Glossaire du patois normand

Chapter 11

Chapter 113,260 wordsPublic domain

ÉLIANÇOURE; ÉLIENÇOURE (s. f.): tube de sureau pour lancer de l'eau. Voyez CLIFOIRE.

ÉLIGNER: élaguer. Du mot ligne.

ÉLIMER: user, en parlant du linge.

ÉLINDER: glisser sur la glace, sur le feu. Voyez RINGLER. A.

ÉLINGUE: fronde. De l'anglais _sling_. L.

ÉLINGUER: lancer, jeter au loin. Des vieux mots _eslingueur_, _eslinguir_.

ÉLOQUETER: mettre en pièces, en _loques_.

ÉLOSSER: ébranler, secouer. Voyez LOCHER. A.

ÉLUGEMENT: ennui causé par de sots propos.

ÉLUGER: ennuyer. Du latin _lugere_. En roman, _élugir_, être troublé.

ÉLUITE: élite, choix.

ÉLUITER: éliter, choisir.

ÉLUNÉ: privé de la vue.

ÉMAQUER: écraser. En patois du Jura, _émacher_.

ÉMAYER (S). Voyez ÉMOYER.

EMBABOUINÉ: mal tenu; dont les vêtements sont en désordre et de mauvais goût. De _babouin_. A.

EMBAQUETER: mettre une sorte de bâton ou de carcan aux animaux, pour les empêcher de passer à travers les clôtures. B.

EMBARLIFICOTER; EMBERLIFICOTER: embarrasser. Du verbe roman _emberlucoquer_ ou _embureliquoquer_: couvrir la tête, et, au figuré, amuser de vaines paroles. C'est à peu près _l'emberlicoquer_ ou _emberlucoquer_ du patois Lorrain, verbe qui signifie coiffer de: par exemple, au figuré: coiffer d'une idée ridicule; au propre: _embarrasser_ la tête _d'affiquets_.

EMBARNIR (S') (v. n): prendre de l'embonpoint.

EMBARRAS (FAIRE SON): se donner de l'importance. Patois Lorrain. On dit aussi: faire de ses embarras.

EMBATÉE: ce que l'on place sur un bât. L.

EMBÉRIONNÉ: embarrassé. A.

EMBERNOUSER: salir avec des excréments. En Roman, _embresner_. Voyez BERNOUSER. A.

EMBERON: embarras. A.-M. Du Méril écrit embront, et le traduit par essor.

EMBÊTANT: ennuyeux.

EMBÊTER: ennuyer.

EMBLAIER: emblaver. Semer du _blé_.

EMBLER: dérober, enlever.

EMBOBELINER: envelopper avec grand soin. Suivant Cotgrave, ce verbe, en Roman, signifie séduire par des mensonges. Dans ce cas, c'est une expression figurée.

EMBOFETER: emboîter; faire entrer dans une rainure ou une entaille.

EMBRÊLER ou EMBREULER: embricoler.

EMBRENINQUER: envelopper et embarrasser.

EMBROQUER: embrocher. S.-I.

EMBROUILLIAMINI; BROUILLIAMINI: confusion, _embrouillement_.

EMBRUNCHIR (S'): s'assombrir, devenir _brun_.

EMEILLÉ, adj. (Orne): inquiet, qui est en _émoi_; en vieux français _émoie_. MM. Du Méril.

EMENER: agiter. A.

ÉMERAS: joyeux, B.

ÉMET: tablier du pressoir, sur lequel on dresse la motte de marc B.

ÉMEULETER ou DÉMOULETER: déboîter une articulation, la luxer. V. et L.

ENCONTRE; A L'ENCONTRE: contre. Je ne vas pas à l'encontre: je ne dis pas le contraire. Dans la langue romane, la préposition _alencontre_ signifie envers, à l'égard.

ENCOVIR: convoiter.

ENCRÉPI: invétéré. Mains encrépies: mains calleuses, comme si elles étaient enduites d'un _crépi_.

ENCRÉTINÉ (moulin encrétiné): qui ne peut fonctionner à cause de la _crétine_, grande _crue_ des eaux. Voy. CRÉTINE. A.

