin_, gentil, lequel emploie _godinement_: doucement, avec mignardise. M. de Montmerqué, dans une de ses notes sur les _Lettres de Mme de Sévigné_ (Lettre du 22 juillet 1685), s'est trompé lorsqu'il a dit que godinement signifiait gaîment.
GODON: ventru. Dans son XLe sermon de l'Avent, Olivier Maillart crie beaucoup contre les gros godons, et, dans son XXIVe sermon, il dit: «Le mauvais riche _erat unus grossus_ godon, _qui non curabat nisi_ du ventre.»
GODONNER: jurer. De _goddam_.
GODRON: goudron.
GOGAIL: niais, sot. B.
GOGAILLE (s. f.): repas de gourmands, où l'on se met en _goguette_. L.
GOGON: doux, mignon. Voyez AGOGONNER. A.
GOGUE (EN), expr. adv. (arr. de Mortagne): être en joie, de _jocus_, comme goguette. MM. Duméril.
GOGUER: folâtrer, en parlant des animaux. De _jocare_.
GOHANNIER: valet qui apporte dans le champ les aliments des moissonneurs. De l'anglais _go_: aller, et d'_ahan_: peine, fatigue.
GOHÉE: grande joie, rires bruyants. De _gaudium_. Voyez AGOHÉE.
GOLEAU: ivrogne _goulu_.
GOMER (s. m.): palais de la bouche; gorge.
GOMION: gourmand, vorace. Dans le patois Troyen, un _régomion_ est le reste d'un bon repas. L.
GOMIONNER: manger en gourmand.
GOMIONNERIE: gourmandise.
GORE (s. f.): truie. Du latin _gorretus_. On disait autrefois une gorrière pour une truie. Court de Gebelin dérive ce mot du celtique _gawri_, crier. Dans le patois du Jura, _gouri_ signifie un petit cochon, un _goret_. A.
GOREAU: ulcère. De _gore_, mal vénérien. B.
GORER: languir. MM. Duméril lui donnent aussi le sens de regarder manger avec envie d'en faire autant.
GORGE (GROSSE): goître.
GORGE-ROUGE: rouge-gorge. Voyez ROUGE-POUQUE.
GORGÈRE; GORGERETTE; GORGETTE: ce qui sert à attacher la coiffure à ou sous la _gorge_.
GORIN: goret, jeune porc. De _gore_, truie.
GORNINFLER (v. n.): écornifler. L.
GORRHE; GORE (s. f.): mal vénérien. S.-I.
GOSER: _gaver_, soûler. Au figuré, ennuyer.
GOSILLER: éprouver des nausées; vomir. L.
GOSSE, ou GAUSSE: mensonge plaisant. Du verbe _gausser_.
GOSSER, ou GAUSSER (v. n.): jouer ensemble, en parlant des enfants. Il signifie aussi donner des gosses. A.
GOSSIER: paille de sarrasin.
GOTTON: Margotton, qui signifie Marguerite, par aphérèse. L.
GOUAILLE (s. f.): raillerie de mauvais ton. Patois Troyen.
GOUAILLER: se moquer, railler. Patois du Jura. Patois Lorrain.
GOUAILLERIE. Voyez GOUAILLE.
GOUAILLEUR: plaisant, facétieux, goguenard. En patois du Jura, _gouailloux_.
GOUAPER: jaser, plaisanter (Valognes).
GOUBELIN. Voyez GOBELIN.
GOUBELINÉ: qui a des visions; qui croit voir le Goubelin ou Gobelin. (Valognes).
GOUGEARD; GOUJARD: gamin. Petit valet de ferme. De goujat.
GOULAFRE; GOULAFRIER; GOULIAFRE: gourmand. De _gulafer_, dans la basse latinité.
GOULARD. Voyez GOULIBAN.
GOULE: mâchoire; gueule. Du latin _gula_. Dans le département de l'Orne, le mot goule n'a rien d'offensant. Les nourrices appellent les enfants: chère goule; ma petite goule. On dit d'une personne friande: c'est une goule fine. A.