ENCROUER: accrocher. Rester encroué: rester accroché. Roman.

ENCRUCHER: accrocher. Du Roman _encrouer_. A.

ENDAGNÉ: invétéré. A.

ENDAGNER: inviter. B.

ENDÉMENÉ: turbulent, désordonné, évaporé. Brantôme s'est servi de ce qualificatif pour désigner les femmes dont la conduite est reprochable. (_Dam. Gal._, t. II). Du latin _demens_. A.

ENDÊVER: endiabler. De l'italien _diavolo_; de l'anglais _devil_, mots qui signifient diable. On trouve _desvé_ pour fâché dans les chansons de Thibaut, roi de Navarre; et le vers suivant dans la _Farce de Pathelin_, p. 63:

Il semble qu'il doye _desver_.

Dans la langue romane, _endesver_, c'est enrager, être égaré. Roquefort dérive ce verbe du latin _deviare_.

ENDEVERS: vers, devers.

ENDITER: indiquer, annoncer, faire connaître. Du Roman _addicter_, désigner; ou d'endicter, faire savoir. _Enditier_ dans Joinville. L.

ENDORMOIR (s. m.): grande tasse de grès, qui tient le milieu entre la tasse ordinaire et l'écuelle. A.

ENDREIT; ENDREIT DE: envers, à l'égard de.

ENDREIT; ENDRET: endroit, lieu.

ENFALÉ se dit des volailles qui n'ont pu digérer les aliments contenus dans leur _fale_, leur jabot. L.

ENFANTOMER: ensorceler. B.

ENFLE (s. f.): tumeur, _enflure_. L.

ENFLUME: enflure. Du roman _enfleume_, que Borel tire du latin _inflatio_.

ENFONCER: tromper, faire dupe.

ENFONTUME. Voyez MORFONTURE.

ENFOUILLER: enfouir.

ENFOURSURE: enfonçure, fonçailles; fond de sangles d'un châlit.

ENFROIDURÉ: _refroidi_, frileux; qui grelotte. Roman. D'_infrigescere_, selon Monet. L.

ENFRONTER: affronter. S.-I.

ENGAGNER: irriter, mettre en colère. S.-I.

ENGALU: goulu. Du latin _gula_.

ENGASER (S'): s'embourber. De _vase_.

ENGAVER (S'): se bourrer d'aliments jusqu'au _gavion_. Voyez GAVION.

ENGELÉ: qui éprouve l'effet de la gelée. L.

ENGELEAU, et non pas ANGELOT: fromage _engelé_, c'est-à-dire dont le froid, la _gelée_, a empêché le sérum ou petit-lait de s'égoutter suffisamment.

ENGIGNIER: tromper, user d'engin.

ENGIN: moyen de ruse. Dans la vieille langue française, il signifiait industrie.

ENGOULER: saisir avec sa _gueule_, en parlant d'un animal. De _gula_. L.

ENGROULIR: engourdir de froid.

ENGRUGER: se passionner pour. Roman.

ENGUEUSER: duper.

ENHAIR: _haïr_, fuir, abandonner: en parlant d'oiseaux qui quittent leur nid, lorsqu'ils s'aperçoivent qu'on l'a visité. Dans le patois Roman, ce verbe signifie haïr fortement. L.

ENHANNER: ahanner. De la basse latinité, _ahannare_, _anhelare_.

ENHASÉ: affairé, pris en mauvaise part. Par extension, homme qui fait l'important; enflé d'orgueil. On trouve ce mot dans Henri Estienne. Nicot dit qu'il signifie affairé. De la particule _en_ et du substantif _hâte_. Ainsi l'enhâsé serait un homme qui affecte de l'empressement pour faire croire qu'il a de grandes affaires. A.

ENHATER: _hâter_, presser. Du Roman _enhâtir_.

ENHARSÉ: enraciné, invétéré. B.

ENHEUDÉ: fixé par des _heudes_, liens pour empêtrer. Valognes.

ENHIEU; ENNIEU; ENGNEU: aujourd'hui. Voyez ENHUI. B.

ENHUI: aujourd'_hui_. Roman, ainsi qu'_ennuia_. Des mots latins _in hoc die_, _hodie_. Dans le _Testament de Pathelin_, ce mot est écrit ennuict (dans cette nuit), quoiqu'il y signifie simplement aujourd'hui:

Fauldray-je ennuict? Las! quel reproche!

ENLARGIR: élargir. En Roman, _enlarger_ signifie étendre, augmenter. L.

ENLEUDER (S'): s'embarrasser, s'empêtrer. Voyez HEUDES. A.

ENLEUGIR: alléger. S.-I.

ENLISER: embourber. Voyez GLISE.

ENMITOUFLER (v. réfl.): s'envelopper la tête comme avec un _amict_; on dit aussi _amitoufler_. MM. Du Méril.

ENORDIR. Voyez ORDRE (Mettre en). L.

ENOSSER (S'): avaler un _os_ qui embarrasse le gosier.

ÉNOTER: _ôter_ les feuilles, les _noeuds_ d'une branche.

ÉNOULER: moudre grossièrement.

ENQUÉRAUDER: ensorceler. Du Roman _caraude_, sortilége.

ENQUERCAUCHÉ; ENCARCAUCHI: empêtré. Vent encarcauché ou encarcauchi: vent qui souffle sourdement dans les arbres comme à l'approche d'un orage, et qui y semble arrêté, enchevêtré.

ENQUERVOISER: accrocher.

ENRAUDER (v. a.): ranger en _raude_ les émondes que l'on a coupées. L.

ENROUSER: arroser. L.

ENRUBISQUEUX, SE: amoureux. De _rut_. A.

ENS: céans, dans, dedans. Alain Chartier dit (_OEuv._, p. 532):

Je pleure ens et me ry par dehors.

ENSANGMÊLER (Faire): irriter, mettre en colère. Voyez SANG-MÊLER. B.

ENSAQUER (v. a.): mettre dans un sac. L.

ENSASINEMENT: assassinat.

ENSASINER: assassiner.

ENSEMBLÉE: assemblée. L.

ENTEL: tel. MM. Du Méril.

ENTENTE: intelligence, faculté de bien entendre, de bien saisir; jugement. S.-I.

ENTEUNÉ: enfermé chez soi. Voyez TEUNE. A.

ENTEURI. Voyez ENTURI.

ENTICULÉ: articulé. S.-I.

ENTOMBIR. «Mot encore en usage en Normandie», dit Roquefort, qui assure que ce verbe signifie étonner, surprendre.

ENTORS: tortu. A.

ENTOUR: environ, à peu près. Roman.

ENTREBAT: la partie du _bât_ qui est entre ses deux atelles.

ENTRE-CI-ET: entre ce moment-ci et tel autre; d'ici à.

ENTRETENANT (de bâtiments): bâtiments réunis qui s'_entretiennent_. L.

ENTRETRIPLER (S'): se battre à _triple_ outrance. En Roman, _atribler_ signifie accabler de coups. Dans le patois Walon, _triplé_, c'est «battre les terres afin qu'elles s'affaissent moins», dit l'abbé Cambresier dans son _Dict. walon-français_. A.

ENTROMPER: mettre le soc en terre; l'y enfoncer.

ENTROUBLIER (S'): perdre la mémoire; oublier. Dans les _Chansons du roi de Navarre_, _entrobli_ signifie étourdi, troublé. En Roman, _entroblier_, _entroblir_: suspendre, troubler. On lit dans le _Roman de Troye_:

Ki set, et n'ensoigne et ne dit, Ne peut estre ne s'_entroblit_: Science, qui est bien oïe, Germe, florist et fructifie.

ENTURI: gâté par un long séjour dans la saleté. M.

ENVELIMER: envenimer. Voyez VELIN. Roman. Un ancien proverbe disait:

Paroles rapportées Sont envelimées.

ENVIER: envoyer. En patois Walon, _invier_.

ENVIRON: à. Il est environ son ouvrage: il est occupé à son ouvrage. Des Perriers (_Nouvelle_ 129, intitulée: _D'une jeune fille surnommée Peau-d'Ane_) dit: «Comme elle était _environ_ ces grains d'orge, ses père et mère fesoient soigneuse garde.»