GOULER: vomir; rendre _gorge_.
GOULÉYANT: appétissant. A.
GOULIAS: goguenard, bavard.
GOULIBAN: gourmand. B.
GOULICHONNER: baiser indécemment sur la bouche. A.
GOULIMAUD. Voyez GOULIBAN.
GOULINE: sorte de bonnet de femme, qui enveloppe le bas de la figure, la _goule_. A.
GOUNELLE: cotte, jupe. De l'ancien français gonelle, et gone: robe.
GOUORFOULER: meurtrir. Voyez GOURFOULER. B.
GOURAS: gourmand. L.
GOURCIR: écraser. De _gourd_. _Gourcir_, c'est _engourdir_ à force de coups, ou par une violente pression.
GOURER: tromper. C'est le verbe dont le substantif _goureur_ est dans le Dictionnaire de l'Académie.
GOURFOULER: presser; fouler au point de meurtrir. B.
GOURGOUSSER: faire du bruit dans la gorge; gargariser. Par extension, bouillir à bouillons gros et sourds.
GOURMACHER: mâcher malproprement, en gourmand. A.
GOURMAND; GOURMAS: goéland. B.
GOURMELER (v. n.): grommeler.
GOURMITON: gourmand.
GOUROUFE; GOUROUFLE: sorte d'insecte (_Blatta orientalis_). B.
GOUSPILLER: houspiller, maltraiter. L.
GOUSPIN: gamin.
GOUSSON: gousset.
GOUSSON: gratte-cul, fruit de l'églantier.
GOUVILLER (v. n.): se moquer de quelqu'un en face.
GOUVILLON: sorte d'anneau, de bague. Du Roman _govion_.
GOUYÈRE: petite mesure pour la crême. (Pont-Audemer).
GRAANTER: accorder. De la basse latinité _graantare_. Roman.
GRABOTTE: tête du silique de graine de lin. A.
GRACIER: remercier, rendre grâces.
GRADE: petite groseille. S.-I. M.
GRADÈLE: petite groseille. B.
GRADELIER: groseillier à grappes. B.
GRADILLE: petite groseille.--A St.-Lo, _gradille_ signifie oseille, selon MM. Duméril.
GRADILLIER: groseillier à grappes.
GRAFFINER: gratter légèrement. On trouve ce verbe dans Rabelais.
GRAILLONNÉ: sal, malpropre; qui sent le _graillon_. MM. Duméril.
GRAILLOT: miette, reste.
GRAINIR: grener; monter en graine.
GRAISSET: sorte de lampe en fer. Ferrand dit, dans sa _Muse normande_:
De malheur je n'avions ni graisset ni candèle.
GRANCHE: grange. Du latin barbare _granchia_, dans une charte latine de 1294, rapportée par Vallois (_Notit. Gall._, Præf., p. 17).
GRAND, E: grand-père; grand'mère. _Mon grand_, pour mon grand-père.
GRANMENT: _grandement_, beaucoup.
GRANGE (s. f.): pièce de toile, sur laquelle on bat le sarrasin, dans le canton de Carrouges. A.
GRANGETTE: sorte de cage ou de piége pour prendre des oiseaux.
GRAPE FRANCHE: crabe de la meilleure qualité. B.
GRAPE ENRAGÉE: crabe commun. B.
GRAPPER (SE): s'attacher à. B.
GRASSE-POULETTE (_Chenopodium album_). B.
GRAU (s. m.): boue liquide. Voyez BOUILLON. B.
GRAVÉ, en parlant des effets de la petite vérole: marqué de petite vérole.
GRAVOIS: gros gravier.
GREC, QUE: avare, rusé. B.
GRECQUERIE: trait d'avarice. B.
GREDIL: gril. Du latin _craticula_. S.-I.
GREDIR: frissonner. Voyez CRÉTIR.