ÉPAMI: absorbé, interloqué. S.-I.

ÉPANTABLE: épouvantable, monstrueux, très-gros. En patois Bourguignon, _éponter_; dans le patois Troyen, _épanter_ signifie épouvanter. Molinet, dans ses poésies, semble avoir tiré de l'espagnol _espantar_ le verbe français _épanter_, qu'ilemploie pour épouvanter.

ÉPAPLOURDIR: étourdir, éblouir d'un coup inattendu.

ÉPARÉ: clair, serein. Le temps est éparé. L.

ÉPARTIR: répandre, éparpiller, repartir. Guil. Guiart dit:

Ribaces qui de l'ost se partent Par les champs ça et là s'épartent.

L.

ÉPASSE ou ESPACE (s. f.): pièce de la maison au rez-de-chaussée, et qui a une porte de communication avec le chauffe-pied. Voyez CHAUFFE-PIED.

ÉPATER: détacher un drageon du _pied_ d'un arbre.

ÉPATTE: étoupe. Vire.

ÉPAVILLER: disperser, éparpiller. D'_épave_.

ÉPÉ; EPEC; EPEU: pivert. Du latin _picus_.

ÉPELLIR: démêler. En parlant de la laine.

ÉPERNE-MAILLE (s. f.): tire-lire. En patois Walon, _spâgn'mâ_. D'épargne et de maille, petite monnaie. A.

ÉPESTOUI: qui court çà et là; étourdi. Voyez PESTER.

ÉPÉTER: éclore, en parlant des éruptions cutanées. L.

ÉPEUFIR: ébouriffer. L.

ÉPICOCURE DES PRÉS: _Cynosurus cristatus_.

ÉPIETTER (S'): se meurtrir les pieds en marchant, au point de ne pouvoir s'en servir. B.

ÉPIFRA (s. m.) (Orne): éclat de bois. MM. Du Méril.

ÉPIGNOCHE; ÉPINOCHE (s. f.): faucet, brochette de bois. Voyez PIGNETTE, PIGNOCHE. B.

ÉPILER: extirper les broussailles, comme du poil (_pilum_).

ÉPINE (NOBLE): aubépine, épine-blanche. B.

ÉPINE-NOIRE: prunellier.

ÉPINETTE: guimbarde.

ÉRINFLURE: égratignure. L.

ÉRIVIÈRES: étrennes. S.-I.

ERJU (s. m.): ennui. L.

ERJUER: ennuyer, vexer,

ERLIGION: religion.

ERLISER; ERLUISER: briller, _reluire_.

ERMÉNA: almanach.

ÉRONCE: ronce. Id. en patois Troyen.

ÉRONCER: extirper les _ronces_.

ERQUEMANDER: recommander. S.-I.

ERRENÉ: éreinté. On lit dans la _Satire Ménippée_: «Le sort tomba sur un pauvre malotru, meneur d'âne, qui, pour hâter son misérable baudet, tout _errené_ de coups et du fardeau, dit tout haut: Allons, Gros-Jean, aux États!»

ERREUR: différence.

ERRIÉE (s. f.): accès, abondance. Il a été pris d'une erriée de toux. B.

ERRIÈRE: arrière.

ERRUSÉE; ÉRUSÉE: essor, volée. Prendre son errusée. Du vieux substantif _erre_, course, venant d'_errare_: errer, divaguer. A.

ERSAI ou ERSEI: _hier_ au _soir_. En Roman, _erseir_.

ERSE: facilité, espace. Avoir l'erse de.

ERSINCHER: fripier. S.-I.

ERSOURCE: source d'eau. Ressource.

ÉRU; ÊRU: lierre. De _hedera_. L.

ÉRUSSER: effeuiller une branche à pleine main, comme lorsque l'on cueille les feuilles de l'_éru_, lierre. A.

ÈS: aux, dans les. Roman.

ESBIGNER: tuer. S'esbigner: disparaître, fuir.

ESBROUF: embarras, affectation. Faire esbrouf, de l'esbrouf. Voyez EMBARRAS.

ESCACHETTE: casse-noisette. Voyez ÉCAUCHETTE. Manche.

ESCANDIE (Sucre D'): sucre _candi_. Voyez SCANDI.

ESCARGAITE ou ESCARGUETTE: sentinelle. Voyez ÉCHAUGUETTE.

ESCARBILLARD: étourdi, éventé. Cette fille est coiffée à l'_escarbillard_. En Roman, _escarbillard_ signifie gai, plaisant, rusé. Dans le patois Toulousain, _escarbilhat_, dispos. En espagnol, _escarapela_ se traduit par dispute et par noeud de ruban à la coiffure. On trouve _escarbilhat_ dans la _Nouvelle_ 52 de Des Perriers. En patois Lorrain, _escarbouillette_, étourderie.

ESCARBOUILLER. Voyez ÈCARBOUILLER.

ESCOFFIER (v. a.): égorger. De l'italien _scuffia_, coëffe. C'est une sorte de litote. Escoffier: décoiffer, pour ôter la tête.

ESCOFFION: nippes de femmes. De _scuffia_.

ESCORNIFLER: écornifler. Id. en patois Lorrain.

ESCOT: promenade; espace que parcourt une sentinelle.

ESCOUER: secouer. Du latin _excutere_. S.-I.

ESCOURRE. Voyez ÉCOURRE.

ESCOUSSE. Voyez ÉCOUSSE.

ÉSERAIS: _esquille_, éclat.

ÉSERGOTER: blesser le pied, les ergots; arracher les ergots. Esergoter un boeuf, c'est lui blesser le pied, au point de lui faire perdre un ou plusieurs ergots. Voyez ÉRIGOT. A.

ÉSIQUIÉ: chétif, _exigu_. Du latin _exiguus_.

ESPADRON: espadon.

ESPADRONNER: espadonner.

ESPAIGNER: épargner. Employé par Basselin.

ESPÊCHE: épingle. De l'islandais _spick_; du latin _spiculum_.

ESPÉCIAUTÉ: belle apparence. (Valognes.)

ESPÉRER: attendre. Patois du Midi. L.

ESPRANGNER: détruire, briser. De l'islandais _sprangia_.

ESPRITÉ: spirituel. L'Académie admet le verbe familier _espriter_ pour donner de l'esprit. On lit, dans le _Vogage de Chapelle et de Bachaumont_, ce vers sur Mme d'Osneville:

Elle est jeune, riche, espritée.

ESQUAINTER: tuer; mettre en pièces.

ESQUÈLETTE (s. f.): squelette.

ESQUIPOT: enjeu. Dans l'Académie, l'esquipot est la tire-lire.

ESSAIMAGE: action d'_essaimer_ en parlant des abeilles.

ESSART: terrain inculte. Voyez DÉSERTER.

ESSAVER: écorcher l'épiderme.

ESSEMER: essaimer.

ESSENILLER (v. a.): disperser, éparpiller. A.

ESSENTE: bardeau, petit ais mince dont on couvre les maisons.

ESSERBER; ESSERPER: élaguer au moyen de la _serpe_. (Vire.)

ESSIAUX ou ESSAUX: digue par laquelle le trop plein du bief prend son cours. Du vieux verbe _issir_, sortir; ou bien d'_ais_, planches, parce que la digue admet dans sa construction plusieurs madriers.

ESSOINE: excuse. MM. Du Méril.

ESSOUDRE ou ESSOURDRE: élever en l'air; s'élever. De _surgere_.

ESSUI ou ESSUYEUX: torchon.

ESTAMPER: fouler, écraser. De l'islandais _stappa_.

ESTOMAQUER: fâcher. Du verbe anglais _to stomach_, qui vient du latin _stomachor_, se dépiter. B.

ESTORER. Voyez ÉTORER.

ESTRAGAUCHINES: hypothèques. MM. Du Méril. O.

ET PIEUS: et puis, ensuite.

ÉTAMPIR: suffoquer.

ÉTAQUER: peler le gazon.

ÉTAU. Voyez ÉTOUBLE.

ÉTAUDIR: assommer. Voyez ATOUT.

ÉTAUPINER: rabattre la terre des _taupinières_.

ÉTEI: aussi. Du latin _item_. Voyez ITOU. S.-I.