GREDIN: avare, ladre.
GREDINER: faire les choses avec une excessive mesquinerie. _Gredinerie_ en est le substantif.
GRÉDOLE: branche sèche tombée d'un arbre. M.
GRÈGE (s. f.): affinoir. (Manche.)
GRÉGIR: froncer.
GRÊLAIRE: malheureux. De grêle, _gracilis_. S.-I.
GRÊLÉ (de petite vérole). Voyez GRAVÉ.
GRÊLÉ: ruiné comme un champ que la grêle a dévasté.
GREMIR: écraser. Peut-être de _grain_. Alors l'origine de ce verbe serait la même que celle d'un _Lithospermon_ qu'on appelle _gremil_, et que Ménage dérive de _granum milii_: grain de mil ou de millet. En effet, _gremir_ c'est, pour ainsi dire, réduire en grains aussi petits que ceux du mil. En patois du Jura, _gremer_. A.
GRENONS; GUERNONS: moustaches. De _crinis_.
GRESILLE (s. f.): grésil; petite grêle. A.
GRESILLÉ DE: tout couvert de.
GRÉSILLON: grillon.
GRÉSIR (v. n.): grelotter de froid. L.
GRESSET: petite grenouille verte, qui monte sur les arbres.
GRETTE (s. f.): chenevotte. De _cannabis_, chanvre. A.
GRÈVE: grive. B.
GRIAU (s. m.): ce qui reste du lard, dont on a fait fondre et extrait la graisse. Voyez CRETON et RILE.
GRIBICHE (s. f.): grigou féminin. Voyez GRIPI. L.
GRIBICHON: même sens que GRIBICHE.
GRICHE (s. f.): grimace de mécontentement. Du verbe _grincer_. B.
GRICHER: faire la griche; témoigner du mécontentement par une attitude boudeuse.
GRICHET; GRINCHET: grincement de dents, pour exprimer la moquerie.
GRICHEUX: grondeur.
GRICHIR: pleurer. (Manche.)
GRICHU, E: dont la figure exprime la mauvaise humeur. B.
GRIFFER: égratigner. De _griffe_. Voyez ÉGRIMER; ÉGRINFLER.
GRIGER: froncer. Voyez GRÉGIR.
GRIGNE (s. f.): partie de la croûte du pain qui est la plus brisée et la plus savoureuse. En patois du Jura, _gregnon_: croûton. Voyez BAISEUL.
GRIGNER: grincer.
GRILLER (v. n.): glisser.
GRIMAUD: refrogné, e; de mauvaise humeur. Dans notre français actuel, grimaud est un terme de mépris, que l'on applique ordinairement aux écoliers paresseux. Furetière le dérive de _grammaticus_, élève de grammaire. Ménage, qui ne s'arrête pas en si beau chemin, dit que l'italien _grimaldo_, qui vient du latin _rimari_, chercher, est la source du mot français _grimaud_. Je ne partage pas ces opinions. Comme le grimaud est refrogné, se ride le front, je pense qu'il faut en chercher l'étymologie dans le substantif italien _grimo_, ride, d'où vient aussi grimace, etc.
GRIMELIS: mélange, fouillis.
GRIMELOTÉE (s. f.): oeufs brouillés. On dit aussi des oeufs à la grimelotée.
GRIMELU, E: marqueté de petite vérole. C'est ce qu'en Suisse on appelle _cretu_ (voir la _Nouvelle-Héloïse_, part. IV, lettre 8). _Grimm_, en celtique-breton, signifie grimace, et a donné naissance au _grimo_ des Italiens. C'est de _grimm_ que nous avons tiré notre vieux mot _grimelin_, qui voulait dire un polisson; mais, comme notre mot patois _grimelu_ ne se prend pas en mauvaise part, il y a lieu de présumer qu'il vient du celtique-écossais _gram_ (en composition, grim), qui signifie raboteux: tel est, en effet, le visage marqué de petite vérole. En patois du Jura, _gremoulu_: raboteux, couvert d'aspérités. A.