ÉTÉLET: hirondelle de mer (_Sterna hirundo_).

ÉTERCELET: tiercelet.

ÉTERMINE; ÉTERMAIGNE (s. f.): état de dépérissement. Ce mot vient de ce que le malade, qui est ordinairement un enfant, reste _indéterminé_, c'est-à-dire ne croît pas, n'obtient pas de guérison, et de ce que sa maladie n'augmente pas.

ÉTERSE (s. f.): brosse. Du verbe latin _extergere_, nettoyer.

ÉTEURDRE: manier la pâte, la _tordre_. Tordre, en patois, _teurdre_.

ÉTIBOQUER: agacer comme avec un étibot. Voyez ASTICOTER.

ÉTIBOT: petit éclat de bois. Arbre rabougri.

ÉTIPE: somme ou pièce de monnaie restant au-delà d'un paiement effectué, ou d'une somme ronde. Un liard d'étipe. Voyez SUBRÉCOT.

ÉTIQUENARD: sorte de canard sauvage (_Anas acuta_). B.

ÉTIQUER: éplucher. Voyez EFFLOQUETER.

ÉTOCURE (s. f.): grosse pierre ou maçonnerie employée pour _étoquer_ une construction. Voyez ÉTOQUER.

ÉTOMIE (s. f.): squelette. D'anatomie. Dans le patois Walon, _atomeie_.

ÉTOQUER (v. a.): soutenir une construction par une forte pierre, ou par de la maçonnerie.

ÉTOQUER: attacher. S.-I.

ÉTORER (en parlant des noix, des châtaignes: leur enlever leur brou, leur hérisson). Voyez ÉCALER.

ÉTORER: pourvoir. Dans l'ancien français, _estorement_ signifiait provisions, meubles. De l'anglais _stord_.

ÉTOT: racine du chaume.

ÉTOU: aussi. Voyez ITOU.

ÉTOUBLE; ÉTEULE; ÉTAU: chaume laissé debout et dans lequel il se trouve des herbes réservées aux bestiaux. Dans le patois de Grenoble, on dit _eitoublo_, chaume. Du latin _stipula_. _Etouble_ appartient au patois Lorrain; en patois Walon, _steûle_. A.

ÉTOUPAS: bouchoir de four. Ce mot vient, par corruption, d'_étouffer_ le four, ou de ce que le bouchoir le ferme comme ferait un bouchon d'étoupes sur toute autre ouverture. En patois Walon, _ristopé_ signifie boucher, fermer.

ÉTOUPER: mettre l'étoupas. Ce verbe signifie aussi essarter, couper les broussailles.

ÉTRAIN: paille. Du latin _stramen_.

ÉTRALLER: étaler.

ÉTRAMILLER: éparpiller, disperser.

ÉTRAQUER: suivre l'_étrat_, la trace.

ÉTRASE: ombre qui ne laisse pas de trace; objet chétif.

ÉTRAT: sentier tracé et frayé dans la neige. Du latin _stratum_.

ÊTRE (s. m.): bâtiment. Autrefois on écrivait aitres, ce qui se rapprochait davantage de l'étymologie, puisque ce substantif vient du latin _atrium_, maison, logis.

ÉTREULER: entasser confusément, écraser.

ÉTRILLER (v. a.): arracher en déchirant.

ÉTRIPER: éventrer.

ÉTRIVARD: hargneux. L.

ÉTRIVER: débattre. Faire étriver: taquiner, faire endiabler. Cretin l'emploie dans le sens de disputer (p. 47):

A quoi tient-il qu'aujourd'hui n'_estrivez_ Contre la Mort?

Du vieux mot français _étrif_, débat. Martin Franc, auteur du _Champion des Dames_, a composé un traité, en vers et en prose, intitulé: _L'étrif ou le débat de Fortune et de Vertu_.

ÉTROGNER: émonder. Voyez ÉPROGNE.

EU: heure. Jusqu'à ç't'eu: jusqu'à cette heure. L.

ÉU (pour _eu_): participe du verbe avoir. ÉUT; ÉUSSENT, etc. En Roman _éhu_. En parlant des Géants renversés par Jupiter, Jean Regnier, poète du XVe siècle, dit:

Se ne fust Jupiter, à la foudre bruyant, Qui tous les desrocha, ja n'_éussent_ garant.