GRIMER: égratigner. De _grin_, ci-après.
GRIN: griffe; ongle. Enfoncer ses grins dans: enfoncer ses ongles dans.
GRINCHER: égratigner; donner des coups de grin.
GRINDEAU: tourne-pierre (_Strepsilus interpres_). B.
GRINGALET: homme chétif de corps et d'esprit. Patois du Jura.
GRIPER: grimper. Par syncope. Patois Walon.
GRIPI: la femme du Diable; méchante femme. De _grip_, l'une des filles du géant Géirrod, dans la mythologie scandinave.
GRIPILLON (s. m.): touffe de petites branches provenant d'une végétation extravasée; branches chiffonnées qui se forment en bouquet dans le poirier et dans le pommier, à peu près comme fait le gui.
GRIPONNER: voler, dérober. S.-I.
GRISON: quartz; caillou d'une excessive dureté.
GRIVELOTÉ: grivelé, tacheté de blanc et de roux ou de noir, comme la grive. L.
GROBIS: important, fier (_bis grossus_). MM. Duméril.
GROC; GROG (s. m.): aspérités que présente la boue durcie par la gelée, qui rendent le chemin raboteux et la marche difficile. A.
GROISELÉ: demi-cuit, en parlant d'un fruit. A.
GROISELLE: groseille, fruit du groseillier épineux; groseille à maquereau. Marot a dit:
De ses traités non valant deux groiselles.
GROISELIER: groseillier épineux.
GROLLE (s. f.): corneille; corbeau. _Grailli_, dans le patois de Grenoble.
GROLLER: tousser; expectorer; remuer.
GROLLES (s. f.): mauvais souliers. Ce mot est usité en Savoie.
GROMACHER; GROMENCHIER; GROMENCHER: grommeler.
GRONNÉE: plein un tablier. De _giron_. En patois Lorrain, on dit _gironnée_. Syncope. L.
GROS, en parlant du cidre: pur, sans addition d'eau. L.
GROSSET: rondin.
GROSSIER: gros et fort.
GROU: eau fétide, eau bourbeuse. Du bas latin _groua_, marais.
GROUAIGE. Voyez GARROUAGE. A.
GROUCER: réprimander;--remuer légèrement _Groa_, disent MM. Duméril, signifie à la fois _mettre en mouvement_ et _se mettre en colère_.
GROUE: gelée, glace. Voyez GROC. A.
GROUÉ; GUÉROUÉ: gelé en parlant de linge mouillé qu'a frappé la gelée. On dit aussi la boue est _grouée_.
GROUÉE (s. f.): fruits à pressurer, tombés avant leur maturité et que l'on recueille. Voyez DÉTÉ et TUIS. S.-I.
GROUER: égrainer; faire tomber les fruits d'un arbre. De _crouler_.
GROUET; GROUETTE: gros gravier. Terre de grouette: terre mêlée d'une grande quantité de gros gravier.
GROULONNER: renâcler. (Manche.)
GROUSSER; GROUCER: murmurer, gronder. C'est dans ce dernier sens que l'emploie l'auteur de la _Danse aux aveugles_. Du latin _glocitare_, glousser. L.
GROUSSER: remuer légèrement B.[15]
[Note 15: C'est le même mot que nous avons mis plus haut: GROUCER. MM. Duméril et Louis Du Bois diffèrent ainsi quelquefois par l'orthographe. J. T.]
GRULÉE: bouillie de gruau d'avoine. A.
GUAI: grivois. S.-I.
GUAI: glui. Voyez GLEU.
GUAITER: soigner, s'occuper de. S.-I.
GUANCHER (v. n.): dévier; aller de travers; broncher.
GUÉ, E: ruiné, e. De gueux. A.
GUÉDÉ: farci, rempli de, gonflé. B.
GUÉDER (SE): se mouiller et se crotter. Voyez BODER, GUÉNÉ, VADELER.
GUÉDINER, ou plutôt, GRÉDINER: frissonner de froid. Voyez CRÉTIR.
GUÉDOT: porc; qui aime à être _guédé_ de nourriture.
GUÉNÉ: crotté et mouillé. Voyez GUÉDÉ.
GUÉNER (SE): se crotter et se mouiller. A.
GUENETTE: femme ou fille de mauvaise vie. Du français _gouine_.
GUENIPPE: femme déguenillée. De _guenon_.
GUÉNONNER (v. n.): se morfondre; croquer le marmot. L.
GUERBIÈRE: bouche démesurément grande, dans laquelle on pourrait faire entrer une gerbe.
GUERDONNER: récompenser. Joinville écrit _guertedonner_. Basselin (Vau-de-Vire IV de mon édition) dit:
Fi de beauté Qui son amant de desplaisir guerdonne!
GUÉRIGAT (s. m.): gaîté folle; rut des animaux. L.
GUERMENTER (SE): se mêler de. Voyez DÉMENTER.
GUERNE (s. f.): poule. Employé dans un vieux recueil d'anciennes chansons normandes inédites, que nous publiâmes, en 1821, à la suite des _Vaux-de-Vire_ de Basselin (p. 155-196). Du latin _gallina_. Voyez GAU.
GUERNEMENT: garnement S.-I.
GUERNIR: garnir. S.-I.
GUERNOTTER; GRENOTTER: grelotter.
GUEROUÉE: gelée. Voyez GROUE.
GUERPELÉ: qui a peu de cheveux; qui n'est _guère poilu_. Homme de mauvaise mine.
GUERVÉ: gruau. (Vire.)
GUÉSETTE: fillette inconséquente et légère, de conduite équivoque, courant partout. Du celtique-breton _ghezett_, jument.
GUESTES: façons prétentieuses. De gestes. L.
GUESTIER, ÈRE: façonnier prétentieux.
GUÊTRUER: gazouiller. (Manche.)
GUEU: Dieu. De _got_, dans les langues du Nord.
GUEULATION: repas de gourmands voraces. De _gula_. L.
GUEUSARD: mauvais sujet; homme sans probité. De _gueux_.
GUIAFFE: soufflet. En patois Lorrain, _gaffe_ et _giffe_. Voyez JAFFE. L.
GUIAFFER: souffleter; donner une GUIAFFE. L.
GUIAMAIS: jamais. L.
GUIBET: moucheron. _Wibez_, en Roman. Voyez BIBET. A.
GUIBOLE: jambe mal faite. A.
GUIBRAIE (s. f.): cadeau venant de la foire de _Guibray_.
GUICHON: sorte de tasse ou de bol, soit en terre cuite, soit en bois de hêtre: cette dernière est une jatte. B.
GUICHONNÉE: quantité contenue dans un guichon.
GUIDOT: sorte de filet.
GUIE: diarrhée. Voyez JILE. A.
GUIENLEU: étrennes. C'est la corruption des mots druidiques: Au gui l'an neuf.
GUIFRE (s. f.): bouche, gueule. S.-I.
GUIGNE (s. f.): but où se place celui qui guigne au jeu de cligne-musette. L.
GUIGNER: regarder du coin de l'oeil. Le verbe _guigner_ signifie se cacher les yeux aux jeux de cligne-musette et de Colin-Maillard. Du vieux verbe _cuigner_: regarder du coin de l'oeil; du latin _cuneus_, coin. On trouve _cuin_ dans Nicot. Voyez BONER, et GUINCHER. L.
GUIGNER: jeter des pierres. (Valognes.)
GUIGNETTE (s. f.): obscurité. Marcher à guignette; flâner à guignette. Du verbe _cligner_.
GUIGNEUR; GUIGNEUX: qui se moque, en regardant du coin de l'oeil.