EUCRIRE: écrire. S.-I.

EUNE: une. En général on dit, en patois: _auqueune_ pour aucune; _preune_, pour prune; _pleume_ pour plume; _feumer_, _il feume_, pour fumer, il fume, etc. Id. Patois lorrain. L.

EURE (rivière): il devrait se prononcer Ure, comme dans _gageure_, _nous eûmes_; c'est ce que nous avons dit dans nos _Archives normandes_ de 1824, p. 247 et 248.

EURIBLE. Voyez AORIBLE.

ÉVACHÉ: déformé, habillé négligemment. Du verbe s'avachir.

ÉVALINGUER (v. a.) (arr. de Valognes): jeter, lancer, _élinguer_. De _af_, en islandais. MM. Du Méril.

ÉVAR: mouvement d'impatience. B.

ÉVARER: épouvanter, rendre _effaré_.

ÉVELISÉ: à demi-usé, râpé en parlant d'une étoffe. Voyez ÉLIMÉ.

ÉVESTOUI, même sens qu'ÉPESTOUI.

ÉVIPILLON. Voyez VIPILLON.

ÉVRASQUER: arracher en déchirant (Valognes).

EXEMPLE (PAR): vraiment (employé souvent dans le sens d'une opposition ou d'une réclamation ironiques).

EXPERTISER: procéder à une expertise.

EXPOSITION: péril, accident fâcheux auquel on est exposé.

EXPOSOIR: reposoir.

EXPRÉS (PAR): exprès.

F.

FABIN: espion, rapporteur. Du latin _fari_, _fabula_.

FACE: boucle de cheveux tortillée sur les tempes et que les hommes fixaient avec de longues épingles noires. Cette mode de la coiffure a cessé, en 1792, d'être en usage, ainsi que la pommade et la poudre.

FACHON: façon. S.-I.

FACILISER: faciliter.

FAFELU: bouffi, dodu. Employé en ce sens par Des Periers, dans sa 29e. _Nouvelle_.

FAFIGNER: hésiter, tergiverser. S.-I.

FAGUELIN: _faible_ de complexion. A.

FAGULTÉ: faculté. Le _g_ pour le _c_, comme dans ganif pour canif.

FAIGNIANT, TE: fainéant, te. Du vieux mot _nyent_; _niente_, en italien: néant, rien. Dans les actes rapportés par Lobineau (_Hist. de Bretagne_, t. II, p. 769), on trouve souvent _nyent_ pour néant. L'auteur du _Testament de Pathelin_, p. 121, dit:

Fut present Mathelin le sourt, Attourné de Gaultier _faict nyent_.

FAILLERA (IL); IL FAILLERAIT; IL FAILLIRA; IL FAILLIRAIT: il faudra; il faudrait. L.

FAILLETTE: feinte.

FAILLIR. Voyez FIAILLIR.

FAIMVALIER: qui a la faimvalle. L.

FAIMVALLE: fringalle, appétit désordonné. Dans le français actuel, la faimvalle est une maladie des chevaux.

FAIS (s. f.): fois.

FAIT: avoir, affaire, effets. Du latin _factum_.

FAIT: faîte.

FAITELAIT: lait caillé.

FAITIER: faîtière, tuile creuse pour couvrir le haut du toit.

FAITURIER: syndic d'une confrérie.

FALE (s. f.): jabot des oiseaux. L.

FALLIPOUX: homme décharné et de mauvaise apparence.

FALMÊCHE (s. f.): flammèche, étincelle.

FALU: oiseau qui a un gros jabot. Au figuré, orgueilleux qui se rengorge. L.

FALUE (s. f.): sorte de gâteau plat, cuit rapidement à l'entrée du four, pendant qu'on le chauffe. De _fale_, parce que cette galette gonfle l'estomac (la fale, au figuré). C'est ce qu'on appelle ailleurs galette à la fouée. B.

FALUMÈCHE. Voyez FALMÊCHE.

FAMEUSEMENT: beaucoup.

FAMINOT: pain de sarrasin, pain grossier qu'on n'emploie qu'en temps de famine. O.

FAMULER: devenir _familier_. O.

FANFLUE: berlue.

FANGUE: boue, _fange_. Du Roman _fanc_.

FANIL: fenil, grenier à foin.

FAQUIN: celui qui affecte de s'habiller avec élégance. L.

FARACHE ou FARAGE (s. m.): communauté d'une chose entre deux personnes qui en usent comme _frères_. Farage est la corruption de _frérage_. A.

FARAUD, E: celui ou celle qui affecte avec recherche une mise élégante et prétentieuse. En patois du Jura, _farot_.

FARAUDER: faire le faraud.

FARBALAS: falbalas.

FARCER: se moquer de. Employé dans la _Dance aux Aveugles_.

FARETTE: moisissure sur le cidre ou le vin dans un fût en baissière. B. Ailleurs, on dit fleurette, mot dont farette est la corruption.

FARS (s. m.): farce pour les préparations culinaires. On trouve ce mot dans le poème de Pibrac, intitulé _Les plaisirs de la vie rustique_:

Et d'un _fars_ bien menu lui fait un autre ventre,

dit-il, en parlant d'une oie préparée pour la table. Du verbe _farcir_. En celtique, _fars_ signifiait pâte de farine, soit de blé, soit d'autres céréales. En latin, _far_. A.

FATIQUE: fatigue. L.

FATIQUER: fatiguer.

FATRAIN: chanvre chétif. Du français _fretin_.

FAU; FOUTEAU; FOUTIAU: hêtre. En celtique-breton, _fao_.

FAUCHARD; FAUCHET: sorte de serpe pourvue d'un crochet pour enfoncer les affiches dans les haies sèches. En français, le fauchet est un râteau. L.

FAUCILLON, synonyme de fauchard. L.

FAUQUET; FAUCHET: sorte de serpe. Du latin, _falx_.

FAUQUET: croc en jambe qui fait porter à _faux_ le pied de l'adversaire et le fait tomber comme d'un coup de fauchet.

FAUTER: manquer, faire une faute.

FAUTIBLE: coupable d'une _faute_. L.

FAUTOISET: émouchet, oiseau de proie.

FAVAT: tige sèche des _fèves_. De _faba_.

FEILLURE: feuillure.

FEIN: foin. De _fenum_. Ancien français.

FEINDRE: fléchir, s'affaisser.

FEL, E: _faible_, rude, méchant. A Bayeux, ce qualificatif signifie courageux. De _fallene_; de félon. Dans les _Chansons du roi de Navarre_, _fel_ est synonyme d'aigre et de dur.

FÉLER: palpiter dans un membre malade. L.

FÉNAISON: fanaison.

FÉNER: faner. Id. patois Walon.--Ce verbe, en parlant du chat, signifie faire ses ordures. De _fienter_.

FÉNEUX: faneur.

FERLAMPIER, FRELAMPIER: vaurien, fainéant. B.

FERLANDE: mauvaise pièce de monnaie. A.

FERLUCHES: copeau léger qu'enlève la varlope. Objet de peu de valeur, d'où on a formé le mot fanfreluches.

FERLUQUET: freluquet. Id. dans le patois Walon.

FERMAIGNE (s. f.): meuble propre à _renfermer_ quelques effets. Par extension, des meubles. A.

FERMINE, synonyme de fermaigne.

FÉROUESSES; FÉROUSSES: jambes; terme de mépris comme croches, flûtes, triques. A.

FERRER (v. a.): carder, en parlant du chanvre et du lin.

FERRET: sorte de tonneau.

FERREUX: cardeur de chanvre et de lin.

FERRIER: grande tonne à cidre.

FERSIR (v. n.): trembloter, transir, frémir. A.

FERTILLON; FEURTILLON: frétillon. Du verbe _frétiller_. A.

FÉRU: fort et fier. Du celtique-breton.

FERZAIE: fresaie. Belon a dit:

Le hideux cri de la _fresaie_ effraie.

FESTAMPER: battre, fesser. O.

FESSE-LARRON: houx fragon (_Ruscus aculeatus_). B.

FÊTRE: espèce de panaris. B.