GUILDROU; GUILLEDOU (Courir le): courir les mauvais lieux. En patois du Jura, _guilledru_.
GUILÉE: averse. De _gîler_: jaillir.
GUILER: crier d'une voix perçante. Voyez VIPER.
GUILLEMUCHE, GUILLEMUCHETTE: le jeu de la _climusette_ ou _cligne-musette_. L.
GUILLER: crier d'une voix perçante. A.
GUILLOT: ver blanc qui attaque la viande, le fromage et quelques fruits. A.
GUIMBELET: gibelet; vrille.
GUIN: pou. A.
GUINCHER: regarder du coin de l'oeil; cligner. Dans l'Orne, le verbe _guincher_ exprime l'action de lancer ridiculement des oeillades amoureuses. En patois de Grenoble, _guinchié_ signifie viser pour tirer un coup de fusil. Voyez GUIGNER.
GUINCHOTTER: guincher fréquemment.
GUINE (s. f.): croûton. Voyez GRIGNE. B.
GUITIS; GUITUS: gosier.
GUT; CUT (s. m.): cligne-musette, jeu d'enfants. Le but où il faut se rendre. Du Roman _cute_: cachette, lieu secret. A.
H.
H. L'aspiration rude de cette lettre est employée mal à propos dans quelques cas. Par exemple: _c'ment hla_; _donne-moi hla_: comment cela; donne-moi cela.
HA: haut. En patois Walon, _hais_. Villehardouin écrivait: _halz murs_ et _haltes teres_. L.
HACHET: petite barrière dont les barreaux sont perpendiculaires. Voyez HÉ.
HAGER: déchirer, détériorer, gâter. De _hacher_.
HAGNETTE: béquille. D'_anus_, vieille femme. Il signifie aussi mauvais couteau. B.
HAGUE (s. f.) (arr. de Valognes): fruit de l'aubépine, qui s'appelle _hôgan_, en breton. C'est aussi le nom que l'on donne à l'extrémité du Cotentin, où les pirates normands s'étaient fortifiés au moyen d'un fossé dont les restes sont connus sous le nom de _Haguedik_. C'était, comme on sait, leur usage: «Normanni, devastata ex maxima parte Hlotharici regni regione, prope fluvium Clyla, loco qui dicitur _Lovonium_, sepibus (more eorum) munitione capta, securi consederunt. _Annales Fuldenses_, année 891, dans Du Chesne, _Scriptores Normannorum_, p. 18.
Rous ne li suen qui od lui erent, Defenses firent e fossez Granz e parfunz e haux e lez, Clos environ cume chastel.
BENOIS, _Chronique rimée_, l. II, v. 3442.
Voyez aussi Dudon de Saint-Quentin, l. II, dans Du Chesne, loc. cit., p. 77; Guillaume de Jumièges, l. II, ch. 10, _ibid._, p. 228, et le _Roman de Rou_, l. I, p. 64. Selon Ihre, l'islandais _hagi_ aurait signifié haie; nous ne le connaissons qu'avec le sens de pâturage, mais probablement _clos_; au moins le vieil allemand _hag_ et l'anglo-saxon _hacg_ nous portent à le croire. La racine de _haie_ pourrait même être celtique; car dans le patois de l'Isère, _agi_ signifie haie, buisson; dans celui des Vosges, _haigis_ signifie bosquet, et le vieux français _haie_ avait le plus souvent la signification de bois: la Haie de Valognes, la Haie d'Ectot, St.-Germain-en-Laye, etc. MM. Duméril.
HAGUIGNÈTES; HOGUIGNÈTES: étrennes. C'est la corruption de: Au gui l'an neuf. Dans le XVIe siècle, on chantait à Rouen:
Donnez-moi mes haguignètes Dans un panier que voici. Je l'achetai samedi. D'un bonhomme du dehors. Mais il est encore à payer. Hoguinelo!
Ce refrain est à peu près le même que celui de cette autre chanson du même crû et de la même époque: